Simple coïncidence??
Tite Prout
Le Devoir
LE MONDE, samedi 12 août 2006, p. a7
Pour les Américains, c'est une bonne nouvelle qui fait oublier l'Irak
Laurent Lozano, AFP
Washington - Le complot terroriste présumé déjoué en Grande-Bretagne a opportunément donné corps, pour la majorité républicaine aux États-Unis, à la menace que brandit continuellement l'administration Bush pour justifier une politique étrangère et sécuritaire qui sera au coeur des élections de novembre.
La question est cependant de savoir combien cette bonne nouvelle contre-balancera celles, calamiteuses, en provenance d'Irak, dont l'opposition démocrate fait l'argument majeur de sa campagne, et pour combien de temps.
La mise en échec du projet d'attentats présumés «devrait bénéficier, au moins à court terme, au président Bush et au Parti républicain», estime le conservateur Wall Street Journal.
Mais, tempère l'expert politique Eric Davis, «nous ne sommes qu'en août, à des mois de novembre, il peut se passer beaucoup de choses d'ici là».
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, la menace terroriste n'avait pas eu de manifestation plus concrète pour les États-Unis.
À la suite de M. Bush, décrivant le plan terroriste présumé comme le «rappel parfait» que les États-Unis sont toujours «en guerre contre les fascistes islamiques», les républicains se sont emparés de l'affaire pour faire taire la rhétorique démocrate sur l'Irak et redire qu'ils étaient les meilleurs garants de la sécurité de leurs compatriotes.
Si les démocrates faisaient ce qu'ils voulaient et si «nous abandonnions l'Irak aux terroristes, [...] les autorités seraient moins aptes à découvrir les complots terroristes» et «les djihadistes islamiques seraient plus forts et plus dangereux», déclare le président du Comité national républicain Ken Mehlman.
Les républicains sont inquiets pour leur majorité au Congrès. Les démocrates arrivent en tête dans les sondages d'intention de vote. Une majorité d'Américains veulent à tout le moins un début de retrait d'Irak, et les généraux américains viennent de reconnaître que l'Irak risque de sombrer dans la guerre civile.
Mais de surcroît, indiquait une enquête d'opinion début août, une majorité d'Américains désapprouvent aussi l'action de M. Bush contre le terrorisme et font davantage confiance aux démocrates.
Cependant, les républicains ont fait de la sécurité des Américains leur apanage. Cela leur a bien réussi aux élections parlementaires et présidentielle de 2002 et 2004. Mais les experts conseillent de ne pas accorder une confiance aveugle aux sondages.
L'exercice délicat, pour les républicains, consiste à convaincre les électeurs que c'est grâce à eux que les États-Unis n'ont plus connu d'attentat depuis 2001 et à assimiler l'opposition grandissante des démocrates à l'engagement irakien aux violentes objections qu'ils ont soulevées contre certains aspects controversés de la lutte antiterroriste.
L'administration Bush et les républicains décrivent l'Irak comme l'un des fronts de la «guerre mondiale contre le terrorisme».
Les démocrates sont partagés sur ces questions et confrontés à leurs contradictions. Car beaucoup ont soutenu la guerre en Irak et accordé des pouvoirs exorbitants à M. Bush. Mais ils s'efforcent de ne pas s'exposer, comme en 2002 et en 2004, au reproche de fuir le débat sur la sécurité nationale.
Eux aussi se sont saisis du complot présumé britannique, cette fois pour accuser le gouvernement de «détourner» les 300 milliards de dollars dépensés en Irak de la lutte contre le terrorisme et d'attiser les haines antiaméricaines.
Les républicains pourront pousser leur avantage à l'occasion du cinquième anniversaire des attentats du 11 septembre. D'ici là, les démocrates auront un autre anniversaire à commémorer: celui de l'ouragan Katrina, un désastre humain, mais aussi politique pour M. Bush.
Dans tous les sondages avant jeudi, les Américains citaient la guerre en Irak, les problèmes économiques et le prix de l'essence comme leurs principales préoccupations, avant le terrorisme.
Catégorie : Politique nationale et internationale
Sujet(s) uniforme(s) : Politique extérieure et relations internationales
Type(s) d'article : Article
Taille : Moyen, 450 mots
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Doc. : news·20060812·LE·115742