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 Lulu et les dinosaures (1)

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AuteurMessage
mihou
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Nombre de messages : 8069
Localisation : Washington D.C.
Date d'inscription : 28/05/2005

02102007
MessageLulu et les dinosaures (1)

Lulu et les dinosaures (1)[/url]











Hugo Latulippe, Cinéaste


du lundi 01 octobre 2007

Mots clés : Lucien Bouchard, porcheries, Agriculture, Pollution, Québec (province)


À l'occasion de la fin des audiences de la Commission sur l'avenir de
l'agriculture au Québec et de la publication cette semaine aux Éditions
Écosociété de Porcheries! La porciculture intempestive au Québec, un
ouvrage de chercheurs de l'UQAM qui dénonce l'impact négatif de
l'industrie porcine sur l'économie, l'environnement, les communautés
rurales et le patrimoine culturel québécois, nous publions aujourd'hui
et demain deux textes de l'auteur de Bacon le film (2001) qui présente
sa propre analyse de l'évolution du dossier, six ans après la parution
du film-choc.

Le chef du gouvernement lors du Sommet agroalimentaire de
Saint-Hyacinthe en 1998 jusqu'à son rôle de passeur de sapin pour le
compte d'Olymel en 2007, Lucien Bouchard est en voie de devenir une
sorte de mascotte de l'industrie porcine, un partenaire officiel de la
faim du monde... des affaires. À tout le moins, on peut dire qu'il nous
accompagne fidèlement, tel un prophète de malheur, au fil du drame qui
a pour théâtre bien réel les campagnes du Québec.



Ground Zero



Juste avant la courbe du millénaire, Lucien et les dinosaures
promettaient de faire doubler la production de porcs usinés, convenant
au passage, en modernes, qu'il fallait «assouplir certaines règles pour
y arriver». Ils s'étaient formellement engagés à «voir grand». Ça, ça
voulait dire casser le cou du ministère de l'Environnement, faire taire
ses fonctionnaires les plus progressistes et finir de vider ses lois de
leur substance coercitive. À ce chapitre, le chemin parcouru est
exemplaire. Voir grand. De l'américain Think Big. Idée chère à Elvis
Gratton.


Avec le recul, en toute logique, on peut imaginer que Lucien
Bouchard était à la veille de réinventer la lucidité. On peut imaginer
qu'il était à la veille de s'emparer du sens même de l'un des plus
précieux synonymes de «lumière» de la langue française.



(À ce propos, je suggère qu'on se garde une petite gêne et qu'on
parle de ces apologistes d'une nouvelle optique darwinienne comme de
«néolucides». En tout respect pour notre langue. Faut pas charrier! Je
trouve qu'il fait passablement noir dans l'esprit de ces dinosaures; à
l'heure où la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation
et l'agriculture) prédit la fin de la pêche commerciale sur Terre vers
2050, à l'heure où l'astrophysicien Hubert Reeves envisage une 6e
extinction de l'espèce humaine, cette obstination des élites
économiques à véhiculer l'idée que l'humanité-turbo pourrait encore
accélérer la moisson s'apparente à une rhétorique suicidaire, à une
pensée plus obscurantiste que lumineuse. Parlons donc de néolucides.)



Les dinosaures gardiens de la tradition



Toujours est-il que, dans le milieu de l'agriculture industrielle,
en Iowa comme au Québec, on ne voit plus que grand. Pour ce faire,
l'Union des producteurs agricoles (UPA) élit et réélit un président
depuis 14 ans (!) qui est lui-même propriétaire d'usines de porcs. Cet
homme et sa suite, membres en règle du club des dinosaures optimistes,
ont pris le contrôle de l'organisation et font maintenant ombrage à
toute la profession agricole. Sous le couvert du fier mouvement
syndical, sous le couvert du noble métier de paysan, ces dinosaures
prétendent défendre l'avenir et la tradition des agriculteurs du
Québec. Année après année, au congrès de l'UPA à Québec, ils
parviennent à vendre l'idée aux paysans qu'ils défendent l'intérêt du
plus grand nombre, plutôt que celui des industriels et des oligarques
de la shop à viande.



Or, comme le montre éloquemment l'ouvrage de Denise Proulx et d'un
groupe de chercheurs de la Chaire d'éducation relative à
l'environnement du Canada (UQAM ), ce n'est pas seulement l'avenir de
l'agriculture québécoise qui est maintenant sérieusement hypothéqué par
le régime agricole dont Lulu et les dinosaures se sont faits chantres,
«c'est l'avenir de notre pays, de notre patrimoine et notre identité
profonde qui sont menacés».


À cet égard, le travail des universitaires nous éclaire avec une
nouvelle série de faits accablants qui font de nouveau la preuve que le
modèle des usines de porcs dévore nos campagnes et ses gens. On a
notamment découvert des concentrations significatives de 12 à 16
pesticides différents dans les rivières qui ont le malheur de sillonner
les zones d'usines d'élevage. Méchant gâchis pour un pays qui est censé
être une mine inépuisable d'or bleu, dont la générosité des nappes
phréatiques fait l'envie de la plupart des pays du monde.



Santé attaquée



Aussi, une équipe de l'Université de l'Iowa, qui s'est penchée sur
l'impact des odeurs sur la santé des enfants vivant à proximité des
fermes porcines de plus de 100 bêtes (notez bien, au Québec, on parle
maintenant de cheptels presque 100 fois plus grands!) a découvert que
les enfants présentent des incidences d'asthme trois fois supérieures
au niveau national des États-Unis. Les femmes enceintes vivant à
proximité des fermes porcines industrielles, elles, donneraient
naissance à des enfants prématurés 2,17 fois plus souvent que la
moyenne nationale.



Même les travailleurs d'usine sont désormais touchés... Selon une
étude menée au Québec par les directions régionales de santé publique,
les travailleurs d'usines d'élevage de porcs se minent les poumons et
le système respiratoires dans ces bâtiments concentrationnaires où
l'air est funestement saturé de particules de fumier, de poussières de
médicaments, de moulées, d'hormones et le reste. Ça vous rappelle les
mines?



Pourquoi ce gâchis? Pour l'emploi? Non. On le sait, ça aussi. La
tendance n'est pas exactement à l'emploi dans la shop à viande. En
fait, 98 % des porcheries du Québec fonctionnent sur un mode industriel
(ce qui signifie qu'elles emploient des machines américaines couplées
d'outils informatiques japonais plutôt que des travailleurs québécois).
Actuellement, l'usine d'élevage type emploie un travailleur et parfois
un travailleur et demi. Et on travaille à l'éliminer.



À l'ère d'un Québec agricole qui n'a pas encore choisi le virage
vers les produits de créneaux transformés et valorisés, vers les
appellations contrôlées, vers les produits agricoles de haute qualité,
vers les produits artisanaux, vers les espèces patrimoniales, vers le
biologique, l'ambiance est assez morose dans le secteur. Le 31 janvier
2007, la radio de la SRC diffusait un reportage où l'on apprenait que
les deux tiers des producteurs porcins du Québec avaient traversé un
épisode de détresse psychologique dans les dernières années! Pas
étonnant lorsqu'on sait que les producteurs de porcs d'usine sont
endettés jusqu'au cou, finançant les banques, la Société générale de
financement, les manufacturiers de machinerie lourde, les compagnies de
béton et les comptes suisses des compagnies agrochimiques. Cela à même
leur santé, leur équilibre, leurs familles.


Plus ça va, plus les autres agriculteurs réalisent que les quelques
intégrateurs du porc sont une plaie, un boulet pour le monde agricole.
Mais jusqu'à maintenant, «ces autres» que je me permets d'appeler la
majorité des paysans du Québec, ne sont pas parvenus à faire entendre
leur dissidence en dehors de l'UPA. Défier la machine industrielle et
l'UPA des dinosaures, à en croire quelques producteurs qui ont eu le
culot de le faire, ce n'est pas de la tarte.


Les néocurés



L'industrie porcine traverse crise sur crise depuis 25 ans. Or il
faut absolument savoir que chaque fois, ce sont tous les Québécois qui
payent pour maintenir le rafiot à flot... jusqu'à la prochaine avarie.
Sans assurances (de l'État) ni assistance (gouvernementale), c'est le
naufrage immédiat. Olymel n'est qu'une station du chemin de croix.
L'industrie porcine est un Titanic financier. Une aberration économique
fondée sur l'appui inacceptable de notre ministère de l'Agriculture à
un lobby corporatif puissant qui nourrit de moins en moins les
Québécois et de plus en plus les marchés internationaux (le Japon, les
États-Unis, la Russie, etc.). Sans compter le fait qu'il faudra que
tous les Québécois assument financièrement les impacts négatifs de
cette production sur nos économies régionales, notre santé et nos
écosystèmes.


Qu'à cela ne tienne! L'élite agricole, celle qui dirige l'industrie
et qui ne met pas souvent le gros orteil dans ces bâtiments, en
redemande. «Il faut augmenter la productivité, la rentabilité...» On
note dans l'ouvrage de Denise Proulx «qu'il est remarquable que la
quasi-totalité des professionnels et experts agricoles -- largement
soutenus par une partie importante des milieux de la recherche
agronomique et agroéconomique universitaire -- appuie majoritairement
une agriculture productiviste et industrielle...».



Malheureusement, les chercheurs universitaires n'osent pas parler,
eux non plus. L'industrie a ses antennes partout, à commencer par les
portefeuilles de plusieurs départements universitaires du Québec et du
Canada. En fait, la situation est très semblable à celle de l'industrie
forestière sur ce point, et tout aussi discutable sur le plan de
l'éthique.



De l'idéologie à l'entêtement



Aux questions des journalistes sur le récent fiasco d'Olymel, Lulu
et les dinosaures répondent obstinément en évoquant, presque lyriques,
des multinationales québécoises plus compétitives sur les marchés
internationaux. En néolucides, ces gens sont convaincus que l'idéal
national des Québécois consiste à jouer à tag barbecue dans le grand
concert des lardons. Ils rêvent d'usines plus productives. Ils rêvent
de rendements accrus et de performance, de croissances ininterrompues
et de complexes industriels.



Lulu et les dinosaures me font penser à Ford qui s'obstine à mettre
sur le marché des camions énergivores de 3 tonnes. On apprenait
dernièrement que le géant imperturbable avait fait une perte nette de
13 milliards de dollars américains en 2006. Les actionnaires de Ford
n'arrivent tout simplement pas à déchiffrer leur époque.



Je suis né au Québec, dans les grandes années de la Révolution
tranquille. Avec l'éducation que j'ai reçue, de la petite école à
l'université; avec l'étude de la pensée des grands humanistes des
Lumières à Sartre, de Gandhi à Gro Bruntland; avec l'héritage des
fondateurs de la social-démocratie québécoise; avec le développement
des sciences sociales et l'élaboration de la pensée écologique en
Occident; il me semble que le propos de Lulu et les dinosaures apparaît
littéralement cryptique. Occulte. Et je sais que beaucoup de gens de ma
génération se font cette réflexion...



La pensée des wannabe-lucides, d'Alain Dubuc à Lucien Bouchard en
passant par Bernard Landry ou Joseph Facal (qui traitent encore les
écologistes d'immobilistes par-ci, par-là), érigée en schème
philosophique, a plus à voir pour nous, avec le crépuscule d'une
civilisation et l'aliénation de ses élites, qu'avec la clairvoyance.
Pour nous cette pensée est de l'ordre de l'entêtement. Mais en
viendrons-nous à bout?

http://www.ledevoir.com/2007/10/01/158935.html

_________________
Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa
Ma devise:
se SURPASSER ,ne JAMAIS ABDIQUER,TOUJOURS RESTER HUMBLE
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Voir le profil de l'utilisateur http://vuesdumonde.forumactif.com/

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Lulu et les dinosaures (1) :: Commentaires

Re: Lulu et les dinosaures (1)
Message le Mar 2 Oct - 22:05 par mihou
À l'occasion de la fin des audiences de la Commission sur l'avenir de
l'agriculture au Québec et de la publication cette semaine aux Éditions
Écosociété de Porcheries! La porciculture intempestive au Québec, un
ouvrage de chercheurs de l'UQAM qui dénonce l'impact négatif de
l'industrie porcine sur l'économie, l'environnement, les communautés
rurales et le patrimoine culturel québécois, nous publions aujourd'hui
le dernier de deux textes de l'auteur de Bacon le film (2001) qui
présente sa propre analyse de l'évolution du dossier, six ans après la
parution du film-choc.




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Pour le moment, comme d'autres, j'en suis venu à penser que
c'est à nous, les urbains, de «renforcer» les vrais agriculteurs, les
petits. C'est à nous, les acheteurs de produits agricoles, de dénoncer
ceux qui poussent impitoyablement les familles de paysans québécoises
vers le gouffre. De montrer du doigt ceux qui enlaidissent et
détruisent nos campagnes. Il faut ramener à l'ordre notre gouvernement,
la Société générale de financement, les banques et les caisses
populaires et, bien sûr, ces universitaires financés par l'agrobusiness
et l'agrochimique qui ne jurent que par l'optimisation de la génétique,
qui travaillent à la création de nouvelles races turbosupérieures et à
la transformation de l'agriculture en laboratoire. Loin de la vraie
terre, loin du vrai air, loin de la vraie eau, loin du monde et des
autres vivants.


Apôtres de la croissance perpétuelle, Lulu et les dinosaures rêvent
d'une agriculture enfin conforme aux planifications comptables et aux
modèles des logiciels. Comme pour la forêt boréale, il devient pourtant
de plus en plus évident qu'appliquer aux écosystèmes agricoles et aux
animaux d'élevage la même logique économique, les mêmes schèmes de
croissance-performance-productivité qu'aux usines de souliers est une
maladie mentale qui pourrait mener les humains à leur perte. Cette
maladie ne doit pas être enseignée impunément à l'université.



À mon avis, la science insensée que l'on pratique dans ces chaires
agricoles de plus en plus aveugles aux applications écosystémiques de
leurs recherches s'apparente à ce que le scientifique Carl Jung
qualifiait de «médiocrité intellectuelle», caractérisée par un
rationalisme éclairé, une théorie scientifique qui simplifie les faits
et constitue un excellent moyen de défense, à cause de la foi
inébranlable que l'homme moderne accorde à tout ce qui porte
l'étiquette scientifique. Roma locuta, causa finita (Rome a parlé, la
question est tranchée, le débat est clos).


L'apocalypse des animaux



Je me souviens... de ce vétérinaire très connu dans le milieu qui
avait voulu garder l'anonymat lors du tournage de Bacon (appelons-le
Alphonse). Alphonse insinuait que ces médicaments vendus sous la
pression des compagnies pharmaceutiques aux agriculteurs comme une
nécessité absolue assuraient une part du revenu des vétérinaires
agricoles, bien plus que la santé des animaux. Alphonse prétendait que
ses collègues touchaient une commission sur la vente de pilules, tant
et si bien qu'ils avaient tendance à en vendre un peu beaucoup. Trop.



À l'époque, j'avais décidé de ne pas intégrer cette révélation au
film par pudeur. Je trouvais ça trop capoté. Aujourd'hui, les faits
sont clairs. Des experts cités dans l'ouvrage des chercheurs de l'UQAM
mettent en garde Santé Canada des risques de résidus de médicaments
dans le jambon de porcs usinés. Ce qui renforce une autre information
transmise par le même vétérinaire que j'avais omise dans le montage
final de Bacon. Alphonse disait que de plus en plus de producteurs
industriels refusaient de manger ce qu'ils produisent.


«Pourquoi Alphonse?



-- Parce qu'ils savent ce qu'ils mettent dedans.»



Ayant eu vent qu'Alphonse mentionnait publiquement ce genre de
détail fâcheux, l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec l'a
d'ailleurs radié de la profession.


Une résistance



J'ai de bons amis agriculteurs, paysans, artisans, restaurateurs.
La plupart produisent et transforment des produits raffinés, issus de
cultures biologiques, des produits avec une âme, une histoire, un lien
avec le patrimoine agricole et historique du Québec. Cela sans aucun
soutien spécifique de l'État. Le MAPAQ subventionne le béton pour
l'agrandissement de fosses à lisier de porc jusqu'à hauteur de 80 %,
mais ne reconnaît pas encore les rendements du bio.



Ces héros de l'agriculture qui font tous les sacrifices pour nous
nourrir sainement bâtissent le Québec de demain sur leurs épaules, à
leur corps défendant. Par conviction. Par respect pour leurs enfants.
Par amour pour leur pays. Ces gens sont de vrais patriotes. Ils ont
entrepris de faire -- sans l'État -- ce que les Européens ont commencé
à faire il y a longtemps avec l'appui de l'Union et de leurs
gouvernements. Serons-nous les derniers en Occident à effectuer ce
virage?



Certains ont pour clients réguliers des ambassadeurs étrangers, les
grands chefs de la gastronomie montréalaise, le bureau du premier
ministre, etc. D'autres écoulent leurs produits dans les marchés
publics de Westmount et d'Outremont, du Plateau et de
Notre-Dame-de-Grâce quand ils n'exportent pas leurs produits à Toronto,
à Boston et à New York.


Ce que ça veut dire? Simple. Dans les franges les plus informées,
les plus scolarisées et les plus riches de la société, on mange de plus
en plus bio. Dans l'Occident entier d'ailleurs. La croissance de ce
secteur est phénoménale: 20 à 25 % par année. Peu de secteurs
d'activité connaissent une telle croissance.



Des produits sains pour tous



Encéphalopathie spongiforme bovine, grippe aviaire, fièvre
aphteuse, hécatombes liées à l'eau contaminée en milieu agricole,
infestations de cyanobactéries, syndrome du dépérissement post-sevrage,
stérilité des animaux qui consomment des aliments génétiquement
modifiés... Les preuves de l'imminence de la déroute du secteur, dans
sa forme industrielle, abondent. L'agriculture, c'est plus qu'un
secteur économique, c'est notre garantie de santé présente et future.
L'air que nous respirons, l'eau que nous buvons, la nourriture que nous
mangeons constituent notre sang, notre chair, nos organes, nos os.


Pourquoi tolérons-nous que les plus nantis se nourrissent du fruit
d'une agriculture de très haute qualité alors que le Québécois moyen
continue de manger du bacon aux médicaments? Ce n'est pas équitable.
J'irai jusqu'à dire que ce n'est pas acceptable dans un pays qui
souscrit à la Déclaration universelle des droits de l'Homme. L'accès à
une saine alimentation est un droit. Le Québec de 2007 est un État
passablement riche et moderne. Tous les Québécois doivent pouvoir
manger des produits sains et de très haute qualité.


Pour cela, il faut que le ministère de l'Agriculture des Québécois
commence dès maintenant à imiter ses homologues de l'Allemagne, du
Royaume-Uni, de la France, de la Suède, de la Suisse, de l'Italie et
qu'il subventionne le virage de producteurs agricoles industriels vers
le bio. Ça n'a rien de très compliqué. C'est même très simple. C'est un
choix de société, point à la ligne.


La Commission sur l'avenir de l'agriculture qui conclut maintenant
ses travaux apporte un vrai espoir. Un espoir que la parole des
compatriotes paysans, partisans d'une agriculture raisonnée qui ont osé
parler devant les commissaires et défier l'édit du Vatican de
Longueuil, sera transmise avec diligence à nos élus.


Il faut oser exiger de Lulu et des dinosaures ce que nous voulons
pour pays. Le poète Gérald Godin a dit: «Un peuple qui ne parle pas est
un peuple foutu.»


À 1500 pieds



L'automne dernier, en tournant une séquence en avion, les fenêtres
ouvertes, j'ai constaté que les oiseaux qui survolent la Beauce, la
Montérégie et Lanaudière à 1500 pieds d'altitude sont aussi affligés
par l'odeur des installations porcines. Ça sent la mort jusque dans le
ciel. Ça pue le Veau d'Or. De là-haut, j'ai vu des porcheries
gigantesques en construction. Plus grosses que tout ce que j'ai vu
jusqu'à maintenant. Elles sont désormais cachées dans les forêts, comme
des maladies honteuses, pour que vous et moi ne les voyions pas. Ça
continue.


Ce qui ne fait qu'appuyer un «détail» que Denise Proulx (l'une des
auteures de Porcheries!) met en lumière et qui m'a passablement secoué.
Contrairement à ce que la plupart des gens pensaient (dont moi!),
depuis la création de l'Union paysanne et la sortie de Bacon en 2001,
depuis le moratoire décrété par Québec... le cheptel de porcs a connu
une croissance. De fait, d'après les données de Statistique Canada, le
moratoire n'a pas diminué substantiellement le nombre de porcs, qui
s'est au contraire stabilisé autour de 4,2 millions de porcs par
trimestre sur le territoire du Québec. À l'heure où les Québécois ont
l'impression que les choses ont changé, le nombre d'abattages a plutôt
atteint de nouveaux sommets.



L'avenir



Mon petit bonhomme de cinq pommes apprend à la maternelle que le
territoire est l'extension de soi et que nous en sommes l'extension.
Les enfants apprennent désormais que tous les vivants sont liés sur
Terre. Heureusement, sa génération apprendra beaucoup ses idées là, à
l'école de 2007.


Ils apprendront de façon probablement plus claire et brutale que le
néolibéralisme est fondé sur l'appropriation des ressources naturelles
par une minorité, là où elles abondent; et sur leur marchandage par
d'autres minorités là où elles manquent dramatiquement. Ils apprendront
à l'école à faire le lien direct entre cette croissance que l'on exige
chaque année des marchés et les réalités écosystémiques, les réalités
humaines.


Demander plus au marché, c'est demander plus aux écosystèmes et aux
gens, concluront-ils simplement. Je suis convaincu que mes enfants
sauront voir les choses en face et envisager une modernité corollaire
de la décroissance économique. Les plus grands universitaires,
chercheurs et scientifiques de la planète le disent: la planète ne peut
plus nous soutenir durablement sur ce mode olympique. L'Arctique fond.
Des icebergs grands comme neuf fois Singapour se décrochent désormais
de l'Antarctique. L'océan monte sur les peuples dans le delta du
Bengale et dans le Pacifique Sud. L'Afrique se désertifie.


Je pense qu'un jour nos petits cocos seront très durs envers Lulu
et les dinosaures. Ils voudront les juger pour les dommages causés à
notre territoire.


Comme vous peut-être, j'aime ce pays et ses habitants. D'amour. Je
crois que je le défendrai ma vie durant comme mes ancêtres et pour mes
enfants. J'y connais des arbres, des oiseaux, des bêtes, des montagnes,
des fleuves. J'y ai surtout beaucoup d'amis. Le poète dirait «autant
que mille Mexico». Ça viendra. Courageusement disséminés aux quatre
coins du territoire, ils recommencent le pays tous les jours, «en vert»
et contre tout. Merci à vous tous, mes amis, mon pays.



Comme vous, je suis convaincu que le jour où nous démantèlerons
toutes les usines d'élevage de porc pour en faire des ateliers décents
approche. Je souhaite simplement, par fierté de Québécois peut-être,
que ce ne soient pas les lois du marché qui nous dictent ce virage,
mais l'usage de la raison.

http://www.ledevoir.com/2007/10/02/159042.html
 

Lulu et les dinosaures (1)

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