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 La face cachée de “Reporters sans frontières ”

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04072006
MessageLa face cachée de “Reporters sans frontières ”

La face cachée de “Reporters sans frontières ”

Au fil des ans, Robert Ménard, ancien trotskiste devenu secrétaire général – apparemment à vie – de Reporters sans frontières (RSF) est arrivé à s’ériger en référence universelle en matière de défense de la liberté de la presse dans le monde. Noble cause... à laquelle personne ne peut refuser de souscrire ! Cependant,

l’ONG la plus bruyante de France est en passe de devenir une courroie

de transmission du Département d’État

et un instrument de la stratégie états-unienne en Amérique latine et au Moyen- Orient. Enquête sur une dérive…



RSF a pour mission, officiellement, de défendre les journalistes emprisonnés et la liberté de la presse dans le monde, c’est-à-dire le droit d’informer et d’être informé, conformément à l’article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Son slogan, depuis 2005, est on ne peut plus clair à ce propos : “N’attendez pas qu’on vous prive de l’information pour la défendre.”

Outre la controverse que provoque, chaque année, son classement annuel des pays sur la liberté de la presse, et dont les critères changent à la tête du client, RSF est accusée d’être à la solde des Etats-Unis, qui participent à son financement par le biais d’officines proches de la CIA, les services de renseignement américain.

L’organisation dirigée par le sulfureux Robert Ménard est accusée aussi par des associations altermondialistes de s’être associée avec l’extrême-droite cubaine de Miami pour mener une campagne contre le Cuba de Fidel Castro et le Venezuela d’Hugo Chávez, tous deux ennemis jurés des Etats-Unis, dans un but politique partisan plus que de défense des libertés.

Les réactions (ou l’absence de réaction) de RSF à certains abus d’Israël au Proche-Orient mais aussi son manque de zèle à défendre les journalistes d’Al-Jazira Samy Al-Haj, emprisonné à Guantanamo, et Tayssir Allouni, condamné en Espagne à une lourde peine de prison, jettent encore plus le doute - et le discrédit - sur cette organisation qui a la compassion décidément trop sélective, sinon partisane pour ne pas dire téléguidée par quelques généreux bailleurs de fonds.

Cible privilégiée : les pays en développement

On reproche souvent à RSF le fait que ses actions ont lieu souvent dans un cadre restreint, portant surtout sur des pays en développement. Dans son livre ‘‘Ces journalistes que l’on veut taire’’, publié aux éditions Albin Michel, en mars 2001, Robert Ménard l’écrit d’ailleurs noir sur blanc: “Pour défendre les journalistes dans le monde, nous avons besoin du soutien consensuel de la profession, tandis que la réflexion critique sur le métier de journaliste prête par définition à polémique. Comment, par exemple, organiser un débat sur la concentration de la presse et demander ensuite à Havas ou à Hachette de sponsoriser un évènement ?” Et de faire ensuite cet aveu, sans ciller: “Nous avons décidé de dénoncer les atteintes à la liberté de la presse en Bosnie et au Gabon et les ambiguïtés des médias algériens ou tunisiens... mais de ne pas nous occuper des dérives françaises”

Très courageux, n’est-ce pas ?

Dans le même livre, Robert Ménard explique qu’un différend d’importance l’a opposé, au sujet de ce choix pour le moins discutable, à ses prédécesseurs, dont Jean-Claude Guillebaud. Ce dernier, soutenu par une grande partie des militants de l’association, estimait que RSF devait dénoncer, en France même, les dérives déontologiques, financières et économiques qui caractérisent l’évolution du monde médiatique (les concentrations et la restriction du pluralisme, par exemple).

Robert Ménard défend, pour sa part, une approche plus opportuniste, plus politique et, donc, moins crédible. Selon lui, en dénonçant les dérives de la presse française, “nous risquons de mécontenter certains journalistes, de nous mettre à dos les grands patrons de presse et de braquer le pouvoir économique”, écrit-il dans le même livre. Et d’ajouter : “Or, pour nous médiatiser, nous avons besoin de la complicité des journalistes, du soutien de patrons de presse et de l’argent du pouvoir économique.” Traduire: tant pis pour les groupes de presse des pays en développement, qui ne peuvent pas, eux, acheter le silence de l’organisation.

Très honnête, n’est-ce pas ?

Certes, il arrive que RSF publie des communiqués pour dénoncer les atteintes à la liberté de la presse commis dans les dix pays les plus riches. Ces communiqués, “minimum syndical” selon certains, “poudre aux yeux” selon d’autres, sont rarement reproduits en première page de son site Internet, qui préfère s’en prendre à huit pays pauvres ou en développement. S’il arrive à l’organisation de protester contre les Etats-Unis ou la France ou quelque autre pays puissant, elle ne dépasse guère le seuil de la protestation platonique pour entreprendre des actions spectaculaires et suivies, comme elle le fait du reste souvent, contre Cuba et le Venezuela. On ne se souvient pas que RSF ait vraiment donné de la voix contre les Etats-Unis, le pays qui a tué le plus de journalistes dans le monde ces dernières années.

Très curieux, n’est-ce pas ?

Haro sur le Venezuela de Chávez

RSF a été la seule ONG à féliciter Pedro Carmona après son coup d’Etat raté contre Hugo Chávez entre le 11 et le 14 avril 2002. Le président vénézuélien, on le sait, a été remis au pouvoir par le peuple 48 heures plus tard. L’ONG française a ainsi montré un esprit partisan qui tranche avec ses prétentions de défendre la démocratie. A-t-elle été induite en erreur par ses trois correspondants au Venezuela, Ewald Schwarenberg, journaliste à ‘‘El Nacional’ l’ex-président Carlos Andrés Pérez et la politologue Maria José Perez, qui sont des figures de proue de l’opposition anti-chaviste ? Peut-être.

Peut-être bien aussi que RSF mène une campagne contre le Venezuela de Chávez pour le compte des Etats-Unis. Preuve de l’acharnement obsessionnel de RSF sur ce pays: dans le classement de la liberté de la presse établi par RSF, le Venezuela a été classé 96ème (sur 166 pays classés) en 2003, alors que les associations altermondialistes relèvent, pour l’année considérée, que :

— la majorité des médias étaient détenus par l’opposition au gouvernement. Venevision, RCTV, Televen, CMT, Globovision, la radio privée, qui occupent 95% du spectre hertzien, et neuf journaux sur dix, appartenaient à l’opposition;

— malgré le coup d’État raté de Pedro Carmona, aucune mesure de censure n’a été prise contre cette presse pour le moins partisane;

— en outre, le gouvernement de Chávez a continué de financer ou inciter au niveau local la création de médias alternatifs et locaux.

Le gouvernement Chávez n’a emprisonné aucun journaliste, fermé aucun média, censuré aucun article. Pourquoi, dès lors, RSF fait-elle de Chavez une de ses cibles et valide t-elle les allégations des médias privés selon lesquelles ce gouvernement réprime la liberté d’expression ?

— enfin, dans son acharnement obsessionnel sur le Venezuela de Chávez, RSF ne s’est pas préoccupée du rôle du magnat de l’audiovisuel Gustavo Cisneros, un ami personnel de George Bush et Jimmy Carter, et de ses chaînes de télévision dans la tentative de coup d’État militaire pour renverser le président constitutionnel. N’avait-on pas découvert une cache d’armes dans des locaux appartenant à l’une des ces chaînes TV Venevision ? Et, d’ailleurs, qu’est-ce qui s’est réellement passé en ce mois d’avril 2002 ?

Gustavo Cisneros, l’auteur du premier coup d’Etat médiatique de ce siècle, a fait croire au monde pendant 24 heures, grâce à ses chaînes de télévision, que Hugo Chávez avait fait tirer sur son peuple. “Le Murdoch latino coordonne le putsch […], accompagné de l’élite patronale dans son bunker de Caracas et offre son jet aux militaires putschistes pour évacuer le président». Pendant ce temps, Venevision, Globovision, et l’ensemble des chaînes privées célèbrent sur un ton jubilatoire le décret des putschistes abolissant parlement, constitution, défenseur du peuple, et autres institutions démocratiques. En 48 heures de putsch, des medias qui ne cessaient de parler de sauver la liberté d’expression au Venezuela, montrent leur vrai visage. Leurs ‘‘journalistes’’ mènent la chasse aux opposants en direct, sur un ton haletant, en compagnie de la police politique, tout en imposant le black-out sur la résistance croissante de la population civile. Cible privilégiée, les medias associatifs sont persécutés, certains de leurs membres arrêtés : on ne lira aucune protestation de RSF à ce sujet”, notent les confrères Thierry Deronne et Benjamin Durand, tous deux spécialistes de l’Amérique latine, dans un article intitulé “Venezuela : médias au-dessus de tout soupçon”, paru le 18 juin 2004.

Commentant ces évènements, Bahona a fait remarquer dans son article déjà cité :qu’“aucun propriétaire ou responsable de chaîne n’a été poursuivi ou ne s’est vu retirer sa licence d’émettre; cependant, RSF continue de se ranger du côté des médias privés et contre un Chávez ‘‘autoritaire’’.”

La célèbre journaliste américaine Naomi Klein s’est étonnée, pour sa part, que RSF fasse du gouvernement Chávez une menace pour la liberté d’expression. Selon elle la plus grave menace provient, en réalité, de médias capables d’organiser un coup d’Etat et de groupes transnationaux dont le propriétaire, Gustavo Cisneros, ne cache pas son désir de devenir le futur président du Venezuela. Récemment le cinéaste argentin Solanas et l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano, qu’on ne peut suspecter de naïveté en matière de droits de l’homme, ont témoigné de “l’incroyable liberté d’expression en vigueur au Venezuela”.

Ces dernières années, les notes du Venezuela se sont certes améliorées, à la suite des critiques adressées à l’organisation à ce sujet, mais le pays de Chávez reste encore très mal classé (90ème sur 167 pays en 2005). Est-ce parce qu’il est toujours aussi détesté par les Américains ?

A l’assaut du Cuba de Castro

RSF a classé Cuba en 2004 dans les dix pires pays en matière de liberté de la presse, devançant notamment la Chine, l’Irak et d’autres pays (Brésil, Haïti, Mexique, Pérou) où pourtant plus de crimes (notamment assassinats) auraient été commis contre les journalistes, alors qu’aucun assassinat de journaliste n’aurait eu lieu à Cuba depuis plusieurs années, voire plusieurs dizaines d’années – la raison invoquée pour ce classement étant vingt-et-un journalistes emprisonnés, accusés par le régime d’être... à la solde des États-Unis. Ceci explique-t-il cela ? Les critères de RSF sont-ils malléables à souhait, de manière à permettre aux analystes de l’association de donner, pour chaque pays, un score décidé d’avance ? Certains le pensent et trouvent la confirmation de ce grief dans le sort que l’organisation réserve à certains pays.

C’est le cas, par exemple, de Salim Amrani, chercheur français à l’université Denis-Diderot (Paris VII), spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis, auteur de “Cuba face à l’empire : Propagande, guerre économique et terrorisme d’Etat” (éditions Timéli, Paris, 2005).

“RSF prétend justifier ses attaques contre Cuba par le fait que ‘‘21 journalistes sont toujours détenus dans des conditions extrêmement difficiles’’. Là encore, l’organisation française manipule la réalité en reprenant la grossière campagne de propagande orchestrée par Washington, tendant à faire passer des agents stipendiés par les États-Unis pour des ‘‘journalistes’’”. Ces derniers étaient d’ailleurs parfaitement inconnus des Cubains et de la presse internationale avant leur arrestation. Pis : avant leur arrestation, ils se réunissaient régulièrement à la Section des intérêts nord-américains (SINA) de La Havane, entité diplomatique états-unienne, où ils recevaient les directives et encaissaient leurs émoluments. C’est ce financement perçu en provenance d’une puissance étrangère, et amplement prouvé lors des procès de mars et avril 2003, qui a été sanctionné par la loi cubaine, et non pas la production intellectuelle “indépendante” des intéressés.

Les propres documents officiels du département d’État nord-américain corroborent ces accusations. En effet, selon le rapport de l’ex-secrétaire d’Etat Colin Powell (Commission for Assistance to a Free Cuba, Washington : United States Department of State, mai 2004), un budget de près de 50 millions de dollars est alloué au “soutien de l’opposition démocratique et au renforcement de la société civile émergeante” à Cuba.

Dans l’article déjà cité, Thierry Meyssan affirme que “Robert Ménard fréquente l’extrême-droite de Miami et RSF est bien financé par le lobby anticastriste pour mener campagne contre Cuba”. Le président du Réseau Voltaire ajoute : “En 2002, RSF a signé un contrat, dont les termes ne sont pas connus, avec le Center for a Free Cuba, à l’issue duquel il a reçu une première subvention de 24 970 euros. Celle-ci a été augmentée à 59 201 euros pour 2003. Le montant 2004 n’est pas connu ”.

Toujours selon Meyssan, “le contrat signé avec le Center for a Free Cuba a été négocié en 2001 avec le responsable de l’époque de cette organisation : Otto Reich, le champion de la contre-révolution dans toute l’Amérique latine. Le même Otto Reich, devenu secrétaire d’État adjoint pour l’hémisphère occidental, fut l’organisateur du coup d’État manqué contre le président élu Hugo Chávez; puis, devenu émissaire spécial du président Bush, il supervisa l’opération d’enlèvement du président Jean-Bertrand Aristide.”

Dans leur ouvrage ‘‘Le dossier Robert Ménard : Pourquoi Reporters sans frontières s’acharne sur Cuba’’ (Lanctôt Éditeur, Québec), Jean-Guy Allard avec Marie-Dominique Bertuccioli démontrent, par ailleurs, les accointances entre le réseau anticastriste de Floride et les Néo-conservateurs au pouvoir aux Etats-Unis. “À Miami, l’associée de Robert Ménard, Nancy Pérez Crespo, a développé un véritable réseau d’agences d’information cubaine dont la prétendue indépendance est garantie par les subventions millionnaires de l’United States Agency for International Development (USAID) et de la National Endowment for Democracy (NED), organismes obéissant aux orientations de la Central Intelligence Agency (CIA)”, écrivent-ils. Et d’ajouter : “Le groupe de Nancy Crespo est ouvertement lié à un réseau d’individus qui a […] combattu férocement le retour du petit Elian à Cuba... et a livré la Maison Blanche à George W. Bush, en trafiquant les élections en Floride du Sud.”

Les fréquentations du secrétaire général de RSF et ses accointances sont pour le moins douteuses. Le responsable d’une ONG qui aime faire la leçon aux régimes dictatoriaux devrait prendre davantage de précautions, mieux sélectionner ses relations et s’interdire de traficoter avec des gens (et des officines) aussi louches.
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La face cachée de “Reporters sans frontières ” :: Commentaires

Silence troublant sur les crimes américains en Irak

Contrairement à ce qu’elle affirme, RSF n’a jamais vraiment dénoncé les exactions commises par les troupes militaires états-uniennes en Irak. Elle a même implicitement soutenu l’invasion illégale et sanglante de l’Irak en affirmant que “le renversement de la dictature de Saddam Hussein a mis un terme à trente années de propagande officielle et ouvert une ère de liberté nouvelle, pleine d’espoirs et d’incertitudes, pour les journalistes irakiens”. L’organisation française ajoute que “pour les médias irakiens, des dizaines d’années de privation totale de liberté de la presse ont pris fin avec le bombardement du ministère de l’Information, le 9 avril à Bagdad”.

Ces propos ne sont pas tirés des communiqués du Pentagone ou des déclarations du ministre de la Défense étasunien, Donald Rumsfeld, mais bel et bien du rapport sur l’Irak de RSF en 2004.

La collusion entre RSF et Washington s’est déjà illustrée dans le cas du cameraman espagnol José Couso et de son collègue ukrainien Taras Protsyuk, assassinés de façon préméditée par le tir d’un char américain contre l’hôtel Palestine, à Bagdad, en avril 2003. Dans son rapport sur cet incident, publié le 15 janvier 2004, l’ONG parisienne avait exonéré de toute responsabilité les forces armées étasuniennes malgré les preuves flagrantes. Dans ses communiqués sur cette tragique affaire, RSF s’est contentée de regretter “cette erreur criminelle”, cette “ bavure” ou cette “erreur de jugement” qui constitue “l’élément essentiel à l’origine du drame.” Selon elle, les militaires tueurs n’avaient pas “été informés par leur propre hiérarchie de la présence de journalistes à l’hôtel Palestine.” Par suite, “le tir contre ce bâtiment n’est donc pas un tir délibéré contre des journalistes ou la presse à Bagdad.”

La connivence entre RSF et le Département d’Etat états-unien était d’ailleurs si criarde que la famille du journaliste espagnol a dénoncé le rapport de l’organisation et demandé à Robert Ménard de se retirer de l’affaire.

La famille de Couso a d’ailleurs publié une lettre ouverte, le 17 janvier 2004, sur les colonnes de journaux espagnols, pour dénoncer RSF: “Les conclusions de ce rapport exonèrent les auteurs matériels et reconnus du tir sur l’hôtel Palestine en se basant sur la douteuse impartialité des personnes impliquées, et sur le propre témoignage des auteurs et responsables du tir, rejetant cette responsabilité sur des personnes non identifiées.

“La réalisation du rapport a été signée par un journaliste, Jean-Paul Mari, qui entretient des relations notoires avec le colonel Philip de Camp, militaire qui a reconnu son implication dans l’attaque et les morts des journalistes de l’Hôtel Palestine, et de plus, son rapport s’appuie sur les témoignages de trois journalistes très proches des forces nord-américaines, tous états-uniens, dont l’un d’eux – Chris Tomlinson – a été membre des services de renseignements de l’armée des États-Unis durant plus de sept ans. Aucun des journalistes espagnols qui se trouvaient dans l’hôtel n’a été consulté pour l’élaboration de ce document.

“Le rapport contient de nombreuses erreurs, contradictions et irrégularités en ce qui concerne des données importantes comme la situation des chambres de l’hôtel, le lieu de l’impact du tir, le lieu de présence des témoins etc.

“Il nous semble, de plus, que la biographie si ‘‘humaine’’ faite d’un des assassins de José Couso Permuy et de Taras Protsyuk constitue un manque absolu de délicatesse, poussant l’offense jusqu’à remercier ces militaires nord-américains pour leur collaboration au rapport.

“Reporters sans frontières – Section espagnole” – a souhaité se porter partie civile dans la plainte déposée par la famille le 27 mai 2003 contre les responsables de la mort de José Couso. Au vu de la publication de ce rapport qui, selon votre version, les exonère de toute responsabilité dans l’assassinat des journalistes de l’Hôtel Palestine, la présence de votre organisation […] au procès est absolument incohérente et contradictoire.

“Pour cette raison, nous vous exprimons le désir de la famille que vous retiriez votre demande de présence au procès […]”

RSF ne s’est pas beaucoup soucié aussi de demander des explications à l’armée américaine sur les circonstances tragiques dans lesquelles s’est déroulée la libération de la journaliste italienne Giuliana Sgrena, dont le convoi, pourtant bien signalé, a été attaqué par un blindé américain. “Les ravisseurs m’ont dit : ‘‘Les Américains ne veulent pas que vous rentriez vivante en Italie”, a raconté Sgrena. Et d’ajouter : “Notre voiture roulait à 40 km/h, un véhicule blindé nous a aveuglé avec un projecteur et a ouvert le feu sans sommation. 300 à 400 projectiles ont été tirés.”

La journaliste d’ Il Manifesto, auteur d’un livre contre la guerre en Irak, d’un reportage sur le calvaire d’une Irakienne détenue à Abou Ghraïb et d’une enquête sur l’expérimentation par les Américains d’armes chimiques pendant le siège de la ville irakienne de Falloujah, a parlé d’“attaque délibérée” et le Garde des Sceaux italien a adressé une commission rogatoire à Washington pour “homicide et tentative d’homicide”.

RSF a préféré, pour sa part, donner la parole à l’Etat-major US, qui a affirmé que “la procédure a été respectée” et qu’il y a eu “une mise en garde du convoi”. Elle a aussi évité de donner foi au témoignage de Sgrena, grande reporter que RSF est censée défendre. Pour l’ONG, il s’est donc agi simplement d’“intervention”, de “bavure” aux “conséquences tragiques”.

Autre grave manquement de l’organisation : elle n’a pas remué ciel et terre pour apporter son soutien à Mohammed Al Joundi, l’accompagnateur syrien des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, les ex-otages français en Irak, qui a subi des tortures et des mauvais traitements, entre le 12 et 17 novembre 2004, de la part de l’armée US.

Le classement des pays sur la liberté de la presse reflète l’opinion de RSF. Il est établi selon les rapports que l’organisation reçoit de ses correspondants dans le monde, et de certaines ONG partenaires, qui sont nécessairement incomplets, faute d’informations suffisantes sur certains pays.

Cependant, pour dénoncer l’esprit partisan présidant à l’établissement de ce classement, les pourfendeurs de l’organisation citent le classement séparé attribué, en 2005, aux Etats-Unis dans leur juridiction propre (44ème position) et pour les territoires occupés placés sous leur autorité, notamment en Irak et en Afghanistan (137ème). Par cet artifice, qui considère les Etats-Unis à l’intérieur et à l’extérieur de leurs frontières, RSF semble vouloir couvrir l’armée américaine qui a tué “accidentellement” la plupart des journalistes en Irak, plus d’une soixantaine depuis mars 2003, qu’il serait fastidieux d’énumérer ici.

Il est tout de même curieux de constater que les nombreux journalistes assassinés, disparus ou blessés en Irak, dont l’organisation n’oublie pas de dresser la liste sur son site Internet, ne font apparemment pas trop de mal aux Etats-Unis dans le classement de RSF sur la liberté de la presse dans le monde.

L’oubli honteux de Sami Al-Haj

Toujours prompte à stigmatiser, souvent de manière arbitraire, certains pays dans la ligne de mire de Washington tels que Cuba, le Venezuela et la Chine, RSF a longtemps ignoré le calvaire enduré par le journaliste soudanais Sami Al-Haj, caméraman de la chaîne d’information qatarie Al-Jazira, détenu par les États-Unis depuis décembre 2001 et emprisonné depuis dans la base aérienne de Bagram – où il a avoué avoir été abusé sexuellement par les soldats nord-américains –, puis, depuis le 13 juin 2002, dans le tristement célèbre camp de Guantanamo, territoire cubain illégalement occupé par les Etats-Unis, où il a été gravement torturé pendant de longs mois. “Pendant plus de trois ans, la plupart de mes interrogatoires avait pour but de me faire dire qu’il y a une relation entre Al-Jazira et Al-Qaïda”, a-t-il rapporté à son avocat.

La chaîne d’information qatarie, extrêmement influente dans le Monde arabe, est également peu complaisante envers Washington, laquelle a toujours cherché – et cherche d’ailleurs toujours – à la faire taire. Le bombardement par l’aviation américaine des bureaux de la chaîne en Afghanistan et en Irak, qui s’est soldé par la mort du confrère jordanien Tarak Ayyoub, s’inscrit dans cette volonté d’en finir avec un écran qui donne à voir les abus et crimes commis par l’armée américaine dans ces pays.

Il a fallu attendre le 13 février dernier pour voir RSF demander enfin officiellement la libération du journaliste soudanais. Cette demande est intervenue avec un retard certain, après que l’attitude de l’organisation dans cette affaire ait été largement critiquée.

Ce soudain souvenir de l’existence du journaliste soudanais dans le camp de Guantanamo est intervenu un mois – et deux jours – après la publication d’un rapport d’Amnesty International intitulé “USA : Who Are the Guantanamo Detainees ? Case Sheet 16 : Sudanese National Sami al Hajj” (11 janvier 2006). Elle est aussi intervenue le même jour que la diffusion d’un rapport de l’ONU demandant la fermeture du camp de Guantanamo.

On ne peut s’empêcher de penser que cette intervention tardive, et presque contrainte, est la conséquence de la campagne menée par certains confrères contre RSF, dénonçant sa duplicité et sa complaisance vis-à-vis des États-Unis dans cette affaire.

Quand Ménard condamne Allouni

Le journaliste vedette de la chaîne Al-Jazira (également traducteur à l’agence espagnole EFE), l’hispano-syrien Tayssir Allouni, célèbre pour avoir interviewé Ben Laden en 2001, condamné à sept ans de prison par le juge espagnol Baltasar Garzón, en septembre 2005, n’a pas eu droit, lui non plus, à la compassion et au soutien de RSF. Sa condamnation n’a été que mollement désapprouvée par l’organisation qui s’est contentée d’“exprimer sa surprise” et d’espérer que des mesures seront prises “afin que la détention du journaliste n’aggrave pas son état de santé”.

A propos de cette affaire, Maxime Vivas écrit, le 28 septembre 2005: “Bête noire du Pentagone en raison de ses reportages sur la guerre et sur ses ravages parmi la population civile, Allouni a échappé plusieurs fois à la mort. Son bureau en Afghanistan fut ‘‘accidentellement’’ bombardé par l’US Air Force. En Irak, son bureau de Bagdad fut encore ‘‘accidentellement’’ bombardé : un de ses collaborateurs fut tué. Le bureau de ses confrères d’Abu-Dhabi TV où il trouva refuge fut lui aussi ‘‘accidentellement’’ bombardé. Il crut trouver un asile sûr auprès des autres journalistes logés à l’hôtel Palestine, mais celui-ci essuya aussitôt un tir ‘‘accidentel’’ états-unien. Finalement, Allouni a été arrêté en Espagne le 8 septembre 2003 sur renseignements fournis au gouvernement de José-Maria Aznar par la CIA qui l’accusait d’être un militant d’Al-Qaïda.”

Cette “chasse aux sorcières” menée contre les journalistes arabes réfractaires aux desseins des Américains, dénoncée, entre autres, par Aidan White, secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), n’a pas suscité la colère de Robert Ménard, qui n’a pas bougé. Pas plus qu’il n’a organisé le moindre rassemblement médiatisé pour alerter l’opinion internationale contre les tentatives d’assassinat visant un si talentueux correspondant de guerre. Pis, le patron de RSF a prétendu, en octobre 2003, sur la chaîne Canal Plus, que le motif de l’arrestation d’Allouni “n’est pas lié à sa qualité de journaliste, mais à sa participation à des activités terroristes.” Ce verdict expéditif, prononcé “à chaud”, deux ans avant que la justice espagnole n’ait instruit le procès, valait condamnation à la prison à vie.

C’est tout de même étonnant de la part d’un homme qui a voué sa vie à la défense des journalistes !

Encore une fois, il a fallu attendre avril 2005 pour que le “terroriste” de 2003 redevienne enfin journaliste au regard de Robert Ménard, entre temps invité dans les bureaux d’Al-Jazira, au Qatar. Pour autant, le patron de RSF n’a pas demandé l’élargissement du journaliste mais seulement son bon traitement en prison. Le Réseau Damoclès, organisation interne chargée de défendre la liberté des journalistes et leur droit à enquêter, n’a pas bougé, lui non plus, son petit doigt. Et pour cause : le président d’honneur du Réseau Damoclès n’est autre que... le juge Baltasar Garzón, l’adversaire le plus acharné d’Allouni.

Le soutien que ce dernier pouvait espérer de la part de RSF avait donc ses limites, celles qu’imposent les généreux bailleurs de fonds.

Artifices grossiers pour ménager Israël

Depuis peu, par de troublants artifices (RSF ne considère plus les territoires occupés sous contrôle d’Israël, mais de celui de l’Autorité palestinienne et fait donc ainsi la distinction entre les deux territoires), RSF attribue une excellente place à Israël, en dépit des exactions menées contre les journalistes dans les territoires occupés. Certains spécialistes des médias, comme le chercheur israélo-suédois Kristoffer Larsson, ont souvent critiqué les dérives partisanes envers Israël de l’organisation parisienne.

Avec un bilan aussi peu glorieux, RSF a largement entamé ce qui restait de son crédit, sauf auprès de certaines officines parisiennes qui continuent de manger à son râtelier.



Ryadh Fékih

redaction@realites.com.tn

http://www.realites.com.tn/index1.php?mag=1&cat=/12222222211222220LA%20VIE%20DE%20REALITES/1Lufthansa&art=15812&a=detail1
 

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