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 Le siècle des génocides

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mihou
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24022007
MessageLe siècle des génocides

Le siècle des génocides

Le titre ci-dessus est aussi celui de l'excellent livre de Bernard Bruneteau (Armand Colin, 2004) qui définit le XXe siècle comme le siècle qui a vu naître et se multiplier un crime inédit et d'une dimension sans pareille, le génocide.

Le concept est né après la Seconde Guerre mondiale et s'est appliqué rétrospectivement au massacre des Arméniens (1915), des Ukrainiens (1932) et des Juifs d'Europe (1941-1945) avant de s'appliquer aussi à des massacres plus récents (Tutsis, voire Cambodgiens).
Le révélateur nazi

En 1941, en plein conflit, les menées antisémites des nazis ont conduit à la mise en oeuvre du crime d'État le plus inqualifiable qui soit : la mise à mort méthodique de six millions d'êtres humains en vue d'éradiquer du continent européen une religion ou une race honnie (juifs ou encore tziganes).

Entrée du camp d'Auschwitz

Cette extermination s'est effectuée pour l'essentiel dans des camps d'extermination, avec chambres à gaz et fours crématoires, pour la plupart situés en Pologne (Auschwitz-Birkenau, Treblinka,...).

On la distingue de la répression plus conventionnelle des opposants au régime nazi, qui a conduit ceux-ci dans des camps de concentration et de travail forcé en Allemagne même (Buchenwald, Dachau, Mauthausen,...).

Après la Seconde Guerre mondiale, les Occidentaux ont pris peu à peu conscience de la spécificité de ce crime que les nazis recouvraient de l'euphémisme Solution finale et qui est aujourd'hui appelé Shoah (de l'hébreu catastrophe).
Le concept de génocide

L'Histoire récente et les textes anciens, dont la Bible, abondent de récits d'extermination. Faut-il pour autant tout mettre dans le même sac, génocides, massacres de masse, exterminations de populations entières, crimes de guerre,...? Pour prévenir toute confusion, Bernard Bruneteau rappelle l'importance d'une définition rigoureuse du concept de génocide (*).

Le Tribunal militaire international de Nuremberg, qui a jugé les criminels nazis, a invoqué à leur propos l'incrimination de «crime contre l'humanité». C'était la première utilisation de ce concept depuis... Robespierre.

L'accord de Londres du 8 août 1945, qui établit les statuts du Tribunal, définit le crime contre l'humanité de façon évasive comme «l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout autre acte inhumain commis contre toutes les populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux».

C'est seulement un peu plus tard, lors de la première session de l'Assemblée générale des Nations Unies, le 11 décembre 1946, qu'est défini le concept de «génocide». Il est défini par la résolution 96 comme «un déni du droit à la vie des groupes humains», que ces «groupes raciaux, religieux, politiques et autres, aient été détruits entièrement ou en partie».

L'allusion au fait politique déplaît à l'URSS qui a beaucoup à se reprocher en ce domaine. Aussi la définition est-elle édulcorée dans l'article II de la Convention des Nations Unies du 9 décembre 1948 qui définit comme génocide «des actes commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel».

L'exclusion du fait politique fait encore débat parmi les spécialistes, ainsi que le souligne Bernard Bruneteau, car elle conduit à exclure par exemple le massacre des Hutus modérés du génocide des Tutsis en 1994 et elle fait fi d'un constat évident : «les génocides commis contre des groupes raciaux, ethniques ou religieux le sont toujours à la suite de conflits et à partir de considérations idéologico-politiques».

L'auteur met en garde contre une double dérive :

– la première, ultra-restrictive, voit dans l'Holocauste (l'extermination des Juifs) le seul véritable génocide ; elle établit par exemple une différence entre la prétendue «rationalité» des crimes staliniens, commis au nom d'un idéal honorable, et l'absolue «irrationalité» des crimes nazis,

– la seconde, extensive, conduit à qualifier de génocide tous les crimes et méfaits de grande ampleur, y compris pourquoi pas ? la traite atlantique, au risque d'enlever toute pertinence au concept de génocide.
Aux origines de la violence du XXe siècle

«A titre rétrospectif, le XXe siècle peut s'assimiler au règne de la violence paroxystique», rappelle Bernard Bruneteau. Mais le surgissement de cette violence a été préparé par des éléments du siècle précédent : «L'ère impérialiste qui voit la nouvelle pensée raciste justifier un expansionnisme colonial sanglant inaugure en effet les massacres administratifs ; la guerre de 1914 qui combine animalisation de l'ennemi, violence extrême et mort de masse débouche par ailleurs sur la brutalisation des sociétés européennes».

Bernard Bruneteau revient bien évidemment sur les massacres liés aux conquêtes coloniales, en Algérie, en Afrique noire, en Australie,... sans parler des guerres indiennes livrées par les Américains aux premiers habitants de leur pays.

«Si la majorité des massacres de l'ère coloniale ne relèvent pas de la stricte catégorie du génocide», note Bernard Bruneteau, «l'indifférence dans laquelle ils se déroulèrent ne se sépare pas toutefois d'une forme d'idéologie, et qui plus est à visée universaliste»... C'est au nom du «peuple souverain» que des États comme la France ont entrepris de soumettre les peuples non européens.

Les guerres coloniales ont été justifiées en invoquant le darwinisme social, excroissance monstrueuse de la théorie de la sélection naturelle de Charles Darwin, et la vocation des «races supérieures» à dominer les autres.

Le succès de ce genre de théorie a été rendu possible par la sécularisation des sociétés européennes et l'affaiblissement de la morale chrétienne, avec pour conséquences le rejet de la compassion en politique et la désacralisation de l'être humain.

La Grande Guerre de 1914-1918, en atteignant un seuil de violence sans précédent, a également contribué à chambouler les consciences. «Lieu de l'hécatombe et de la terreur la plus insupportable, la bataille des années 1914-1918 a rendu banale la disparition de millions d'hommes, faisant accepter par exemple que la moitié des morts de la guerre n'aient pas de sépulture. Le consentement à la mort de masse est indissociable de la désacralisation subite de la vie humaine», note Bernard Bruneteau.

On peut y voir l'origine des événements tragiques qui ont jalonné le XXe siècle, du massacre des Arméniens à celui des Tutsis, en passant par la famine planifiée en Ukraine, la Shoah et le génocide cambodgien.

Force est donc de constater que le XXe siècle méritera de rester dans l'Histoire comme le «siècle des génocides», sans que l'on sache encore comment des hommes généralement intelligents et héritiers d'une grande culture aient pu se laisser entraîner à de pareilles folies.
André Larané

http://www.herodote.net/dossiers/dossier.php?ID=121

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Le siècle des génocides :: Commentaires

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Le génocide arménien

Le samedi 24 avril 1915, à Istamboul, capitale de l'empire ottoman, 600 notables arméniens sont assassinés sur ordre du gouvernement. C'est le début d'un génocide (*), le premier du XXe siècle. Il va faire environ 1,2 million de victimes dans la population arménienne de l'empire turc.
[Voir la présentation générale]
Un empire composite

Aux premiers siècles de son existence, l'empire ottoman comptait une majorité de chrétiens (Slaves, Grecs, Arméniens, Caucasiens, Assyriens,...). Ils jouaient un grand rôle dans le commerce et l'administration, et leur influence s'étendait au Sérail, le palais du sultan. Ces «protégés» (dhimmis en arabe coranique) n'en étaient pas moins soumis à de lourds impôts et avaient l'interdiction de porter les armes.

Les premiers sultans, souvent nés d'une mère chrétienne - esclave du harem de leur père -, témoignaient d'une relative bienveillance à l'égard des Grecs orthodoxes et des Arméniens monophysites. Ces derniers étaient surtout établis dans l'ancien royaume d'Arménie, au pied du Caucase, premier royaume de l'Histoire à s'être rallié au christianisme! Ils étaient majoritaires aussi en Cilicie, une province du sud de l'Asie mineure que l'on appelait parfois «Petite Arménie». L'empire ottoman comptait environ 2 millions d'Arméniens à la fin du XIXe siècle sur une population totale de 36 millions d'habitants.
Ébauche de génocide

Dans les années qui précèdent la Grande Guerre, la décadence de l'empire ottoman s'accélère après une tentative de modernisation par le haut dans la période du Tanzimat, entre 1839 et 1876. Le sultan Abdul-Hamid II n'hésite pas à attiser sans vergogne les haines religieuses pour consolider son pouvoir (les derniers tsars de Russie font de même dans leur empire).

Entre 1894 et 1896, comme les Arméniens réclament des réformes et une modernisation des institutions, le sultan en fait massacrer 200.000 à 250.000 avec le concours diligent des montagnards kurdes. Un million d'Arméniens sont dépouillés de leurs biens et quelques milliers convertis de force. Des centaines d'églises brûlées ou transformées en mosquées... Rien qu'en juin 1896, dans la région de Van, au coeur de l'Arménie historique, pas moins de 350 villages sont rayés de la carte.

Ces massacres planifiés ont déjà un avant-goût de génocide. L'Américain George Hepworth enquêtant sur les lieux deux ans après les faits, écrit : «Pendant mes déplacements en Arménie, j'ai été de jour en jour plus profondément convaincu que l'avenir des Arméniens est excessivement sombre. Il se peut que la main des Turcs soit retenue dans la crainte de l'Europe mais je suis sûr que leur objectif est l'extermination et qu'ils poursuivront cet objectif jusqu'au bout si l'occasion s'en présente. Ils sont déjà tout près de l'avoir atteint» ( *).

Les Occidentaux se contentent de plates protestations mais le crime ne profite guère au sultan. Celui-ci tente de jouer la carte de chef spirituel de tous les musulmans en sa qualité de calife. Il fait construire le chemin de fer du Hedjaz pour faciliter les pèlerinages à La Mecque. Il se rapproche aussi de l'Allemagne de Guillaume II. Mais il est déposé en 1909 par le mouvement nationaliste des «Jeunes-Turcs» qui lui reprochent de livrer l'empire aux appétits étrangers et de montrer trop de complaisance pour les Arabes.

Enver Pacha (1881-1922) Les «Jeunes-Turcs» veulent se démarquer des «Vieux-Turcs» qui, au début du XIXe siècle, s'opposèrent à la modernisation de l'empire.

Ils installent au pouvoir un Comité Union et Progrès (CUP, en turc Ittihad) dirigé par Enver pacha (27 ans), sous l'égide d'un nouveau sultan, Mohamed V. Ils donnent au pays une Constitution... ainsi qu'une devise empruntée à la France: «Liberté, Égalité, Fraternité».

Ils laissent espérer un sort meilleur aux minorités de l'empire, sur des bases laïques. Mais leur idéologie emprunte au nationalisme le plus étroit. Confrontés à un lent démembrement de l'empire multinational et à sa transformation en puissance asiatique (l'empire ne possède plus en Europe que la région d'Istamboul), ils se font les champions du «touranisme». Le touranisme prône l'union de tous les peuples de langue turque ou assimilée, de la mer Égée aux confins de la Chine (Anatolie, Azerbaïdjan, Kazakhstan, etc) (*).

Dès 1909, soucieux de créer une nation turque racialement homogène, les Jeunes-Turcs multiplient les exactions contre les Arméniens. On compte ainsi 20.000 à 30.000 morts à Adana le 1er avril 1909... Les Jeunes-Turcs lancent des campagnes de boycott des commerces tenus par des Grecs, des Juifs ou des Arméniens. Ils réécrivent l'Histoire en occultant la période ottomane, trop peu turque à leur goût, et en rattachant la race turque aux Mongols de Gengis Khan, aux Huns d'Attila, voire aux Hittites de la haute Antiquité. Ce nationalisme outrancier ne les empêche pas de perdre les deux guerres balkaniques de 1912 et 1913.
La Turquie dans la guerre de 1914-1918

Le 8 février 1914, la Russie impose au gouvernement turc une commission internationale destinée à veiller aux bonnes relations entre les populations ottomanes. Les Jeunes-Turcs ravalent leur humiliation mais lorsqu'éclate la Grande Guerre, en août de la même année, ils poussent le sultan Mahomet V à entrer dans le conflit, aux côtés des Puissance centrales (Allemagne et Autriche), contre la Russie et les Occidentaux.

Le sultan déclare la guerre le 1er novembre 1914. Les Turcs tentent de soulever en leur faveur les Arméniens de Russie. Mal leur en prend... Bien qu'en nombre supérieur, ils sont défaits par les Russes à Sarikamish le 29 décembre 1914. L'empire ottoman est envahi. L'armée turque perd 100.000 hommes. Elle bat en retraite et, exaspérée, multiplie les violences à l'égard des Arméniens dans les territoires qu'elle traverse.

Les Russes, à leur tour, retournent en leur faveur les Arméniens de Turquie. Le 7 avril 1915, la ville de Van, à l'est de la Turquie, se soulève et proclame un gouvernement arménien autonome. Dans le même temps, à l'initiative du Lord britannique de l'Amirauté, un certain Winston Churchill, les Français et les Britanniques préparent un débarquement dans le détroit des Dardanelles pour se saisir d'Istamboul.
Le génocide

Les Jeunes-Turcs profitent de l'occasion pour accomplir leur dessein d'éliminer la totalité des Arméniens. Ils procèdent avec méthode et brutalité. L'un de leurs chefs, le ministre de l'Intérieur Talaat Pacha, ordonne l'assassinat des Arméniens d'Istamboul puis des Arméniens de l'armée, bien que ces derniers aient fait la preuve de leur loyauté (on a ainsi compté moins de désertions chez les soldats arméniens que chez leurs homologues turcs). C'est ensuite le tour des nombreuses populations arméniennes des sept provinces orientales.

Voici le texte d'un télégramme transmis par le ministre aux cellules de Jeunes-Turcs : «Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l'âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n'ont pas leur place ici».

Le gouvernement n'hésite pas à destituer les fonctionnaires locaux qui font preuve de tiédeur, ainsi que le rapporte l'historien britannique Arnold Toynbee, qui enquêta sur place. Dans un premier temps, les agents du gouvernement rassemblent les hommes de moins de 20 ans et de plus de 45 ans et les éloignent de leur région natale pour leur faire accomplir des travaux épuisants. Beaucoup d'hommes sont aussi tués sur place.

La «Loi provisoire de déportation» du 27 mai 1915 fixe le cadre réglementaire de la déportation des survivants ainsi que de la spoliation des victimes.

Dans les villages qui ont été quelques semaines plus tôt privés de leurs notables et de leurs jeunes gens, militaires et gendarmes ont toute facilité à réunir les femmes et les enfants. Ces malheureux sont réunis en longs convois et déportés vers le sud, vers Alep, une ville de la Syrie ottomane.

Les marches se déroulent sous le soleil de l'été, dans des conditions épouvantables, sans vivres et sans eau, sous la menace constante des montagnards kurdes, trop heureux de pouvoir librement exterminer leurs voisins et rivaux. Elles débouchent en général sur une mort rapide.

Survivent toutefois beaucoup de jeunes femmes ou d'adolescentes (parmi les plus jolies) ; celles-là sont enlevées par les Turcs ou les Kurdes pour être vendues comme esclaves ou converties de force à l'islam et mariées à des familiers.

En septembre, après les habitants des provinces orientales vient le tour des autres Arméniens de l'empire. Ceux-là sont convoyés vers Alep dans des wagons à bestiaux puis transférés dans des camps de concentration en zone désertique où ils ne tardent pas à succomber à leur tour.

Au total disparaissent pendant l'été 1915 les deux tiers de la population arménienne sous souveraineté ottomane.

Orphelins arméniens (photo: Armin Wegner)
Les Européens et le génocide

En Occident, les informations sur le génocide émeuvent l'opinion mais le sultan se justifie en arguant de la nécessité de déplacer les populations pour des raisons militaires !

Le gouvernement allemand, allié de la Turquie, censure les informations sur le génocide. L'Allemagne entretient en Turquie, pendant le conflit, une mission militaire très importante (jusqu'à 12.000 hommes). Et après la guerre, c'est en Allemagne que se réfugient les responsables du génocide, y compris Talaat Pacha. Ce dernier sera assassiné à Berlin le 16 mars 1921 par un jeune Arménien. Mais l'assassin sera acquitté par la justice allemande, preuve si besoin est d'une réelle démocratisation de la vie allemande sous le régime républicain issu de Weimar !

Le traité de Sèvres signé le 10 août 1920 entre les Alliés et l'empire ottoman prévoit la mise en jugement des responsables du génocide. Mais le sursaut nationaliste de Moustafa Kémal bouscule ces bonnes résolutions et entraîne une amnistie générale, le 31 mars 1923.

Les nazis tireront les leçons du premier génocide de l'Histoire et de cette occasion perdue de juger les coupables... «Qui se souvient encore de l'extermination des Arméniens ?» aurait lancé Hitler en 1939, à la veille de massacrer les handicapés de son pays (l'extermination des Juifs viendra deux ans plus tard).

A la vérité, c'est seulement dans les années 1980 que l'opinion publique occidentale a retrouvé le souvenir de ce génocide, à l'investigation de l'Église arménienne et des jeunes militants de la troisième génération, dont certains n'ont pas hésité à recourir à des attentats contre les intérêts turcs. Les historiens multiplient depuis lors les enquêtes et les témoignages sur ce génocide, le premier du siècle. Le cinéaste français d'origine arménienne Henri Verneuil a évoqué dans un film émouvant, Mayrig, en 1991, l'histoire de sa famille qui a vécu ce drame dans sa chair.
André Larané
Commentaire : les Turcs et le génocide

Les «Jeunes Turcs» sont à l'origine du sentiment national turc. Ils ont permis l'émergence d'une grande nation mais aussi l'extermination de la plus grande partie des chrétiens arméniens en 1915.

En 1923, le général-dictateur Moustafa Kémal a parachevé la «purification ethnique» de la Turquie en expulsant les Grecs qui y vivaient depuis la haute Antiquité. Istamboul, ville aux deux tiers chrétienne en 1914, est devenue exclusivement turque et musulmane après cette date.

Depuis lors, les gouvernements turcs s'obstinent à ne pas vouloir reconnaître le génocide arménien. C'est le cas aussi de la presque totalité des citoyens de ce pays. Qu'ils appartiennent à la minorité laïque ou à la majorité islamiste, ils ne veulent rien renier du nationalisme et de l'idéologie raciale de Moustafa Kémal et des Jeunes Turcs.

Les plus accommodants attribuent la responsabilité du génocide à un régime disparu, le sultanat, ou aux aléas de la guerre. Ils relativisent le drame et le comparent par exemple aux méfaits de la guerre d'Algérie. La plupart considèrent -à tort- que leur nation s'affaiblirait en reconnaissant la réalité du génocide.

André Larané

http://www.herodote.net/dossiers/dossier.php?ID=121&jour=19150424
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«Grande famine» et génocide ukrainien
Message le Sam 24 Fév - 10:00 par mihou
«Grande famine» et génocide ukrainien
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Le 7 août 1932, l'URSS promulgue une loi qui punit de dix ans de déportation, voire de la peine de mort, «tout vol ou dilapidation de la propriété socialiste», y compris le simple vol de quelques épis dans un champ.

Cette loi, dite «loi des épis», survient alors que les campagnes soviétiques connaissent un début de famine du fait des réquisitions forcées par le pouvoir. Elle va considérablement aggraver la situation des paysans et l'on estime qu'en Ukraine, six millions d'entre eux vont mourir de faim dans les mois suivants.

Cette «Grande famine», intentionnellement entretenue et amplifiée par Staline, maître tout-puissant de l'Union Soviétique, est assimilée à un génocide par la plupart des historiens ainsi que par les Ukrainiens. Elle est connue sous le nom d'«Holodomor»(«extermination par la faim» en ukrainien).

Holodomor, scène du génocide par la famine en Ukraine (1932-1933)
La «dékoulakisation»

A la fin des années 1920, l'URSS commençait à retrouver le sourire grâce à la NEP (Nouvelle Politique Économique) et à un début de libéralisation économique. Sa production agricole et industrielle retrouve en 1927 les niveaux d'avant la Grande Guerre et la Révolution.

Mais Staline craint que la NEP ne favorise dans les villes et les campagnes l'avènement d'une nouvelle bourgeoisie qui pourrait un jour triompher du communisme ! Il met fin à la NEP et lance un premier plan quinquennal en vue d'industrialiser le pays.

Pour acheter des machines à l'étranger, il a besoin d'exporter un maximum de céréales et pour cela multiplie les réquisitions forcées chez les paysans. Ces derniers résistent en réduisant leur production et les livraisons à l'État.

Staline accuse les paysans aisés, surnommés «koulaks» (d'un mot russe qui désigne un prêteur sur gages), de faire obstruction à sa politique au nom de leurs intérêts particuliers. Il décide «l'élimination des koulaks en tant que classe» et l'intégration de tous les autres paysans dans de grandes fermes collectives (kolkhozes) ou fermes d'État (sovkhozes).

A la fin 1931, au prix de grandes violences, 70% des terres sont collectivisées et la «dékoulakisation» est considérée comme achevée. C'est alors qu'apparaissent les premières victimes de la faim. L'ensemble du pays est affecté mais c'est au Kazakhstan que l'on compte le plus grand nombre de morts : 1 à 1,5 million, victimes des réquisitions du gouvernement.
La grande famine

De fortes résistances à la collectivisation subsistent en Ukraine où la paysannerie a développé au fil de l'Histoire des structures comparables à celles que l'on rencontre en Occident : beaucoup de petits propriétaires attachés à leur terre, à leur pope (le curé orthodoxe) et à leur église.

C'est ainsi qu'en 1932, le pouvoir soviétique resserre la pression sur les paysans d'Ukraine, coupables de n'en faire qu'à leur tête et suspects de nationalisme. Les représentants du Parti multiplient les réquisitions forcées, y compris dans les fermes collectives.

Chacun tente de survivre. C'est alors que survient la sinistre «loi des épis» du 7 août. Elle va occasionner la déportation ou la mort de milliers de citoyens pour le vol de quelques grains ou d'une pomme de terre et permettre à l'État de s'approprier la quasi-totalité de la moisson !

Avec l'arrivée de l'hiver, sans surprise, survient la famine. De longues files de malheureux errent le long des routes en quête de subsistance et gagnent les villes en quête de travail et secours. Mais le gouvernement communiste ne reste pas sans réagir : à la fin décembre 1932, il institue un passeport unique pour tout le pays, avec interdiction pour quiconque de quitter son village de résidence sans autorisation du Parti !

Affaiblis, les gens meurent de froid et de faim dans leurs cabanes, le long des routes ou sur les trottoirs des grandes villes d'Ukraine, quand ils ne sont pas déportés sur un ordre arbitraire du Parti.

Beaucoup de désespérés se suicident. Un nombre non négligeable se livrent au cannibalisme, enlevant les enfants des voisins ou tuant parfois leur propre enfant pour se nourrir de leur chair. Le phénomène est si peu rare que le gouvernement fait imprimer une affiche qui proclame : «Manger son enfant est un acte barbare !»

La famine ne relâche son étreinte qu'au mois de mai 1933 avec le retour des fruits et des légumes dans les jardins privés.
Le génocide occulté

A l'étranger, où filtrent malgré tout des informations sur la famine et les excès de la «dékoulakisation», les communistes trouvent des gens complaisants, cyniques ou naïfs pour relayer leurs mensonges sur la prospérité de l'Union soviétique et de ses habitants.

Le cas le plus notable est celui d'Édouard Herriot, maire de Lyon et chef du parti radical français, qui se rend en URSS à l'été 1933. Il aspire à un rapprochement entre la France et l'URSS pour contenir l'Allemagne, qui vient de tomber aux mains des nazis.

De ce fait, après avoir parcouru l'Ukraine en compagnie des officiels soviétiques, il déclare, péremptoire : «J'ai traversé l'Ukraine. Eh bien ! je vous affirme que je l'ai vue tel un jardin en plein rendement.» Il est vrai que les communistes ont fait ce qu'il fallait pour cela, maquillant les villages où devait passer le leader occidental.

La famine et son aspect intentionnel ne font plus guère débat parmi les historiens. Quant aux députés ukrainiens, ils ont voté le 28 novembre 2006 une loi affirmant que «la famine provoquée par les Soviétiques est un génocide contre le peuple ukrainien».

http://www.herodote.net/dossiers/dossier.php?ID=121&jour=19320807
Mise au point de la «Solution finale»
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Le 20 janvier 1942, une quinzaine de dignitaires nazis et d'officiers SS se réunissent à Wannsee, un faubourg huppé de Berlin.

Au cours de cette «conférence de Wannsee», Reinhard Heydrich, le chef des services de sécurité, expose les modalités de la «solution finale de la question juive». Cette expression énigmatique recouvre rien moins que le projet de déporter et d'exterminer tous les Européens israélites ou considérés comme tels par les nazis.
Montée de l'antisémitisme

Adolf Hitler est le premier coupable de l'extermination des Juifs. Dès 1920, à son initiative, le petit parti nazi dont il a pris la direction projette d'attribuer aux Juifs le même statut qu'aux étrangers et de favoriser leur émigration.

Dans Mein Kampf (Mon combat), le livre qu'il écrit en prison en 1924 il rejette la responsabilité de la défaite allemande de 1918 sur la «juiverie internationale». Toutefois, s'il s'épanche sur ses sentiments antisémites, il ne dit rien du sort qu'il réserve aux Juifs. En 1935, au pouvoir depuis deux ans, il prend des lois antisémites en vue d'interdire les unions mixtes.

Les nazis pratiquent dès lors un antisémitisme de plus en plus brutal : exclusion des Juifs de toutes les fonctions un tant soit peu importantes, interdictions professionnelles, pogroms etc. Le paroxysme est atteint lors de la Nuit de Cristal.

Hitler pense en finir avec les Juifs d'Europe en les réinstallant dans des «réserves», d'abord à Lublin, en Pologne, puis à Madagascar. Jusqu'en 1941, un groupe de travail réfléchit aux moyens de les convoyer vers la grande île de l'Océan Indien, alors colonie de la France.
Vers l' extermination

Le 30 janvier 1939, tandis que se fait jour l'imminence d'un conflit généralisé, le Führer évoque pour la première fois en public, devant le Reichstag (Parlement allemand), à l'occasion du sixième anniversaire de sa prise de pouvoir, le projet d'exterminer les Juifs et nonplus seulement de les chasser, cela dans l'hypothèse où ils menaceraient sonprojet politique : «Si la juiverie internationale devait réussir, en Europe ou ailleurs, à précipiter les nations dans une guerre mondiale, il en résulterait, non pas la bolchevisation de l'Europe et la victoire du Judaïsme, mais l'extermination de la race juive».

Cette hypothèse se profile au printemps 1941, quand sombre le rêve hitlérien d'une alliance avec l'Angleterre et la France contre les Soviétiques et qu'au contraire, l'Allemagne se retrouve en guerre contre l'Angleterre de Churchill et l'URSS de Staline.

A partir du printemps 1941, des détachements spéciaux de SS suivent l'armée allemande en Pologne puis en URSS et commencent à massacrer les innocents. Le plus souvent, ces sinistres «groupes d'intervention» ou Einsatzgruppen fusillent leurs victimes sur place et les ensevelissent dans des fosses communes. Mais les bourreaux emploient aussi une méthode semi-industrielle en asphyxiant les malheureux avec les gaz d'échappement de camions, cette méthode ayant déjà été utilisée pour exterminer les handicapés mentaux un à deux ans plus tôt.

Un premier camp d'extermination avec des camions à gaz est ouvert à Chelmno (Kulmhof), au centre de la Pologne, pendant l'été 1941. À la fin de l'année 1941, 300.000 à 400.000 Juifs, hommes, femmes et enfants, ont déjà été assassinés de différentes façons. On s'oriente à pas rapides vers une extermination à grande échelle.
Le génocide et la guerre

Appréhendant une nouvelle défaite après celle de 1918, le Führer éprouve le besoin d'engager totalement le peuple allemand à ses côtés. Alors prend forme le projet d'extermination totale des juifs d'Europe.

Les participants de la réunion de Wannsee mettent sur pied une organisation de type industriel qui va conduire à la disparition en moins de quatre ans de plusieurs millions d'innocents. Avant tout conçue pour exterminer les juifs d'Europe, elle va aussi être dirigée contre les Tziganes (plusieurs dizaines de milliers de victimes) et même contre les homosexuels, tombés en défaveur au milieu des années 1930 dans les milieux nazis.

Au centre de cette organisation figurent des camps de travail et des camps d'extermination dont Auschwitz est le cruel symbole.

Entrée du camp d'Auschwitz

Des simples citoyens aux SS en passant par les soldats de la Wehrmacht, beaucoup d'Allemands se compromettent peu ou prou dans l'indicible crime. Environ 100.000 y sont directement associés dans un rigoureux fractionnement des tâches (recensement, regroupement, convoyage, élimination,...) qui donne à chacun une perception limitée de sa responsabilité.

Malgré le secret dont elle est entourée, l'immense entreprise d'extermination des juifs est rapidement connue à l'étranger. Mais l'opinion démocratique se refuse jusqu'au bout à y croire tant les faits paraissent invraisemblables.

http://www.herodote.net/dossiers/dossier.php?ID=121&jour=19420120
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Génocide au Rwanda
Message le Sam 24 Fév - 10:04 par mihou
Génocide au Rwanda
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Le 6 avril 1994, le président-dictateur du Rwanda, Juvénal Habyarimana, est tué dans un attentat contre son avion personnel. Ses fidèles de la majorité hutu entreprennent aussitôt le massacre de la minorité tutsie (10% de la population) et des hutus modérés.

En trois mois, 800.000 innocents sont massacrés à coups de machette. C'est l'un des génocides du XXe siècle, défini comme tel par l'ONU, comme le génocide arménien et le génocide juif.

La fuite de très nombreux réfugiés et militaires vers les pays voisins entraîne la déstabilisation de l'Afrique des Grands Lacs. On estime que la succession de conflits issus de ce drame est à l'origine de plus de quatre millions de morts au Rwanda, au Burundi et surtout en République démocratique du Congo (RDC ou Congo-Kinshasa, ex-Zaïre). En 2006, l'insécurité y fait encore plus de mille morts par jour d'après Amnesty International...
Clivages sociaux


Gardien et zébuLe Rwanda (capitale : Kigali) et son frère jumeau le Burundi (capitale : Bujumbura) sont deux pays atypiques en Afrique...

Anciennes colonies belges, comme l'immense Congo (ex-Zaïre) voisin, ils sont moins étendus que la Bretagne mais trois à quatre fois plus peuplés (environ 27.000 km2 et 9 millions d'habitants chacun).

Leur isolement au coeur du continent noir, sur des hauts plateaux volcaniques, leur a permis d'échapper dans les temps anciens à la traite arabe et à la traite européenne.

Cela, ainsi que la douceur du climat et la fertilité du sol, explique une densité de population très élevée.

Les habitants appartiennent au même groupe de population, la tribu des Banyaruandas. La seule division qui traverse ces pays - mais elle est de taille - est sociale.

Depuis des temps immémoriaux, les Banyaruandas sont divisés en trois groupes que Ryszard Kapuscinski assimile à des castes :

– les éleveurs de bétail ou Tutsis (environ 14% de la population du Rwanda en 1994), qui composent la noblesse,

– les agriculteurs ou Hutus (85% de la population),

– les domestiques ou ouvriers, ou Twas (1% de la population) ; d'aucuns voient dans ceux-ci les derniers représentants de chasseurs pygmées.
La «Toussaint rwandaise»

Dans les années 1950, la situation se gâte du fait, en particulier, de la pression démographique.

En quête de pâturages supplémentaires, les éleveurs tutsis grignotent les champs des agriculteurs hutus. Plus instruits que ces derniers, ils en viennent à réclamer l'indépendance dans le dessein de consolider leur suprématie.

Les colonisateurs belges, qui se sont appuyés jusque-là sur les Tutsis pour l'administration du royaume, s'inquiètent de leurs prétentions. Ils jugent l'indépendance prématurée et pour la différer, encouragent les revendications hutues.

C'est ainsi que des Hutus ressortent un mythe scientiste selon lequel les Tutsis seraient des intrus venus de la région du Nil... et les invitent à y retourner ! La tension débouche le 1er novembre 1959 sur une révolution sociale, la première et la seule qu'ait connue le continent noir.

Cette «Toussaint rwandaise» se solde par des dizaines de milliers de morts. Un nombre équivalent de Tutsis se réfugient dans les pays voisins (Ouganda, Congo, Burundi). Ils s'installent dans des camps, au pied des hauts plateaux rwandais, dans la nostalgie de leurs pâturages et de leurs troupeaux.

C'en est fini de la suprématie tutsie au Rwanda.

Par contre, au Burundi, où les Hutus tentent en 1972 de suivre l'exemple rwandais, l'armée réplique avec brutalité. 100.000 Hutus sont massacrés et les Tutsis conservent le pouvoir.

Suite à ces événements, l'année suivante, un coup d'État amène au pouvoir au Rwanda le général Juvénal Habyarimana. Le pays est mis en coupe réglée par son clan.
François Mitterrand s'invite dans le conflit

Le 30 septembre 1990, dans l'Ouganda voisin, des militaires tutsis quittent leurs casernes et pénètrent au Rwanda en vue de récupérer la terre de leurs ancêtres. C'est l'affolement à Kigali, dans le clan Habyarimana, où l'on commence à faire les valises. Mais voilà que le dictateur reçoit l'appui inespéré du président de la République française, François Mitterrand...

Quelques centaines de parachutistes blancs dissuadent les Tutsis de Paul Kagamé de poursuivre plus avant leur offensive. Le régime est sauvé mais pas pour longtemps.

En prévision de l'ultime affrontement, que chacun sait inéluctable, le «Hutu Power» du général-dictateur forme dans tous les villages une milice hutue, les Interhamwe, ce qui signifie «Frappons ensemble».

Habyarimana porte aussi les forces armées rwandaises (FAR) de 5.000 à 35.000 hommes. Mais les militaires français doivent suppléer à tous les niveaux aux défaillances de cette troupe de bric et de broc.

Les combats reprennent en juillet 1992 au nord du pays et en février 1993, Paul Kagamé procède à une «épuration ethnique» dans la zone tenue par ses troupes. Des centaines de milliers de Hutus sont chassés vers Kigali.

La radio des Mille Collines lance de premiers appels au meurtre des Tutsis, qualifiés de «cancrelats». A Paris, on commence à se rendre compte du danger et l'on décide de passer le relais à l'ONU.

Le 4 août 1993, les frères ennemis entament des négociations à Arusha, capitale de la Tanzanie voisine. 2500 Casques bleus sont déployés au Rwanda et les militaires français peuvent enfin se retirer.
Le cauchemar

Le 4 avril 1994, la paix est signée à Arusha. A Kigali comme dans le camp de Paul Kagamé, beaucoup grincent des dents en regrettant d'être ainsi privés de leur victoire... C'est alors que survient l'attentat contre l'avion qui ramène d'Arusha le président Habyarimana et son homologue burundais.

Dès le lendemain, les militaires massacrent la Premier ministre, une Hutu modérée et les dix Casques bleus belges chargés de sa protection. Le clan Habyarimana et les extrémistes du «Hutu Power» mettent en branle le plan auquel, semble-t-il, ils songeaient depuis longtemps. Rien moins que l'extermination des Tutsis (et des Hutus modérés) avec le concours de toute la population.

Les souvenirs anciens, les peurs et les haines transmises de génération en génération guident le bras des assassins. Parmi eux, nombre d'ecclésiastiques prompts à éliminer les Tutsis réputés mauvais chrétiens !

Tandis que les Casques bleus et les étrangers plient bagage en toute hâte, les troupes tutsies du FPR entament leur marche vers Kigali où elles font leur entrée le 4 juillet 1994. Las, l'irréparrable a été accompli avec le massacre de pas moins de 800.000 gens de toutes conditions.

La France a pu évacuer en catastrophe les principaux chefs du «Hutu Power» responsables du génocide, en particulier la veuve Habyarimana. Taraudée par le remords de n'avoir pas su prévenir le drame, elle lance le 22 juin 1994 l'opération Turquoise en vue de pacifier ce qui peut l'être. 2.500 militaires débarquent à Goma, au Zaïre, et à partir de là établissent une «zone humanitaire sûre» dans le sud du Rwanda.

Par centaines de milliers, cette fois, ce sont des Hutus qui fuient la vengeance des Tutsis. Ils se rendent dans la province zaïroise du Kivu et à leur tour vont connaître la désespérance des camps. Des militaires et des miliciens hutus profitent aussi de l'opération Turquoise pour s'établir au Kivu et y répandre la guerre.
Commentaire : génocide(s) ?

Le juge Jean-Louis Bruguière en charge de l'enquête sur la mort des pilotes français lors de l'attentat du 6 avril 1994 a publié ses conclusions en novembre 2006.

Il en ressort que l'avion présidentiel aurait été atteint par deux missiles tirés par des Tutsis du FPR de Paul Kagamé, l'actuel président rwandais.

Le juge a signé en conséquence neuf mandats d'arrêt internationaux à l'encontre de proches du président rwandais. Ce dernier a riposté en rompant les relations diplomatiques avec la France et en reprenant à son compte les accusations de complicité de génocide adressées dès 1994 à la France par des victimes !...

Le drame de 1994, d'une ampleur sans précédent en Afrique, s'inscrit dans une longue suite de massacres, ce qui a conduit des officiels français, à commencer par feu le président Mitterrand, à parler de «génocides» (au pluriel) !

De là à attribuer aux Tutsis de la diaspora une part de responsabilité dans le massacre des Tutsis de l'intérieur, il y a un pas que certains hommes politiques français ne sont pas loin de franchir, tout comme le juge Bruguière avec lequel ils sont d'ailleurs en très bons termes.

Faut-il s'affliger qu'un chef de guerre assassine un dictateur ? Qu'en penser lorsque cet attentat devient le prétexte au déclenchement d'un génocide ?

Faire des auteurs de l'attentat les responsables du génocide serait comme de faire porter la responsabilité de la «Nuit de Cristal» sur le juif qui a assassiné à Paris un attaché d'ambassade ou celle du génocide arménien sur les Arméniens qui ont pris en 1914 le parti des Russes contre les Turcs...

Prévisible, la polémique autour du drame rwandais frappe comme un boomerang la classe politique française qui vient de sermonner la Turquie en lui demandant de reconnaître le génocide arménien et prétend régler en quelques mots bien sentis des questions traitant de la colonisation ou encore de la traite atlantique.

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