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 Histoire et conscience Nègre par Joseph Ki-Zerbo (2)

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AuteurMessage
Anton
Membre initié


Nombre de messages : 27
Date d'inscription : 14/06/2007

14062007
MessageHistoire et conscience Nègre par Joseph Ki-Zerbo (2)

De plus, il faut insister sur le caractère syncrétiste de la mentalité nègre, qui n’hésite pas à accueillir les éléments nouveaux pour les agréger à son système de pensée ou de vie. Le ritualisme lui-même ne vise pas à la simple conservation, au simple équilibre des forces, mais à l’accroissement des forces de l’individu ou de la communauté. Il n’aboutit pas non plus à l’étouffement du destin individuel. Les personnalités puissantes n’ont pas manqué dans l’histoire d’Afrique Noire. Parfois elles se sont imposées en bousculant la tradition. Un exemple : c’est Mamari Koulibali, génial chef de guerre qu’on peut regarder comme le véritable créateur du royaume de Ségou à partir de 1712.

Il étend ses conquêtes et unifie tous les bambara de la vallée du Niger grâce à une armée solide dotée d’une flottille et d’un corps d’ingénieurs. Tout cela en introduisant des nouveautés dans la structure de la société bambara. Il s’arrangea pour soustraire le plus d’hommes libres ou d’esclaves à leur communauté familiale, afin d’en faire des Ton dyon. Institution qu’on peut rapprocher de celle des « ministériales » d’Empire dans l’Allemagne féodale. Amnistiant les criminels, graciant les condamnés à mort, déliant les débiteurs insolvables à condition qu’ils entrent à son service comme serfs d’Etat et guerriers d’une confrérie dont Mamari était le chef politique et religieux, il forgea ainsi un instrument de guerre particulièrement maniable et efficace et dont la force sera d’ailleurs dangereuse pour la stabilité ultérieure de l’Etat.

Le sens de l’histoire pour les nègres est donc une dynamique où l’homme a sa place ; mais il s’agit de l’homme total avec sa dimension sociale, c’est pourquoi ce sens de l’histoire est le fondement d’un patriotisme particulièrement profond. Nulle part, autant que chez eux la nation n’est composée de plus de morts que de vivants. Les vivants ne sont qu’une infime minorité astreinte à des devoirs précis à l’égard des membres de la communauté qui ne sont plus.

Ceux-ci dont les ossements reposent souvent dans la maison même (par exemple chez les Bamiléké) et dont les esprits veillent dans l’ombre familière, sont associés à la vie du microcosme qui n’est plus qu’un simple maillon de la grande chaîne des générations.

On comprend alors que le terme maison paternelle faso possède pour le négro-africain des harmoniques particulières puisqu’il ne signifie pas seulement un lien biologique et social, mais possède aussi, par le truchement de l’association intime avec les esprits des ancêtres et leurs alliés, une résonance cosmique et même métaphysique.

Une dernière preuve que cette conception de l’histoire n’a pas été un facteur de stagnation pour les peuples noirs, c’est que même sans remonter au berceau nilotique, il n’a pas empêché jusqu’aux invasions blanches du XVe siècle, la constitution de multitudes Etats florissants n’ayant rien à envier à leurs homologues européens de la même époque.

Les royaumes noirs sont assez mal connus, d’abord parce que nous ne disposons pas de documents écrits suffisamment nombreux. Mais l’histoire ne se fait pas qu’avec des documents écrits. Or des villes entières ont été détruites et leurs trésors enfouis ou dispersés par les invasions européennes. De plus, nombre de ces conquistadors n’avaient aucune préoccupation culturelle, ni même l’instruction suffisante pour laisser un récit cohérent de leurs voyages. D’ailleurs le climat africain très destructeur, n’épargne presque aucun vestige. Malgré toutes ces carences, nous pouvons nous faire une idée de l'importance de ces royaumes, grâce surtout aux sources arabes.

C’est d’abord Ghana (Koumbi) situé entre la rive gauche du Niger, le Sénégal et le Sahara. Le Ghana dont le nom vient d’être relevé avec éclat, jouit de la prépondérance politique sans doute dès le VIIIe siècle et atteint son acmé au Xe siècle. C’est à ce moment que l’a visité l’écrivain arabe Ibn Houkal. A ce moment était un véritable empire étendant sa suzeraineté sur les royaumes noirs vassaux du sud et sur la confédération des berbères du Sahara (le même !) ainsi que sur le roi berbère d’Aoudaghost.

Evidemment une telle hégémonie étant insupportable aux contempteurs des nègres, on a tenté de montrer que les premiers empereurs du Ghana avaient été des sémites juifs. Il nous suffit de répondre que le Ghana n’a compté qu’à partir du moment où il a été pris en mains par les Noirs c’est-à-dire du IXe au XIIIe siècle. Le géographe El Bekri, qui connaissait les villes d’Espagne, n’en a pas moins été impressionné par la grandeur de la ville de Ghana, où deux agglomérations étaient juxtaposées, l’une arabo-berbère, l’autre noire dans laquelle se trouvait le château impérial entouré de maisons en pierres ou en pisé. L’écrivain arabe a été frappé aussi par la profusion de l’or du Bambouck qui était l’un des articles du commerce ghanéen avec le Maghreb.

Après l’effritement de cet empire au début du XIIIe siècle, sous les coups successifs des Almoravides et du roi de Sosso, c’est l’essor d’un royaume encore plus typiquement nègre sur les cours supérieurs du Sénégal et du Niger. C’est le Mali qui prend son essor avec les conquêtes de Soundiata (1230-1255) dont le nom glorieux a traversé les siècles. La victoire de Kirina (1235) sur Soumangourou Kanté, roi du Sosso, étant comme le Bouvines du Mali.

L’apogée de l’Empire est marqué au XIVe siècle par le règne de Kankan Moussa qui, converti à l’islam, effectue en 1325 un pèlerinage mémorable, accompagné de soixante mille hommes, nous disent les textes. En 1352, lors du voyage du géographe Ibn Batouta, « l’empire était divisé en provinces et en cantons administrés par des gouverneurs et des lieutenants zélés et disciplinés.

Des armées régionales assuraient la défense et la police du territoire. Dans tout le pays régnait une sécurité parfaite ; les vols étaient inconnus ou punis très sévèrement ainsi que toute injustice. Si des étrangers venaient à mourir, leurs biens étaient conservés jusqu’à ce que les ayants droit les vinssent réclamer ». Donc, un Etat fort policé : l’empereur du Mali était vraiment l’arbitre des destinées de l’Afrique occidentale depuis le Sénégal jusqu’à Gao et depuis le Sahara jusqu’à la forêt tropicale. L’un des plus grands empires de tous les temps. Il était en relations suivies et sur pied d’égalité avec les sultans du Maroc et les rois du Portugal. C’est pourquoi je souhaite que le nom du Mali ne soit pas perdu, mais que comme celui de Ghana, il soit relevé dans l’Afrique de demain.

Citons aussi le royaume de Gao, dont la fondation est parfois attribuée à des Berbères de Tripolitaine. Mais là aussi la ville comportait deux grands quartiers, l’un habité par les commerçants arabes, l’autre par les noirs et le souverain.
Sonni Ali (Ber) (1460-1490 environ), est l’un des plus grands hommes d’Etat de l’histoire des peuples noirs. Brillant général, il constitue une armée permanente, une flottille de guerre sur le Niger, un service d’intendance, pour ne pas ruiner son pays (ce qui n’interviendra en France que sous Louis XIV). Il organisa aussi des impôts réguliers. D’où une grande stabilité financière et un essor agricole grâce en partie aux concessions de terres faites aux étrangers, tels que ces juifs du Touat chassés par le réformateur de Tlemcen El Mehili. Il se signale aussi par son mécénat en faveur des savants et lettrés de Tombouctou devenue à cette époque un des principaux foyers intellectuels du monde musulman.

Des professeurs soudanais enseignaient le droit, la rhétorique, la grammaire, la prosodie arabe. Des maîtres réputés du Maghreb venaient s’asseoir comme élèves aux leçons des jurisconsultes et des docteurs noirs comme les frères Baghayogho. Des écrivains de souche noire se révèlent, tels Mahmoud Kôti, auteur du Tarik el Fettach et Abderhamane Saâdi, auteur du Tarik es Soudan. Les fouilles du lieutenant Desplagnes ont révélé à Tadirma des poteries, des bijoux, des armes dont le nombre semble attester l’existence de grandes villes disparues. Cette organisation permit à l’Askia Mohammed de faire au moment de la découverte de l’Amérique, un pèlerinage à la Mecque aussi célèbre que celui de Kankan Moussa.

Plus au sud, de grands royaumes se sont constitués, sans aucune influence nordique mais avec des formes d’organisation politique proches parentes de celles qu’on vient de citer, mais plus rigoureuses encore, sans doute en raison de la cohésion ethnique plus forte et de la moindre extension géographique. Les royaumes Mossi dont la permanence équivaut au royaume d’Angleterre avec la différence qu’il n’y a pas eu ici d’intermède républicain, constituaient des monarchies de type féodal mais fortement hiérarchisées, avec de puissants feudataires et un domaine royal à gestion directe dont les chefs de canton n’on jamais été héréditaires.

Le Morho-Naba comme le Pharaon d’Egypte, était assimilé à l’astre du jour et partant, à un dieu.

A sa mort, le crieur public proclamait : "Bougoum Kimé". Le feu s’est éteint. La sécurité multiséculaire régnant sur son territoire se traduit par une densité humaine plus grande et par la dispersion de l’habitat. On pourrait faire des observations analogues sur les royaumes du Bornou, des Ashantis, des Yoruba, des bambara, dont les chefs par la combinaison de signes multiples, pouvaient s’envoyer des messages. Par conséquent jusqu’aux grandes découvertes, le dynamisme politique des peuples nègres s’est affirmé par des constructions politiques au moins aussi valables que dans les pays européens, avec d’un côté comme de l’autre quelques tares inévitables.
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