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 Cheick Modibo Diarra, Président de Microsoft Afrique

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mihou
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Nombre de messages : 8069
Localisation : Washington D.C.
Date d'inscription : 28/05/2005

20062007
MessageCheick Modibo Diarra, Président de Microsoft Afrique


Cheick Modibo Diarra, Président de Microsoft Afrique «Je suis un soldat du développement de l’Afrique »


02/04/2007




Astrophysicien
Cheick Modibo Diarra s’est fait connaître au monde en faisant naviguer
une sonde de la terre vers la planète Mars dans le cadre des recherches
de la NASA est désormais président de Microsoft Afrique. L’éminent scientifique a accordé un entretien à «Echos de la Banque
mondiale», le magazine de l’agence de développement au Sénégal.
Extraits de quelques vues sur le développement économique, le
numérique, la fuite des cerveaux, ….



Propos recueillis par Mademba NDIAYE



M.
Diarra, on parle de retard de l’Afrique dans le champ du numérique.
Comment ce retard se manifeste-t-il et dans quelles conditions, à vos
yeux, le continent peut-il rattraper son retard sur les pays développés
ou émergents dans le domaine des technologies de l’information et de la
communication ?




Pour
moi, les technologies de l’information et de la communication sont
simplement des outils permettant aux retardataires de faire un bon
qualitatif et même de prendre de l’avance. En effet, les sociétés
actuellement les plus avancées ont effectué des investissements
initiaux dans les infrastructures et, s’agissant d’une technologie qui
bouge très rapidement, de nouvelles formes de cette technologie se
manifestent bien avant que ces investissements ne soient amortis. De ce
fait, ces pays sont de plus en plus obligés de créer des systèmes
hybrides, en construisant sur la base existante et ajoutant un peu de
neuf ; leurs infrastructures n’étant pas amorties, leur démantèlement
total n’est pas, en effet, envisageable. Dans ces conditions, nous qui
n’avons pas encore bâti nos infrastructures, nous avons, d’entrée de
jeu, la possibilité de gagner du terrain en instaurant immédiatement le
« dernier cri ». Et comme il s’agit d’une technologie transversale, on
peut l’appliquer au commerce, à l’agriculture, faire de la télémédecine
ou de l’E-gouvernement. Ces technologies sont incontestablement des
accélérateurs potentiels du développement.

Quand
on parle de retard, il faut donc considérer deux aspects : technologie
et ressources humaines. L’Afrique dispose aujourd’hui de nombreux
jeunes très compétents, tout à fait capables d’utiliser
ces technologies comme leurs homologues du monde entier ; mais ils
vivent dans une région où les investissements n’ont pas suivi, ni dans
les infrastructures, ni dans les programmes de
recherche. Ainsi, nous bénéficions d’une jeune génération qualifiée,
malheureusement pas en mesure, en Afrique, de faire valoir ses
compétences…désoeuvrée, en quelque sorte. Ces jeunes tournent en rond
ou finissent par aller travailler en dehors du continent. C’est donc
bien d’un retard infrastructurel dont nous souffrons. En revanche, sur
le plan des ressources humaines, nous possédons les experts nécessaires
pour former nos populations.



Comment
jugez-vous l’engagement des dirigeants africains eu égard au
développement des technologies de l’information et de la communication
sur le continent ? Estimez-vous que des actions stratégiques sont
entreprises, au-delà des discours sur la nécessité de réduire l’écart
numérique ?




Je
pense que nos dirigeants sont de bonne foi, mais rencontrent une
difficulté : pour une raison que j’ignore, quand ils sont détenteurs
d’une idée, ils ne savent pas la transférer aux mains d’experts pour la
transformer en projets finançables. Le NEPAD, une idée merveilleuse,
illustre parfaitement cet état de fait. Nos dirigeants promènent ce
concept de NEPAD, mais n’ont jamais atteint l’étape consistant à
procéder à un recensement des compétences susceptibles de les aider à
le concrétiser, à transformer leur vision en projets, puis à
identifier, à l’échelon mondial, des entités capables de s’associer à
la réalisation de ces projets. On en reste au chapitre de l’idée et des
discours sans entrevoir la connexion à établir entre le politique,
maître de la décision, et le technicien habilité à transposer l’idée en
réalité. Faites le tour des institutions africaines, de l’Union
africaine à l’UEMOA en passant par la CEDEAO. Vous
n’y trouverez pas une seule banque de données comportant les noms et
contacts de l’ensemble des compétences africaines en Afrique et dans la
diaspora.





Puis-je
vous faire remarquer que Me Wade, dans le premier numéro de ce
magazine, se plaignait de la rareté des ressources humaines sur le sol
africain ?




Je
crois qu’il voulait mentionner l’absence de lieux où trouver la liste
de ce type de ressources humaines. Et pourtant, la mise en place d’une
telle base de données ne prendrait pas plus de six mois et ne coûterait
pas plus d’un demi-million de dollars ! Il nous faut nous départir de
l’idée que tout est question d’argent, car le coût d’un tel outil est
dérisoire tandis que son apport est considérable non seulement pour le
NEPAD, mais aussi pour tous les projets de développement dans chaque
pays.



Au-delà de cette banque de données des ressources humaines, quelles autres actions stratégiques à court terme préconisez-vous ?



Vous
savez, il est inutile de réinventer la roue ! Dans les années 20, les
États-Unis étaient dans un marasme économique et intellectuel
incroyable. Ce à quoi le Président Roosevelt a répondu par le « New
Deal », en expliquant aux citoyens la nécessité de bâtir des
infrastructures pour donner du travail aux Américains. Et aujourd’hui
encore, les États-Unis bénéficient de ces ponts, routes, écoles…
construits à cette époque. Il nous faut donc, en Afrique, un décideur
porteur de cette vision, capable d’y faire adhérer les populations.
Cette adhésion est capitale en ce qu’elle protège la vision des
changements de régime et plus généralement des aléas politiques ; et
les projets à mettre sur pied seront de dimension nationale ou
continentale, à moyen ou à long terme et non des initiatives
circonstanciées aux calendriers électoraux.



Revenons
à vos fonctions de président de Microsoft en Afrique. Envisagez-vous de
rendre plus accessible l’ordinateur aux Africains à faible pouvoir
d’achat ?




Il
faut d’abord préciser que Microsoft ne fabrique pas des ordinateurs,
nous n’écrivons que des logiciels. Cela dit, l’accès n’est pas qu’une
question de coût, c’est aussi le langage dans lequel ce logiciel
fonctionne. Il y a six mois, j’ai présenté au Président de la République
du Sénégal, ici même à Dakar, le projet de traduire notre système
d’exploitation Windows et notre paquet Office en Wolof (une des
principales langues nationales du Sénégal). Nous avons déjà réalisé ces
traductions en Zulu, en Swahili et nous travaillons sur dix autres
langues africaines. Notre firme joue donc bel et bien sa partition dans
le domaine de l’accès.

Au-delà
du langage, intervient la capacité d’utiliser l’outil. Dans ce cas
précis, Bill Gates, le président de Microsoft, m’a confié, en juillet
2006, la responsabilité de former 45 millions d’Africains d’ici à 2010.
Et nous nous y attelons partout avec « Partners in Learning », un
programme destiné à donner aux enseignants du primaire et du secondaire
les capacités de former leurs élèves dans le domaine des TIC. Existe
également notre programme « Unlimited Potential » qui nous permettra de
créer et d’équiper des centres de TIC afin de former les personnes dans
leur communauté de base.

Bien
que ne fabriquant pas d’ordinateurs, nous investissons de l’argent en
Afrique dans le domaine de l’éducation en finançant le
reconditionnement d’ordinateurs de seconde main – déjà plus d’un
million d’unités en ont fait l’objet – dans lesquels nous insérons
gratuitement nos logiciels avant de les mettre gracieusement à la
disposition des écoles. Et nous formons parallèlement les enseignants.

Concernant
les coûts, la structure de prix de Microsoft varie selon les revenus
des pays. À qualité égale, nous vendons nos produits à des prix
différents selon le niveau de développement du pays. Mais l’accès
relève également de la responsabilité de l’État : fourniture
d’électricité, sociétés de télécommunication pour la connectivité, etc.
Nous travaillons sur tous ces aspects et sommes d’ailleurs impliqués
dans le programme E-School du NEPAD visant à doter 600 000 écoles,
urbaines comme villageoises, d’ordinateurs…même
là où l’électricité n’est pas distribuée. Et ce, au travers d’un
consortium ; 16 pays, dont le Sénégal, ont déjà été choisis pour la
phase pilote.

_________________
Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa
Ma devise:
se SURPASSER ,ne JAMAIS ABDIQUER,TOUJOURS RESTER HUMBLE
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Cheick Modibo Diarra, Président de Microsoft Afrique :: Commentaires

N’est-ce pas un moyen pour Microsoft d’instaurer son monopole sur le continent ?



Nous
sommes plus de dix compagnies différentes dans ce consortium ! Et c’est
le NEPAD qui a fait appel à nous, sur une base de volontariat. Nous,
Microsoft, nous ne cessons de répéter aux États et aux entreprises
d’Afrique que la neutralité technologique est la
meilleure des stratégies ; qu’il ne faut jamais choisir, de façon
exclusive, une firme car la magie de la technologie se trouve dans le
logiciel ; et qu’il est impossible de prévoir quel logiciel rendra le
meilleur service tant que le service attendu n’a pas été strictement
défini. En fait, notre discours est que les États africains devraient
plutôt revendiquer une compatibilité totale
entre tous les logiciels ; c’est cette interopérabilité qui est
importante. Ainsi un gouvernement pourra choisir la plateforme
Microsoft pour des projets spécifiques et utiliser d’autres plateformes
dans d’autres projets ; mais il faut qu’on lui garantisse que les deux
systèmes sont en mesure de communiquer. Microsoft n’est, en aucun cas,
à la recherche d’un quelconque monopole., Notre seul intérêt est de
produire le meilleur logiciel, en termes de prix, de qualité et de
service rendu. Nous souhaitons juste que la qualité prime dans le
schéma concurrentiel, avec la possibilité donnée aux acheteurs de
changer les produits sans avoir à changer toute leur plateforme. C’est
cela notre propos quand nous plaidons pour l’interopérabilité.



Il semble que la Fondation Gates
s’investisse, actuellement, aux États-Unis pour changer la manière dont
les étudiants accèdent à la connaissance afin de mieux préparer
l’avenir. La société Microsoft a-t-elle le même objectif en Afrique ?




Faisons la part des choses. Ces écoles créées en Amérique et en Asie notamment, l’ont été par la Fondation Bill
et Melinda Gates, laquelle est totalement indépendante de Microsoft.
Nous, personnel de Microsoft, n’avons aucune communication avec la Fondation ;
cela risquerait de laisser supposer que Bill Gates utilise sa Fondation
pour donner de l’essor à sa compagnie. Aux côtés d’autres, il est
actionnaire de Microsoft et propriétaire, avec sa femme, de sa
Fondation. Les deux structures n’ont rien à voir.



Ce
qui nous importe, en tant que compagnie, c’est d’avoir un impact sur
l’éducation en Afrique. Pour ce faire, nous avons développé un logiciel
« Windows Starter Edition » pour guider une personne utilisant un
ordinateur pour la première fois, depuis la présentation de la souris
jusqu'à la création d’un site Web personnel !



Avec
45 millions de personnes formées au TIC, 600 000 ordinateurs dans les
écoles, c’est une révolution dans la manière d’acquérir le savoir ?




Encore
une fois, nous ne produisons que des outils et les utilisateurs en font
ce qu’ils veulent. L’outil s’adapte à un système d’éducation
traditionnel tout comme il est efficient dans le contexte de systèmes
éducatifs plus modernes. Notre rôle n’est pas d’influencer la manière
d’enseigner, mais de permettre aux formateurs d’enseigner selon leur
méthode. La plupart des gens voient dans la technologie de
l’information et de la communication une finalité qui dépasse l’outil !
L’outil n’est pas le déterminant de ce que l’on veut faire, mais une
aide à la réalisation d’un projet.



Vous
interviewant, il est impensable de ne pas invoquer ce que certains
dénomment la « fuite » des cerveaux. À votre avis, les TIC ne
favorisent-elles pas, parallèlement un accroissement du nombre des
intellectuels qui, bien que présents physiquement en Afrique, sont
continuellement dans des réseaux internationaux n’œuvrant pas pour des
priorités africaines ?




Pour
ma part, je récuse ce terme de « fuite » des cerveaux. Un cerveau fuit
pour aller où ? C’est une notion issue des salons ou des grandes
institutions onusiennes. La réalité est que personne ne désire quitter
son chez soi car rien ne peut remplacer l’odeur du quartier dans lequel
on est né !

Il
faut créer en Afrique les conditions permettant aux gens – une fois de
retour, après avoir investi les ressources de leur famille pour aller
acquérir des connaissances –, de mettre ce savoir acquis au service de
l’amélioration de leurs conditions de vie et de celles de leurs
concitoyens. Qui est fou au point de rester dans un endroit où l’odeur
de la terre mouillée par la pluie ne lui inspire rien ? Pour rien au
monde je ne serais parti ailleurs si j’avais trouvé dans ma ville de
Ségou les moyens de travailler !

Aujourd’hui,
nous vivons dans un monde où l’accumulation du savoir est
extraordinaire et progresse très vite. Si vous êtes débranché de ce
circuit de la connaissance pendant un laps de temps, tout
l’investissement placé sur vous devient obsolète. C’est pourquoi il est
primordial de se tenir informé et de sauvegarder le savoir acquis en
restant connecté à d’autres collègues et d’autres laboratoires grâce
aux TIC, dans l’attente que nos décideurs créent cette banque de
données dont je parlais ainsi que les projets concrets valorisant le
savoir et le savoir-faire acquis par ces ressortissants. Il faut
comprendre que les gens doivent gagner leur vie, cela n’a rien de
sentimental.



Ne refuse-t-on pas à l’intellectuel africain ce que l’on autorise aux autres, autrement dit le droit de quitter son pays ?



Ils
en ont le droit ! Certains cherchent simplement à laisser croire que
l’intellectuel africain ne veut pas rester chez lui. C’est faux ;,
aller ailleurs n’est pas nécessairement la préférence de l’intellectuel
africain. En fait, il y a eu faillite sur toute la ligne, tant au sein
des institutions de développement, que des pays qui prennent les
décisions. Ils ne créent aucune condition pour que les gens restent
chez eux. Regardez les institutions internationales : combien de
cerveaux africains sont volés par la Banque
mondiale ou par l’Unesco dont je suis l’Ambassadeur ? Regardez ce qui
passe dans toutes les institutions de l’ONU. Il faut cesser de prôner
une chose et son contraire.



Cheick Modibo Diarra, Président du Mali ? La politique vous tente-t-elle ?



Pas
vraiment. Moi je fais partie de ces personnes qui disent aux Africains
qu’il y a des milliers de façons de servir son continent. On peut le
faire par le biais de la politique, de la science ou en étant
simplement un leader d’opinion dans sa communauté. En même temps, je
suis Modibo, humble fils du Mali, tel un soldat. Je suis un soldat de
l’Afrique et je me rendrai, sans hésitation, sur tout front où on pense
que je suis utile. Mais, a priori, si j’ai le choix, je préfère donner
l’exemple, par la conduite de ma vie en contribuant au développement de
mon continent, sans nécessairement faire de la politique. Je suis tout
simplement à la disposition du développement de mon pays et de
l’Afrique. Autant je suis passionné par la politique au sens
étymologique du terme, celle qui a la finalité de résoudre les
problèmes de la cité, autant la « politique politicienne » ne
m’intéresse pas.



À propos du guidage de la sonde Pathfinder vers la planète Mars, vous aviez dit au Nouvel Observateur : « C'est
comme si vous tiriez à la carabine depuis le sommet du Mont Blanc sur
une pièce de 1 franc posée sur la couronne de la statue de la liberté à
New York et que vous fassiez mouche ».
Est-il plus facile de faire mouche avec Pathfinder sur Mars qu’avec Microsoft en Afrique ?




C’est
un peu plus facile car la navigation interplanétaire ne dépend que de
lois physiques ! Quand je dois lancer une sonde, une fois dépassé le
débat au Congrès américain pour disposer du budget, je ne suis
confronté qu’à des lois physiques pour lancer la sonde, assurer sa
navigation, etc. C’est une affaire d’ingénierie et non de sentiment.

Faire
mouche avec Microsoft en Afrique, c’est différent car il y a des
considérations politiques, sociales. Par exemple, le Sénégal est
président de l’E-Africa Commission et vous avez un Chef d’État que la
chose intéresse. Mais il y a des pays en Afrique où les dirigeants vont
jusqu’à ignorer qu’il s’agit d’une technologie de l’information. Faire
mouche dans ces conditions est donc plus complexe ; il n’existe pas de
lois guidant le développement des TIC ! Mais comme je ne suis pas
un besogneux – j’ai les moyens de nourrir ma famille avec mon champ –,
je me suis engagé auprès de Bill Gates dans Microsoft avec la
conviction que mon « enrôlement » pouvait servir le développement de
mon continent. Il m’est, dès lors, plus facile de parler aux dirigeants
africains. Mon conseil sera de ne jamais se lier à une compagnie pour
l’éternité et de toujours choisir celle leur offrant le meilleur
produit pour un besoin déterminé…tout en sachant que nous, Microsoft,
nous présentons le meilleur produit dans la plupart des domaines.

Afrikara


http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu&art=1689
 

Cheick Modibo Diarra, Président de Microsoft Afrique

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