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 Le silence de Reporters Sans Frontières sur le journaliste

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mihou
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Nombre de messages : 8069
Localisation : Washington D.C.
Date d'inscription : 28/05/2005

23022006
MessageLe silence de Reporters Sans Frontières sur le journaliste

Le silence de Reporters Sans Frontières sur le journaliste torturé
à Guantanamo, par Salim Lamrani. Imprimer cet article 22 janvier
2006

Sami al-Hajj




21 janvier 2006


Le silence observé par l’organisation de « défense de la liberté de la presse
», Reporters sans frontières (RSF), au sujet du journaliste soudanais, M. Sami
al Hajj, suscite de nombreuses interrogations quant à l’impartialité de
l’association dirigée par M. Robert Ménard. Toujours prompte stigmatiser,
souvent de manière arbitraire, certains pays dans la ligne de mire de Washington
tels que Cuba, le Venezuela et la Chine, RSF a totalement ignoré le calvaire
enduré par M. al Hajj, travaillant pour la chaîne de télévision qatarie Al
Jazeera [1].


Le 22 septembre 2001, Al Jazeera a envoyé une équipe de journalistes, dont
faisait partie M. al Hajj, enquêter sur le conflit en Afghanistan. Après 18
jours de reportage, le groupe s’ est retiré au Pakistan. En décembre 2001, M. al
Hajj est retourné avec ses collègues couvrir l’investiture du nouveau
gouvernement afghan. Mais, avant d’avoir pu atteindre la frontière, la police
pakistanaise a procédé à l’arrestation du journaliste soudanais, relâchant les
autres membres de l’équipe qatarie [2].
Transféré aux autorités étasuniennes installées en Afghanistan, M. al Hajj
allait vivre un véritable cauchemar sur la base aérienne de Bagram. « Ce furent
les pires [jours] de ma vie », a-t-il témoigné. Il a avoué avoir été abusé
sexuellement et menacé de viol par les soldats nord-américains. Il a également
été gravement torturé pendant de longs mois. Les sévices à son encontre ont été
multiples. Il était obligé de se mettre à genoux à même le sol pendant plusieurs
heures. Des chiens le harcelaient et l’agressaient constamment. Le journaliste
soudanais a également été longtemps enfermé dans une cage et placé dans un
hangar à avions glacial. Il a expliqué comment ses cheveux et les poils de sa
barbe ont été arrachés un à un par ses bourreaux. Il a été régulièrement passé à
tabac par ses gardes et, durant près de 100 jours, il n’a pas été autorisé à se
laver alors que son corps était couvert de poux [3].
Le 13 juin 2002, M. Sami al Hajj a été expédié à Guantanamo. Durant le vol, il
a été maintenu enchaîné et bâillonné avec un sac sur la tête. A chaque fois que
la fatigue le gagnait, il était violemment réveillé par ses gardes qui le
frappaient à la tête. Avant son premier interrogatoire, il a été privé de
sommeil pendant plus de deux jours. « Pendant plus de trois ans, la plupart de
mes interrogatoires avait pour but de me faire dire qu’il a une relation entre
Al Jazeera et Al Quaeda », a-t-il rapporté à son avocat [4].
Sur le territoire cubain illégalement occupé par les Etats-Unis, le reporter
soudanais n’a pas reçu d’attention médiale alors qu’il a souffert d’un cancer de
la gorge en 1998, et qu’il est atteint de rhumatismes. Il a été frappé sur la
plante des pieds et intimidé par des chiens menaçants. Il a été victime de
brimades racistes et n’a pas été autorisé à profiter des temps de promenades en
raison de sa couleur de peau. Il a également été témoin de la profanation du
Coran en 2003 et, avec ses codétenus, s’est mis en grève de la faim. La réaction
de l’ armée étasunienne à la protestation a été extrêmement violente : il a été
battu et jeté du haut des escaliers, se blessant sérieusement à la tête. Il a
ensuite été isolé avant d’être transféré vers le Camp V, le plus sévère de tous
les centres de détention de Guantanamo, où il a été classé au niveau de sécurité
4, niveau qui est synonyme des pires brutalités [5].


Ce témoignage, accablant pour l’administration Bush qui refuse toujours
d’accorder le statut de prisonniers de guerre aux détenus de Guantanamo,
s’ajoute à deux déclarations faites par d’autres victimes à Amnistie
Internationale, tout aussi accusatrices [6] . Cependant, ils ne constituent que
la pointe émergée de l’iceberg. A Guantanamo, le crime est double : les
Etats-Unis infligent les barbaries les plus inhumaines à des personnes
séquestrées sans preuves formelles, et occupent par la force une partie du
territoire de la nation souveraine de Cuba.


La collusion entre RSF et Washington s’est déjà illustrée dans le cas du
cameraman espagnol José Couso, assassiné par les soldats de la coalition. Dans
son rapport, l’entité parisienne avait exonéré de toute responsabilité les
forces armées étasuniennes malgré les preuves flagrantes. La connivence entre
RSF et le Département d’Etat nord-américain était telle que la famille du
journaliste a dénoncé le rapport, demandant à M. Ménard de se retirer de
l’affaire. La complicité est également évidente dans le cas de Cuba, où RSF
transforme des agents stipendiés par les Etats-Unis en « journalistes
indépendants », alors l’information à ce sujet est disponible et inconstestable
[7] .
Les autorités étasuniennes se réjouissent des rapports tendancieux de RSF et
les utilisent même dans leur guerre propagandiste contre Cuba. M. Michael
Parmly, chef de la Section d’intérêts nord-américain à La Havane, a affirmé que
20% des journalistes emprisonnés dans le monde « se trouve à Cuba. Reporters
sans frontières a récemment établi un classement de 164 pays pour la liberté de
la presse ; Cuba a été classé avant-dernier juste devant la Corée du Nord [8] ».

Mise en cause pour sa stigmatisation constante de Cuba à partir d’éléments
factuels erronés et pour son alignement sur le point de vue étasunien, RSF a
tenté de répondre aux accusations. Mais le manque de cohérence du communiqué
ainsi que les propos contradictoires observés n’ont fait que renforcer les
soupçons [9]. En effet, M. Ménard n’a point fourni d’explications sur les liens
douteux et les diverses réunions de son organisation avec l’extrême droite
cubaine de Floride. Le secrétaire général de RSF va même jusqu’à afficher son
admiration pour M. Franck Calzón, président du Center for a Free Cuba,
organisation extrémiste financée par le Congrès des Etats-Unis. « Il fait un
travail fantastique en faveur des démocrates cubains », a-t-il assuré à son
sujet [10] . Par la suite, RSF a été contrainte d’avouer publiquement qu’elle
recevait un financement de ce même Centre [11].
De la même manière, RSF a perçu des émoluments par le National Endowment for
Democracy, organisme dépendant du Congrès et chargé de promouvoir la politique
étrangère étasunienne [12]. Ce financement entraîne un conflit d’intérêts au
sein de l’ organisation française, peu disposée à dénoncer les exactions
commises par l’un de ses mécènes, à savoir le gouvernement des Etats-Unis. Avant
la publication du témoignage divulgué par Amnistie Internationale, M. Ménard
aurait toujours pu prétendre ignorer l’existence de M. Sami al Hajj. Mais,
malgré la forte médiatisation internationale de ces nouveaux cas de torture sur
la base navale de Guantanamo, RSF n’a toujours pas daigné s’ intéresser à ce
scandale et s’est réfugié dans un mutisme révélateur.
La censure de ce nouveau cas de grave violation de la liberté de la presse
commise par l’administration Bush ne fait que confirmer un peu plus le double
discours de Reporters sans frontières. Pendant que l’organisation s’acharne de
manière démesurée sur Cuba alors que les cas évoqués sont loin d’être
convaincants, elle reste silencieuse sur une flagrante atteinte à l’intégrité
d’un journaliste, emprisonné et torturé uniquement parce qu’il travaille pour la
chaîne qatarie Al Jazeera, extrêmement influente dans le monde arabe et peu
complaisante envers Washington. La crédibilité de l’organisation de M. Ménard,
déjà fortement ébranlée par son traitement partial et ses liens avec le
gouvernement des Etats-Unis, est de plus en plus en berne car de tels
manquements comparés à la récurrence obsessionnelle de certains sujets comme
Cuba ne peuvent pas être le fruit du hasard.
Salim LAMRANI


Salim Lamrani, vient de publier Washington contre Cuba
Un demi-siècle de terrorisme, l’affaire des Cinq
Éditions - Le temps des cerise.



Les USA financent Reporters Sans Frontières, par Diana Barahona - Guild
Reporter.


Réponse aux mensonges de Reporters sans frontières, par Salim Lamrani.
Edifiant ! : Déclaration du Secrétaire d’Etat adjoint US Robert Noriega à
propos de Cuba.
A lire jusqu’au bout.


Quand Reporters Sans Frontières couvre la CIA, par Thierry Meyssan.
RSF adjure l’UE de l’aider à renverser Castro.
Les otages, Reporters Sans Frontières et l’US Army, par Maxime Viva.


Photo : Aljazeera http://english.aljazeera
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