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 Chili: le modèle néolibéral est entré en crise

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Tite Prout
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Tite Prout

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Date d'inscription : 01/06/2005

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17062007
MessageChili: le modèle néolibéral est entré en crise

Chili: le modèle néolibéral est entré en crise




Raoul Zibechi*

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ANALYSE - L'exode des capitaux, la désastreuse réorganisation des
transports collectifs à Santiago et les nouvelles résistances
populaires illustrent l'essoufflement du modèle économique chilien.









Mardi 12 Juin 2007

http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=436744&layout=article,latruite



Un nouveau et profond malaise est perceptible à Santiago. Aux
arrêts des autobus et du métro, dans des quartiers populaires comme La
Victoria – haut lieu de la résistance contre la dictature –, dans les
couloirs des hôpitaux publics et aux portes des collèges s'exprime à
vive voix une nouvelle conscience sur les problèmes du Chili et sur les
responsables du fait que le «modèle» – dont se vantent encore les
politiciens de droite et de gauche – est en train de donner d'évidents
signes de fatigue. En quinze mois, le gouvernement de Michelle Bachelet
a accumulé des problèmes et plusieurs fronts ont été ouverts. Il y eut
d'abord les massives et puissantes protestations des étudiants du
secondaire contre la loi de l'éducation héritée du dictateur. La
mobilisation est parvenue à mettre sur la table le problème du profit
dans l'enseignement qu'une bonne partie de la majorité présidentielle
refuse de mettre en question.
Alors que n'avaient pas encore été étouffés les échos des
assemblées étudiantes, appelées à se transformer en schisme dans la
culture politique qui tourne autour de la représentation, la mise en
marche du Transantiago (système de transport collectif privé) a
provoqué une crise politique qui peut ruiner la Concertation
démocratique, l'alliance démocrate-chrétienne et socialiste qui
administre le système électoral chilien depuis le départ de Pinochet de
la présidence en 1990. Le malaise s'est accru de plusieurs degrés au
début du mois de mai avec l'assassinat d'un ouvrier forestier par le
corps des carabiniers, dans le sud mapuche (indigène) où la colère
ancestrale est perceptible.
Pour la première fois depuis des années, les politiciens se
montrent préoccupés par le cours que prennent les événements. Le
«modèle» économique prend l'eau. Une étude récente de deux économistes
de l'université du Chili, Orlando Caputo et Graciela Galarce, indique
qu'il y a eu une sortie record de capitaux en 2006: 25 milliards de
dollars, soit 17% du produit intérieur brut (PIB). Ils affirment que
l'économie chilienne «s'épuise» et que «seul l'apport de l'entreprise
minière publique Codelco permet d'éviter une crise». Dans le pays qui a
glorifié comme aucun autre le secteur privé, le secteur public est
celui qui sauve la situation.
La plus grande partie des capitaux qui ont fui, ou qui sont
repartis, selon le jargon technocratique, appartiennent au secteur
minier qui a profité de la dénationalisation du cuivre. Le syndicaliste
Pedro Marín a déclaré au quotidien Clarín: «Codelco possède 30% du
secteur, et les entreprises étrangères 70%. Mais c'est le contraire en
ce qui concerne les apports au fisc: Codelco apporte 70% contre 30%
pour les entreprises étrangères, malgré leurs profits.»
L'impression est que la situation économique du «modèle» tient à
un fil... de cuivre: cotée à 80 centimes de dollars en 2003, la livre a
atteint les trois dollars cette année. La situation est très grave car
la fuite de capitaux en 2006 équivaut à 84% du budget de l'Etat et si
rien n'est fait, elle menace de stopper net la croissance.
La question du Transantiago est plus grave encore, car il dévoile
à la population la perversion du «modèle». Le gouvernement a confié à
des privés la refonte du système chaotique de transport collectif de la
capitale. Le Transantiago s'inspire du Transmilenio de Bogotá
(Colombie): de grands bus circulent sur des voies séparées, avec des
lignes principales et des lignes secondaires. Inauguré en février, cela
fut le chaos. Il manque des bus car les privés ne veulent pas prendre
de risques. Dans les quartiers les plus pauvres, où c'est moins
rentable, les autobus n'arrivent pas ou le font avec d'énormes lacunes.
La population doit marcher des kilomètres pour arriver à un arrêt où
elle peut attendre jusqu'à une heure l'arrivée de l'autobus. Des
milliers de personnes ont perdu leur emploi pour être arrivées en
retard. Et le métro est si congestionné qu'il ne suffit pas.
Au chaos initial qui a provoqué quelques manifestations
spontanées a suivi une indignation à mesure qu'étaient révélés les
niveaux d'improvisation et de spéculation des entrepreneurs. Comme le
service fait des pertes (30 millions de dollars rien qu'en avril), le
gouvernement a décidé d'assister les privés. L'efficace métro public a
été forcé de prêter de l'argent au Transantiago et le gouvernement de
Bachelet propose maintenant au parlement un prêt de 290 millions à une
entreprise privée connue pour ne pas respecter ses contrats.
Même des députés de la démocratie-chrétienne critiquent le fait
que l'Etat appuie l'inefficacité des entreprises (privées).
L'ex-président Eduardo Frei, un démocrate-chrétien néolibéral, a
demandé que soit établi «un système de transport public comme dans
toutes les grandes villes du monde». Quelque chose d'impensable il y a
peu.
Un secteur de la Concertation démocratique, au pouvoir, a diffusé
il y a deux semaines un document intitulé Les alternatives, dans lequel
il demande d'«introduire des rectifications au modèle de développement
actuel, d'affronter les inégalités et d'avancer dans la construction
d'un système intégral de protection sociale». Les partisans du
gouvernement sentent le sol se dérober sous leurs pieds. Le document va
plus loin. Il critique un modèle où «le niveau de réserves fiscales a
plus d'importance que la cohésion sociale»; il dénonce de «graves
problèmes de qualité en matière d'éducation, de santé, de logement, de
protection de l'environnement» et un long et cetera; il alerte «sur la
qualité précaire de notre démocratie» et critique «les énormes
injustices et inégalités». Presque un manifeste de l'opposition de
gauche.
En réalité, le problème est ailleurs. La protestation tend
maintenant à dépasser les secteurs qui se sont toujours opposés au
modèle néolibéral chilien comme le peuple mapuche et la jeunesse
contestataire. La longue grève dans le sud, où sept mille ouvriers
forestiers ont gagné le bras de fer contre les puissants et prétentieux
chefs d'entreprise du groupe Angelini, un des plus forts du Chili, est
tout un symptôme des nouveaux temps. Les ouvriers ont utilisé la
machinerie lourde de l'entreprise pour résister aux carabiniers au prix
de plusieurs blessés et d'un mort. Les protestions des ouvriers, des
habitants, des mapuches et des étudiants pourraient à tout moment
converger. Nous savons que quand la répression ne freine pas ceux d'en
bas, ceux d'en haut commencent à penser à introduire des changements
pour faire une retouche au maquillage. I


Note : *Paru dans La Jornada du 18 mai 2007. Avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Traduction: RISAL (http://risal.collectifs.net)
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