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 Interview : Cheikh Tidiane Diop : l'Afrique en attente

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mihou
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Localisation : Washington D.C.
Date d'inscription : 28/05/2005

27062007
MessageInterview : Cheikh Tidiane Diop : l'Afrique en attente

Interview : Cheikh Tidiane Diop : l'Afrique en attente







Pape Bakary Cissoko a rencontré Cheikh Diop auteur de l'Afrique en
attente, dans lequel ce dernier invite l'Afrique à repenser son modèle
de développement, sans prendre l'Occident ou la Chine pour modèle



Par Pape Cissoko















«L’Afrique en attente ? L’Harmattan 2006, de Cheikh Tidiane DIOP



C’est avec joie que j’ai décidé de soumettre à la sagacité des lecteurs
ce jeune auteur audacieux et critique. J’ai accueilli ce jeune homme le
11 novembre 1999 à Besançon. C’est une tradition, comme partout en
France, que les « anciens de l’Université » accueillent et conseillent
les primo-arrivants ». J’ai eu la chance de rencontrer ce jeune homme,
de lui parler, de l’inviter à mon cours à l’IUFM de Franche-Comté pour
parler de l’éducation au Sénégal.



Très vite a germé chez lui le besoin d’écrire et voici le premier
ouvrage qui sera suivi d’autres bien entendu. Mais qui est ce jeune
homme ? C’est Cheikh Tidiane DIOP, né au Sénégal, diplômé des
Universités de Dakar, de Bourgogne et de Franche-Comté. Titulaire d’un
DESS en Gestion et Politiques Urbaines et d’un Master en Analyse et
Gestion des Politiques Sociales, il prépare actuellement un Doctorat
dont la problématique porte sur « les alternatives au modèle occidental
de développement ».




























L'Afrique en attente de Cheikh Diop

© amd-besancon.org

























Petit résumé



Le continent africain serait en « faillite ». Ce constat rapide ne
résiste pas à l’analyse car l’hypothèse de l’échec des Africains
participe d’un mépris ethnocentrique et traduit une vision latente dans
l’inconscient de certains intellectuels : celle d’une Afrique
dépendante et incapable de prendre son destin en main. Cette vision
dans l’histoire des études consacrées à l’Afrique, tire sa substance
dans les récits peu objectifs des explorateurs-conquérants et continue
de rencontrer un succès foudroyant au XXIème siècle en raison d’une
prétendue marginalisation du continent.



Une certaine littérature touristique, les médias, les agences de presse
continuent de propager une image peu valorisante de l’Afrique, image
faite de catastrophes, de famines, d’êtres pitoyables, affligés de
maladies et se trouvant dans l’incapacité absolue. Ces observations
rapides, superficielles et sensationnelles sont relayées par les
organisations humanitaires qui se plaisent à sensibiliser l’opinion des
nations nanties tout en faisant leur business sur la misère des
malheureux africains. Convaincus que l’Afrique va ainsi, on occulte
cette autre Afrique possible. Comment l’Afrique peut s’ouvrir au monde
sans s’enfermer dans de nouveaux schémas de dépendance ? Comment
surmonter les paradoxes de la mondialisation et parvenir à la
définition d’un autre modèle de développement pour nos sociétés ?









Ce livre se donne comme objectif de rompre avec la tendance de
l’afro-pessimisme triomphant pour fournir les bases d’une nouvelle
vision aux élites politiques et intellectuelles africaines mais
également à tout ceux qui s’intéressent objectivement à l’Afrique.

L’auteur de « l’Afrique en Attente ? » exhorte les Africains à regarder
ce qui se passe dans le reste du monde pour comprendre que leur salut
ne pourra venir que d’eux mêmes. Une nouvelle génération d’élites
africaines devra relever le défi des Droits Humains et de la Paix sur
le continent afin de garantir des espaces sûrs pouvant refaire de
l’Afrique un partenaire fiable. Dans la nouvelle configuration
géopolitique du monde, l’Afrique est appelée à jouer un rôle
prépondérant en s’instituant dans un cadre unitaire comme un pôle de
puissance.









Les modèles de développement créés dans d'autres contextes socio-historiques n'ont pas eu en Afrique les résultats escomptés





Cheikh Diop















« L’Afrique en attente ? » L’Harmattan 2006





_________________
Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa
Ma devise:
se SURPASSER ,ne JAMAIS ABDIQUER,TOUJOURS RESTER HUMBLE
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Interview : Cheikh Tidiane Diop : l'Afrique en attente :: Commentaires

Qu’est-ce qui, aujourd’hui,a motivé la rédaction de ce livre et la série qui va suivre ?



Ce premier livre est l’introduction d’une série consacrée aux
problématiques du développement en Afrique. Dans « l’Afrique en attente
? », j’ai eu comme objectifs de poser les fondements d’un certain
nombre de chantiers qui me semblent utiles pour la réflexion actuelle
sur l’Afrique. Les thèmes que j’ai voulus aborder sont liés à la
nécessité de réadapter nos appréhensions des évolutions du monde actuel
à savoir « la nécessité de repenser la notion de développement parce
que nous ne pouvons pas continuer à croire que le développement à
l’occidental soit l’unique horizon du devenir humain », « la définition
et l’édification de projets de société propres au continent africain »,
« les modalités d’acquisition effective de technologies nécessaires
pour autonomiser nos appareils de production et notre économie », « la
diversification de nos partenariats avec le reste du monde sur la base
d’une meilleure prise en charge de nos intérêts qui sont ceux de nos
populations aujourd’hui asphyxiées dans une économie-monde
déséquilibrée et où nos Etats demeurent impuissants », « le partage des
pouvoirs dans les institutions internationales et dans les prises de
décisions qui gouvernent la marche des sociétés du vingtième siècle »,
« notre identité africaine plurielle dans un monde esseulé par les
extrémismes de divers ordres » etc.



J’ai voulu en même temps exhorter la jeunesse africaine à faire sienne
la nécessité de prendre conscience du fait que son avenir est en
Afrique et nulle part ailleurs dans ce monde et qu’il est vain de
prendre l’assaut désespéré de pirogues pour une aventure qui mène à la
destruction. Il va de soi qu’une nouvelle élite intellectuelle et
politique doit fournir les visions nécessaires pour un autre devenir du
continent.























































A votre avis qu’est-ce que ce continent attend, n’est-il pas en retard d’ailleurs ?

Vous dites
« durant ce XX1 ème siècle, tous les espoirs se tournent vers l’Afrique » êtes-vous sérieux ?



L’espoir ne doit jamais tarir dans nos cœurs et dans la volonté que
nous devons avoir pour combattre l’opprobre de la misère matérielle
liée à l’entreprise d’exploitation des richesses du continent sans
aucune prise en compte des intérêts de ses peuples. L’Afrique n’a pas
été à la marge de l’évolution du monde et n’a jamais été aussi
intéressante qu’aujourd’hui ; en témoignent le regain d’intérêt et les
convoitises dont elle continue de faire l’objet.



Contrairement à l’afro-pessimisme ambiant qui est un condensé d’aveux
d’impuissance, le monde attend effectivement des africains qu’ils
démontrent qu’ils sont capables de porter un nouveau regard sur
eux-mêmes pour mieux se resituer et prendre leur destin en main.

Le « retard » décrété de l’Afrique relève d’une superstition
intellectuelle. L’Afrique attend cette prise de conscience historique
pour se libérer de ce dessein tragique taillé comme un costume pour
l’être africain. Nous ne pouvons pas accepter l’idée que l’essence de
l’africain soit associée à la tragédie et à la servitude des intérêts
des autres.















Nous ne devons pas avoir peur des utopies car elles sont fondatrices de tout progrès humain et donnent sens à l'histoire





Cheikh Diop







Vous-vous lancez dans une critique des intellectuels, des
dirigeants, etc. qui nient ou veulent façonner notre histoire, notre
civilisation, en empruntant des modèles étrangers
(vous parlez même de « terrorisme intellectuel »).



L’approche que je développe sur les problèmes de l’Afrique ne se limite
pas à la seule critique des élites politiques et intellectuels
postindépendance mais c’est une contribution car chaque génération est
l’héritière de la précédente. Nos aînés ont eu à développer un certain
nombre de visions par rapport à l’esprit de leur temps et aux moyens
qui étaient à leur disposition. J’ai constaté qu’un certain nombre
d’entre eux ont développé des idées qui ont débouché sur des pratiques
qui ne correspondaient pas à l’entendement et aux attentes de leurs
peuples. La tyrannie des modèles façonnés dans d’autres contextes
socio-historiques n’a pas fourni les résultats escomptés en matière de
« développement » ou de bien-être. Nos aînés ont été victimes d’un
formatage intellectuel dont ils ont eu du mal à se libérer malgré les
nombreuses tentatives. Le nouveau terrorisme intellectuel est le
débauchage des cerveaux utiles pour l’Afrique. Certains l’appellent «
fuite des cerveaux », d’autres « immigration choisie ».









J’apprécie
votre fougue et votre façon de bousculer les idées des autres et de
vous imposer, mais dites-moi si le développement est d’abord et avant
tout un
Projet quel est à ce jour celui de l’Afrique ? S’il existe, il doit être flou, opaque.



Le développement humain est un projet qui prend toujours en compte un
certain nombre de réalités socioculturelles et historico-politiques.
Nous avons cru que ce projet est réductible à sa seule dimension
économique suivant une certaine doxa consistant à dire que le seul
modèle valable est celui en cours en occident. C’est précisément la
mise en œuvre de ce modèle qui a échoué en Afrique et non des projets
de société spécifiquement imaginés par les africains. Le jour où ceux
qui dirigent nos pays auront compris cela, va éclore véritablement le
génie africain qui se manifeste malgré tout à travers toutes les
initiatives réussies que le modèle dominant impropre tente de
marginaliser.



Par ailleurs, si les sociétés africaines n’étaient pas capables de
répondre aux questions que leur posent les nécessités de la vie, on ne
parlerait plus d’africains. Malgré toutes les injustices subies et qui
continuent de compromettre leur destin, les africains résistent de par
un attachement à la vie exceptionnel. Il y a bien des sociétés qui ne
résisteraient pas à un tel acharnement de malheurs sans péricliter.
C’est dans cette capacité exceptionnelle que nous avons qu’il faut
tirer le meilleur projet qui tient compte de nos réalités. Notre
économie qualifiée d’informelle fait vivre des millions de familles
pendant que l’économie dominante dépossède des millions d’êtres humains
de leur pouvoir de vivre. Le libéralisme est éminemment africain, il
suffit d’aller dans nos marchés pour comprendre que c’est la loi de «
l’offre et de la demande » qui prévaut à la seule différence que les
relations sociales et la solidarité constituent « la main invisible ».




























© http://filebox.vt.edu















Quel sens donnez-vous au panafricanisme, est-ce que vous reconnaissez celui défendu par Mohamar Khadafi de Libye ?



En jetant un regard sur les mutations géopolitiques en cours en Afrique
ces dernières années, on se rend compte que les facteurs de divisions
sont plus nombreux que ceux pour l’unité. Au moment où le monde se
reconfigure et que de nouveaux pôles émergent, les dirigeants africains
continuent de sous-estimer la nécessité de s’unir. En effet, l’analyse
géostratégique révèle un continent qui se scinde en trois blocs avec
des pays dont l’instabilité menace la paix de régions entières. Au
nord, le Maghreb semble de plus en plus coupé du reste de l’Afrique et
ne dissimule plus tellement ses aspirations à s’intégrer dans une Union
euro-méditerranéenne qui la couperait définitivement de l’Union
Africaine en construction.



L’Afrique subsaharienne et le centre constituent une sorte de corridor
empêtré dans des conflits sans fin et qui menace la stabilité
nécessaire pour tout projet d’unification. Au sud, l’Afrique australe
tente de constituer un pôle économique dynamique autour de l’Afrique du
Sud dont l’unique préoccupation de l’heure semble l’instauration d’une
suprématie sur l’ensemble des autres pays africains. Cette nouvelle
subdivision de l’Afrique ne constitue pas un barrage à la stratégie des
pays développés (USA, UE) ou émergents (Chine et Inde) dont le souci
permanent est de mettre la main sur les richesses du continent.









Cette nouvelle carte de l’Afrique qui se dessine est favorable à cette
volonté de mainmise des puissances économiques mondiales qui ne
ménageront pas leurs efforts pour entretenir les tensions en cours,
voire à les renforcer au détriment des populations civiles qui payent
l’incapacité des dirigeants africains de défendre leurs intérêts et de
parler d’une même voix au reste du monde. Il faut remonter à la
conférence de Berlin de 1884-1885 pour comprendre que l’Afrique n’est
toujours pas à l’abri de velléités d’entente extérieure pour un partage
de ses richesses.







La situation héritée de la colonisation est déterminante pour comprendre les conflits qui minent l'Afrique

















Cheikh Diop























Au centre des conflits qui minent l’Afrique depuis des décennies


maintenant, la situation héritée de l’histoire coloniale occupe une


place prépondérante. Les frontières héritées de la colonisation sont en


effet une réalité déterminante pour comprendre ces conflits, leur


durabilité et la difficulté de les résoudre. Par delà, l’existence


d’entités politiques fragiles, ce sont des populations d’une diversité


ethnique et culturelle extraordinaire qui se retrouvent dans des sortes


de cohabitation forcée. Certains auteurs réfutent ces explications des


causes de l’instabilité africaine sous prétexte qu’elles sont


simplificatrices et dédouaneraient les responsabilités des africains.











Il n’en demeure pas moins que pour comprendre l’essor de l’économie


européenne, on évoque volontiers les miracles de la révolution


industrielle des XVIIIe et XIXe siècle. Par conséquent, on ne peut pas


comprendre les conflits africains sans évoquer l’héritage historique


qui trouve une continuité dans ce que d’aucuns appellent le


néocolonialisme. On peut ainsi ajouter d’autres éléments déterminants


comme la religion, les obédiences idéologiques et la faiblesse


économique liée aux différentes dépendances entretenues par les


anciennes métropoles vis-à-vis de leurs anciennes colonies. Pourtant si


l’instabilité des pays africains est avérée, il a existé une plus ou


moins grande capacité et une volonté des africains de transcender leurs


différences pour s’unir au sein de nations fortes suite aux


indépendances. Le projet de l’unité africaine était né d’une volonté de


dépasser les velléités conflictuelles héritées de la situation


coloniale. Pour autant, le cocktail de la diversité ethnique,


culturelle et religieuse est un fait indéniable prompt à l’explosion à


la moindre étincelle.











En outre, la possession de richesses multiples sur leur sol, expose


certains pays africains à des convoitises dont les conséquences peuvent


être dramatiques pour leurs populations et la stabilité de leurs


voisins. Ces convoitises trouvent souvent des conditions favorables


dans les divisions internes que le tracé des frontières issues de la


colonisation continue encore à raviver. Le rêve de l’unité africaine


tarde à devenir une réalité mais l’Afrique n’est pas plus en retard que


l’Europe qui a encore du mal à réaliser son unité politique. Même si


certains acquis peuvent être soulignés avec l’Union Européenne, le


projet politique est en panne aujourd’hui. Le défi de l’unité africaine


doit se conjuguer avec le respect des Droits de l’Homme, le respect des


peuples et l’exigence de Démocratie. La priorité d’aujourd’hui doit se


concentrer sur les modalités de pacification du continent en arrêtant


de brader les peuples et les richesses de leurs sols. C’est uniquement


dans ces conditions que l’on pourra accéder à la réalisation de l’unité


de nos nations autour d’un projet continental de développement soucieux


de l’intérêt des peuples.











La révolution panafricaine proposée par Kadhafi et qui s’inspire du


rêve de Nkrumah peut redonner un nouveau souffle. Un nouveau chantier


panafricain peut et doit s’échafauder pour la construction d’une entité


africaine cumulant intérêts économiques, politiques et géostratégiques


pour la pacification de tout le continent des Atlas au Cap de Bonne


espérance. Il en va de la puissance de toute l’Afrique mais également


de la sécurité de ses peuples. Le Sahara n’est pas une frontière


intangible qui doit couper l’Afrique en deux entités distinctes


qu’aucun lien ne doit plus unir.











L’histoire du Maghreb et de l’Afrique noire est commune parce qu’elle a


connu la même domination étrangère. L’intrusion arabe et la


colonisation européenne subies aussi bien au Nord du Sahara comme au


Sud n’ont pas épargné ni le Maghreb, ni l’Afrique noire quelles que


soient les différences culturelles souvent évoquées pour distinguer ces


deux blocs du grand continent africain. La pénétration islamique et


occidentale a fédéré ces deux blocs et aujourd’hui, nous partageons un


certain nombre de valeurs civilisationnelles que rien ni personne ne


peut plus occulter. Que le Maghreb ait les yeux tournés vers l’Europe


ne doit pas l’empêcher de tendre la main à ses voisins du Sud avec qui


il partage un avenir commun qui ne saurait être dissocié sans affaiblir


les intérêts des uns et des autres avec le grand risque de compromettre


la puissance de l’ensemble africain. Nous ne devons pas avoir peur des utopies car elles sont fondatrices de tout progrès humain et donnent sens à l’Histoire.





























Vous
donnez une définition du socialiste africain comme l’homme de l’Ujamaa
: ie l’homme de l’esprit de famille et de la fraternité. Ne pensez-vous
pas que cette mentalité nous a nuit et tiré vers le bas, parce que nous
avons été incapables de concilier rigueur, conscience professionnelle
et valeurs traditionnelles, bien souvent ces dernières ont primé
partout au détriment de l’esprit du service public ?












Dans les nombreuses visions développées par nos prédécesseurs aux


lendemains des indépendances, il y a la définition et les orientations


du socialisme. La doctrine de Julius Nyerere théoricien de l’Ujamaa


était enracinée dans un certain nombre de valeurs jugées alors comme


représentatives de ce qui constituait l’âme de nos sociétés. La


famille, la communauté, la solidarité devaient être au centre du


socialisme à visage africain. La rigueur et la conscience


professionnelle ne s’opposent pas à l’idéal d’une civilisation juste et


consciente de la place que l’humain doit occuper dans tout projet qui


recherche le bien-être de l’Homme. En cela, nos prédécesseurs ont été


des précurseurs, car aujourd’hui tout le monde est d’accord. Les


occidentaux se sont notamment rendu compte que la rationalité, la


poursuite des objectifs économiques et l’abandon de certaines valeurs


pour des motifs d’efficacité ne garantissent pas forcément le bonheur


humain. L’Ujamaa de Nyerere était un humanisme.






Ceux
qui pensent que la Chine est une chance pour l'Afrique semblent oublier

qu'un processus de vassalisation de nos économies est entrain de se
construire







Cheikh Diop


Robert Zoellick, nouveau patron de la banque mondiale









© afriqueouest.info

Vous
dites qu’une éthique de bonne gouvernance est sans aucun doute une
condition sine qua non pour changer la donne dans l’ensemble des pays
africains, voulez-vous nous en dire plus.

La bonne gouvernance fait partie de la vulgate néolibérale dont




l’objectif est de déposséder l’Etat de toutes prérogatives dans le




domaine des politiques publiques. Dans le jargon de certaines




institutions qui financent les programmes de développement, la bonne




gouvernance rime avec les politiques de privatisations des secteurs




publics avec une moindre intervention de l’Etat. C’est en tout cas ce




qui se cache derrière la notion d’où la nécessité de la redéfinir




conformément aux exigences de développement mais également d’équité.




Dans l’énumération des causes du sous-développement on cite souvent la




gabegie et la corruption qui sont des fléaux dans nos sociétés. Il va




s’en dire que lutter contre de telles pratiques néfastes est une




priorité pour asseoir de véritables services publics dans les domaines




de la santé, de l’éducation mais également dans tous les autres




secteurs qui occupent une place cruciale dans nos systèmes pour




garantir une véritable éthique dans la gestion de l’intérêt général.



















Les droits de l’homme en Afrique, c’est un vrai sujet que vous abordez et quel est votre sentiment sur cette question ?



















Si j’ose dire on n’est pas loin de Hobbes qui disait que l’homme est
un loup pour l’homme, le plus fort s’impose sans égard, la force
devient loi, le plus faible croupit dans l’oubli et la misère, il doit
survivre avant de mourir.




















L’homme est un loup pour l’homme partout dans ce monde et pas




uniquement en Afrique. La civilisation humaine n’a pas évolué dans le




sens du respect de la différence et de l’autre, en témoignent encore




les guerres qui plongent le monde dans le chaos. Le mépris de l’autre




est la première entorse à l’idée des Droits de l’Homme. En ce sens,




nous n’avons rien à envier aux grandes démocraties qui ne le sont que




de nom. Quand l’Amérique tue au nom de la démocratie et du Respects des




Droits de l’Homme, nous devons nous poser des questions sur le




véritable sens qu’il faut redonner à ces notions de liberté, de




conscience, de justice. Il nous faut inventer un humanisme raisonnable




qui met tous les peuples au même pied d’égalité, la fraternité humaine




en sortira grandie avec une garantie de paix durable.



















Quiconque se penche sur les problèmes de l’Afrique ne peut s’empêcher de reconnaître que la situation des Droits de l’Homme est lamentable dans bon nombre de pays.




Les peuples africains ne sont toujours pas à l’abri de forces aveugles




dont la furie peut déboucher sur des génocides comme ce fut le cas au Rwanda et au Soudan




aujourd’hui. Devant le silence indigne de la communauté internationale,




des millions d’africains continuent de subir l’arbitraire de systèmes




politiques ou de groupuscules agissant aux noms d’intérêts partisans,




de la différence raciale, ethnique ou religieuse.

















































Par ailleurs, les Droits de l’Homme ne peuvent être uniquement réduits




aux droits politiques. On continue d’exiger des africains plus de




démocratie mais leurs efforts pour garantir des droits politiques comme




la liberté d’expression ou de vote ne sont jamais assujettis de droits




économiques. Nous savons que ces deux ordres de droits sont




indissociables au risque de provoquer la spirale de la violence. Les




conditions de la paix sur le continent sont en partie compromises par




l’instabilité favorable à l’industrie d’armement des pays développés, à




différentes catégories de trafiquants de tous ordres et à certaines




mafias qui n’hésitent pas à alimenter des foyers de tensions pour




s’adonner à leurs activités sans inquiétude. C’est en décryptant la




complexité des contextes d’atteinte aux Droits de l’Homme que l’on




arrivera à éradiquer les responsables d’exactions ou de crimes en




Afrique mais également à fournir des conditions favorables et durables




pour la paix.
Vous voulez espérer en reconstruisant une nouvelle élite, éviter la
fuite des cerveaux, mais comment lutter contre cette tentation quand
dans nos pays il y a plus de clientélisme que le respect des
compétences ? Aussi n’oubliez pas que Sarkozy prône l’immigration
choisie et que les bons risquent de partir.


Les pays européens n’ont jamais subi l’immigration contrairement à ce




que l’on veut nous faire croire. La France a toujours choisi ceux qui




devaient rentrer sur son territoire en fonction de ses intérêts




économiques. Les grands chantiers d’après guerre ont été l’œuvre de la




main des enfants des colonies qui n’étaient pas encore indépendantes.




Je consacre un chapitre à cette histoire de l’immigration en France




dans un livre qui paraîtra bientôt que j’ai intitulé : « Délits d’intégration : Et si les africains quittaient la France ».

Le problème qui se pose pour les pays africains est lié à leur capacité




à fournir ou non un avenir à leurs enfants. Comment un chef d’Etat




africain peut crier à « la fuite des cerveaux » quand il ne fait rien




pour fournir des conditions idéales à la formation, la recherche et




l’insertion pour ses intellectuels ?






Les actions humanitaires servent à cacher toutes les injustices dont nous sommes victimes







Cheikh Diop


Le débat sur cette fuite des cerveaux devient un faux débat quand on




sait que de nombreux intellectuels africains envisagent de retourner en




Afrique pour faire valoir leurs compétences difficilement acquises dans




les universités de certains pays européens où il n’existe plus aucune




sécurité en raison de la montée d’un extrémisme dangereux. Je
pense à Ibrahima Sylla étudiant guinéen assassiné à Marseille (France),
à Samba Lamsar Sall à Saint Petersburg (Russie) et à bien d’autres
encore.
La balle est plus que jamais dans notre camp pour choisir




la construction de l’Afrique. Il est du devoir de ceux qui ont la




chance des voyages et des études de fournir l’exemple en transférant le




combat sur le sol de nos pays pour changer la donne politique qui est




aujourd’hui la source de la désertion du continent par sa jeunesse.




Demain ne se fera pas sans la jeunesse africaine.



Vous introduisez une subtile nuance entre humanitarisme et humanisme, voulez-vous nous enseigner ces concepts ?



Ce fut au nom de l’humanisme que nos ancêtres furent réduits en




esclavage. La mission civilisatrice a préparé la colonisation de




l’Afrique. Nous savons que seuls les intérêts économiques ont prévalu




par delà les bonnes intentions humanistes. Aujourd’hui la main




humanitaire sert la main invisible du marché. Que vaut un sac de riz




dans une vallée de désastres ? J’ai envie de dire à Monsieur Kouchner

que quand il est retourné dans son pays après une bonne opération




médiatique, les Somaliens ont continué à mourir. Il est devenu ministre




des affaires étrangères, j’ose espérer qu’il contribuera à éteindre le




feu que les intérêts économiques des pays comme la France continuent




d’allumer sur le continent africain. Les actions humanitaires servent à




cacher toute l’injustice dont nous sommes victimes et continuer à




croire que la poudre de lait de Nestlé fera grandir nos enfants c’est




oublier que l’Afrique est une terre ancestrale d’élevage. Ce continent




a nourri le premier humain et continue de nourrir l’espèce humaine sauf




ses propres enfants.









Il faut rompre avec l’humanitarisme car les africains n’ont pas besoin




d’être éternellement secourus, ils ont besoin d’être considérés.



L’Afrique est quasi absente dans le feu de la mondialisation pourquoi selon vous et que faire ? Quels défis



Comme je l’ai déjà dit l’Afrique n’est pas en marge de l’économie du




monde mais elle n’y gagne rien. Il n’existe pas beaucoup de secteurs de




l’industrie moderne qui ne vit pas de matières premières dont une bonne




partie provient de l’Afrique. Le déséquilibre entretenu à travers des




termes d’échanges nocifs pour nos économies, le piège de l’aide




conditionnée au développement, certains de nos accords partenariaux,




certaines facilités piégées d’emprunts, l’expropriation de nos




ressources etc. sont autant d’éléments handicapants pour une bonne




insertion dans cette économie-monde. La mondialisation n’en est pas à




sa première manifestation et nous n’avons pas à avoir peur de ce




nouveau cadre des transactions commerciales internationales. Il nous




faut tout simplement assainir nos relations économiques avec nos




partenaires en procédant par des stratégies de rééquilibrage conformes




à nos intérêts.

Nous devons par conséquent être vigilants vis-à-vis de la Chine qui est




en train de reproduire le même schéma de mise en dépendance de




l’Afrique en fonction de ses intérêts. Pendant que tous les experts


sont d’accord pour réduire voire annuler toutes dettes contractées par




les pays africains, la Chine consacre un gigantesque projet




d’endettement de l’Afrique. Ce projet s’il aboutit va nous livrer aux




mains de l’économie rouge dont les gadgets ont déjà envahi nos petits




marchés.



















Ceux qui pensent que la Chine est une chance pour l’Afrique semblent




oublier qu’un nouveau processus de vassalisation de nos économies est




en train de se construire avec ce partenaire dont les méthodes ne sont




pas si différentes de celles qui ont plongé l’Afrique dans la détresse




que nous voulons combattre.







Contrairement à ce que dit Axelle Kabou, l'Afrique n'a pas refusé le développement, mais une certaine forme de développement





























Cheikh Diop







































Vous dites qu’il faut repenser le développement, pensez-vous qu’il y une autre voie ?



















Le développement est universel parce que les conditions qui le rendent




possibles sont universelles. Tous les peuples ont fait preuve




d’aptitude à accroitre indépendamment leurs moyens de mener une vie




plus satisfaisante en exploitant les ressources de la nature. Chaque




société, dans son histoire peut faire référence à une période de




développement économique.



















Contrairement à Axelle Kabou, je pense que les africains




ont refusé une certaine forme de développement et non le développement.




Le développement est l’apanage de toutes les sociétés humaines mais tel




qu’il est défini de nos jours il rime avec l’exploitation de certains




pays par d’autres. Quand on hiérarchise les nations, c’est de




croissance économique dont il est question. En comparant un certain




nombre d’éléments utiles au développement économique comme la




possession de ressources, l’Europe apparaît très pauvre mais c’est en




s’emparant des capacités des autres qu’elle a pu entamer au XVIIIe




siècle sa révolution industrielle.



















Sur une échelle, on peut s’apercevoir que la révolution industrielle




s’est déroulée en pleine période d’exploitation des ressources humaines




et matérielles du continent africain à travers l’esclavage mais aussi




la colonisation. La sophistication du développement fondée sur des




moyens inhumains de domination de la nature explique les différences




entre les pays mais nous savons aujourd’hui que l’humanité ne peut plus




continuer à voguer dans le même sens au risque de condamner la vie à la




disparition. D’où la nécessité pour l’espèce humaine de redevenir




humble et imaginer d’autres solutions plus adaptées à sa survie. En ce




sens, l’Afrique peut fournir un laboratoire d’expérimentation de ces




solutions et non se lancer dans le « tout technique » ou le « tout




industriel ». Notre retard ne peut se juger en fonction du progrès




destructeur de la planète.

















































Pour
terminer vous faites comme Martin Luther King, façonner un rêve
africain, ce continent peut nourrir les espoirs de demain, je veux
bien, mais comment avec quelles mentalités ?




















Il ne s’agit pas de mentalités car il faut avoir le mental fort pour




braver les tempêtes de l’océan sur des milliers de kilomètres. Si nous




arrivons à ériger ce mental à l’édifice de l’Afrique, je pense que nous




pouvons y arriver plus vite que prévu.



















Il me semble que voila longtemps maintenant que nous avons perdu le




paradis mais que celui auquel nous aspirons ne se trouve nulle part




ailleurs que chez nous, dans notre avenir d’hommes des tropiques,




d’Afrique. Nous avons substitué d’autres rêves au rêve d’Afrique et




notre jeunesse est obnubilée par les réverbères de l’Occident. Des




millions de jeunes africains sont aujourd’hui victimes du rêve d’Europe




ou d’Amérique. Il y a l’Occident et l’Orient, on a découvert les




Amériques comme un nouveau monde, l’Afrique est le continent des




origines. Elle est la mère de la vie et de l’Homme et c’est pour cela




qu’elle suscite un élan aussi fort dans nos cœurs et dans celui de ceux




qui l’aiment réellement. L’Homme est parti de ce continent et s’est




façonné dans l’espace et le temps, on peut penser qu’il garde le




regret-secret d’y retourner. C’est le rêve d’Afrique.



















L’Afrique est en retard, les africains sont bons, individuellement,
quel est selon vous le visage que devra prendre l’Afrique pour être
présente pendant les Grands Rendez-Vous, pas comme spectatrice ou
figurante mais participante active comme la Chine.




















Le bel « rendez-vous du donner et du recevoir » de Senghor s’est transformé en « rendez-vous d’assistés humanitaires et de resquilleurs de frontières ». Parlant du musée du Quai Branly, Madame Aminata Traoré disait : « Ainsi donc furent consacrées nos œuvres là où nous sommes interdits de séjours ».




L’Afrique doit être notre destin. La Chine n’est pas un modèle. Il nous




faut nous réapproprier notre destin et travailler pour l’Histoire.




Ceci, à travers une prise de conscience historique pour prouver au




reste du monde qu’il existe un génie africain. Nous pouvons faire




triompher l’idée que nous avons de l’Afrique. Malgré tous les pillages




des ressources et toutes les tentatives d’endiguement de son réel élan,




l’Afrique regorge de possibilités. Nous avons une réserve de




développement colossal. Il y a une Afrique qui en est consciente et qui




œuvre pour asseoir les conditions idéales au développement. Je rends




hommage à la Femme africaine dont le courage n’a d’égal. Ce sont elles




qui portent l’Afrique. Le vrai visage d’une Afrique triomphante devra




être celui de ces femmes dignes et courageuses et qui continuent de




sauvegarder la vie dans un continent menacé.



















Pape CISSOKO ,au nom de grioo, vous remercie et bon courage pour la suite

http://www.grioo.com/info10757.html#




 

Interview : Cheikh Tidiane Diop : l'Afrique en attente

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