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 Influence du mvt anti-apartheid sur l'Afrique du Sud av. 94

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06012007
MessageInfluence du mvt anti-apartheid sur l'Afrique du Sud av. 94

L’influence du mouvement mondial anti-apartheid sur la consolidation démocratique de l’Afrique du Sud

Par Laurie Duguay

ACRONYMES

ANC Congrès national africain
CISL Confédération internationale des syndicats libres
CME Conseil mondial des Églises
COE Conseil œcuménique des Églises
COSATU Congress of South African Trade Unions
ECOSOC Conseil économique et social
ONG Organisation non gouvernementale
ONU Organisation des Nations Unies
ONG Organisation non gouvernementale
OPEP Organisation des pays exportateurs de pétrole
PAC Congrès panafricain
SACP Parti communiste sud-africain
SADC Communauté de développement d’Afrique australe
SWAPO Organisation du peuple du Sud-Ouest Africain
Les élections démocratiques de 1994 viennent sonner le glas à plus de 300 ans d’exploitation et de domination raciale des Blancs sur les Noirs en Afrique du Sud. Le Congrès national africain (ANC) remporte les élections avec en poche 62,65% des votes. Ces élections sont déterminantes puisqu’elles annoncent la fin du règne du Parti National, au pouvoir sans interruption de 1946 à 1994, et le démantèlement politique, économique et juridique de l’apartheid. La République d’Afrique du Sud est aujourd’hui une démocratie parlementaire, multiraciale et un gouvernement d’unité nationale. Le gouvernement de coalition regroupe l’ANC, le Parti communiste sud-africain (SACP) et le Congress of South African Trade Unions (COSATU).

Nelson Mandela fut, de 1994 à 1999, la figure emblématique d’une Afrique du Sud en émergence. Sa vie entière aura été vouée à la libération politique et économique de son peuple grâce notamment à l’action militante de l’ANC. Certains affirment que la transition démocratique n’aurait pu être envisageable sans son charisme et sa force de caractère. Il aura été emprisonné de 1964 à 1990. En 1999, il lègue la tête du parti, l’ANC, à Thabo Mbeki, l’actuel président de l’Afrique du Sud.

Ce sont les contradictions économiques engendrées par l’apartheid qui vont pousser graduellement, par la force des choses, le gouvernement sud-africain vers la transition démocratique à la fin des années 80 : échec des Homelands, urbanisation massive des Noirs, le développement industriel, embargo international, crise de confiance des banques américaines.

Les années 80 en Afrique du Sud vont être caractérisées par une série de mesures répressives à la fois contre sa propre population, mais aussi contre les États voisins. Les tensions politiques et les affrontements civils engendrent un climat économique fragile et peu propice aux investissements. Le gouvernement de De Klerk ne peut maintenir cette révolte et continuer à assurer le style de vie auquel l’apartheid avait habitué les Blancs. L’Afrique du Sud, isolée et continuellement sous le joug de l’opinion internationale, se voit contrainte d’entamer des changements significatifs.

Une partie importante des négociations vont se dérouler dans la cellule de Mandela, là où d’importants pourparlers sont négociés secrètement entre Mandela, Cotsee et de Klerk. En 1991, les grands piliers de l’apartheid sont démantelés et le processus de transition est officiellement enclenché. En 1993, le gouvernement et l’ANC sont d’accord afin de se partager le pouvoir. L’ANC remporte les élections en 1994, les sanctions d’armement sont levées, l’Afrique du Sud intègre le Commonwealth et devient un membre de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). En 1997, le pays intègre officiellement sa nouvelle constitution, probablement la plus libérale au monde, qui protège « tout un chacun quels que soient sa race, son genre, sa langue, son handicap, sa religion et son orientation sexuelle ».



I. LES ACTEURS DU MOUVEMENT ANTI-APARTHEID
Le mouvement mondial anti-apartheid inclut plusieurs acteurs qui œuvraient à plusieurs niveaux, mais toujours dans le seul et unique but de mettre fin au régime de l’apartheid en Afrique du Sud. Des banques étrangères aux entreprises transnationales, des organisations non gouvernementales (ONG) aux groupes de citoyens de plusieurs pays, tous ont travaillé à leur façon pour influencer le cours des événements en faveur de leur cause. Voyons plus spécifiquement leur identité et les moyens par lesquels ils ont tenté de s’imposer.

Pressions de l’opinion publique sur la communauté internationale
Très souvent, les premières idées qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on aborde la question du mouvement mondial anti-apartheid, ce sont le rôle des États, des organisations internationales et des organisations non-gouvernementales. Rarement nous faisons allusion à la population mondiale en elle-même. Dans le cas de la fin du régime ségrégationniste en Afrique du Sud, l’opinion mondiale a joué un rôle crucial. C’est à la base du dégoût envers ce système discriminatoire que des citoyens provenant de partout sur la planète se sont réunis avec d’autres entités politiques pour former un mouvement mondial anti-apartheid.

Contraintes économiques imposées par la communauté internationale
Les pressions économiques internationales ont constitué un instrument de politique étrangère important dans la consolidation démocratique de l’Afrique du Sud. Ici, le but n’est pas de juger la moralité de ces pressions, mais plutôt leurs impacts objectifs. L’économie sud-africaine a été affectée par deux catégories de pressions économiques internationales : ces mesures ont touchées ses échanges commerciaux en biens et services (et technologiques) ainsi que dans les mouvements de capitaux.
Premièrement, les contraintes sur les échanges commerciaux sud-africains ont été appliquées en 1963 par un embargo volontaire du Conseil de sécurité sur les armes et munitions. Les résultats sont peu concluants puisqu’il est appliqué seulement sur une base volontaire. En deuxième lieu, en 1973, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) décide de créer un embargo à son tour, mais sur leur exportation de pétrole en Afrique du Sud. L’impact de cette mesure n’a pas été d’éliminer tous les approvisionnements de l’Afrique du Sud en pétrole. Par contre, il en a coûté plus cher à ce pays de subvenir à ses besoins pétroliers. La dernière catégorie de contraintes est celle que l’on peut nommer les « autres mesures commerciales » provenant des États-Unis, des pays du Commonwealth et de la Communauté européenne. Ces derniers se sont impliqués dans le mouvement mondial anti-apartheid en privant les exportations sud-africaines des marchés des pays occidentaux et en leur refusant l’accès aux technologies internationales.
Les pressions internationales débutent suite aux massacres de Sharpeville en mars 1960 qui met pour la première fois le régime sud-africain au devant de la scène internationale. Les pressions exercées sur les mouvements de capitaux ont alors commencé. Dans les années 70, l’Afrique du Sud dépend de plus en plus des intérêts économiques étrangers qui pèsent lourds. Au début des années 80, les investissements directs de l’étranger en Afrique du Sud était si nombreux qu’il lui était impossible d’acheter tous ces actifs. À partir de 1985, des grandes mesures internationales sont appliquées telles que le refus de prêts à court terme et, par conséquent, l’Afrique du Sud ne réussit plus à obtenir de la nouvelle monnaie.
Les pressions financières et économiques internationales sur la fin du régime d’apartheid ont été des plus significatives : le pétrole coûte plus cher, les armes sont plus dispendieuses, l’accès aux marchés extérieurs est limité, les prêts à court terme sont refusés. Bien qu’il soit difficile de mesurer les conséquences de toutes ces pressions, plusieurs estiment que les pertes économiques de l’Afrique du Sud à cette époque se mesurent en milliards de dollars annuellement.

L’apport d’une aide financière du Conseil œcuménique des Églises aux mouvements de libération

Le Conseil œcuménique des Églises (COE) représente la majorité des Églises orthodoxes, anglicanes et protestantes. Elles décident de soutenir le mouvement anti-apartheid en offrant une aide financière aux mouvements de libération. Cette aide a été distribuée autant à l’Organisation du peuple du Sud-Ouest Africain (SWAPO) en Namibie qu’à l’ANC et au Congrès panafricain (PAC). Par la suite, en 1972, le COE vend ses investissements en Afrique du Sud et demande, en 1977, aux autres pays occidentaux de faire des pressions économiques sur l’Afrique du Sud en ne garantissant plus les prêts à l’exportation et en refusant les prêts bancaires et les investissements à Prétoria.

Boycott des produits sud-africains
En 1959, la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) réclame un boycott de la consommation des produits sud-africains. Le COE et le Conseil mondial des Églises (CME) en fait de même auprès de ses membres .
Si la Jamaïque était alors le seul pays à boycotter tous les produits sud-africains en 1959, la liste s’est allongée graduellement. Une grande partie des pays ayant instaurés un boycott sont des pays en développement. En 1963, cette liste contenait 25 pays pendant que 21 autres y réfléchissaient.

Les pressions sportives internationales
Le domaine des sports n’échappe pas à cette règle. Le sport au niveau mondial est une activité touchée par les effets de la politique. Le sport est une activité représentant l’égalité des chances, la paix entre les peuples ainsi que l’esprit sportif qui interdit toute discrimination. Par conséquent, le sport et le racisme sont antinomiques. La discrimination se lisait dans les équipes sud-africaines constituées seulement de Blancs. La première initiative d’un isolement sportif de l’Afrique du Sud se fait lors des olympiades de Mexico. Les pays du Tiers Monde menacent les équipes sportives d’Afrique du Sud de boycott. Cette pression venant des pays en développement se répercute dans de grands jeux comme ceux du Commonwealth. Aux Jeux Olympiques de Montréal, en 1976, près d’une vingtaine de pays d’Afrique et d’Asie ne se présentent pas à la compétition pour témoigner de leur dégoût face au régime sud-africain. L’impact de cet isolement sportif est à son apogée lorsqu’en 1977, lors des jeux du Commonwealth, les membres adoptent la déclaration de Gleneagles qui « constate, à l’unanimité, que les contacts sportifs avec Prétoria doivent être supprimés jusqu’à l’abolition de l’apartheid ». L’Organisation des Nations Unies (ONU) clôturera cette initiative en 1977 en encourageant tous les pays à cesser toutes leurs relations sportives avec Prétoria et à les exclure des grandes fédérations et rencontres internationales. À priori, personne n’aurait pu se douter que l’isolement international des équipes sportives sud-africaines) auraient pu avoir tant de conséquences. Le mouvement mondial qui a amené ce boycott au devant a touché un point sensible des Afrikaners : leur fierté nationale.
En Afrique du Sud, la pratique de certaines disciplines sportives fait partie des manifestations sociales qui soudent l’identité des Blancs, déchaînent leurs passions et confortent l’image collective qu’ils ont d’eux-mêmes.

L’image de l’Afrique du Sud a été ternie au niveau international. Le gouvernement sud-africain a tenté plusieurs mesures pour faire revenir ses équipes, obtenir une cessation du boycott et tenter d’amoindrir les effets psychologiques. En plus, un pays isolé des événements sportifs mondiaux est un pays poussé à la régression car c’est par les échanges et la communication entre les pays que les nouvelles techniques sportives ressortent et s’apprennent.

L’industrie culturelle sud-africaine est aussi affectée par un boycott international initié par les Britanniques en 1954 :
Huddelston écrivit dans l’Observer : « Je préconise le boycott culturel de l’Afrique du Sud. Je demande à ceux qui croient que le racisme est un péché ou une faute de refuser de l’encourager en acceptant un engagement théâtral, en bref, de ne pas conclure de contrats concernant des spectacles destinés à une partie quelconque de la communauté. »

Ce boycott se manifeste à deux grands niveaux. Premièrement, les créateurs sud-africains se font refuser des marchés étrangers et, en deuxième lieu, l’accès aux équipements culturels au niveau international est refusé.
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Influence du mvt anti-apartheid sur l'Afrique du Sud av. 94 :: Commentaires

II. LES NATIONS UNIES : LA VOIX DES ORGANISATIONS NON-GOUVERNEMENTALES

Le rôle des Nations Unies dans la consolidation démocratique de l’Afrique du Sud est crucial. L’ONU a été un outil pour tout le mouvement mondial anti-apartheid et aussi pour les États. Les Nations Unies ont servi d’intermédiaire pour conscientiser la communauté internationale et ont aussi constituées une arène, un lieu de forum, pour les différents mouvements de libération. De plus, l’ONU a apporté une aide morale, politique et matérielle au soutien du mouvement anti-apartheid et à la population noire sud-africaine.

L’évolution des politiques anti-apartheid des Nations Unies
La première grande politique entreprise par les Nations Unies n’a pas été adoptée en visant seulement le régime d’apartheid à Prétoria, mais, indirectement, elle va à l’encontre d’un tel système. La Déclaration universelle des droits de l’homme est signée en 1948 par 48 États, huit pays s’abstiennent dont l’Afrique du Sud. Cette Déclaration est créatrice de normes autour du respect de l’intégrité de l’homme, interdit la pratique de l’esclavage et le mot « racisme » est introduit dans le texte. Les Nations Unies, en adoptant en majorité cette charte encadre le comportement des États bien que l’application de ces normes se fasse sur une base strictement volontaire puisque la Déclaration est une suggestion de normes à suivre, sans plus. La Déclaration universelle des droits de l’homme est le début d’une prise de conscience par les États mondiaux du régime répréhensible ségrégationniste aillant lieu en Afrique du Sud. C’est aussi à partir de cette année que l’ONU commence à faire des tensions envers Prétoria pour que les politiques adoptées respectent cette Déclaration des droits de l’homme et que le gouvernement adopte des politiques égalitaires et sans discriminations. Les tensions ont pour objectifs de bâtir un consensus contre le régime de l’apartheid. En 1952, la question est entendue à l’Assemblée générale et cette dernière conclut une résolution morale affirmant que dans une société multiraciale, l’harmonie et le respect pour les droits humains ainsi que la liberté et le développement pacifique d’une communauté doivent être assurés pour une société égalitaire. L’ONU crée une Commission sur la situation raciale en Afrique du Sud gérée par les membres.

Les événements qui ont eu cours en Afrique du Sud ont aussi modifié l’opinion de la communauté internationale et les discours étatiques au sein de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Le massacre de Sharpeville survenu en mars 1960 a créé une onde de choc au niveau mondial et la vision de la communauté internationale à l’égard de l’Afrique du Sud et de l’apartheid a changé. Le 21 mars 1960, 5 000 Africains noirs non-armés manifestent pacifiquement dans la rue. Sans aucun ordre de feu, quelques policiers ont ouvert le feu sur la foule de manifestants. D’autres policiers un peu confus ont alors ouvert le feu sans réellement savoir ce qui se déroulait. Soixante-dix-sept Noirs sont abattus sauvagement parfois même dans le dos lorsqu’ils couraient pour fuir. Le soir même, par solidarité, 6 000 Noirs sortent dans les rues de Cape Town où encore deux Noirs sont abattus. Le gouvernement de Prétoria répond à ces actes par l’emprisonnement des leaders des principaux partis noirs : l’ANC et le PAC. C’est à ce moment que les pays africains et certains États asiatiques membres des Nations Unies ont demandé au Conseil de sécurité un changement dans les politiques onusiennes à l’égard de l’apartheid. L’ambassadeur américain Henry Cabot Lodge, alors président du Conseil de sécurité accepte de tenir une session à ce propos. Le 1er avril 1960, le Conseil de sécurité adopte une résolution déplorant les politiques et pratiques de Prétoria . Seulement la France et la Grande-Bretagne s’abstiennent sur ce vote.
À partir de ces événements, le Conseil de sécurité devient une autre arène pour les mouvements mondiaux anti-apartheid. Ce fait est très important puisque le pouvoir d’utiliser les armes incombe seulement au Conseil de sécurité en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Les sanctions contre l’apartheid commencent dans les années 60. L’Assemblée générale adopte plusieurs résolutions morales puisqu’elles ne débouchent sur aucunes actions concrètes contre l’Afrique du Sud et témoignent plutôt du consensus des États du monde contre le régime. Le Conseil de Sécurité adopte un embargo sur les armes en 1963. En 1964, le Secrétaire général des Nations Unies, Boutros Boutros-Ghali, décide de créer un groupe d’experts sur la question. Le gouvernement sud-africain refuse de coopérer. Le comité reconnaît que l’Afrique su Sud n’est pas vulnérable économiquement parlant. Les mesures les plus efficaces seraient d’adopter un embargo total sur le commerce de l’Afrique du Sud avec l’étranger, un embargo sur la vente de pétrole et sur les armes. De plus, le comité conseille de cesser l’émigration de techniciens et de gens habilités à former les scientifiques sud-africains, et finalement, de cesser les communications avec ce pays (boycott culturel, sportif et diplomatique). Autour de 1966, les Nations Unies veulent adopter des actions concrètes pour contraindre le régime de l’apartheid.

Une campagne contre l’apartheid s’enclenche à partir de 1967, et ce, jusqu’en 1989. En Afrique du Sud, cette période est caractérisée par une escalade de conflits et tensions attribuables aux actions du gouvernement sud-africain. Il faut se rappeler le but premier de l’apartheid : la dénationalisation d’un peuple. Dans ce cas-ci, ce sont les Noirs qui sont la majorité de la population sud-africaine. L’Assemblée général et le Conseil de Sécurité adoptent des mesures pour faire pression auprès de Prétoria. Les autres organes des Nations Unies sont aussi dans cette lutte ainsi que les agences spécialisées et plusieurs autres institutions. Comme indiqué plus tôt dans le texte, en 1963, on décrète un embargo volontaire sur les armes et, vu la dépendance envers l’étranger de l’Afrique du Sud dans son approvisionnement de pétrole, une bataille s’enclenche au sein de l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité pour imposer un embargo sur le pétrole. L’arène de l’Onu réussit à convaincre de plus en plus d’États de cesser leurs exportations de pétrole vers Prétoria. Les pressions pour la libération des prisonniers politiques et l’arrêt des exécutions envers ces derniers augmentent au courant de cette année.
En 1978, l’ONU initie la « Free Mandela campaign » lancée par le Comité spécial contre l’apartheid et la communauté internationale se joint rapidement au mouvement qui porte sur la libération des prisonniers politiques. L’ONU adopte la résolution 2396 pour le boycott des activités sportives et culturelles avec Prétoria.

En 1989, l’Afrique du Sud est largement isolée internationalement. L’ONU joue un rôle clé dans la mobilisation de la communauté internationale pour le maintien d’un mouvement anti-apartheid fort. Tous ces efforts débouchent sur la libération du prisonnier politique qu’est Nelson Mandela en 1991 et les élections démocratiques de 1994 où l’ANC sort victorieux.

Principales sanctions des Nations Unies contre le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud

Phases
Années Sanctions

I
1960 – 1976 • Les premières demandes de sanctions sont formulées en 1952
• Première résolution adoptée adopté en 1960 par solidarité aux victimes de Sharpeville
• En 1963, le Conseil de sécurité adopte, mais d’une façon volontaire, le double embargo sur les exportations d’armes
• Cessation des prêts des institutions économiques internationales en 1967. Le FMI ferme ses fonds à Prétoria en 1982
• Boycott volontaire des relations avec l’Afrique du Sud dans le domaine sportif et culturel : résolution 2396 de l’ONU

II
1976 - 1984 • L’embargo sur les exportations d’armes devient obligatoire en novembre 1977
• La Suède décide volontairement de cesser tous nouveaux investissements et prêts en 1979

III
1985 - 1994 • La France rappelle son ambassadeur en septembre 1985
• Adoption de la résolution 569 en août 1985 qui ouvre la porte à des sanctions globales, mais toujours sur une base volontaire
• Les États-Unis et Londres adoptent quelques sanctions économiques en 1985 et 1986, bien qu’elles soient timides



III. DEGRÉ D’EFFICACITÉ DES SANCTIONS INTERNATIONALES SUR LA FIN DE L’APARTHEID

- “Only after the regime is weakened by sanctions and other factors – internal stife, boycott, strikes- is it likely to begin serious bargaining ” -

L’ONU n’a pas réellement réussi à imposer des sanctions obligatoires à ses membres. La conjoncture de la guerre froide avait créé des tensions entre les pays et plusieurs oppositions ce qui rendait difficiles les négociations sur la question. Certains pays, dont les États-Unis et l’Angleterre, avaient des intérêts économiques et stratégiques à protéger. C’est plutôt à partir du moment que l’opinion de la communauté internationale ait été conscientisée à ce conflit que les gouvernements, surtout par le biais des organisations internationales, ont décidé d’agir contre le régime ségrégationniste sud-africain. De plus en plus, l’on redoutait des pressions du public à l’inaction de l’État.

Il est difficile d’évaluer les impacts réels qu’ont eu les sanctions internationales sur la fin de l’apartheid car les mesures n’ont pas toutes été envisagées pour les mêmes raisons et, en plus, la fin même de ce régime est discutable : certains croient que la fin de l’apartheid a eu lieu en 1991 lorsque des lois anti-apartheid ont été adoptées et d’autres croient que l’apartheid a pris fin lors de l’avènement d’un gouvernement à majorité noire, soit en 1994 avec Nelson Mandela en tête.
Par contre, nous pouvons affirmer que toutes les sanctions entreprises ont certes eu de grands impacts, mais elles sont difficilement analysables. Les mesures imposées par le mouvement mondial anti-apartheid ont fonctionnées, mais à très long terme. Les sanctions ont été entreprises d’une façon spontanée, sans réelle coordination. L’Afrique du Sud était un pays riche et pouvait être indépendant à tous les niveaux : lorsqu’une sanction était imposée d’un côté, le gouvernement allait voir ailleurs. Il n’y avait aucune ligne directrice mondiale qui pouvait vraiment bloquer l’Afrique du Sud. La volonté politique internationale, n’obtenant aucun consensus à cause de la conjoncture mondiale, a été divisée et a empêché de vraiment contraindre l’Afrique du Sud. Le régime de l’apartheid du gouvernement sud-africain a profité de cette division idéologique dans la communauté internationale. En d’autres mots, les sanctions imposées ont réussi à faire basculer le gouvernement sud-africain, mais strictement à long terme.


Les organisations non-gouvernementales : des acteurs politiques influents?
Bien que les gouvernements disent entreprendre des politiques purement en fonction des intérêts nationaux, la pratique est toutefois différente. Ce serait faire fi des groupes de pressions tels que les organisations non gouvernementales. Certes, les ONG ne détiennent pas le monopole du pouvoir mais elles savent très bien faire du lobby et des pressions auprès du gouvernement concerné. À priori, elles ont un statut consultatif auprès des Nations Unies, plus précisément auprès de l’ECOSOC où les ONG occupent différents statuts.

Influence de la structure du régime internationale sur la consolidation démocratique à Prétoria
Krasner donne une définition d’une institution internationale : « un ensemble de principes, de normes, de règles et de procédures de décision autour desquelles les attentes des acteurs convergent dans un domaine donné ». Dans notre cas, c’est l’opposition internationale anti-apartheid dont il est question. Dans le même ordre d’idées, cette théorie suppose que les acteurs ne prennent plus de décisions autonomes dans le sens où ils sont grandement influencés par la structure du régime et qu’ils anticipent le comportement des autres acteurs. La coopération devient alors un concept très important et elle se concrétise dans le cadre d’une institution internationale. Les institutions internationales deviennent le moyen d’échange et forme une structure des relations internationales. L’institution internationale ayant joué le plus grand rôle dans la consolidation démocratique de l’Afrique du Sud est l’ONU. Par contre, les États restent les principaux acteurs des régimes, mais « les acteurs non étatiques peuvent jouer un rôle important dans les différentes phases du régime ». Ces phases sont au nombre de trois. En premier lieu, un problème est repéré et est mis à l’ordre du jour au niveau international. Le but du régime sera formulé à cette étape. Nous pouvons affirmer que l’apartheid est mis à l’ordre du jour dans les relations internationales à partir de la fin des années 50 et ce, jusque dans les années 60. C’est à ce moment que la communauté internationale prend peu à peu conscience de l’apartheid en Afrique du Sud surtout avec le massacre de Sharpeville. Deuxièmement, la volonté de la communauté internationale de mettre fin à l’apartheid se manifeste concrètement dans les années 60 où tous les acteurs se mettent ensemble pour isoler l’Afrique du Sud : les entreprises transnationales, l’ONU, les ONG, les gouvernements, etc. Le régime anti-apartheid se crée pendant cette deuxième phase. Et, finalement, le régime est mis en œuvre pour résoudre le problème. Cette étape a commencé concrètement et plus intensivement dans les années 70 où les mesures contre l’apartheid se sont multipliées à travers le monde. Globalement, c’est grâce à la coalition et à la coopération de tous les acteurs, étatiques ou non étatiques, que le régime anti-apartheid a réussit ses objectifs : mettre fin à la ségrégation raciale en Afrique du Sud.


Limite des interventions du mouvement anti-apartheid
Une limite importante à exprimer est le couteau tranchant sur lequel était assis le mouvement mondial anti-apartheid. Le mouvement voulait surtout aider la population lésée de l’Afrique du Sud, soit la majorité noire. Pour les aider, la seule façon d’agir correspond à un moyen exogène, donc l’imposition de sanctions via les organisations internationales. Ces sanctions ont toujours des conséquences négatives qui touchent les populations. D’autant plus que les répercussions sont aussi géopolitiques, c’est-à-dire qu’elles vont souvent toucher l’économie et le bien-être des populations voisines. La question était alors : doit-on sanctionner l’apartheid et voir souffrir davantage la population ou doit-on laisser la majorité noire dans le marasme? Reste que les sanctions deviennent le meilleur moyen au centre pour obliger l’État sud-africain à cesser l’apartheid. En effet, personne ne voulait d’une attaque militaire et la simple voie diplomatique n’était pas suffisante. Lorsque certains gouvernements ont vu que les Noires d’Afrique du Sud étaient prêt à l’appauvrissement, au chômage et à de pires conditions économiques pour mettre fin à l’apartheid, ces pays ont décidé d’agir via les sanctions.
De plus, le mouvement anti-apartheid gagnait à se regrouper et à former un tout cohérent dans ses actions. C’est en effet lorsque toutes les parties (entreprises, États, organisations internationales, ONG) se sont mis ensemble pour lutter contre ce régime que l’Afrique du Sud a réfléchi sérieusement à une consolidation démocratique du pays. La division de ces groupes a affaibli l’impact que les mesures anti-apartheid adoptées ont eu sur l’Afrique du Sud ce qui a prolongé la durée du régime ségrégationniste.

CONCLUSION
La consolidation démocratique de l’Afrique du Sud s’est construite à long terme et un amalgame de facteurs a contribué à la chute de l’apartheid. D’abord, beaucoup d’acteurs ont joué différents rôles dans différents domaines politiques et économiques. En premier lieu, les gouvernements : les principaux sont ceux d’Afrique du Sud, d’Angleterre, des États-Unis et ceux d’Afrique. Les compagnies transnationales ont aussi joué un rôle, surtout celles exploitant les ressources minières et le pétrole. Les mouvements de libération nationale, soit l’ANC, le PAC et la SWAPO ont lutté contre le régime. Les ONG, autant nationales qu’internationales et plusieurs instances de l’ONU ont contribué à la chute de l’apartheid. Nous pouvons aussi remarquer que c’est par un effet en chaîne que l’ONU et des États tels que les États-Unis ont fait de sérieuses pressions sur l’Afrique du Sud. Par exemple, les ONG ont, par les moyens de communication, conscientisé la population mondiale qui, à leur tour, ont fait des pressions sur leur gouvernement et, ensuite, ces gouvernements ont fait des pressions avec et sans l’ONU contre le régime d’apartheid de Prétoria. Certes, nous ne pouvons attribuer la chute du régime seulement au mouvement mondial anti-apartheid, mais son influence est très importante et sans ces groupes, l’Afrique du Sud vivrait peut-être encore ce régime aujourd’hui. En effet, avant que le mouvement anti-apartheid ne commence leurs actions, les États étaient conscients du régime prévalant à Prétoria, mais aucune volonté politique n’existait vraiment. Ce n’est qu’à partir du moment que ces mouvements aient pris de l’ampleur que les sanctions et pressions ont réellement débutées.
Il est aussi important d’aborder le sujet des technologies de l’information et des communications dans l’expansion des idées du mouvement mondial anti-apartheid. C’est aussi lorsque les technologies étaient de plus en plus accessibles que les ONG, par exemple, ont pu faire circuler l’information sur le régime ségrégationniste prévalant à Prétoria et conscientiser la communauté internationale.
Comme vous pouvez le constater suite à la lecture de ce texte, le mouvement mondial anti-apartheid a joué un rôle important la consolidation démocratique de l’Afrique du Sud. Alors, avis aux désillusionnés de la politique, il est faux d’affirmer que la population nationale autant que mondiale n’a pas de pouvoirs. Bien au contraire, bien organisée et rassemblée, une masse de citoyens peut arriver à faire fléchir un gouvernement qui, à son tour, fera des pressions auprès des instances visées. Ce sont certes des actions à long terme, mais elles valent souvent la peine d’être tentées.

BIBLIOGRAPHIE
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Livres

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Barbier, Jean-Claude et Désouches, Olivier. Sanctionner l’apartheid : quatorze questions sur l’isolement de l’Afrique du Sud, Paris, Édition La Découverte, 1987, 194 pages.

Cordellie Serge, Didiot Béatrice, Netter Sarah, (sous la dir.). L’état du monde 2003 : annuaire économique géopolitique mondial, Montréal, La Découverte/Boréal, 2003, p.189.

Baylis, John et Smith, Steve. The globalization of world politics: an introduction to international relations, Oxford, Oxford University Press, 2005, 811 pages.

Macleod, Alex, Dufault, Evelyne et Dufour, F.Guillaume. Relations Internationales : Théories et concepts, Montréal, Athéna, 2004, 257 pages.

Moutout, Corinne. Défi sud-africain : De l’apartheid à la démocratie : un miracle fragile. Collection Monde, Éditions Autrement, Paris, 1997, p.32-33

Revues académiques

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Reddy, E.S. “Apartheid and the International Community”, Issue: A Journal of Opinion, vol. 4, no. 3 (1974), pp. 19-24.

Rodman, Kenneth A. “Public and Private Sanctions against South Africa”, Political Science Quartely, vol. 109, no. 2 (1994), pp. 313-334.

Stultz, Newell M. “Evolution of the United Nations Anti-Apartheid Regime”, Human Rights Quartely, Vol. 13, no. 1 (1991), pp. 1-23.

Publications internationales

Boutros-Ghali, Boutros. The United Nations and apartheid, New York, United Nations, 1994, 565 pages.

Internet

African National congress, International boycott of apartheid sport, [En ligne] Adresse URL: http://www.anc.org.za/ancdocs/history/aam/abdul-2.html (Page consultée le 8 novembre 2006)

Bibliothèque du Parlement. Les sanctions : l’arme économique dans le nouvel ordre mondial, [En ligne]. Adresse URL : http://www.parl.gc.ca/information/library/PRBpubs/bp346-f.htm#C.%20Sanctionstxt (page consultée le 2 novembre 2006).

Par Laurie Duguay
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Influence du mvt anti-apartheid sur l'Afrique du Sud av. 94

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