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 Pour une nouvelle coopération Afrique-Chine (3)

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AuteurMessage
Anton
Membre initié


Nombre de messages : 27
Date d'inscription : 14/06/2007

14062007
MessagePour une nouvelle coopération Afrique-Chine (3)

4. Afrique-Chine : quel rôle pour le secteur privé et les populations ?

Les officiels africains devraient se méfier des chiffres flatteurs du volume des échanges commerciaux entre la Chine et les pays africains. En effet, avec 37 milliards de dollars en 2005, l’Afrique est en perte sèche en termes de création de valeur ajoutée. La Chine importe des matières non transformées et exporte des produits à forte valeur ajoutée ; des percées sont notables dans la haute technologie, les nouvelles technologies, l’électronique et les machines. Bien sûr, en contrôlant les équipements de production dans le secteur coton, textile et habillement, la Chine est devenue incontournable… Les femmes commerçantes du Togo, les fameuses "Nana-Benz" ou plutôt celles qui ont pris la relève des parents, se plaignent qu’elles n’ont pas le temps de proposer des idées sur un modèle pour un produit textile que, dans les 3 semaines, le pagne est déjà sur le marché, fabriqué en Chine et réexporté vers l’Afrique. Faut-il en déduire que l’espionnage économique chinois semble bien fonctionner ?

En 2004, les investissements chinois s’élevaient à 15 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) en Afrique soit 1,5 % des 900 millions de dollars investis dans le monde. La force de frappe de la Chine en Afrique se concentre autour d’une société de travaux publics China Road and Bridge Corporation [3] qui comporte "43 sociétés chinoises parmi les 225 premières entreprises mondiales du secteur". Mais aujourd’hui, aucun secteur n’est oublié de l’industrie minière au Congo, les routes et les bâtiments publics un peu partout en Afrique (Kenya, Mali…), les satellites de communication avec le Nigeria, et le tourisme sélectif car il faut au préalable obtenir la délivrance d’une sorte d’autorisation officielle des autorités chinoises, permettant alors aux Chinois de privilégier cette destination. Du côté des responsables africains, cette coopération sino-africaine se passent dans le cadre de décisions relevant de la "souveraineté nationale", ne tenant souvent pas compte des positions collectives et de l’image envoyée sur la crédibilité des positions africaines.

Certains gouvernements africains n’ont eu aucun scrupule à profiter des luttes intestines entre la Chine populaire et Taiwan… Les dirigeants sénégalais ont alternativement obtenu des dons, des prêts concessionnels selon qu’ils choisissaient le premier ou le second pays. Une certaine discipline continentale ferait certainement augmenter la crédibilité des dirigeants africains. Par ailleurs, il ne faut pas croire que la corruption, les ventes d’armes et les échanges de savoir et de technologie militaire ne font pas partie de la panoplie des échanges sino-chinois… Là encore, la non-transparence semble être un point de concordance entre les deux continents.

Avec une prédilection pour la stabilité des régimes politiques, les Chinois se gardent bien d’évoquer des sujets qui fâchent et finissent souvent par trouver des points de convergence sur des sujets comme les droits de l’homme, le travail des enfants, la non-ingérence dans les affaires politiques et économiques…avec les dirigeants africains. En contrepartie, les projets de construction d’infrastructure et de travaux publics semblent prendre le dessus sans que pour autant l’Afrique ne gagne en termes de savoir, connaissance et réplication… Les investissements chinois sont soigneusement protégés par des accords bilatéraux de protection des investissements (28 en 2005) et les secteurs comme l’agriculture, les transports, le commerce et la communication risquent de connaître un essor notable dans les années à venir.

Avec 53 milliards $ US d’investissement étrangers directs allant vers la Chine en 2003 [4] contre 10 milliards de $ US allant vers l’Afrique, il y a lieu de revisiter sans complaisance l’environnement des affaires et les comportements des dirigeants africains qui rendent le continent africain moins attractif pour les investisseurs. Lorsque la Chine consacre près de 39 % de son produit intérieur brut au secteur manufacturier, l’Afrique subsaharienne atteint à peine 14 %[5]. C’est ainsi que les investissements chinois en Afrique avoisinent 1 milliard de $ US. Il n’est donc plus question de soutenir des "mouvement de libération nationale ou des idéologies obsolètes". Il est plus question d’assurer l’approvisionnement en matière première et en énergie pour soutenir la croissance chinoise…

A ce titre, il convient de rappeler que les exportations de biens de l’Afrique vers l’Asie s’élevaient en 2004 à 16,8 % de la part des exportations totales africaines contre 21,9 % des importations de biens asiatiques dans la part des importations totales africaines. Le paradoxe réside dans le fait que l’Afrique importe en général plus de 71 % de biens manufacturiers sur le plan global et exporte principalement des produits hydrocarbures et des minerais, souvent non transformés. En comparaison, il faut savoir que l’Afrique échange plus avec l’Asie qu’avec elle-même. Les exportations de biens intra-africains s’élevaient pour la même période à 10 % de la part des exportations totales africaines contre 11,3 % pour les importations intra-africaines de biens dans la part des importations totales africaines[6]. La part des exportations de biens de l’Afrique vers la Chine s’est élevée en valeur à 38,9 milliards de $ US in 2004, soit 16,8 % du total des exportations africaines contre 23,1 milliards de $ US pour les échanges intra-régionaux, soit 10 % du total des exportations africaines.

Les cinq premiers pays exportateurs de biens en Afrique sont en 2004, l’Afrique du sud avec 46 milliards de $ US, l’Algérie avec 32,3 milliards de $ US, le Nigeria avec 31,1 milliards de $ US la Libye avec 20,8 milliards de $ US et l’Angola avec 13,9 milliards de $ US. Les hydrocarbures et les minerais forment la base principale de ces échanges. Il y a donc très peu de contenu en termes de valeur ajoutée dans les exportations africaines vers l’Asie. Ceci est un handicap stratégique qui risque d’empêcher l’Afrique de procéder à un décollage économique en continu si les ressources générées par cet échange déséquilibré sur le plan sectoriel ne sont pas réinvesties en priorité dans les infrastructures de bien-être et de communication comme le suggère fortement le NEPAD.

Conclusion : faut-il privatiser les relations Afrique-Chine ?

Que les dirigeants africains ne s’y trompent pas ! La Chine se développe en utilisant les matières premières africaines. Les dirigeants doivent en profiter pour développer le continent en donnant les chances aux générations futures de ne pas être de simples spectateurs dans le monde. Il faut espérer que le nouveau partenariat Afrique-Asie de 2006 permettra de clarifier la nouvelle grammaire des échanges sino-africains sans que celle-ci ne se limite à privilégier exclusivement des accords sur l’approvisionnement en matières premières et un avantage cumulatif en termes d’influence diplomatique [7] dans les enceintes internationales.

Le tiers-mondisme chinois [8] demeure malgré tout un paravent bien commode pour faire des affaires qui ne profitent pas toujours à la population. La politique africaine de la Chine [9] reste toutefois basée sur une approche d’État à État. Il n’y a en fait rien sur le secteur privé et les échanges de "peuple" à "peuple" sont bien circonscrits. Ils consistent souvent à envoyer des volontaires chinois servir en Afrique pour mieux "comprendre" comment y faire des affaires. A quand les volontaires africains envoyés en Chine, ne serait-ce que pour apprendre le mandarin, ramener des technologies et du savoir-faire et de l’innovation permettant de démultiplier les énergies mal utilisées et mal coordonnées en Afrique et dans la Diaspora ?

Il y a au moins cinq erreurs qu’il ne faut plus que les dirigeants africains reproduisent s’ils veulent un partenariat durable et une crédibilité renouvelée auprès des responsables chinois :



    <LI class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; mso-list: l2 level1 lfo3; tab-stops: list 36.0pt; mso-margin-top-alt: auto; mso-margin-bottom-alt: auto">croire que l’approche du haut vers le bas est la panacée alors que les populations ne sont pas associées ;

    <LI class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; mso-list: l2 level1 lfo3; tab-stops: list 36.0pt; mso-margin-top-alt: auto; mso-margin-bottom-alt: auto">présumer que les décisions et solutions formulées par les États vont automatiquement devenir opérationnelles sur le terrain alors que les préalables nécessaires ne sont pas mis en place avec les acteurs compétents ;

    <LI class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; mso-list: l2 level1 lfo3; tab-stops: list 36.0pt; mso-margin-top-alt: auto; mso-margin-bottom-alt: auto">oublier d’informer et d’associer le secteur privé et les populations à toute signature d’un accord permettant un accès privilégié aux richesses et de l’espace africain à des investisseurs, chinois en particulier ;

    <LI class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; mso-list: l2 level1 lfo3; tab-stops: list 36.0pt; mso-margin-top-alt: auto; mso-margin-bottom-alt: auto">vendre des matières premières non transformées et sans valeur ajoutée et oublier d’utiliser les ressources ainsi acquises pour réduire les inégalités et promouvoir la création de richesse qui n’est pas possible sans la création des capacités productives endogènes en partenariat avec les pays émergents dont la Chine ;

  • continuer à travailler uniquement dans l’espace de la politique politicienne en oubliant les aspirations des peuples à de la nouveauté et à de la représentation vraie.






Les responsables chinois, sous les apparences de coopération "gagnant-gagnant" ne doivent pas laisser l’éthique, les droits humains et la liberté et l’autodétermination des peuples africains sur le bas côté du commerce et des échanges. En effet, l’augmentation des achats d’armes et de munitions en provenance de la Chine, ceci à des conditions particulièrement avantageuses accordées aux États, à des milices ou aux armées privées, n’est pas étrangère à la difficile émergence de la démocratie dans certaines parties de l’Afrique. La Chine ne peut rester muette sur ce sujet.




La nouvelle coopération entre l’Afrique et la Chine ou, entre l’Afrique et l’Asie en général, se doit de servir en priorité les intérêts des populations et non pas simplement les intérêts des dirigeants africains et chinois qui poursuivent chacun leurs intérêts bien compris. L’arrivée de nouveaux dirigeants africains mettant l’accent sur l’éthique, l’intégrité, la coopération au service des populations devrait permettre graduellement de changer la donne et qui sait… amener la Chine à promouvoir la démocratie et les libertés au même titre que l’économie et le commerce. Faut-il rappeler que seul 2 % des échanges chinois avec le monde se fait avec l’Afrique ? Depuis le 1er janvier 2005, la Chine a introduit dans ses accords commerciaux avec les pays africains des franchises de taxes à 26 pays les moins avancés [10]. L’Afrique doit demander à la Chine de l’aider à produire afin d’exporter des produits à valeur ajoutée. Les conséquences sur la croissance économique en Afrique, la réduction de la pauvreté et le retour de la confiance dans un partenariat vrai [11] où les deux partenaires "gagnent" réellement est à ce prix.



Le 22 avril 2006



Yves Ekoué Amaïzo

Auteur et Economiste à l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI).
Il s’exprime ici à titre personnel.




1. La conférence de Bandung demeure la conférence afro-asiatique des pays non-alignés. Elle s’est tenue du 18 au 24 avril 1955 à Bandung, sur l'île de Java (Indonésie). L'indonésien Sukarno, le yougoslave Tito, l'égyptien Nasser et l'indien Nehru revendiquent leur appartenance à un tiers-monde neutraliste, à égale distance des deux superpuissances, les États-unis et l'URSS. Ils prônent le rassemblement des pays pauvres, la lutte contre le colonialisme et la ségrégation raciale.

2. Gustav Ahadji, « Le nouveau chantage »: [Lire]

3. Jean-Christophe Servant, op. cit.

4. World Bank, Global Development Finance. Mobilizing finance and Managing Vulnerability, 2005, pp. 140 et 26.

5. World Bank, World Development Indicators, 2005, pp. 202-204.

6. World Trade Organization, International Trade Statistics 2005, pp. 80.

7. Marc Aicardi de Saint-Paul, « La Chine et l’Afrique, entre engagement et intérêt », Géopolitique africaine, n° 14, Paris, Printemps 2004.

8. Jean-Christophe Servant, « La Chine à l’assaut du marché africain ». in Le Monde Diplomatique, mai 2005, pp. 6-7.

9. Voir “China’s African Policy”, 12 January 2006, www.fmprc.gov.cn/eng/zxxx/t230615.htm#

10. Angola, Bénin, Cap Vert, Centrafrique, Comores, Congo démocratique, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée Equatoriale, Lesotho, Liberia, Madagascar, Mali, Mauritanie, Mayotte, Mozambique, Niger, Rwanda, Sierra Leone, Sudan, Tanzanie, Togo, Zambie; Voir NEPAD Business and Investment Guide, 2006 edition: New Economic Partnerships for African Development, www.corporate-africa.com, p. 109.

11. Yves Ekoué Amaïzo, « After the G8 Gleneagles Summit », in NEPAD Business and Investment Guide, 2006 edition : New Economic Partnerships for African Development, www.corporate-africa.com, pp. 51-57
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