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 La mémoire peut-elle parler d'une seule voix?

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Tite Prout
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08052007
MessageLa mémoire peut-elle parler d'une seule voix?



Le Devoir

LES ACTUALITÉS, mardi 8 mai 2007, p. a1

La mémoire peut-elle parler d'une seule voix?

Rioux Soucy, Louise-Maude

Il n'y a pas qu'au Québec que les intellectuels se
déchirent sur la manière dont l'histoire devrait être écrite et
enseignée. Selon des chercheurs québécois, européens et africains
réunis hier au 75e congrès de l'Acfas, peu de pays échappent encore à
la récupération croissante de la mémoire par les États, qui, en visant
une mémoire dite «partagée», visent aussi un consensus qui occulte un
nombre grandissant d'histoires individuelles».

Trois-Rivières - Assumer un passé douloureux pour
reconstruire la paix sociale, voilà l'essence même de la «mémoire
partagée» que tentent de mettre en avant un nombre grandissant d'États
depuis quelques années. Mais en élevant ainsi la mémoire au rang de
patrimoine immatériel à coups de consensus et de réconciliations, ces
mêmes États ouvrent une boîte de Pandore qui pourrait se révéler encore
plus destructrice que les maux qu'ils tentent de juguler, déplore
l'historien Bogumil Jewsiewicki-Koss.

Selon le chercheur, attaché à la chaire de recherche
du Canada en histoire comparée de la mémoire à l'Université Laval, le
problème est universel, et le Québec n'y échappe pas, tant s'en faut.
«Pour pouvoir construire un cadre consensuel, les États ne peuvent plus
compter sur l'histoire, qui a échappé à leur contrôle, ni sur la
culture populaire, qui s'est trop globalisée. Ils se tournent donc vers
la mémoire, qui apparaît comme un nouveau terrain de construction du
cadre national», explique M. Jewsiewicki-Koss.

Traditionnellement, la mémoire est perçue comme un
point de rencontre où se côtoient les différentes manières dont le
souvenir se déploie dans l'imaginaire des individus. Dans ce contexte,
l'identité commune n'a pas d'importance puisque la mémoire repose
principalement sur une compréhension de l'autre et de sa souffrance.
Mais voilà que les États essaient aujourd'hui de faire parler la
mémoire d'une seule voix, note le chercheur, qui est à l'origine de ce
colloque. «La mémoire devient alors un objet massif, globalisé qui
prend un statut de vérité qui donne l'impression d'un consensus.»

Le mot clé ici, c'est l'«impression» d'un consensus.
Au Québec, on aurait tendance à parler d'une mémoire «politiquement
correcte» qui cherche à faire le moins de vagues possible, quitte à
escamoter certains éléments plus compromettants. Le mot fait sourire le
professeur, qui reconnaît là les effets pervers de la mémoire partagée.
«En fait, ce n'est plus vraiment de la mémoire. Quand les États
commencent à négocier la mémoire entre eux, ils la vident de son sens
réel.» Ce faisant, ils jouent de surcroît avec le feu, croit-il.

Certes, la formule a donné lieu à de grandes
réussites, que l'on pense seulement à la Shoah qui fait aujourd'hui
l'objet d'un consensus international chèrement défendu par tous, à
quelques exceptions près. «L'Holocauste a joué un rôle crucial dans la
mise en place d'une mémoire partagée, il en est l'exemple parfait»,
note la chercheuse française Sarah Gensburger, du Centre d'études
européennes de Sciences Po. Mais ce nouvel atout diplomatique, qui a
permis de faire en sorte que le trauma soit élevé au rang de
patrimoine, a aussi eu ses revers douloureux, notamment en France pour
qui la réconciliation mémorielle avec l'Algérie s'est soldée par un
échec cuisant, convient Mme Gensburger.

Et pour cause. La mémoire partagée est un processus
où le poids de la mémoire doit faire place à des choix, avec tous les
raccourcis que cela suppose, explique Dimitri Nicolaidïs, chercheur à
la Maison méditerranéenne des sciences de l'homme. «Le patrimoine
immatériel se construit au prix de l'élimination de certains éléments
qui menacent la société.» Dans le processus, certaines voix perdent
donc forcément au change. «La mémoire partagée, c'est pire qu'une
utopie, croit Bogumil Jewsiewicki-Koss. Je pense qu'elle ne peut
qu'exacerber les conflits alors que, ce que l'on espère pourtant, c'est
favoriser la paix.»

À ses yeux, il est plus facile de vivre ensemble
quand on peut se raconter mutuellement nos souffrances. Certes, cela
peut conduire à une surenchère, mais cette surenchère se fait dans un
contexte où l'on cherche quand même toujours à comprendre l'autre. «Je
pense que l'information de type historique peut créer une plateforme
commune viable, mais le problème est ailleurs. Une fois que la culture
populaire a été globalisée, nous ressentons tous un sentiment de
fragilité de notre identité. On devient frileux à des signes publics de
la présence de l'autre», regrette M. Jewsiewicki-Koss.

À cet égard, le Québec a encore beaucoup à
apprendre. En effet, il ne se passe pas un jour sans qu'un nouvel
exemple d'accommodement raisonnable surgisse pour troubler la paix
sociale. Chaque fois, le «vivre ensemble» est mis à rude épreuve et,
pourtant, tout cela reste parfaitement sain, croit Bogumil
Jewsiewicki-Koss. «La mémoire fonctionne bien si l'on se souvient de ce
qui a été vécu ensemble. Les problèmes de l'intégration des immigrants
sur le plan mémoriel, c'est qu'ils viennent de si loin qu'ils ne
partagent pas du tout ce que les Québécois ont vécu. Les gens ont alors
du mal à habiter les récits de l'autre.»

La solution ne serait-elle pas de rédiger une
histoire commune comme plusieurs l'ont proposé jusqu'à présent? La
recette est ailleurs, croit M. Bogumil Jewsiewicki-Koss. «On peut
habiter les mémoires de l'autre au sens universel, mais pas au sens des
réalités concrètes. Soit on en fait un absolu, par compassion et
solidarité humaine, soit on se dit qu'ils sont si différents qu'on ne
se retrouvera jamais.» Entre les deux, le Québec a encore une bonne
marge de manoeuvre. «La réflexion sur la laïcité de l'espace public qui
a été entreprise au Québec me semble la solution pour que cet espace
soit habité par tous. Maintenant, où s'arrête cet espace public, ça,
c'est autre chose...»



Illustration(s) :

Un juif ultra-orthodoxe visitant le musée consacré à
l'holocauste à Jérusalem. Le génocide juif est devenu le modèle de
l'émergence d'un traumatisme élevé au rang de patrimoine immatériel.

Un juif ultra-orthodoxe visitant le musée consacré à l'holocauste à
Jérusalem. Le génocide juif est devenu le modèle de l'émergence d'un
traumatisme élevé au rang de patrimoine immatériel.



Catégorie : La Une; Actualités

Sujet(s) uniforme(s) : Histoire, archéologie et généalogie; Arts visuels; Religion, philosophie et éthique

Type(s) d'article : Article

Taille : Long, 725 mots

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Doc. : news·20070508·LE·142622
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