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 L'Aéropostale relie la France au Sénégal

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mihou
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Nombre de messages : 8069
Localisation : Washington D.C.
Date d'inscription : 28/05/2005

MessageSujet: L'Aéropostale relie la France au Sénégal   Lun 16 Nov - 11:20

10 octobre 1927
L'Aéropostale relie la France au Sénégal








Les
10 et 11 octobre 1927, les pilotes Jean Mermoz et Elisée Négrin
effectuent la première liaison directe et sans escale entre Toulouse et
Saint-Louis-du-Sénégal sur un Latécoère 26 (4470 km en 23 h 30).
Cet
exploit est à porter au crédit de l'avionneur Latécoère et de
l'Aéropostale, dont l'épopée a enthousiasmé les Français entre les deux
guerres mondiales.
André Larané.

Laurent Albaret raconte... l'Aéropostale
L'historien Laurent Albaret raconte l'incroyable épopée de l'Aéropostale et de ses pilotes.Laurent Albaret, historien médiéviste, anime par ailleurs L'Adresse Musée de la Poste, 34 boulevard de Vaugirard, Paris 15e. À côté de la gare Montparnasse, ce musée présente des expositions (en ce moment, D'Hermès au SMS, la saga du message,
jusqu'au 6 mars 2010) et de belles collections qui illustrent
l'histoire de la poste française. L'Aéropostale y occupe une place de
choix.

Entretien entre Laurent Albaret et Richard Fremder
Écouter :









Une aventure toulousaine

L'aviation,
tout juste née au début du siècle, fait ses premières armes pendant la
Grande Guerre ! À la faveur de celle-ci, grâce aux commandes de l'État,
beaucoup de constructeurs acquièrent une taille industrielle.
Parmi
eux, Pierre-Georges Latécoère. Né en 1883 à Bagnères-de-Bigorre, cet
ingénieur des Arts et Métiers a transformé la fabrique de wagons
paternelle en fabrique d'avions.
Il construit une usine immense à Montaudran, dans la banlieue de Toulouse... C'est là qu'aujourd'hui sont assemblés les Airbus de EADS, ex-Aérospatiale.
La
fin de la guerre le réjouit comme tout un chacun mais l'oblige à
réviser sa stratégie industrielle. Il décide comme quelques autres
pionniers d'employer ses avions au transport du courrier, en
concurrence avec le bateau et le train.




Des
concurrents comme Henri Farman et Pierre de Fleurieu ne l'ont pas
attendu pour défricher les dessertes vers l'Angleterre et l'Europe
centrale. Qu'à cela ne tienne, l'avionneur décide de tirer parti de sa
situation à Toulouse pour lancer des lignes postales par-dessus les
Pyrénées vers l'Afrique française : le Maroc et mieux encore le
Sénégal, et pourquoi pas vers l'Amérique du Sud.
On retient de lui cette formule, en septembre 1918 : «J'ai fait tous les calculs. Ils confirment l'opinion des spécialistes : notre idée est irréalisable. Il ne nous reste plus qu'une chose à faire : la réaliser». C'est ainsi que naissent les Lignes Latécoère.
Le 8 mars 1819, le capitaine d'industrie atterrit au Maroc et signe avec le résident général, le maréchal Hubert Lyautey
en personne, une convention pour la mise en place de huit vols mensuels
entre Toulouse et Rabat. Lui-même paie de sa personne en participant
aux premiers vols et notamment au franchissement des Pyrénées, une
épreuve qui paraît encore à beaucoup hors de portée des petits
appareils de l'époque.




Les
premiers avions n'ayant qu'une autonomie d'environ 400 km, l'industriel
doit négocier des terrains d'atterrisage le long de la côte espagnole.
Le plus difficile reste le recrutement de pilotes suffisamment fous
pour tenter l'exploit, assez dociles pour se soumettre aux contraintes
d'un service régulier.
Les chevaliers du ciel

À
la tête des Lignes Latécoère, l'industriel place alors un animateur
inspiré, Didier Daurat, ancien pilote de guerre. Il s'est forgé un
impératif qu'il fait partager à toute son équipe : «Le courrier doit passer».
C'est ainsi que des jeunes hommes de grande valeur vont risquer leur
vie et souvent la perdre pour transmettre au plus vite par-dessus les
déserts et les océans de banales lettres d'affaires ou d'amour !
Didier Daurat a l'art de recruter des hommes de talent et de caractère, anciens pilotes de guerre ou jeunes aviateurs comme Jean Mermoz. Il les discipline en leur imposant un passage à l'atelier comme simple ouvrier avant de leur permettre de voler enfin.
En
1926, un autre pilote appelé à une grande notoriété rejoint l'équipe.
Né en 1900 dans une famille bourgeoise de la région lyonnaise, avide
d'aventures et de rêves, il a nom Antoine de Saint-Exupéry. Il est
bientôt nommé chef de place à Cap-Juby, en Mauritanie, sur la route
aérienne de Rabat à Dakar. Face au désert, il va concevoir son premier
roman à succès, Courrier Sud, publié en 1929.
Avec
Mermoz, leader reconnu de l'équipe, Saint-Exupéry et les autres
pilotes, Vanier, Vachet Guillaumet,... naît très vite le mythe des «chevaliers du ciel»,
nouveaux héros d'une ère de progrès et de paix. Bientôt, on ne désigne
plus les liaisons France-Amérique du sud que sous le nom de : «La Ligne», comme s'il n'en existait pas d'autres !
Les
drames bouleversent l'opinion. Ainsi des accidents mais aussi des
sauvetages héroïques. En 1926, Mermoz, contraint à un atterrissage
forcé au cours d'un vol Casablanca-Dakar, est capturé par les Maures.
Ceux-ci l'abandonnent en plein désert après s'être vu promettre une
rançon de mille pesetas ! Le pilote va rejoindre par ses propres moyens
le poste d'escale de Cap-Juby.
Plus fort encore, en 1930
surviendra l'accident terrible d'Henri Guillaumet dans les Andes... On
comprend que, dans ces conditions, la France accordera des funérailles
nationales le 30 décembre 1936 à Mermoz, tombé dans l'Atlantique sud
avec quatre compagnons le 7 décembre précédent.


«Ce que j'ai fait, aucune bête ne l'aurait fait»


Henri
Guillaumet, né en1902, a été affecté par Didier Daurat au
franchissement des Andes. Le pilote, discret, expérimenté et endurant,
a toutes les qualités pour cet exploit régulier qui nécessite de
franchir des pics et des cols à plus de 6000 mètres en profitant au
mieux des courants d'air.
Lors de sa 92e traversée, le
vendredi 13 juin 1930, son Potez 25 est balayé par une tempête de neige
et s'écrase à 3000 mètres d'altitude. Après deux jours à attendre en
vain les secours, le pilote, frigorifié, écrit sur la carlingue : «N'ayant pas été repéré, je pars vers l'est. Adieu à tous. Ma dernière pensée sera pour ma femme».
Il
franchit ainsi dans des conditions épouvantables plusieurs cols, avec
une obsession : que, s'il vienne à mourir, l'on retrouve son corps,
faute de quoi sa veuve ne pourrait toucher la prime d'assurance !
Enfin,
contre toute attente, il reconnaît un semblant de sentier et quelque
chose qui ressemble à du crottin. Il serait donc près d'un village ! Il
tombe d'épuisement cependant qu'approche une paysanne sur son mulet...
Il est sauvé.
Son ami Saint-Exupéry, qui attendait dans
la ville argentine de Mendoza le résultat des recherches, se précipite
vers le village en question. Les deux hommes tombent dans les bras l'un
de l'autre.
Et l'écrivain rapportera cette confidence exprimée avec une sincère modestie : «Ce que j'ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l'aurait fait».
Henri Guillaumet sera tué aux commandes de son appareil dans les
premiers mois de la Seconde Guerre mondiale ; Saint-Ex mourra au cours
d'une mission dans les derniers mois de la même guerre.






Le grand défi

Latécoère,
cependant, malgré l'estime que suscitent dans le public les exploits de
ses pilotes, peine à faire face aux défis techniques et aux concurrents
anglais, espagnols, allemands...
Le 3 décembre 1926, il
s'envole pour Rio et rencontre Marcel Bouilloux-Lafont, un entrepreneur
d'origine française, né à Angoulême en 1871, qui a fait fortune en
Amérique latine. Latécoère lui cède le 11 mars 1927 ses parts dans la
compagnie et celle-ci devient le mois suivant la Compagnie Générale
Aéropostale, plus connue sous le nom d'Aéropostale.
Bouilloux-Lafont
n'a pas moins d'ambition et d'audace que son ami. Il veut établir au
plus vite des liaisons régulières entre la France et l'Amérique latine.
L'objectif est sinon aisé, du moins raisonnable, considérant que la
même année, Charles Lindbergh réussit la traversée de l'Atlantique nord.
Pour
commencer, le 10 octobre 1927, Mermoz et Négrin réussissent le premier
vol sans escale entre Toulouse et Saint-Louis du Sénégal. Reste à faire
le grand saut transatlantique vers Natal, à la pointe du Brésil. Dans
un premier temps, l'Aérospostale met en exploitation des avisos (petits
navires rapides) qui font la navette en quatre jours. À leur arrivée au
port, à Natal comme à Saint-Louis-du-Sénégal, leurs sacs de courrier
sont transférés sur des avions.
Mais cette solution ne
satisfait pas Bouilloux-Lafont qui plaide auprès de l'administration
pour pouvoir mettre en service des avions au-dessus de l'océan. Mais le
ministère français de l'Air, au nom du règlement, impose le recours à
des hydravions, moins performants. À Mermoz revient une nouvelle fois
l'honneur d'inaugurer la ligne : le 12 mai 1930, il s'envole de
Saint-Louis pour Natal, soit un vol de plus de 3000 kilomètres en 21
heures.
Bientôt, l'Aéropostale réussit à organiser des vols
de nuit entre Toulouse et Buenos-Aires. C'est le triomphe. Triomphe
éphémère s'il en est...
La chute

Marcel Bouilloux-Lafont s'est beaucoup endetté pour développer La Ligne et sa fortune a aussi souffert du krach
de Wall Street. Plus grave, il doit faire face à la concurrence de la
Lufthansa allemande sur les liaisons avec l'Amérique du Sud et, plus
grave encore, aux pressions «amicales» de l'administration française en faveur d'un rapprochement franco-allemand, diplomatie oblige.
L'entrepreneur
se scandalise de cette idée qui reviendrait à céder à ses rivaux
allemands le fruit de ses efforts et des sacrifices de ses pilotes.
Mais il n'aura pas le dernier mot. En février 1932, il est accusé,
ainsi que son fils, de malversations. Déstabilisé, il doit lâcher
l'Aéropostale. Celle-ci est mise en liquidation judiciaire le 31 mars
1931.
Bernard Marck (Histoire de l'aviation,
Flammarion, 2001) raconte comment cette cabale aurait été montée de
toutes pièces par un faussaire, Serge Colin, rétribué par le ministère
français de l'Intérieur.
Le 30 août 1933 naît la compagnie
Air France suite au regroupement de diverses compagnies dont
l'Aéropostale. D'emblée, celle-ci abandonne à ses concurrents
américains et allemands la plupart des lignes sud-américaines créées
par Bouilloux-Lafont et n'en conserve que le tronçon principal.
Il
faudra attendre les années 1960 pour que la France et Toulouse
reprennent l'initiative en matière de construction aéronautique, en
relevant le nom de l'Aéropostale, transformé en Aérospatiale.
http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19271010

_________________
Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa
Ma devise:
se SURPASSER ,ne JAMAIS ABDIQUER,TOUJOURS RESTER HUMBLE
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