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 Que philosopher n’est pas sans risques.

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AuteurMessage
mihou
Rang: Administrateur


Nombre de messages : 8069
Localisation : Washington D.C.
Date d'inscription : 28/05/2005

23112008
MessageQue philosopher n’est pas sans risques.

Que philosopher n’est pas sans risques.




Par Claude Ribbe,
dimanche 23 novembre 2008 à 14:05 :: General



J’ai
le souvenir d’avoir été invité un jour sur un plateau de télévision où
se trouvait Stéphane Pocrain. Lorsqu’il s’est mis à parler des « noirs
» (et bien entendu en leur nom) je lui ai demandé ce qu’il entendait
par là. Comme il était incapable de me répondre, il m’a jeté un regard
furieux et lancé, sur un ton qui laissait deviner une certaine envie de
me casser la figure : « Je ne suis pas votre élève ! ». Ma question
l'avait rendu fou; sa réponse montrait assez que si j'étais un "noir",
je n'avais cependant rien à voir avec lui.


Ayant effectivement enseigné la philosophie pendant plusieurs
années, la réflexion de Pocrain, qui était en même temps un aveu, m’a
vraiment mis mal à l’aise. Oui, la réflexion suppose un apprentissage.
Personne n’oserait monter sur une scène pour donner un concert de
violon sans s’être livré préalablement à quelques années d’exercice. Et
pourtant, nombreux sont ceux qui s’exhibent pour raisonner sans
préparation appropriée et surtout sans aucun souci de trouver la
vérité, mais dans le but unique de paraître avoir raison. Dans
l’antiquité (où il n’y avait aucun préjugé de couleur) c’est gens-là on
les appelait «sophistes » et ceux qui les combattaient au nom de la
vérité, on les nommait « philosophes ». Ces derniers étaient ceux qui
recherchaient la sagesse, la clé du bonheur, étant entendu que le
chemin escarpé et périlleux qui y conduit est forcément celui de la
vérité. Comme dirait Hegel, est-on automatiquement cordonnier sous le
prétexte qu’on a un pied susceptible d’entrer dans une chaussure à la
bonne pointure ?
Donc ma question, faussement naïve, j’en conviens, « Qu’est-ce qu’un
« noir » pour vous ? », mettait soudainement en évidence les carences
de ce pauvre garçon, propulsé sophiste par ceux qui le jugeaient utile
et pas dérangeant. Je l’avais sûrement humilié, ce qui n’était pas du
tout mon intention. Et depuis, j’éprouve toujours un peu de gêne à
emmener mes interlocuteurs sur le terrain philosophique, ayant
remarqué, en mûrissant, que lorsqu’on se risque à y pousser des gens
qui n’y sont pas préparés, on génère parfois beaucoup de violence. J’ai
souvent repensé à la mort de Socrate et à la haine que les sophistes de
son époque pouvaient lui vouer. J’en suis arrivé à la conclusion que la
philosophie- je ne parle pas de ce qu’on entend par ce mot dans les
dîners parisiens, à la télévision ou dans les colonnes des journaux–
c’est vraiment dangereux. Les esclaves enchaînés à leur écran
extra-plat-HD-ready,
habitués à ne discerner que des ombres dans l’obscurité cathodique,
n’apprécient pas du tout qu’on les tourne brusquement du côté de la
lumière. Mon ami Aristide, lecteur attentif de ce blog, me rappelait
hier encore (au téléphone depuis l'Afrique du Sud) que la vérité c'est du piment
(proverbe wolof). Soit dit en passant, Aristide risque de rentrer au
pays, maintenant qu'Obama est élu et surtout depuis qu'Hillary
(beaucoup plus "noire" qu'Obama en fait) accède au Département d'Etat.
Que ceux qui ne me croient pas aillent voir Quantum of Solace
et on en reparlera. Villepin, qui, depuis la Martinique, fin 2003, (il
était en vacances chez Glissant) avait prêté main forte à Bush pour
enlever Aristide, se prépare à la correctionnelle tandis qu'Aristide va
être réhabilité par tous ceux qui lui crachaient dessus (toute la
presse française et les imbéciles qui répètaient ce qu'ils y lisaient à
l'époque). Un juste retour des choses, non ?


Bref, pour avoir, de manière indirecte il est vrai, tenté de
remettre le couvert au sujet de la "race" à propos du regrettable
article de Véronique Maurus, j’ai déploré des réactions qui montraient
bien que la plupart des gens n’ont aucune défense contre l’idéologie
dont une partie de la presse les abrutit et préfèrent l’ombre lumineuse
à la lumière obscure. Je laisse bien entendu de côté tous ceux qui, dès
que je dénonce le racisme, me traitent de paranoïaque, voir de raciste.
"Moi pas comprendre", m'écrivait finement l'autre jour un de mes
contradicteurs.


Parce que j’évoquais une question grammaticale - la question de la
majuscule au mot «noir » (ou « blanc ») lorsqu’il est employé comme
substantif - certains m’ont reproché de donner de l’importance à un
détail tellement insignifiant que j’étais sans doute un maniaque,
principalement occupé à trouver le moyen de sodomiser les mouches.
Voire ? Imaginons que le titre de l'article n'ait pas été Appeler un Noir un Noir (sic), mais qu'il ait désigné, de manière analogue, et avec la majuscule, un prétendu groupe autre que les "noirs" ?


La question, en fait, n’a rien d’insignifiant. Agatha Christie (qui
savait ce qu'est l'écriture) disait que si on déplaçait une virgule
dans un de ses romans, le coupable n'était plus le même. Eh bien, si
l’on met une majuscule au mot « noir », Patrick Lozès à droit tout de
suite à un poste de ministre. Ministre des « noirs », bien sûr.


Si on opte pour la majuscule, on fait le choix de considérer que la
couleur de peau vous assigne à un groupe, sans qu’on ait le choix d’y
adhérer ou non. Du point de vue de ceux qui font ce choix (et ne
laissent pas de choix aux autres) tout métissage est exclu. Une
personne qui a deux parents d’un l’un est blanc de peau, l’autre noir,
est obligatoirement un « noir ». Ainsi, Obama, dont toute la presse
française rappelle que c’est un « noir », Obama n’aurait pas le droit
de dire qu’il est « blanc » sans être raillé ou insulté. En bonne
logique, on devrait pourtant admettre qu’une double ascendance pourrait
permettre à tout intéressé de choisir. Mais non. Car un « blanc »,
c’est quelqu’un dont rien, dans l’apparence, ne laisse penser qu’il
puisse avoir un « noir » parmi ses ancêtres. Alors qu’un « noir » c’est
au contraire quelqu’un qui, même si la moitié ou les trois quarts de
ses aïeux ont la peau blanche, n’a pas le droit de revendiquer son
appartenance au supposé groupe des « blancs » à partir du moment où son
phénotype laisse entrevoir une ascendance un tant soit peu négroïde. Un
homme à la peau blanche avec des traits négroïdes est un nègre blanc,
pas un blanc noir. On voit qu’il y a, dans cette vision, négrifiante,
dénigrante (au sens étymologique) du monde, deux poids deux mesures,
quelque chose de tellement louche qu’on est bien obligé de soupçonner
une grossière idéologie uniquement destinée à légitimer les intérêts de
ceux qui se considèrent comme «blancs». J’ai dit souvent qu’on n’a
aucun intérêt à s’affirmer « noir » ou « blanc » si l’on est entre soi.
Dès que quelqu’un s’affirme «blanc», cherchez le « noir » qui est visé
et voyez en quoi il dérange. Quand je lis, Le Monde, je sais
que c’est moi ; que ce journal tient bien à faire savoir qu’il n’est
pas du tout destiné à être lu (encore moins écrit) par des « gens comme
moi ». Véronique Maurus est sûrement naïve. Tel n’est pas forcément le
cas de sa rédaction. Le médiateur ressent le besoin névrotique de
parler de « noirs ». Elle compense son angoisse par la jouissance de se
sentir non seulement « blanche » (qui pourrait en effet douter qu’elle
pense l’être lorsqu’on la lit ?), mais en plus une "blanche supérieure"
au sens où elle se sent capable d’accorder sa bienveillance à un « noir
», fût-il président des États-Unis. Quelqu’un comme elle pourrait
parfaitement coucher avec un « noir », même l’épouser, mais elle ne
manquerait jamais de lui rappeler qu’il « est » noir et que leurs
enfants le « sont » aussi.
Je n’ose plus lire ce quotidien pourtant estimable avant de me coucher
par crainte des insomnies, ce qui est ennuyeux pour un journal du soir.
Je frémis en imaginant les conférences de rédaction évoquant la
« question noire ». Lorsque les sodomiseurs de mouches comme moi
décèlent dans ce journal ce besoin irrépressible de parler de sa
couleur de peau dès qu’un Afro-descendant émerge du lot, ils
comprennent que les auteurs de ces articles sont des « blancs » au
paternalisme désuet, extrêmement angoissés, et, faut-il le dire,
angoissants. Mais ils s'aperçoivent aussi que de pareils travers, s’ils
sont tolérés, sont sûrement encouragés par la ligne éditoriale du
journal. C'est ça qui provoque des cauchemars.
C’est ce racisme-là qui fait, je crois, le plus de mal.
Je préfère infiniment discuter avec le pire réactionnaire qui, s’il est
de bonne foi, finit généralement par reconnaître qu’il a des préjugés,
mais qu’il lui est impossible de s’en défaire, plutôt qu’avec un
raciste de gauche qui préférera me dénier toute aptitude au
raisonnement plutôt que de s’avouer ses propres limites. Voilà
l’explication de la haine que me vouent de nombreux sophistes. Une
haine d’autant plus féroce que j’ai eu le malheur d’apprendre à penser
et de faire certifier ce temps perdu par des diplômes aujourd’hui bien
inutiles. Dans ma jeunesse, j’avais la naïveté de croire que des
certificats attestant de mes efforts pour apprendre à réfléchir me
garantiraient, plus tard, un minimum de respect intellectuel. C'est ce
que croyait ma mère.


Eh bien, si c’était à recommencer, je m’abstiendrais de faire des
études tant cela peut déclencher de violence dans un pays dont le
racisme est si sournois.
Non, si c'était à refaire, je serais totalement illettré, je courrais
en slip Sloggi extra moulant aux côtés de Villepin sur la plage, je
fumerais des pétards toute la journée, pieds nus sur scène je
chanterais de mauvais alexandrins devant un parterre de blondes
exaltées, je dirais que Jean-Bertrand Aristide est un prêtre défroqué
qui mange les petits enfants, je serais dans le top ten
des personnalités préférées de mon pays, je serais invité chez Calvi,
je déjeunerais avec Zemmour, je serais adhérent du Cran, je jouerais au
football, je vendrais par dizaines de milliers des livres à mon nom
dont je n'aurais pas écrit une ligne et que je n'aurais même pas lus,
je mettrais bien entendu une majuscule au mot «noir» et j’aurais
peut-être même - qui sait - le droit de publier, comme Alain
Finkielkraut, des articles dans Le Monde. On pourrait dire,
entre soi, que c’est un geste de charité, de discrimination positive.
On ricanerait dans mon dos, mais au moins, on ne me montrerait pas les
dents.

http://www.claude-ribbe.com/dotclear/

_________________
Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa
Ma devise:
se SURPASSER ,ne JAMAIS ABDIQUER,TOUJOURS RESTER HUMBLE
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