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 Le gâchis arménien

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mihou
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Nombre de messages : 8069
Localisation : Washington D.C.
Date d'inscription : 28/05/2005

15102006
MessageLe gâchis arménien

Les historiens ont leur mot à dire face à une classe politique et des médias qui, plus que jamais, font référence à l'Histoire ; c'est la raison de ces pages qui invitent à réfléchir sur le présent et l'avenir à la lumière du passé
Octobre 2006 :

Il y a dix mois, une pétition dénonçait la mainmise du Parlement sur l'Histoire à travers une série de lois «mémorielles» mettant en cause la liberté d'expression.

Voilà que les députés français ont récidivé en votant en première lecture le jeudi 12 octobre 2006 une loi qui punit jusqu'à un an de prison toute personne qui douterait que les massacres d'Arméniens de 1915 relèvent du concept de génocide.

Ce vote a été ressenti par les Turcs et leur gouvernement comme une insulte à leur honneur sans équivalent dans le monde civilisé.

Rappelons que la République turque ne nie pas la réalité des massacres mais réfute leur assimilation à un génocide. Cette interprétation est contestée par la plupart des historiens mais elle n'est en rien comparable à celle des «négationnistes» qui nient purement et simplement que les nazis aient massacré les Juifs en 1941-1945.

Champ de ruines

Le vote du 12 octobre apparaît d'ores et déjà comme un énorme gâchis. Il porte atteinte à la liberté d'expression, à l'image internationale de la France et discrédite un peu plus la classe politique...

– Coup dur pour la liberté d'expression

Conséquence la plus évidente de la loi du 12 octobre : les chercheurs qui analysent les documents relatifs au massacre des Arméniens de 1915 sont avertis qu'ils doivent de toute façon aboutir à la conclusion que ledit massacre relève de la catégorie très étroite des génocides sous peine de sanctions pénales (amende et/ou prison).

Plus généralement, la loi porte atteinte au droit de débattre de l'Histoire. Ce droit, comme le droit de débattre des sciences, d'art, de cuisine ou de politique, appartient à tout le monde, ce qui signifie d'accepter toutes les opinions, même les plus stupides. Viendrait-il au Parlement français l'idée d'emprisonner les gens qui contestent le darwinisme ou le réchauffement climatique ?...

Plus gravement, la loi jette le discrédit sur la démocratie en posant des limites arbitraires à la liberté d'expression. Si l'on peut en France punir d'un an de prison quelqu'un qui douterait que les massacres de 1915 rentrent dans la catégorie des génocides, alors, du point de vue islamiste, on peut bien menacer de mort un prétendu philosophe qui, dans un quotidien à grand tirage, insulte le prophète vénéré par un milliard de musulmans (voir la chronique d'un certain Redeker complaisamment publiée par Le Figaro, le 19 septembre 2006).

La liberté d'expression est comme la peine de mort. On est pour ou contre ce principe. On ne peut pas être pour «avec des réserves».

– Les communautés contre la Nation

Comme pour prouver a contrario les bienfaits de la liberté d'expression, la loi du 12 octobre risque d'avoir sur la cohésion nationale des effets exactement contraires à ceux escomptés.

L'immigration turque a déjà été stigmatisée par la loi mémorielle de 2001 officialisant le génocide arménien et la nouvelle loi ne va rien arranger. D'ores et déjà, des Turcs ont annoncé leur intention de se rendre en France et de contester pour la forme le génocide arménien. Parmi eux le Prix Nobel de littérature 2006 qui a été sanctionné dans son propre pays pour avoir réclamé un débat public sur le massacre des Arméniens !

Rien ne dit que la cause arménienne sorte gagnante de l'affaire. Par esprit de contradiction, beaucoup de Français (notamment musulmans) seront tentés de prêter une oreille plus attentive aux arguments d'Ankara sur les événements de 1915.

Plus gravement, on voit mal maintenant comment éviter le débordement de revendications communautaristes et mémorielles. Des Antillais, fils métissés d'esclaves et de planteurs, aux descendants d'Africains en passant par les Kurdes..., chacun va y aller de sa revendication.

Si les députés ont bradé la liberté d'expression à un lobby arménien qui représente au grand maximum 500.000 personnes, comment pourront-ils refuser la même chose aux représentants de ces groupes... sans parler des juifs, protestants, descendants de cathares, Chouans et autres Camisards ?

– L'art de se faire des ennemis

Blessée dans sa fierté par la loi française du 12 octobre, la République turque, fondée en 1923 par Moustafa Kémal sur des bases ultranationalistes, peut moins que jamais se reconnaître coupable d'un génocide commis en 1915 sauf à s'humilier.

Le comportement de la France, qui n'a pas d'équivalent dans le monde, relève pour elle du casus belli. On peut craindre des représailles de caractère diplomatique ou économique, qui s'ajouteraient aux récents échecs de la diplomatie française (perte des Jeux Olympiques de 2012, perte d'un contrat juteux en Arabie séoudite,...).

Le président Jacques Chirac peut ainsi se flatter d'avoir rompu cinq siècles d'amitié franco-turque (beau résultat qui s'ajoute aux brouilles avec les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Côte d'Ivoire, la Pologne, l'Espagne,...).

On apprécie au passage l'incohérence, pour ne pas dire plus, de nos hommes politiques qui ont presque tous plaidé pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne malgré ses positions à l'opposé des valeurs occidentales contemporaines (pénalisation de l'athéisme et de la liberté sexuelle, nationalisme farouche,...).

Dans le même temps, ils se la mettent à dos pour une affaire qui ne devrait relever que des historiens comme le rappelle avec bon sens le président du Parlement turc. Et celui-ci de préciser que la France, «qui joue un rôle éminent pour étendre les droits de l'homme dans le monde», ne devrait pas voter une loi «limitant la liberté de pensée».

Calculs électoralistes

Pourquoi la France, seule au monde, se montre-t-elle si soucieuse d'un drame qui remonte à près d'un siècle ? La raison, quoi qu'en disent les députés, est purement électoraliste. Elle tient à ce que la France compte près d'un demi-million de descendants d'Arméniens rescapés du génocide. C'est de loin la plus importante «communauté» arménienne hors d'Arménie.

Nos élus ont la faiblesse de croire que cette «communauté» ne détermine son vote qu'en fonction de leur prise de position sur le drame de 1915. C'est ainsi qu'ils ont voté en 2001 une loi qui officialise le génocide arménien. Cette loi ayant suscité l'ire de quelques Turcs et débouché sur la profanation de mémoriaux arméniens, le Parti socialiste a surenchéri et déposé un nouveau texte pour sanctionner ces actes...

Les rapporteurs de ce projet de loi se sont justifiés en arguant de la loi Gayssot de 1990 qui réprime la négation d'un «génocide» et la loi de 2001 qui officialise le génocide arménien. L'argumentation est imparable si ce n'est qu'elle démontre qu'on ne peut condamner une loi liberticide sans les condamner toutes, à commencer par la loi Gayssot.

Inopportune et malsaine, la loi pénalisant la non-reconnaissance du génocide arménien porte un nouveau coup à une classe politique qui a été déjà gravement secouée par le scrutin présidentiel du 21 avril 2002 (arrivée en deuxième du candidat d'extrême-droite) et le référendum du 29 mai 2005. Tandis que les députés avaient approuvé le projet de Constitution européenne à 90% (record européen), celui-ci a été rejeté par le peuple à 55%, ce qui pose la question de la légitimité du Parlement actuel.

Notons que la loi du 12 octobre a été approuvée sans ambiguïté par les favoris des élections présidentielles d'avril 2007, la socialiste Ségolène Royal et le leader de la droite Nicolas Sarkozy !

André Larané
http://www.herodote.net/editorial0610.htm

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Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa
Ma devise:
se SURPASSER ,ne JAMAIS ABDIQUER,TOUJOURS RESTER HUMBLE
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Le gâchis arménien :: Commentaires

Génocide arménien: un débat confondant


C'est bien de la liberté d'expression dont il s'agit avec ce nouveau débat. L'association Liberté pour l'histoire ne dit rien d'autre, hormis le fait que ce sont les enseignants qui, une nouvelle fois, seront pris en otage si le texte présenté par les socialistes est effectivement adopté. Patrick Devedjian a lui-même repéré le danger. C'est la raison pour laquelle il a proposé un amendement qui vise à exclure les recherches scolaires, universitaires ou scientifiques du champs d'application de la loi. Une démarche qui part d'une bonne intention, mais qui, à y regarder de plus près, annulerait finalement la pénalisation de la négation du génocide arménien, c'est dire si les élus sont ennuyés avec ce texte.

Car finalement toute la question autour de laquelle ils tournent, c'est de savoir s'il faut poursuivre sur la voie des lois dites «lois mémorielles» par les historiens. Un débat lancé dès 2001, au moment de l'adoption de la reconnaissance du génocide arménien par le législateur. A l'époque les choses n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui. Lionel Jospin était à Matignon. Et Jacques Chirac n'avait pas encore trouvé judicieux d'affirmer puissamment que «ce n'est pas à la loi d'écrire l'histoire mais aux historiens».

Il faudra, en effet, attendre 2005 et la polémique sur le rôle positif de la colonisation qui a déchaîné, on s'en souvient, les passions en France, mais aussi dans les pays qui ont subi la présence française, pour que l'association Liberté pour l'histoire soit entendue. L'occasion offerte de se réapproprier l'analyse des faits historiques était trop belle. Ces derniers, dont René Rémond, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet ou encore Elisabeth Badinter, se sont donc empressés de s'organiser, de signer des pétitions et d'établir un dialogue avec la représentation nationale dont les principaux responsables avaient alors juré qu'il n'était pas dans leurs intentions de renforcer ce genre de lois par d'autres dispositions qui pourraient provoquer d'autres polémiques: ce serait la principale explication de l'absence de Jean-Louis Debré au perchoir aujourd'hui. Le président de l'Assemblée nationale est d'ailleurs constant puisqu'il avait, en mai dernier, largement contribué à ce que l'examen du projet soit reporté.

Mais aussi près soit-il du président Chirac, ce n'est pas à Jean-Louis Debré de donner les orientations et de définir la position du parti majoritaire. Soucieux de donner du grain à moudre aux élus UMP, majoritairement hostiles à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, Jacques Chirac, à l'occasion de son récent voyage en Arménie, fin septembre, a d'ailleurs posément expliqué que l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne était liée à la reconnaissance du génocide arménien. Une déclaration censée compléter, en quelque sorte, celle de Nicolas Sarkozy pour lequel le Parlement doit tracer les frontières entre l'acceptable et l'inacceptable. Or là, nous ne sommes plus dans l'histoire, mais dans la dimension morale et éthique d'une société et de son organisation alors que les historiens désirent avant tout parler des faits.

par Patrice Biancone
http://www.rfi.fr/actufr/articles/082/article_46736.asp
La France, le génocide arménien et Pierre Vidal-Naquet

La loi adoptée aujourd’hui par l’Assemblée nationale, qui punit d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende la négation du génocide arménien, pose plusieurs problèmes.

Le premier, c’est le soupçon d’électoralisme qui pèse sur ce débat. Ceux qui invoquent soudainement la mémoire arménienne s’en réclament dans le contexte des prochaines échéances électorales, avec en toile de fond les réactions des Arméniens de France.

Le deuxième tient aux conséquences prévisibles du vote sur les relations entre Paris et Ankara. Les promoteurs de cette loi s’inscrivent dans le cadre des négociations en vue de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, qui suscite, on le sait, une levée de boucliers dans une partie de l’opinion.

Le troisième concerne la façon de lutter contre le négationnisme. La négation du génocide arménien, comme des autres, doit évidemment être combattue. Aux yeux de l’immense majorité des historiens, les massacres commis durant la première guerre mondiale par les troupes turques avaient bien un caractère génocidaire. En Turquie même, des intellectuels courageux prennent appui sur ces recherches pour que leur pays reconnaisse ce « péché originel » — Le Monde diplomatique leur a d’ailleurs donné la parole (1).

Mais faut-il passer de la bataille des idées, aussi virulente soit-elle, à la loi et aux sanctions ? Les instigateurs de la discussion à l’Assemblée nationale ne peuvent jouer les naïfs découvrant un débat, dont les historiens se sont emparés depuis la loi Gayssot (1990) et qui a rebondi avec le projet de loi, finalement retiré, sur le bilan du colonialisme (2005). Plusieurs d’entre eux avaient, le 17 décembre 2005, appelé à « libérer l’histoire » :

« Emus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l’appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants. L’histoire n’est pas une religion. L’historien n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant. L’histoire n’est pas la morale. L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner, il explique. L’histoire n’est pas l’esclave de l’actualité. L’historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n’introduit pas dans les événements d’autrefois la sensibilité d’aujourd’hui. (...) L’histoire n’est pas la mémoire. L’historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L’histoire tient compte de la mémoire, elle ne s’y réduit pas. L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’Etat, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire. »

Parmi les signataires — et instigateurs — de cet appel figurait Pierre Vidal-Naquet, la grand historien disparu cet été, et dont la cohérence, dans ce domaine aussi, constitue un précieux héritage. Il en sera évidemment question lors de l’hommage qui lui sera rendu le 10 novembre, au grand auditorium de la Bibliothèque nationale de France (voir le programme sur le site de la BNF).

Le comble, c’est que les députés ont rejeté un amendement, proposé par M. Patrick Devedjian (UMP), qui excluait du champ d’application de la loi les travaux des historiens...

(1) Lire « Le tabou du génocide arménien hante la société turque », par Taner Akcam, juillet 2001.
+ Génocide, Histoire, Intellectuels, Arménie, France, Turquie

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2006-10-12-genocide-armenien
Les génocides dans l’histoire : compléments documentaires



Peggy Pierrot


Olivier Pironet



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Généralités

Encyclopédie électronique des massacres et génocides - Ce projet collectif lancé par le Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Paris veut offrir aux chercheurs, aux étudiants et aux organisations non gouvernementales un « outil de référence, de caractère encyclopédique, rassemblant nos connaissances en matière de destruction de populations civiles du point de vue des sciences sociales ». Le CERI a également développé un site thématique sur les crimes de masses et le problème de la reconstruction dans les pays touchés par les violences extrêmes : Faire la paix après les massacres.

Genocide Studies Program - Le site du Département d’étude des génocides de l’université Yale (Etats-Unis) propose de nombreux documents en anglais et en français autour de ses différents programmes de recherche (Cambodge, Timor-Oriental, Holocauste, génocides coloniaux, Rwanda...).

Aircrige - L’Association internationale de recherche sur les crimes contre l’humanité et les génocides (Aircrige), fondée en 1997 par un groupe de chercheurs, réfléchit sur les fondements anthropologiques des violences politiques à travers l’étude de l’« Etat criminel et des discours de déni attenants ». Elle organise chaque année une série de colloques dont les actes se consultent sur le site.

Prévention génocides - Ce centre de recherche belge étudie les causes et les mécanismes « invariants » des épurations ethniques et des génocides. Il veut notamment « servir d’observatoire permanent des discours sociaux et des idéologies ethnistes » qui conduisent aux politiques d’extermination.

Prevent Genocide International - Ce réseau associatif basé aux Etats-Unis est à l’origine de la « Campagne internationale pour mettre fin aux génocides » lancée en 1999 à La Haye.

Centre Droits fondamentaux et lien social - Le site de ce centre interdisciplinaire rattaché à la faculté de droit de l’université Notre- Dame-de-la-Paix de Namur (Belgique) propose une banque de données très fournie sur les crimes contre l’humanité : législation, jurisprudence, doctrine, lexique, etc.

Association Internet pour la promotion des droits de l’homme (AIDH) - Ce site met à disposition du public de nombreux rapports et documents de référence. A lire notamment : les dossiers sur la mémoire et l’enseignement de la Shoah, l’esclavage, la justice internationale, les génocides au XXe siècle...

Une mémoire des corps - Un entretien avec l’écrivain Jean Hatzfeld et le cinéaste Rithy Panh autour de leur travail sur le génocide, à lire sur le site de la revue Vacarme.

A lire :

Le Siècle des génocides - Bernard Bruneteau, Armand Colin, Paris, 2004.

L’Histoire trouée. Négation et témoignage - Catherine Coquio (dir.), L’Atalante, Nantes, 2004.

Genocide, War Crimes and the West. History and Complicity - Adam Jones (dir.), Zed Books, Londres, 2004.

Sortir du génocide. Témoigner pour réapprendre à vivre - Régine Waintrater, Payot, Paris, 2003.

Analyser le massacre. Réflexions comparatives - Jacques Semelin, CERI, Paris, 2002.

« Violences extrêmes », Revue internationale des sciences sociales, n° 174, décembre 2002.

« Les génocides : une particularité du XXe siècle ? » - Marc Levene, in Université de tous les savoirs, volume 19, Géopolitique et mondialisation, Yves Michaud (dir.), Odile Jacob, Paris, 2002 (écouter).

Le Livre noir de l’humanité. Encyclopédie mondiale des génocides - Israël Charny et al., Privat, Toulouse, 2001.

La Férocité blanche. Des non-Blancs aux non-Aryens. Génocides occultés de 1492 à nos jours - Rosa-Amelia Plumelle-Uribe, Albin Michel, Paris, 2001.

Exterminez toutes ces brutes. L’odyssée d’un homme au cœur de la nuit et les origines du génocide européen - Sven Lindqvist, Le Serpent à plumes, Paris, 2000.

Parler des camps, penser les génocides - Textes réunis par Catherine Coquio, Albin Michel, Paris, 1999.

Juridictions internationales et traités

Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) - Le site du HCDH contient le texte intégral de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (12 janvier 1951) et celui de la Convention sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité (26 novembre 1968).

Cour internationale de justice (CIJ) - Etablie en 1945 par la Charte des Nations unies, la CIJ règle les différends entre Etats conformément au droit international et prononce des avis consultatifs sur les questions qui lui sont soumises par des organes ou des institutions de l’ONU. La Bosnie a porté plainte, en 1993, contre la Serbie-Monténégro pour « violation de la convention sur le génocide ».

Cour pénale internationale (CPI) - La CPI a été instituée en 1998 en vertu du Statut de Rome, qui est entré en vigueur le 1er juillet 2002. Ce tribunal indépendant à compétence universelle a pour vocation de poursuivre et juger les auteurs de crime de guerre, de crime de génocide et de crime contre l’humanité. Au 3 mai 2004, 94 Etats avaient ratifié le traité. Les Etats-Unis y sont, depuis le début, formellement opposés.

Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) - Le TPIY a été créé par le Conseil de sécurité des Nations unies le 23 février 1993. Il a pour mission de punir les crimes commis au Kosovo, en Croatie et en Bosnie dans les années 1990. La Chambre d’appel du Tribunal a notamment estimé, le 19 avril 2004, que le massacre de plusieurs milliers (de 6 000 à 7 000 selon les estimations) de musulmans de Bosnie, en 1995, à Srebrenica constituait un génocide.

Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) - Le TPIR a été instauré le 8 novembre 1994 afin de juger les personnes responsables d’actes de génocide et d’autres crimes graves au Rwanda entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994 (entre 800 000 et 1 million de morts selon les estimations officielles). Il siège à Arusha, en Tanzanie.

International Justice Tribune - Un site d’information sur la justice pénale internationale créé par des journalistes professionnels.

A lire :

« Justices internationales » - Questions internationales, n° 4, novembre-décembre 2003, La Documentation française, Paris (consulter le dossier thématique).

International Criminal Law - Antonio Cassese, Oxford University Press, Oxford, 2003.

La Cour pénale internationale - Jessica Lecs, in Regards sur l’actualité, n° 278, février 2002, La Documentation française, Paris, 2002.

Des Crimes qu’on ne peut ni punir ni pardonner. Pour une justice internationale - Antoine Garapon, Odile Jacob, Paris, 2002.

Crimes internationaux et juridictions internationales - Antonio Cassese & Mireille Delmas-Marty, Presses universitaires de France, Paris, 2002.

La Justice face à la guerre. De Nuremberg à La Haye - Pierre Hazan, Stock, Paris, 2000.

Shoah

Yad Vashem - Le mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem, érigé en 1953 en hommage aux victimes du génocide nazi, possède un fonds documentaire de plus de 50 millions de pages de documents ainsi que des centaines de milliers de photographies et de films, dont une partie est consultable en ligne.

Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) - Le CDJC, créé en 1943 à Paris, dispose d’un important fonds d’archives relatives à la persécution des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Il publie chaque semestre la Revue d’histoire de la Shoah et a coordonné la réalisation du Guide européen des sources d’archives sur la Shoah (2000).

Fondation pour la mémoire de la Shoah - Créée en 2000, cette fondation privée reconnue d’utilité publique est présidée par Simone Veil.

AIDH : « Mémoire de la Shoah » - L’Association Internet pour la promotion des droits de l’homme (AIDH) a réalisé un dossier à vocation pédagogique sur le génocide juif.

Anti-Rev - Ce site personnel propose des ressources documentaires sur le génocide des juifs par les nazis, l’antisémitisme et le négationnisme.

A lire :

La « Solution finale de la question juive ». La technique, le temps et les catégories de la décision - Florent Brayard, Fayard, Paris, 2004.

Ressentiment et apocalypse. Essai sur l’antisémitisme nazi - Philippe Burrin, Seuil, Paris, 2004.

L’Asymétrie et la vie - Primo Levi, Robert Laffont, Paris, 2004.

Si c’est un homme - Primo Levi, Robert Laffont, Paris, 2002 (rééd.).

La « solution finale » dans l’histoire - Arno J. Mayer, La Découverte, Paris, 2002.

L’Espèce humaine - Robert Antelme, Gallimard, Paris, 2000 (rééd.).

La Violence nazie. Essai de généalogie historique - Enzo Traverso, La Fabrique, Paris, 2001.

Des Hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne - Christopher Browning, Les Belles Lettres, Paris, 2002 (rééd.).

L’Univers concentrationnaire - David Rousset, Hachette, Paris, 1998 (rééd.).

Réflexions sur le génocide. Les Juifs, la mémoire et le présent - Pierre Vidal-Naquet, La Découverte, Paris, 1995.

Au fond des ténèbres : de l’euthanasie à l’assassinat de masse, un examen de conscience - Gitta Sereny, Denoël, Paris, 1993.

Atlas de la Shoah - Martin Gilbert, Editions de l’Aube, La Tour-d’Aigues, 1992.

Rapport sur la banalité du Mal. Eichmann à Jérusalem - Hannah Arendt, Gallimard, Paris, 1991 (rééd.).

La Destruction des juifs d’Europe - Raul Hilberg, Fayard, Paris, 1988.

Axis Rule in Occupied Europe - Raphael Lemkin, Fertig, New York, 1973 (rééd.).

Tziganes

United States Holocaust Memorial Museum - Le Mémorial pour l’Holocauste des Etats- Unis propose une section documentaire sur la déportation et l’extermination des Tziganes par les nazis entre 1933 et 1945.

A Teacher’s Guide to the Holocaust - Un annuaire de ressources en ligne sur le génocide des Tziganes.

A lire :

La Persécution des Tziganes par les nazis - Guenter Lewy, Les Belles Lettres, Paris, 2003.

Samudaripen, le génocide des Tziganes - Claire Auzias, L’Esprit frappeur, Paris, 2000.

« 1939-1946, France : l’internement des Tsiganes » et « L’internement : des lieux de mémoire », Etudes Tsiganes, respectivement n° 6, juillet 1995, et n° 13, janvier 1999 (site de la revue).

Destins gitans. Des origines à la « Solution finale » - Donald Kenrick & Puxon Grattan, Gallimard, Paris, 1995 (rééd.).

Memorial Book : The Gypsies at Auschwitz-Birkenau - Collectif, K.G. Saur, Munich, 1993.

Aborigènes

Aboriginal Genocide Litigation Resources - De nombreuses ressources sur les luttes menées par les Aborigènes pour la reconnaissance du génocide dont ils ont été victimes.

Aboriginal Studies Virtual Library - Une base de données documentaire sur les Aborigènes développée par le Center For World Indigenous Studies.

The Reconciliation and Social Justice Internet Project - Ce centre de documentation en ligne mis en place par le Council for Aboriginal Reconciliation et l’Australasian Legal Information Institute donne accès à de nombreux documents sur les droits indigènes et sur les affaires de vols d’enfants.

Histoire des rapports entre l’Australie blanche et les Aborigènes - Ce site personnel fournit données chiffrées et éléments historiques sur la décimation de la quasi-totalité de la population aborigène depuis 1788.

Genocide and Holocaust Consciousness in Australia - Le site de l’université de Sydney propose de nombreux articles (payants) sur le génocide des Aborigènes d’Australie. Cet article de A. Dirk Moses, spécialiste de la question, est accessible gratuitement.
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Re: Le gâchis arménien
Message le Lun 16 Oct - 22:12 par mihou
A lire :

Australie plurielle. Gestion de la diversité ethnique en Australie de 1788 à nos jours - Martine Piquet, L’Harmattan, Paris, 2004.

Les Passagers anglais - Matthew Kneale, Belfond, Paris, 2002.

Blood on the Wattle. Massacres and Maltreatment of Aboriginal Australians since 1788 - Bruce Edler, New Holland, Melbourne, 1998.

The Struggle for Aboriginal Rights. A Documentary History - Bain Attwood et Markus Andrew, Allen & Unwin, Crows Nest, New South Wales, 1999, Paris, 1997.

Who Killed the Koories ? - Michael Cannon, William Heinemann, Melbourne, 1990.

Les Rêveurs du désert - Barbara Glowczewski, Plon, Paris, 1989.

Aborigines in Colonial Victoria 1835-1886 - Michael F. Christie, Macmillan Australia, Syndey, 1979.

Racism : the Australian Experience. A Study of Race Prejudice in Australia - Franck. S. Stevens, Australia and New Zealand Book Company, Sidney. Vol. 1, Prejudice and Xenophobia, 1971, vol. 2, Black versus White & vol. 3, Colonialism, 1972.

Black War : The Extermination of the Tasmanian Aborigines - Clive Turnbull, Lansdowne Press, Melbourne, 1965.

Amérindiens

Canke opi - Ce site personnel consacré au massacre de Wounded Knee propose également de nombreuses informations sur les luttes, passées et présentes, des Indiens d’Amérique du Nord.

Indian Removal Act - Le texte de la loi votée par le Congrès des Etats-Unis le 26 mai 1830, autorisant le transfert forcé des Indiens de l’Est américain vers les territoires de l’Ouest.

A lire :

« An American Holocaust ? The Structure of Denial » - Ward Churchill, Socialism and Democracy, # 35, vol 18, n° 1 (texte intégral).

Nous, le Peuple. Voyage à travers l’Amérique indienne - Serle Chapman, Albin Michel, Paris, 2004.

Le Sentier des larmes. Le grand exil des Indiens Cherokees - Bernard Vincent, Flammarion, Paris, 2002.

Le Livre noir des Etats-Unis - Peter Scowen, Mango document, Paris, 2002.

A Little Matter of Genocide. Holocaust and Denial in the Americas - Ward Churchill, City Lights Books, San Francisco, 1997.

American Holocaust - David Stannard, Oxford University Press, Oxford, 1992.

L’Agonie des Peaux-Rouges - Claude Fohlen, Resma, Paris, 1970.

Arméniens

Comité de défense de la cause arménienne (CDCA) - Le CDCA a constitué un dossier thématique sur le génocide commis par les Turcs à l’encontre des Arméniens entre 1915 et 1917.

Armenian National Institute - Ce site basé à Washington est entièrement consacré au génocide arménien. Articles, photographies, cartes, chronologies, documents de référence, etc.

Zoryan Institute - Ce centre de recherches américano-canadien propose de nombreuses ressources sur la question arménienne.

A lire :

24 avril. Témoignage sur la reconnaissance par la France du génocide arménien de 1915 - Alexis Govciyan, Le Cherche Midi, Paris, 2003.

Survivors : An Oral History of the Armenian Genocide - Donald E. Miller & Lorna Touryan Miller, University of California Press, Berkeley, 1999.

Caravans to Oblivion : The Armenian Genocide, 1915 - G. S. Graber, Wiley, New York, 1996.

Histoire du génocide arménien - Vahakn Dadrian, Stock, Paris, 1996.

German Responsability in the Armenian Genocide - Vahakn Dadrian, Blue Crane Books, Watertown, Massachusetts, 1996.

Armenia : The Case for a Forgotten Genocide - Dickran H. Boyajian, Educational Book Crafters, Westwood (NJ), 1972.

Bosnie-Herzégovine

Le Courrier des Balkans - Ce site sur l’Europe du Sud-Est propose une sélection de ressources sur le massacre de 6 000 à 7 000 musulmans par les forces bosno-serbes à Srebrenica, en juillet 1995.

Srebrenica Interactive Guide - The Guardian a réalisé un dossier interactif sur la politique de « purification ethnique » des autorités serbes en Bosnie-Herzégovine dès 1992.

A lire :

« Purification ethnique ». Une formule et son histoire - Alice Krieg-Planque, CNRS Editions, Paris, 2003.

Srebrenica, l’été d’une agonie. Des femmes témoignent - Collectif, L’Esprit des Péninsules, Paris, 2000.

« Qu’est-ce qu’un crime de masse ? Le cas de l’ex-Yougoslavie » - Jacques Sémelin, in Critique internationale, n° 6, hiver 2000, CERI, Paris (texte intégral).

Le grand massacre. Srebrenica, juillet 1995 - David Rohde, Plon, Paris, 1998.

Srebrenica. Histoire d’un crime international - Laurence de Barros-Duchêne, L’Harmattan, Paris, 1997.

Cambodge

Cambodge Contact - Avec de larges extraits d’ouvrages consacrés au génocide commis par les Khmers rouges entre 1975 et 1979.

Cambodian Genocide Progam - Le Département d’étude des génocides de l’Université Yale présente sur son site une base documentaire très étoffée sur le génocide cambodgien.

Réseau Internet pour le droit international (RIDI) - Une série d’articles de David Boyle, chercheur en droit international qui s’intéresse à la situation des victimes des Khmers rouges.

A lire :

La Machine khmère rouge. Monti Santésok S-21 - Rithy Pan (avec Christine Chaumeau), Flammarion, Paris, 2003.

S-21 ou le crime impuni des Khmers rouges - David Chandler, Autrement, Paris, 2001.

Le Génocide au Cambodge, 1975-1979. Race, idéologie et pouvoir - Ben Kiernan, Gallimard, Paris, 1998.

Le Génocide khmer rouge : une analyse démographique - Marek Sliwinski, L’Harmattan, Paris, 1995.

L’Utopie meurtrière. Un rescapé du génocide cambodgien témoigne - Pin Yathay, Complexe, Bruxelles, 1989.

Les Larmes du Cambodge. Histoire d’un auto-génocide - Elisabeth Becker, Robert Laffont, Paris, 1988.

Une Tragégie sans importance. Nixon, Kissinger et l’anéantissement du Cambodge - William Shawcross, Balland, Paris, 1979.

Congo belge

Histoire de la colonisation belge du Congo - Ce site fait appel à de nombreux spécialistes sur la question.

Reforming the Heart of Darkness - Un site très complet sur l’Association pour la réforme du Congo, fondée en Angleterre en 1904 afin de lutter contre les exactions du régime colonial du roi Léopold II.

A lire :

The Crime of the Congo - Arthur Conan Doyle, University Press of the Pacific, 2004 (texte intégral).

Au cœur des ténèbres - Joseph Conrad, Mille et une nuits, Paris, 2000 (texte intégral en anglais).

Les Fantômes du roi Léopold. Un holocauste oublié - Adam Hochschild, Belfond, Paris, 1998.

Congo, mythes et réalités. 100 ans d’histoire - Jean Stengers, Duculot, Louvain-la-Neuve, 1989.

Madagascar

Le soulèvement de 1947 : bref état des lieux - Le texte de la communication faite par Françoise Raison-Jourde lors du colloque « Madagascar 1947 » organisé par l’AFASPA (Association française de solidarité et d’amitié avec les peuples d’Afrique) à l’université de Paris-VIII-Saint-Denis en octobre 1997.

A lire :

Nour, 1947 (roman) - Jean-Luc Raharimanana, Le Serpent à plumes, Paris, 2003.

Massacres coloniaux, 1944-1950 : la IVe République et la mise au pas des colonies françaises - Yves Benot, La Découverte, Paris, 2001.

Le Racisme revisité. Madagascar 1947 - Octave Mannoni, Denoël, Paris, 1997.

L’Insurrection de l’Ile rouge - Documentaire de Danièle Rousselier et Corinne Godeau, La Sept/Arte/ « Point du jour », 1994.

L’Insurrection malgache de 1947 - Jacques Tronchon, Karthala, Paris, 1974.

Namibie

Der Völkermord an den Herero (Le génocide des Hereros) - Un important dossier sur le génocide herero : déclarations officielles de l’époque, repères historiques, analyses, bibliographie...

Talking About Genocide - Sur le site du Peace Pledge Union (PPU), une association britannique spécialisée dans l’éducation aux droits humains et à la paix, une section consacrée au génocide namibien.

A lire :

« L’Allemagne découvre son sanglant passé africain » - Jochen Bölsche, Courrier international, n° 693, 12 février 2004.

Völkermord in Deutsch-Südwesafrika - Jürgen Zimmerer, Joachim Zell, CH. Links, 2003.

« Les Hereros demandent réparation à l’Allemagne » - Michelle Hakata, Courrier international, n° 567, 13 septembre 2001.

Hereros Heroes : A Socio-political History of the Hereros of Namibia 1890-1923 - Jan-Bart Gewald, Ohio University Press, Athens, Ohio, 1999.

Rwanda

Rwanda, pour mémoire - Un dossier de France Culture pour le dixième anniversaire du génocide rwandais : six heures d’émissions en écoute, repères chronologiques, sélection de sites, bibliographie. A écouter : des extraits du procès de quatre génocidaires à Bruxelles en 2001.

Rwanda, un génocide qu’on aurait pu stopper - Le rapport de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) sur le génocide au Rwanda.

Réseau de Citoyens Justice et Démocratie - Les minutes du procès de Bruxelles.

Agence Hirondelle - Basée à Arusha (Tanzanie), elle couvre notamment les travaux du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Rwanda 1994-2004 - Le site de La Commission d’enquête citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide.

A lire :

Survivantes. Rwanda, dix ans après le génocide - Esther Mujawayo et Souâd Belhaddad, Editions de l’Aube, La Tour-d’Aigues, 2004.

L’Inavouable. La France au Rwanda, Patrick de Saint-Exupéry, Les Arènes, Paris, 2004 (dossier).

« Rwanda, 10 ans après » - Benjamin Chevillard, Indésens, n° 8, printemps 2004 (extraits).

Une Saison de machettes - Jean Hatzfeld, Seuil, Paris, 2003.

Dans le nu de la vie. Récits des marais rwandais - Jean Hatzfeld, Seuil, Paris, 2002.

« Les Etats-Unis et le Rwanda : des liens particuliers dans le domaine de l’entraînement. », Amnesty International, in Le Commerce de la terreur, Londres, juin. 2002 (texte intégral).

Un Génocide sur la conscience - Michel Sitbon, L’Esprit frappeur, Paris, 1998 (texte intégral).

Rwanda, histoire d’un génocide - Colette Braeckman, Fayard, Paris, 1994.

Timor-Oriental

East Timor Project - Une rubrique documentaire sur les massacres commis par l’armée indonésienne contre la population timoraise.

East Timor Revisited - Les Archives de la sécurité nationale (NSA) ont rendu publics une série de documents éclairant la complicité des Etats-Unis.

A lire :

Timor-Est, de la résistance à l’indépendance - Oxfam-Solidarité, Bruxelles, 2001.

East Timor : The Price of Freedom - John Taylor, Zed Books, Londres, 1999.

Timor-Est, le génocide oublié. Droit d’un peuple et raisons d’Etats - Gabriel Defert, L’Harmattan, Paris, 1992.

Ukraine

The Ukraine Weekly - Une étude de Dana Dalrymple sur la famine provoquée par Staline en Ukraine.

Infoukes - Ce site consacré à l’histoire et à la culture ukrainienne donne accès à une série de documents sur la Grande Famine.

A lire :

1933, l’année noire. Témoignages sur la famine en Ukraine - Georges Sokoloff, Albin Michel, Paris, 2000.

Execution by Hunger : The Hidden Holocaust - Miron Dolot, W. W. Norton & Co., New York, 1987 (rééd.).

The Harvest of Sorrow : Soviet Collectivization and the Terror-Famine - Robert Conquest, Oxford University Press, Londres/New York, 1987.

Famine in the Soviet Ukraine 1932-1933 : A Memorial Exhibition, Oksana Procyk, Leonid Heretz, James Mace, Harvard University Press, Cambridge (MA), 1986.

Famine in Soviet Russia - Harold Fisher, Ayer Co., Manchester (NH), 1971 (rééd.).

Tchad

A lire :

Le Roi n’est pas noir (Bande dessinée) - Pierre Alban Delannoy et Frédéric Logez, Editions Brûle Maison, Lille, 2001.

Peggy Pierrot et Olivier Pironet.








LE MONDE DIPLOMATIQUE | août 2004 | Pages 96, 97 et 98
http://www.monde-diplomatique.fr/mav/76/PIERROT/11343
Une pétition répond à l'appel d'historiens contre ces lois
LOI GAYSSOT, LOI TAUBIRA...

Une pétition répond à l'appel d'historiens contre ces lois

NOUVELOBS.COM | 20.12.05 | 11:39

Des personnalités contestent la légitimité du texte "Liberté pour
l'histoire!" qui demande notamment l'abrogation d'articles de la loi
Gayssot ou de la loi pour la reconnaissance de l'esclavage comme
crime contre l'humanité.

Dans une lettre ouverte intitulée "Ne mélangeons pas tout"[cf plus
bas], rendue publique par 20 minutes mardi 20 décembre, des
personnalités répondent à la pétition du 12 décembre "Liberté pour
l'Histoire" demandant l'abrogation de plusieurs articles de loi
jugés "indignes d'un régime démocratique", concernant des événements
du passé.

Le texte signés par dix-neuf historiens vise des articles contenus
dans les lois du 13 juillet 1990 (ndlr: dite loi Gayssot, tendant à
réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe, article 9 sur
le négationnisme), du 29 janvier 2001 (ndlr: relative à la
reconnaissance du génocide arménien de 1915), du 21 mai 2001 (ndlr:
tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant
que crime contre l'humanité) et du 23 février 2005.
Le polémique article 4 de cette dernière loi (en faveur des Français
rapatriés) stipule que "les programmes scolaires reconnaissent en
particulier le rôle positif de la présence française outre-mer,
notamment en Afrique du Nord".

"Amalgame"

Pour l'historien spécialiste des génocides Yves Ternon, cité dans 20
minutes, la première pétition "fait un amalgame de textes
complètement différents". Selon lui, "elle met sur le même plan un
article de loi qu'il faudrait en effet abroger - sur la
colonisation - et d'autres textes qui reconnaissent des faits
attestés de génocides ou de crimes contre l'humanité". La contre-
pétition affirme en effet "revendiquer pour tout un chacun une
pleine et entière liberté de recherche et d'expression" mais ne voit
pas "quel historien a été empêché par la loi Gayssot de travailler
sur la Shoah et d'en parler ?"
Pour le directeur de la Fédération euro-arménienne Laurent
Leylekian, signataire de la lettre "Ne mélangeons pas tout", "le
négationnisme est une atteinte directe à la dignité des victimes" et
pour cela "n'appartient pas au champ du débat historique".

"Esclave de l'actualité"

Les signataires de la pétition "Liberté pour l'histoire!" citent
pour leur part "les interventions politiques de plus en plus
fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et les
procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs".
"Dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité
judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'Etat,
même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de
l'histoire . C'est en violation de ces principes que des articles de
lois successives - notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier
2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 ont restreint la liberté de
l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit
chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et
posé des limites" indique leur texte.

Les signataires

"Liberté pour l'histoire!" (12 décembre 2005) : Jean-Pierre Azéma,
Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor,
Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre
Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost,
René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre
Vidal-Naquet et Michel Winock.

"Ne mélangeons pas tout" (20 décembre 2005) : L'avocat serge
Klarsfeld, l'écrivain Didier Daeninckx, le cinéaste Danis Tanovic,
l'avocat Alain Jakubowicz


Source :
http://permanent.nouvelobs.com/politique/20051220.OBS9490.html

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HISTOIRE

"Ne mélangeons pas tout"

NOUVELOBS.COM | 20.12.05 | 11:17





"Nous revendiquons pour tout un chacun une pleine et entière liberté
de recherche et d'expression. Mais il paraît pernicieux de faire
l'amalgame entre un article de loi éminemment discutable et trois
autres lois de nature radicalement différente. La première fait
d'une position politique le contenu légal des enseignements
scolaires et il paraît souhaitable de l'abroger. Les secondes
reconnaissent des faits attestés de génocide ou de crimes contre
l'humanité afin de lutter contre le déni, et de préserver la dignité
de victimes offensées par ce déni.

Ces trois lois ne restreignent en rien la liberté de recherche et
d'expression. Quel historien a donc été empêché par la loi Gayssot
de travailler sur la Shoah et d'en parler ? Déclarative, la loi du
29 janvier 2001 ne dit pas l'histoire. Elle prend acte d'un fait
établi par les historiens – le Génocide des Arméniens – et s'oppose
publiquement à un négationnisme d'Etat puissant, pervers et
sophistiqué. Quant à la loi Taubira, elle se borne simplement à
reconnaître que l'esclavage et la traite négrière constituent des
crimes contre l'humanité que les programmes scolaires et
universitaires devront traiter en conséquence.




Le législateur ne s'est pas immiscé sur le territoire de
l'historien. Il s'y est adossé pour limiter les dénis afférents à
ces sujets historiques très spécifiques, qui comportent une
dimension criminelle, et qui font en tant que tel l'objet de
tentatives politiques de travestissements. Ces lois votées ne
sanctionnent pas des opinions mais reconnaissent et nomment des
délits qui, au même titre que le racisme, la diffamation ou la
diffusion de fausses informations, menacent l'ordre public.

L'historien serait-il le seul citoyen à être au-dessus de la loi ?
Jouirait-il d'un titre qui l'autorise à transgresser avec
désinvolture les règles communes de notre société ? Là n'est pas
l'esprit de la République où, comme le rappelle l'article 11 de la
déclaration des Droits de l'Homme, "tout citoyen peut parler,
écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette
liberté dans les cas déterminés par la loi".

Premier signataires : L'avocat serge Klarsfeld, l'écrivain Didier
Daeninckx, le cinéaste Danis Tanovic, l'avocat Alain Jakubowicz



Source :
http://permanent.nouvelobs.com/culture/20051220.OBS9491.html
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Les historiens font feu de toute loi
Message le Mer 25 Oct - 0:03 par mihou
Les historiens font feu de toute loi
Mémoire

Les historiens font feu de toute loi
Le débat sur le «rôle positif» de la colonisation a ouvert la
polémique autour des lois qui veulent écrire l'histoire. Et remet en
cause l'arsenal législatif voté depuis quinze ans.

par Antoine de BAECQUE
QUOTIDIEN : mercredi 21 décembre 2005

Pétitions, contre-pétitions, appels et lettres ouvertes. Avec sa loi
de février 2005 sur le rôle positif de la colonisation, la majorité
UMP peut se vanter d'avoir mis le feu. Les historiens, relayés par
les politiques, revisitent l'ensemble des lois mémorielles et
questionnent leur pertinence. Dernier épisode en date, hier, 33
chercheurs et personnalités ont signé la lettre ouverte «Ne
mélangeons pas tout» (lire ci-contre) pour défendre notamment la loi
Gayssot de 1990 sur les crimes contre l'humanité. Cette initiative
est une réplique à la pétition de 19 historiens, «Liberté pour
l'histoire», publiée le 13 décembre par Libération pour l'abrogation
de plusieurs lois, y compris celle de 1990.

Tout est parti, le 3 décembre, d'un forum réuni à Sciences-Po autour
de la question de l'esclavage et du livre d'Olivier Pétré-
Grenouilleau, les Traites négrières (lire ci-contre). Un premier
groupe d'historiens a publiquement dénoncé les pressions et les
attaques que cette profession subit de la part des associations et
collectifs de mémoire. Olivier Pétré-Grenouilleau, professeur à
l'université de Lorient, dont l'ouvrage a été couronné par deux prix
incontestables, se voit attaqué pour «révisionnisme» par le
collectif des Antillais-Guyanais-Réunionnais qui lui reproche
d'avoir relativisé l'esclavage, cela au nom de la loi Taubira du 21
mai 2001.

Esclaves. Et depuis quelques mois, c'est un autre texte qui fait
craindre le pire à la communauté historienne, très remontée et
mobilisée à travers pétitions, réclamations, manifestations :
l'article 4 de la loi du 23 février 2005 qui enjoint aux manuels
d'enseigner «le caractère positif de la présence française outre-
mer».

Pour l'écrivain Françoise Chandernagor, elle-même descendante
d'esclaves, il fallait frapper un coup symbolique: lancer une
pétition rappelant que «dans un Etat libre, il n'appartient ni au
Parlement, ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité
historique». Rédigée avec Jean-Pierre Azéma, une première mouture du
texte est soumise à dix-sept autres historiens, grands noms
incontestables, retravaillée, puis lancée dans le débat public le 12
décembre, via l'AFP, Libération puis le Monde. Au passage, la
définition de l'Histoire par les historiens se trouve étoffée de
plusieurs repoussoirs : elle n'est ni «une religion», ni «la
morale», ni «esclave de l'actualité», ni «la mémoire», pas plus
qu'un «objet juridique» ou «une politique». Le texte s'achève sur
une demande radicale : l'abrogation des quatre «lois mémorielles»
adoptées depuis quinze ans qui restreindraient «la liberté de
l'historien en lui disant, sous peine de sanctions, ce qu'il doit
chercher et ce qu'il doit trouver» ; à savoir, la loi Gayssot de
1990, celle de janvier 2001 sur le génocide arménien, celle du 21
mai 2001 sur l'esclavage comme crime contre l'humanité, et celle du
23 février 2005. Pour les historiens, il s'agit d'une question de
principe, même si beaucoup savent que leur demande est irréaliste.
Sans doute est-ce surtout un moyen de se défendre et d'attirer
l'attention en portant inquiétude et désarroi devant l'opinion
publique, en un moment où celle-ci s'interroge sur les rapports
entre passé et présent, mémoire et politique.

Bloc. Depuis, si les historiens font bloc derrière les dix-neuf
premiers signataires, la question des lois mémorielles ­ et de leur
abrogation ­ est devenue un enjeu politique. Chirac a chargé Jean-
Louis Debré d'une mission sur «l'évaluation de l'action du Parlement
dans les domaines de la mémoire et de l'Histoire» (lire page Cool. Les
partis de gauche demandent l'abrogation de l'article 4 de la loi de
février 2005, mais sont visiblement gênés concernant les autres lois
mémorielles. La pétition unitaire initiée par Dominique Strauss-Kahn
a recueilli 38 000 signatures (1). Au nom du FN, Bruno Gollnisch ne
s'est pas privé de s'associer aux demandes d'abrogation d'une loi
Gayssot qui le menace directement. En un mot, la confusion règne.
Comme le résume de façon imagée l'historien Jean-Pierre Rioux, «un
milieu plutôt frileux a réussi à faire un joli barouf pour dénoncer
une tendance qui lui cause d'énormes difficultés : l'Histoire est de
plus en plus instrumentalisée par les débats de mémoire».

(1) http://www.abrogation.net


Source :
http://www.liberation.fr/page.php?Article=346509
Objet : «Quand la loi édicte une vérité officielle, nous disons "non"»
Mémoire Jean-Pierre Azéma, historien, fustige l'inflation
législative :

«Quand la loi édicte une vérité officielle, nous disons "non"»

par Antoine de BAECQUE
QUOTIDIEN : mercredi 21 décembre 2005

Jean-Pierre Azéma, 68 ans, professeur d'histoire à Sciences-Po, est
spécialiste de la Seconde Guerre mondiale. Il explique les enjeux de
cette mobilisation contre les lois mémorielles.

Comment est venue l'idée de cette pétition d'historiens ?

J'avais réuni une quarantaine d'historiens et de juristes en un
forum de discussions, à Sciences-Po, le 3 décembre, autour du livre
d'Olivier Pétré-Grenouilleau, les Traites négrières. C'est un livre
important, incontestable d'un point de vue historique, et son auteur
se trouve pourtant traîné en justice par une association mémorielle,
le collectif des Antillais-Guyanais-Réunionnais, pour révisionnisme
(lire ci-dessus). Nous voulions en parler avec lui, et le forum
s'est demandé comment le défendre, avec quels moyens. Il a été
décidé que quelques-uns d'entre nous écriraient des lettres de
soutien qui puissent être produites lors du procès, qu'une
association d'historiens allait être mise en place afin de venir en
aide aux collègues qui, malheureusement, risqueraient d'être mis en
cause dans le futur. Et donc qu'une pétition circulerait.

Comment la pétition va-t-elle circuler ?

Nous allons passer par les associations d'historiens, sur le
terrain, notamment dans l'enseignement secondaire et supérieur. Car
l'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le «rôle positif de la
colonisation» menace les profs. Aujourd'hui, les enseignants
d'histoire sont vulnérables et l'inquiétude monte. Avoir
l'obligation de dire que la colonisation a été positive, sans
analyse critique, c'est explosif dans les classes. Il y a un vrai
ras-le-bol des historiens qui se sentent démunis face à la
mémorialisation et à la judiciarisation de l'histoire.

Qu'est-ce qui explique ce double phénomène ?

Ce que j'appellerais un «déferlement de la mémoire» depuis une
quinzaine d'années. Qui me semble lié à deux stratégies. D'abord
d'ordre médiatico-judiciaire : un bon procès fait parler. Et les
groupes de mémoire, qu'ils soient juifs, arméniens, descendants
d'esclaves ou de colonisés, pieds-noirs ou harkis, le savent bien.
C'est une stratégie judiciaire de communication : la mémoire
meurtrie s'entretient à coups de procès, et ce sont souvent les
historiens qui en font les frais. Il y a aussi, de la part des
politiques, une stratégie partisane. Les quatre lois mémorielles en
question, loi Gayssot sur le négationnisme en 1990, sur le génocide
arménien le 29 janvier 2001, loi Taubira sur l'esclavage du 21 mai
2001, sur la colonisation en février 2005, ciblent des votes que les
politiques veulent s'allier, ou du moins ne pas perdre. Les partis
cherchent à récupérer les mémoires, la communauté juive, les
Arméniens de France, les harkis, le vote des DOM-TOM. Dans certaines
régions, les politiques sont très dépendants de ces stratégies
clientélistes.

Mais, pour les historiens, rester entre soi sonne un peu
corporatiste...

Il faut être clair : les travaux d'histoire n'ont pas vocation à
répondre aux demandes mémorielles. On ne fait pas un livre
d'histoire sérieux pour démontrer après coup que tel ou tel groupe
mémoriel a raison de se clamer victime. C'est une surenchère
dangereuse.

C'est une évolution sociale à laquelle les historiens n'échappent
pas...

Il y a trente ans, les historiens ne sortaient pas, ou rarement, de
leur pré carré des colloques et des notes en bas de page. Mais en
France, l'histoire est de plus en plus importante dans l'actualité :
commémorations, procès Touvier, Papon, où des historiens ont été
témoins et experts. L'histoire ne doit pas être l'esclave de
l'actualité et plaquer sur le passé des schémas contemporains.
L'historien devrait répondre de façon non mémorielle à la demande
sociale.

Avec la remise en cause de la loi Gayssot, ne craignez-vous pas
d'être instrumentalisés par l'extrême droite révisionniste ?

Quand la loi Gayssot vise à une protection contre les agités du
négationnisme, très bien. Mais quand elle édicte une vérité
officielle de l'histoire, nous disons non. Et ce n'est pas nouveau :
à l'époque, deux consciences historiques comme Madeleine Rebérioux
et Pierre Vidal-Naquet étaient montés au créneau, disant en
substance : on peut se passer de cette loi qui n'est pas
essentielle. La loi Gayssot n'est pas tout à fait inutile dans les
faits de justice ­ elle est un cas limite ­, même si, sur le principe,
elle me semble ambiguë.

Lors de l'adoption de la loi Taubira, les historiens ne se sont pas
manifestés...

Ils auraient dû, car l'article 2 décrète que les programmes
scolaires et de recherche devront faire une place conséquente à la
traite et à l'esclavage. Disons qu'il y avait quelques raisons, à
l'époque, de compenser le fait que, dans les manuels, on parlait
insuffisamment de l'esclavage et de la colonisation. Depuis, cet
aspect des choses a changé.

Votre pétition demande l'abrogation des quatre lois mémorielles
adoptées depuis 1990...

Nous savons que ces lois ne seront pas abrogées. Mais c'est une
question de principe : il fallait marquer un coup dans une stratégie
tribunicienne. Et affirmer : «Ça suffit maintenant, plus de loi
mémorielle en faveur d'aucune communauté qui pourrait se prétendre
victime de l'histoire.» Rien n'empêche les commémorations,
nationales, locales ou partisanes, mais on ne peut plus forcer les
historiens à enseigner et à écrire une vérité historique votée par
les députés.

Quelle sera l'action des historiens dans l'immédiat ?

Créer une association de type loi de 1901, Liberté pour l'histoire,
qui veillera à ce que l'histoire ne soit pas instrumentalisée, et
pourra aller en justice pour défendre les historiens.


Source :
http://www.liberation.fr/page.php?Article=346511
avatar
Turquie:La fracture arménienne
Message le Jeu 21 Déc - 21:59 par mihou
L'Express, no. 2886
Monde, jeudi 26 octobre 2006, p. 96

Reportage; Couverture Inter

Turquie
La fracture arménienne

Demetz Jean-Michel; Ortaq Nükte V.

En désaccord avec la diaspora, la communauté restée dans le pays dénonce le vote des députés français, qui pénalise la négation du génocide de 1915. Elle préfère la pédagogie à la sanction et craint que l'initiative ne fragilise le dialogue amorcé avec Ankara

Avocate de la communauté arménienne de Turquie (70 000 membres revendiqués), Luiz Bakar ne masque pas sa désapprobation: «Nous sommes unanimes: ce texte est un mauvais coup porté au dialogue entre l'Arménie et la Turquie.» Le texte en question, c'est une proposition de loi, votée le 12 octobre, en première lecture, par l'Assemblée nationale française à l'initiative de députés PS soutenus par l'UMP, visant à punir «ceux qui auront contesté l'existence du génocide arménien de 1915» d'un an de prison et de 45 000 euros d'amende. Longtemps réclamée par les associations arméniennes françaises, cette pénalisation, votée à quelques mois des élections présidentielle et législatives de 2007, choque cette juriste francophile, petit bout de femme énergique. L'initiative survient, en effet, alors que «la Turquie progresse sur la voie de la démocratie à un rythme que nous n'avons jamais connu auparavant», soutient-elle.

La communauté bénéficie du relâchement de l'étau de la république laïque. Dans le climat réformiste de ces dernières années, le tabou qui pesait sur la question du génocide arménien tombe. A l'automne 2005 (voir L'Express du 29 septembre 2005), la fine fleur de l'intelligentsia turque osait même en débattre en plein coeur d'Istanbul. De surcroît, une nouvelle loi sur le droit immobilier des fondations des minorités, autour desquelles s'organise la vie des églises et des écoles grecques et arméniennes, est en voie d'adoption: elle était attendue depuis des lustres. Même si les relations restent tendues avec la république voisine d'Arménie, soumise à un blocus terrestre, la Turquie homologue les diplômes de ses étudiants partis étudier à Erevan et tolère sur son sol entre 10 000 et 15 000 travailleurs clandestins, souvent instruits mais chassés d'Arménie par la pauvreté. Ces dernières semaines, enfin, c'était l'article 301 du Code pénal turc, pénalisant ceux qui attribuent un caractère «génocidaire» aux massacres et déportations de 1915, qui était en passe d'être aboli, sous la pression de l'Union européenne. Ce dernier point risque d'être remis en question. Selon le ministre turc de l'Economie, chargé des négociations avec Bruxelles, Ali Babacan, il serait difficile pour le gouvernement de soutenir, face aux cercles nationalistes au Parlement et dans l'administration, la nécessité d'une plus grande liberté d'expression alors qu'un Etat fondateur de l'Europe, champion autoproclamé des droits de l'homme, limiterait cette même liberté.

C'est pour toutes ces raisons que le patriarche arménien d'Istanbul, Mesrob II, a prononcé une déclaration solennelle conspuant «le sabotage du dialogue par les Français». L'autorité spirituelle a regretté «un texte antidémocratique qui entrave la liberté d'expression et le travail des historiens en servant les nationalistes et racistes des deux camps». En outre, il a demandé au préfet d'Istanbul de prendre des mesures de sécurité autour des écoles et des églises arméniennes. Le patriarche a également pris soin d'afficher ses distances avec la diaspora arménienne en France.

«Si la langue et la culture arméniennes survivent, ce sera grâce aux Arméniens d'Arménie, souligne Luiz Bakar. C'est pour cela qu'il faut aider ces derniers.» La juriste se souvient d'avoir participé à Paris, il y a quelques années, à un colloque international sur les femmes arméniennes «où tout le monde parlait anglais et où les seules personnes à parler arménien étaient les Arméniennes d'Istanbul». Figure intellectuelle de la communauté, le journaliste Hrant Dink ne dit pas autre chose (voir l'interview ci-contre) et éclate de rire quand on lui rapporte que le député UMP Patrick Devedjian minimise la portée des positions de ses frères de Turquie en les qualifiant d' «otages»: «Vous croyez qu'un otage parlerait aussi librement que je le fais?» ironise cette cible favorite des ultranationalistes turcs.

«En France comme ailleurs, la diaspora a congelé l'Histoire en 1915, explique Etyen Mahcupyan, un autre citoyen turc d'origine arménienne, éditorialiste au quotidien Zaman. On peut comprendre pourquoi. C'est une communauté déracinée, coupée de sa terre, de sa langue, de sa religion, qui se raccroche, comme à une bouée, à une rhétorique immuable seule à même de garantir son unité. Quant à l'Arménie, la querelle du génocide lui permet de masquer la triste réalité d'un pays non démocratique, livré aux mafias. Pourtant, l'opinion turque, notamment dans les villages d'Anatolie, est prête à reconnaître ce qui s'est passé en 1915. Je parie que le dialogue en cours entre Turcs et Arméniens aboutira à une libération de la parole qui nous délivrera du fardeau de l'Histoire.»

Premiers signes d'une réaction nationaliste

«Liberté, égalité, stupidité», a titré, à la Une, le grand quotidien Hürriyet le jour du vote français. La cause est entendue. Personne, ici, ne défend une initiative dans laquelle tous voient une manoeuvre pour saper la candidature turque à l'Union. D'autant que le Premier ministre turc a mis en lumière le caractère tactique du vote des parlementaires français, en révélant comment Nicolas Sarkozy lui avait fait savoir que les députés UMP seraient prêts à faire barrage à la proposition controversée si Ankara acceptait trois conditions: abolir le fameux article 301, rouvrir la frontière fermée avec la république d'Arménie, mettre en place une commission indépendante. Adversaire déclaré de l'adhésion de la Turquie, parfois en des termes jugés blessants («Si la Turquie était en Europe, ça se saurait!»), Sarkozy, par cette ultime pression, n'a pas gagné en popularité sur les rives du Bosphore. Ni à Bruxelles. «On n'obtient pas une véritable réconciliation par des ultimatums, mais par le dialogue», a sèchement commenté le commissaire chargé de l'Elargissement, le Finlandais Olli Rehn, en dénonçant une «loi contre-productive». «Cette question très sensible» doit être tranchée par «la société turque elle-même», a renchéri le président de la Commission, José Manuel Barroso.

Poursuivie (puis relaxée) par la justice turque pour avoir mis dans la bouche d'un des personnages de son roman Le Bâtard d'Istanbul le mot «génocide», la romancière Elif Safak a dénoncé à son tour un vote qui «liera les mains aux esprits pacifiques qui tentent de développer l'amitié et la sympathie entre Arméniens et Turcs de sorte que les deux camps se comprennent mieux».

Il est au moins un Turc que le vote des députés français a réjoui. Avocat jusqu'alors obscur, Kemal Kerincsiz est sorti de l'anonymat, voilà dix-huit mois, en commençant à poursuivre sur la base de l'article 301 écrivains et intellectuels coupables à ses yeux de dénigrer la Turquie, en évoquant par exemple le «prétendu génocide arménien». A son tableau de chasse figure Orhan Pamuk, le Prix Nobel de littérature 2006, qui déclara à un quotidien suisse, en février 2005, que «1 million d'Arméniens ont été tués sur ces terres». «Merci à l'Assemblée nationale française, s'exclame Kerincsiz. Grâce à cette loi, nous voyons le vrai visage de la France et de l'Union européenne. Et le dessein de leur complot: le démantèlement de la Turquie. Car, après les Arméniens, on nous fera le coup du génocide des Syriaques, des Pontiens, des Kurdes, etc.» Le juriste est un adversaire déclaré de l'adhésion à l'Union européenne, «bâtie sur la corruption», «alliée au Vatican et aux Etats-Unis pour rétablir le califat, chasser les Turcs d'Anatolie et réaliser le rêve américain du Grand Moyen-Orient».

Ces élucubrations ne convainquent, pour l'heure, qu'une frange étroite de l'opinion. Mais, sans conteste, des signes d'une réaction nationaliste apparaissent dans le pays. L'opposition sociale-démocrate a abandonné toute référence à l'Europe. Jamais on n'a vu tant de drapeaux turcs flotter dans les villes et les villages. L'opinion s'inquiète de la résurgence du terrorisme kurde alors même que des droits nouveaux (éducation, langue) ont été concédés. Et nul ne comprend, en tout cas ici, que Bruxelles n'ait pas levé les mesures d'isolement économique à l'encontre de la communauté chypriote turque malgré l'aval de cette dernière au plan de paix onusien. Un épiphénomène, comme le croient une majorité d'observateurs?

«L'Europe souffre d'une invisibilité chronique»

«Etre nationaliste, en Turquie, cela revient à ne pas vouloir perdre lors d'un match de football», argumente Etyen Mahcupyan. Cengiz Aktar est plus pessimiste. Le directeur du Centre pour l'Union européenne à l'université Bahcesehir croit à un changement plus profond: «Jamais nos hommes politiques n'ont expliqué que les réformes positives de ces dernières années étaient dues au FMI et à l'Union européenne. L'Europe souffre d'une invisibilité chronique et n'apparaît, dans ce pays, que comme un gros bâton sans carotte à offrir.»

Alors que Bruxelles doit rendre public, le 8 novembre, un rapport de suivi sur les changements en Turquie, les négociations entre les Vingt-Cinq et Ankara achoppent. L'impasse sur la question chypriote sert de prétexte à des Etats comme la France, l'Autriche, les Pays-Bas, la Hongrie, la République tchèque pour bloquer les négociations dans les groupes de travail. «Dans un tel contexte, le vote des parlementaires français revient à jeter de l'huile sur le feu», regrette Cengiz Aktar. Mais n'est-ce pas l'occasion rêvée par les politiques français pour rattraper une opinion hostile à l'élargissement de l'Europe?
L'Express, no. 2886
Monde, jeudi 26 octobre 2006, p. 98

Reportage; Couverture Inter

«Une loi imbécile»

Demetz Jean-Michel; Ortaq Nükte V.

Hrant Dink dirige l'hebdomadaire bilingue arménien et turc Agos. Il a été condamné pour avoir qualifié les massacres de 1915 de «génocide»

Que pensez-vous de la proposition de loi française pénalisant la négation du génocide arménien?

- J'y suis opposé, au nom du principe de la liberté d'expression, ce droit universel que l'on ne peut pas sacrifier au nom du «plus jamais le génocide!» Ensuite, si l'on mesure les avantages et les inconvénients de cette loi, il est manifeste que la diaspora arménienne, en poussant à son adoption, s'est tiré une balle dans le pied. Jusqu'à présent, la Turquie avait le mauvais rôle et les Arméniens étaient les victimes de son injustice. Désormais, c'est la Turquie qui apparaît comme la victime, car on veut la priver de sa liberté d'expression.

La loi ne doit-elle pas punir le négationnisme?

- Etre négationniste, c'est nier la réalité. Mais ni la Turquie ni le peuple turc ne connaissent la réalité de ce qui s'est passé en 1915. Ils défendent ce qu'ils croient savoir. Ce n'est pas du négationnisme; c'est de l'ignorance. Il ne peut pas y avoir de loi contre l'ignorance. En outre, les Turcs ne sont pas les seuls responsables des événements de 1915: cette responsabilité est plus générale et elle inclut aussi la France. Vos députés le savent-ils bien?

Mais il existe un véritable négationnisme...

- Cette proposition de loi concerne non pas les Etats, mais les individus. Or il n'est pas besoin de traîner les négationnistes devant les tribunaux. Ils méritent tout juste la pitié.

Etes-vous en colère?

- Oui. Comme par hasard, c'est seulement aujourd'hui que le Parlement français feint de s'intéresser aux événements de 1915. Pourquoi ne s'est-il pas prononcé plus tôt, pendant la guerre froide, quand la Turquie était une alliée précieuse? Parce que, désormais, tout est bon pour bloquer Ankara dans sa route vers l'Europe. Je vous le dis, en tant qu'Arménien respectueux de ses ancêtres et qui porte en lui ce génocide: je n'ai pas besoin d'un soutien hypocrite. Il est immoral d'instrumentaliser une tragédie historique à des fins politiques.

Comment jugez-vous l'activisme du lobby arménien?

- La diaspora se trompe de programme. Sa priorité devrait être d'aider à la stabilité et à la démocratisation de l'Arménie, fragilisée par les relations tendues qu'elle entretient avec ses voisins, parmi lesquels la Turquie. Or, au lieu d'aider l'Arménie à trouver la voie de l'Europe, la diaspora se bat pour empêcher la Turquie d'entrer dans l'Union européenne. La diaspora se laisse guider par le ressentiment - ce que je peux comprendre. Mais, pardon de le dire, c'est faire fi de la raison. La nation arménienne a besoin de soutenir son Etat.

Cette loi bloque-t-elle le dialogue?

- Oui. Si les Européens sont sincères, ils doivent laisser la Turquie progresser vers la démocratie. Mais comment les esprits peuvent-ils changer, si le débat est interdit? En réalité, ni les députés français ni la diaspora ne veulent voir que la Turquie est en train de changer, que le peuple turc, sous l'effet des témoignages et des débats, s'interroge, que le travail des consciences est à l'oeuvre. La proposition de loi française est un texte répressif que je place au même rang que la loi turque qui interdit de parler de «génocide». Si elle était adoptée en France, j'irais chez vous la violer, en niant le génocide, tout en demandant pardon à mes ancêtres. Car ce texte est, comme l'article 301 du Code pénal turc, une loi imbécile.
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Le gâchis arménien

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