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 L'insoutenable développement de nos économies

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mihou
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Localisation : Washington D.C.
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04112005
MessageL'insoutenable développement de nos économies

Le Temps, no. 1967
Économie, lundi 14 juin 2004

L'insoutenable développement de nos économies
Réunis au Tessin la semaine dernière, les plus grands économistes de l'environnement ont réfléchi aux relations entre les ressources naturelles, le développement économique et l'environnement à long terme

Aude Pommeret, Professeur assistant à l'Ecole des HEC de l'Université de Lausanne

On ne parle plus que du prix du pétrole. Le climat de fort risque géopolitique expliquerait sa récente envolée. Plus précisément, un quart du prix du baril (soit environ 10 $) proviendrait de la prime de risque engendrée par l'instabilité politique des pays producteurs. Cet environnement incertain peut en effet faire craindre le pire en matière d'approvisionnement en pétrole. Le problème semble cependant essentiellement conjoncturel. A long terme, les économies consommatrices de cette énergie ne devraient donc pas être affectées et il n'est alors a priori pas nécessaire d'apporter de profondes modifications à leur fonctionnement. Des ajustements temporaires sont sans doute souhaitables mais l'essentiel consiste à attendre que cette désagréable période prenne fin.

Pourtant les récentes inquiétudes autour du prix de l'or noir ont réveillé le vieux démon de l'épuisement des ressources énergétiques. Elles sont en effet propices à la prise de conscience de la dépendance de nos économies vis-à-vis du pétrole, et les débats autour de l'imminence de la disparition des réserves ont repris: l'année dernière en Grande-Bretagne, les importations de pétrole auraient excédé les exportations, Shell revoit à la baisse (20%) ses réserves, deux anciens ministres de l'Environnement, français et britannique, adoptent un discours des plus pessimistes concernant la production pétrolière à venir, etc.

Au même moment, se réunissaient à Ascona (Tessin) en Suisse les plus éminents économistes de l'environnement, afin de réfléchir à l'utilisation soutenable des ressources naturelles (par soutenable, on entend qui n'hypothèque pas le développement des générations futures). Du 6 au 10 juin dernier s'est en effet tenu le congrès international SURED (sustainable resource use and economic dynamics) organisé par l'EPFZ au bord du lac Majeur, c'est-à-dire dans un cadre plutôt bien choisi pour réfléchir à la relation entre nature et développement. La question centrale: nos économies fonctionnent-elles de façon à ne pas compromettre la richesse de nos descendants? Rien n'est moins sûr.

Générations futures

Le professeur Geoffrey Heal (Columbia University) a présenté ses travaux qui s'attachent à évaluer dans quelle mesure nous consommons aujourd'hui trop au regard de ce qui restera disponible pour les générations futures. L'idée consiste à mesurer les variations des différents stocks constitutifs de notre richesse actuelle afin de déterminer s'ils se réduisent ou non. Dans l'affirmative, nul doute que nous ne nous comportons pas de façon responsable vis-à-vis de nos enfants.

La liste des stocks pris en compte est la suivante: le capital productif, le capital humain, les ressources énergétiques, les ressources minérales, les forêts et l'oxyde de carbone (qui vient bien sûr réduire la richesse). Cette liste est évidemment incomplète et certaines mesures sont assez imprécises (s'attaquer à l'évaluation de la variation du capital humain - l'éducation - est héroïque). Elle fournit cependant une première base de réflexion. Les données utilisées proviennent de la Banque mondiale (BM) et les variations de ces stocks sont considérées sur la période 1970-2001. Tous les chiffres sont exprimés en pourcentage du revenu national (ou régional). Le calcul, présenté dans le tableau ci-contre, est effectué comme suit. On part de la variation du capital productif (investissement domestique net de la dépréciation du capital). On y ajoute la variation du capital humain (dépenses d'éducation utilisées comme indicateur de l'investissement en capital humain) et on en retire enfin la réduction du stock de capital environnemental (par exemple pomper du pétrole au-delà de ce qui a été découvert pendant la période considérée réduit les ressources énergétiques).

Intuition confirmée

Entrons dans le détail: la troisième colonne présente une estimation du coût social des émissions d'oxyde de carbone, la quatrième, l'utilisation des ressources énergétiques (particulièrement importante pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord); la colonne suivante concerne la déforestation, importante au Népal et nulle aux Etats-Unis où des forêts ont été replantées afin de compenser l'exploitation au cours de la période considérée. Dans l'avant-dernière colonne figure la somme, c'est-à-dire une estimation de la variation de la richesse, exprimée en pourcentage du revenu national ou régional, sur la période 1970-2001.

Si cette estimation est imparfaite, les chiffres auxquels on aboutit sont conformes à l'intuition. Ainsi, pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, un investissement net en capital productif de +14,72% devient

-7,09% une fois pris en compte l'épuisement des ressources, ce qui attire l'attention sur le fait que cette partie du monde vit de façon non soutenable de l'épuisement de ses ressources. L'Afrique subsaharienne apparaît aussi vivre au-dessus de ses moyens, un résultat tragique mais pas surprenant (manque d'infrastructure, instabilité politique, corruption...). La prise en compte des effets du sida sur le capital humain détériorerait encore la mesure. Le résultat largement positif de la Chine est un peu déconcertant mais doit sans doute être relativisé au regard des données utilisées. Les économies des autres pays semblent satisfaire le critère de soutenabilité.

Ces mesures ignorent cependant deux facteurs déterminants lorsqu'on cherche à conclure sur le développement soutenable ou non des économies. D'une part, la taille du gâteau que nous laisserons à chacun de nos descendants dépend certainement de la croissance de la population. D'autre part, la réponse habituelle au problème de l'épuisement des ressources notamment énergétiques n'a pas place dans le calcul: aucun progrès technique, qui permettrait de produire autant en utilisant moins de ressources ou en polluant moins, n'est pris en compte. Aussi une dernière mesure est-elle proposée dans la dernière colonne du tableau, qui corrige le chiffre précédent. On obtient alors une mesure, ajustée à la croissance de la productivité (progrès technique), de l'évolution de la richesse par tête. Ces corrections sensibles conduisent à une révision à la baisse des chiffres précédents. Les signes des estimations ne changent pas mais de nombreux chiffres positifs ne le sont plus de façon significative. Il faut par ailleurs rappeler que la liste des différentes composantes de la richesse est sans doute incomplète, ce qui conduit probablement à une conclusion un peu optimiste par rapport à la réalité.

Précaution

Par ailleurs, le progrès technique, véritable panacée pour assurer une croissance économique soutenable, mérite peut-être d'être traité de façon plus précautionneuse. Une analyse plus prudente et plus mesurée des effets - jusqu'à présent un peu trop magiques - du progrès technique devrait être réalisée. En effet, le progrès technique est souvent perçu comme le moyen le plus sûr de contrôler l'utilisation d'énergies fossiles tout en maintenant le rythme de croissance. Mais il s'agit dans ce cas essentiellement de progrès technique incorporé dans l'investissement, c'est-à-dire que seules les nouvelles machines sont moins gourmandes en énergie et/ou plus efficaces; les machines âgées utilisées ne sont pas affectées par ce progrès technique. Cette nature particulière du progrès technique a pour corollaire la mise au rebut du capital obsolète, ce qui a un effet total ambigu sur le stock de capital productif et donc sur la soutenabilité.

Finalement, la mesure pourtant optimiste proposée par Geoffrey Heal aboutit à une conclusion plutôt alarmiste. Nous ne sommes pas sûrs que les stocks de richesses que nous léguerons à nos enfants seront au moins aussi importants que ceux dont nous avons profité. Et le progrès technique qui devrait résoudre le problème de l'utilisation des ressources et de la pollution pourrait bien peser sur la croissance. Ce constat assez déprimant invite à la réaction, et même si le prix du pétrole est aujourd'hui supportable et le sera encore probablement dans les prochaines années, il est temps de réfléchir sérieusement à modifier le fonctionnement des économies sous peine de handicaper significativement les générations futures.
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