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 les 35 heures

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mihou
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Localisation : Washington D.C.
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30082006
Messageles 35 heures

Non seulement la réduction de la durée du travail a offert du temps libre aux salariés, mais elle a aussi légitimé un certain droit à la paresse. Enquête sur une révolution

«Le travail n'est plus un marqueur social»

L'avis de Xavier Charpentier, patron du planning stratégique chez Publicis

Le travail est désacralisé. Il ne définit plus l'homme en tant qu'individu social. Désormais, la manière dont chacun occupe son temps libre paraît plus déterminante: répondre à la traditionnelle question du lundi «Qu'est-ce que tu as fait ce week-end?» distingue autant que le métier. Celui qui aura passé son dimanche devant la télévision n'est pas le même que celui qui aura fait une randonnée en VTT avec ses enfants. Il s'agit d'un vrai changement de civilisation. Ce qui rend l'autre intéressant, selon un consensus tacite, c'est aussi - surtout? - ce qu'il fait en dehors de son travail. Certes, la notion de temps libre n'est pas nouvelle dans l'Histoire. Sous l'Ancien Régime, il y avait déjà beaucoup de jours chômés, qui correspondaient aux fêtes religieuses. Mais ce temps vacant était collectif et, en un sens, normé. Aujourd'hui, individualisé et utilisé librement, il devient un nouveau marqueur social. Ainsi, les 35 heures sont le symptôme d'une révolution des mentalités. Elles répondent à une nouvelle aspiration: avoir plus de temps libre pour mieux se définir. Et les politiques comme les publicitaires doivent prendre en compte cette nouvelle donne.

Leurs idoles? Gaston Lagaffe, The Dude (héros lymphatique de l'un des films cultes des frères Coen), Dilbert, le chanteur Antoine. «Le Père Noël n'est pas mal non plus dans le genre, s'amuse Grégori, 27 ans. Travailler un jour par an et réussir à garder son job, c'est très fort!» Clin d'œil vers l'ami François et les deux cofondateurs du site Internet Gaf.free.fr - comprenez: Glande à fond.free.fr - partent d'un éclat de rire. Ils peuvent. Webdesigners à Paris, ces deux hédonistes amateurs sont devenus, en l'espace de deux ans, une véritable référence en matière d'oisiveté professionnelle.

Par le seul bouche-à-oreille, près de 200 000 internautes se sont déjà connectés au site. «Près des trois quarts du contenu sont l'oeuvre de contributions extérieures», souligne fièrement François. A croire que le thème est porteur.

«Le travail n'est plus la grande idéologie ni un impératif catégorique, confirme Michel Maffesoli, professeur de sociologie à la Sorbonne et auteur de L'Instant éternel (Denoël). Depuis les années 1960, on est passé du "Tu dois travailler" à "Il le faut bien". Aujourd'hui, les gens travaillent, mais ils relativisent, et cherchent à côté d'autres éléments de réalisation de soi.» Portée par la croissance, les 35 heures et une sorte de souffle libertaire qui les accompagne, la vague des revendications grossit à vue d'œil. Après les pompiers et les convoyeurs de fonds en septembre, les policiers, gendarmes, boulangers, buralistes et infirmières en novembre, les médecins et les enseignants défilent à leur tour pour exiger l'amélioration de leurs conditions de travail. Et le virus paraît coriace... Même les inspecteurs du travail - en Alsace, notamment - s'y mettent, et militent pour une application plus avantageuse des 35 heures!

«Les salariés redécouvrent qu'il y a une vie en dehors du travail, analyse Dominique Vastel, directeur de Sociovision-Cofremca. On est revenu des excès des années 1980, la crise est passée par-là, et, avec elle, les licenciements massifs. Aujourd'hui, l'argent est moins une fin en soi et de plus en plus un moyen. Le travail, le salaire, les promotions restent des éléments importants, mais ils passent derrière la qualité de vie et l'épanouissement personnel.»

© J.-P. Couderc/L'Express

Sabine Fouquet,
33 ans, intérimaire.
«Si le boulot
ne me plaît pas,
je plaque tout!»

A bas les postes à responsabilité, les CDI-prisons, les discours sur la vocation ou l'esprit d'entreprise! Interrogés par Ipsos au printemps 2001, 54% des Français affirment préférer gagner moins, mais avoir plus de temps libre. Conséquence de la crise, mais aussi des débordements boursiers et des plans sociaux à répétition, ils se mettent à penser d'abord à eux-mêmes. Quitte à sacrifier au rituel du plan de carrière. A peine entrés dans la vie active, de jeunes embauchés exigent un droit de regard sur leurs horaires et projettent des voyages au bout du monde. D'autres salariés, plus âgés, exigent du temps pour leur famille et disparaissent entre deux réunions pour s'offrir un brin de shopping. Quand ils ne rêvent pas de préretraite à peine passé le cap de la cinquantaine. Tous, jeunes ou seniors, cadres, saisonniers ou employés, semblent s'être donné le mot: relâche! Une révolution pour la société française... et un bouleversement pour le monde du travail.

Astrid et Frédéric ne cachent pas leur excitation. Plantés au beau milieu de leurs 30 mètres carrés parisiens, ils contemplent, sans se lasser, les centaines de photos prises au cours de leur périple de six mois autour du monde. «Nous avons décidé de partir sur un coup de tête, avoue Frédéric. Astrid venait de quitter son boulot, elle voulait voyager avant de chercher autre chose. J'ai demandé un congé sabbatique pour l'accompagner.» Diplômé d'HEC, Frédéric était pourtant consultant dans un prestigieux cabinet anglo-saxon depuis trois ans. Et un employé modèle. «Mes supérieurs se sont sans doute montrés d'autant plus compréhensifs», reconnaît-il. Astrid sourit. Elle repart dans deux mois en mission, humanitaire cette fois... «La vie est trop courte pour ne pas en profiter!», lance-t-elle.

La préretraite: un droit revendiqué
«Les jeunes ont grandi dans la crise et mettent désormais le plaisir au centre de leur vie au travail, analyse Dominique Vastel. Ils veulent participer à la définition des règles de l'entreprise.» Une soif de liberté qui explique largement le succès des césures professionnelles. L'association Aventure du bout du monde, créée il y a treize ans, rassemble ainsi, aujourd'hui, plus de 4 500 aficionados. «Informaticiens, instituteurs, membres des professions médicales, le plus souvent trentenaires, nos adhérents profitent à plein des dispositifs existants pour libérer leur temps», observe Didier Jehanno, l'un des fondateurs de l'association. Compte épargne-temps, congé sabbatique, congé solidaire, tout est bon pour s'offrir un brin d'exotisme. L'association ne s'en plaint pas, qui table sur une croissance annuelle de 10% de ses effectifs...

© J.-P. Couderc/L'Express

Bruno Marzloff,
sociologue et directeur
du groupe Chronos.
«Face à la crise, les employeurs ont inventé la flexibilité. Les salariés
les prennent au mot»

D'après un récent sondage Ifop, plus du tiers des salariés âgés de 18 à 40 ans pensent changer d'employeur dans les deux ou trois ans à venir. Et - pourquoi pas? - s'offrir, au passage, le temps de respirer. Selon une enquête CSA réalisée en avril 2000, 80% des jeunes se verraient bien alterner des périodes de travail et de formation, et 83% attendent du travail qu'il leur «permette d'avoir une vie à côté». Tous avancent ce besoin d'équilibre en tête de leurs préoccupations. Pour Jean-Pierre, ancien directeur des ressources humaines d'une compagnie aérienne, la révolution culturelle est flagrante: «Il y a encore dix ans, affirme-t-il, les jeunes embauchés étaient prêts à tout pour grimper dans la hiérarchie. A présent, ils s'inquiètent en premier lieu des conditions de travail, des congés et des horaires. Si quelque chose ne leur convient pas, ils partent sans demander leur reste!» Et, une fois n'est pas coutume, leurs aînés suivent l'exemple. Après trente ans de bons et loyaux services, lui-même n'a pas résisté à l'appel de la retraite anticipée. «J'adorais mon métier, mais je me sens encore jeune. J'ai envie de profiter de la vie à plein temps», confie-t-il dans un sourire.

«On observe des comportements nouveaux depuis deux ou trois ans chez les cadres, note Jacky Châtelain, directeur général de l'Apec. Ils ne croient plus à l'entreprise-famille, à l'existence d'une carrière toute tracée, mais veulent, au contraire, une relation donnant-donnant avec leur employeur.» Et ce, quel que soit leur âge. A 62 ans, Gérard Lauzel a déjà quatre années de vacances à son actif, et toujours un projet en cours. «Après trente ans passés dans la même entreprise, je savoure!» lance-t-il. Comme lui, entre 460 000 et 500 000 salariés profitent allègrement de leur repos anticipé. Hier sanction économique, la préretraite est devenue un droit revendiqué par tous. Et une nouvelle source d'épanouissement.

Les employeurs n'ont qu'à bien se tenir. Dans sa PME du Vaucluse, Fayçal Chekhar a beaucoup de mal à tenir ses 49 salariés. Son entreprise, sous-traitant automobile, est passée aux 35 heures annualisées en 1997, sous la loi Robien. Et en 1998, l'absentéisme record des ouvriers en période de pointe lui a fait perdre plus de trente jours de production. «14% des effectifs manquaient à l'appel, trois fois plus qu'en temps normal», raconte-t-il. Pour remotiver ses troupes, il a pourtant tout essayé! Jusqu'à fixer la prime de fin d'année au prorata des jours d'arrêt de travail. En vain. Avec ou sans prime, il ne trouve personne pour accepter de travailler le samedi après-midi. Pis, tous ses employés souhaitent revenir à une semaine de cinq jours.

Et pour cause. D'après une récente enquête Cofremca (publiée en 2000), près des trois quarts des salariés estiment que leurs intérêts et ceux de l'entreprise divergent. «Le divorce est consommé! lance Guy Groux, directeur de recherche au Cevipof. Le travail n'est plus la valeur essentielle de la société, les individus se retirent vers la sphère privée.» 35 heures ou pas, la tendance paraît irréversible. Les salariés ne se contentent pas de RTT de façade, pourvoyeuse de stress et de nouvelles contraintes. Ils veulent du temps libre, du vrai.

A chacun sa manière. A 33 ans, Sabine, mère de deux jeunes enfants, est inscrite chez Manpower depuis plus de trois ans. Et revendique son choix de vie. «Dans l'intérim, on garde toujours une porte ouverte, rien ne nous lie vraiment à l'entreprise; si une mission se passe mal, on peut toujours la quitter et en prendre une autre.» Embauchée comme intérimaire chez Monoprix en octobre 2000, elle a finalement accepté le poste en CDI offert par l'entreprise. Mais prévient tout de suite: «Pas question de me mettre le fil à la patte. Si le boulot ne me plaît pas, je plaque tout; je ne veux pas sacrifier ma vie personnelle!»

Un nouveau concept: les «baladeurs»
Pour la même raison, Danielle a choisi, elle, de quitter définitivement le confort du salariat. Après douze années passées au sein du même service de comptabilité d'une grande entreprise en région parisienne, elle a donné sa démission il y a bientôt un an. A 52 ans. «Je regardais les annonces régulièrement, j'ai vu qu'il y avait beaucoup d'offres correspondant à mon profil. J'ai déposé une candidature spontanée auprès de Manpower Cadres», raconte-t-elle. Sans l'ombre d'un regret. «Je gagne moins, admet-elle, mais je vis beaucoup mieux! Je peux prendre du recul sur ce que je fais, je travaille à court terme. Finalement, je dors mieux la nuit, et je suis toujours curieuse de savoir ce que l'avenir me réserve...»

© J.-P. Couderc/L'Express

Pascale Reisser,
23 ans, infirmière.
«Des vacances quand bon me semble»

Ou comment rompre efficacement avec le syndrome du cadrus interruptus. L'expression est d'Yves Lasfargues, directeur des études au Crefac, un centre de formation permanente. «Aujourd'hui, un cadre reçoit un message toutes les trois minutes et quitte le bureau sans avoir l'impression d'avoir eu le temps de faire quoi que ce soit», constate-t-il. Autant dire que la déprime le guette. Ses besoins de respiration sont à la mesure de sa fatigue et de son stress. «Les revendications autour d'un droit à la coupure et à l'isolement vont aller en augmentant, prédit l'expert. Pour tous les salariés, la vraie demande est celle d'un équilibre. Ils veulent maîtriser leur temps.» En l'espace d'un siècle et demi, la durée annuelle légale de travail est certes passée de 3 000 à 1 600 heures. Mais le rapport au temps, aussi, s'est profondément modifié. «La sonnerie d'usine ne rythme plus les horaires de nos vies, rappelle Bruno Marzloff, sociologue et directeur du groupe Chronos. Pour faire face à la crise économique, les employeurs ont inventé la flexibilité. Maintenant que la croissance est revenue, les salariés les prennent au mot.» Et une nouvelle catégorie d'individus émerge, qui grossit à vue d'œil: les «baladeurs». Le concept est nouveau, mais s'appliquerait déjà, selon lui, à près de 20% de la population active. «Il y a seulement dix-huit mois, il concernait à peine 11% des actifs», constate-t-il. Féminins à 60% - «Les femmes sont plus habituées à la polyvalence que les hommes» - les baladeurs travaillent chez eux, voire en vacances, mais sont aussi capables de s'absenter du bureau pour faire leurs courses ou passer à la crèche. Le plus souvent hyperactifs, ils utilisent le téléphone portable et Internet comme autant d'outils de liberté. Et ne sont obsédés que par une chose: maîtriser leur temps.

«Dans la nouvelle économie, les salariés se comportent comme des clients»

Institutrices en classe de CP dans la banlieue sud parisienne, Sylvie et Anne-Marie en ont fait la pénible expérience. «En mai 2001, nous avons découvert une nouvelle mode: l'école à la carte! lance Sylvie. Les parents qui font le pont prennent parfois une semaine de vacances entre deux week-ends, et n'hésitent pas à emmener leurs enfants avec eux.» Pour garder ses élèves à niveau, elle a dû leur donner des cours de rattrapage pendant les heures de récréation et de déjeuner. Anne-Marie enrage: «Les parents font passer les loisirs avant le travail scolaire!»

«Les gens assument la paresse»
A 23 ans, frais émoulu de l'Essec, Antoine Richard n'aurait sans doute pas renié ce type d'éducation. Etudiant, il s'offrait au minimum six mois de break par an, «pour préserver [son] équilibre», explique-t-il sans rire. A l'approche de l'entrée dans la vie active, il n'a pas hésité une seconde à s'embarquer huit mois... dans un tour du monde à vélo. Pour autant, sorti de l'Essec en juin 2001, l'idée de se mettre au boulot ne le désarçonne pas. Mieux, il a choisi de postuler un emploi dans le conseil, mais pose d'emblée ses conditions: travailler un trimestre sur deux. Utopique? Apparemment non, car deux cabinets lui ont déjà proposé un entretien. En connaissance de cause.

_________________
Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa
Ma devise:
se SURPASSER ,ne JAMAIS ABDIQUER,TOUJOURS RESTER HUMBLE
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les 35 heures :: Commentaires

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Re: les 35 heures
Message le Mer 30 Aoû - 1:22 par mihou
«Les salariés se comportent comme des clients, observe Olivier Lanusse-Cazalé, patron d'Aressy & Associés. Dans ce sens, la nouvelle génération montre une liberté de pensée et d'action particulièrement grande.» Sans doute parce qu'elle en a les moyens. Les chiffres de l'Apec sont formels: alors qu'en 1995 42% des cadres craignaient de perdre leur emploi, en 2001, ils n'étaient plus que 17%! Et cette année encore, en dépit de toutes les prévisions de ralentissement économique, l'optimisme reste de mise. «Les jeunes diplômés, tout particulièrement, n'ont pas peur du chômage, confirme Jacky Châtelain. Ils savent qu'ils sont en situation de force pour négocier avec leurs employeurs.»

«Les jeunes désertent Disneyland.
Ils n'acceptent plus de travailler dans n'importe quelles conditions»

Ils ne sont pas les seuls. Profitant des pénuries de main-d'oeuvre, les moins qualifiés, eux aussi, veulent vivre mieux. Après le salaire, les horaires deviennent à leur tour un véritable enjeu de négociation. Syndicaliste Unsa à Disneyland Paris, Patrick Maldidier a ainsi vu 3 000 salariés en contrat longue durée démissionner l'année dernière. «Les jeunes désertent, car ils n'acceptent plus de travailler dans n'importe quelles conditions», affirme-t-il. Jugés trop pénibles, les métiers de l'hôtellerie et de la restauration souffrent aussi largement de leur mauvaise réputation. Chez Pizza Hut, par exemple, où la direction a dû accepter d'alléger les horaires de ses employés pour endiguer l'explosion de leur turnover. Prêtre ouvrier à Lourdes, Jean-Pierre Houillon n'en revient pas: «De plus en plus de saisonniers quittent leur petit boulot pour aller travailler dans des entreprises passées aux 35 heures!» Et d'évoquer l'un d'eux, «saisonnier depuis plus de seize ans dans un hôtel de Lourdes», devenu carreleur à Tarbes faute d'amélioration de ses conditions de travail.

«Les 35 heures sont une exception française, observe Xavier Timbeau, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques. Au moment où l'économie repartait, dans beaucoup de pays, Etats-Unis en tête, les salariés ont cherché à gagner plus d'argent; en France, on a utilisé la croissance pour augmenter le temps libre.» Présentées comme une solution au chômage, les 35 heures sont ainsi devenues le symbole d'un nouveau rapport au travail.

Les entreprises le savent, qui se plient toujours davantage aux exigences de leurs salariés. Souvenez-vous, le souffle contestataire de l'esprit «start-up» ... Importé des Etats-Unis par nos net-entrepreneurs, le casual friday (tenue décontractée du vendredi) s'est imposé dans la quasi-totalité des banques et des sociétés de conseil en moins de deux ans. Les 35 heures ensuite, et l'appétit des salariés pour les courts séjours, ont obligé les entreprises à réorganiser leurs plannings. Et voilà maintenant que les Français veulent s'épanouir au travail... «Les employeurs se font de moins en moins d'illusions, assure Jean-Paul Vermès, de la chambre de commerce et d'industrie de Paris. Pour obtenir un maximum de productivité de leurs salariés, ils n'hésitent plus à leur offrir des salles de sport, des formations, tout ce qui peut leur donner le sentiment de s'enrichir sur le plan personnel.»
Certains font preuve d'une créativité remarquable. Chez Bouygues Telecom, par exemple, la direction a ouvert, il y a tout juste un an, un «espace ressources», sorte de monde parallèle dans lequel les salariés du groupe sont censés tout faire, sauf travailler! Parmi les 63 thèmes proposés, on y trouve, pêle-mêle, des cours de secourisme, de création de site Web, mais aussi un «accompagnement de la grossesse» et un «atelier du rire» ... Nul doute que la formule séduit: en quelques mois, 1 000 personnes se sont déjà inscrites.

Du coup, tout le monde s'y met. Lavage de voitures chez L'Oréal, garde d'enfants à la mairie de Paris, coursiers chez Ernst & Young, pressing chez Cisco, salle de sport chez Spray, depuis quelque temps, les entreprises rivalisent d'ingéniosité pour fidéliser des salariés de plus en plus volages. Curieux métier que celui de patron, cependant. Alors qu'ils tentent désespérément de remotiver leurs équipes en interne, en externe, leurs discours marketing chantent les louanges de l'hédonisme moderne. Prenez le temps d'aller vite (SNCF); Faites provision de temps libre (Telemarket); En attendant de travailler moins au bureau, travaillez moins pendant les vacances (Monoprix) ... Jusqu'à cet hérétique slogan Je suis paresseux, oui, et alors?, étalé sur tous les murs par Houra.fr! «Aujourd'hui, l'épanouissement passe non plus par le travail, mais par l'accomplissement personnel», entonne Xavier Royaux, responsable commercial chez Jean & Montmarin. Lui-même a travaillé au lancement publicitaire du site Houra.fr, et ne boude pas son plaisir: «Les gens assument la paresse. Prendre le temps de vivre est dans l'air du temps. Et c'est devenu possible grâce à la réduction du temps de travail.»

Une révolution des mentalités
Jugez plutôt! A peine les derniers vacanciers ont-ils rejoint leurs pénates qu'ils commencent déjà le décompte de leurs jours de RTT. S'ils s'organisent bien, ils pourront peut-être, après les vacances de février, repartir une petite semaine en avril, poser un long week-end en mai, avant de reprendre, enfin!, des vacances cet été... Sans attendre, certains s'offrent déjà une thalasso - en 1999, 247 000 séjours ont été vendus, 100 000 de plus qu'en 1992 - courent au Gymnase Club - les inscriptions ont progressé de 10% l'année dernière - ou se passent, en boucle, le fameux disque de Pink Martini Je ne veux pas travailler...

Loisirs, paresse et volupté... On se penche sur soi, avec l'aide des grands philosophes. De la tranquillité de l'âme, l'ouvrage de Sénèque réédité en 1991 par la maison Rivages, rencontre un succès inédit. Il s'est déjà vendu à plus de 20 000 exemplaires. C'est beaucoup moins que le score atteint par les auteurs de L'Estime de soi (Odile Jacob) - 200 000 exemplaires - mais assez complémentaire... Les temps changent! Interrogés par Euro RSCG Communicance, 46% des Français déclarent avoir acheté plus de livres et de disques en 2001 qu'en 2000. La Fnac a vu ses ventes progresser de 25% en 2000. Côté bricolage, les dépenses n'ont jamais été si fortes. Castorama enregistre une hausse de 6% de la fréquentation de ses magasins le vendredi soir. Quant à ses ateliers gratuits du samedi matin, ils affichent complet. Ils ne sont pas les seuls. Le Centre national du cinéma a ainsi dénombré 58 millions de visiteurs dans les salles entre janvier et mai 2001, soit 24% de plus qu'en 2000. A quoi il faut ajouter le succès de l'outdoor - les activités en plein air - en hausse de 15% cette année, des salles de sport et du shopping à prix cassés. Selon un sondage Ifop, 22% des Français ont posé un jour de RTT pour profiter des soldes d'été...

«Il suffit qu'il fasse mauvais pendant plusieurs jours pour que nos réservations augmentent, constate, sans déplaisir, Jacques Maillot, fondateur et président de Nouvelles Frontières. J'ai vu des vols sur Venise, Barcelone ou New York à moitié vides se remplir à quelques jours du décollage. Ou encore des gens, arrivés sans réservation avec leur sac de voyage devant le comptoir Nouvelles Frontières à Orly, s'envoler pour le Sénégal le samedi soir!» Ancien secrétaire du comité d'entreprise de la Banque de France, Jacques Monnet note déjà «une multiplication par 4 des demandes de week-ends prolongés dans les capitales européennes depuis deux ans». Pourtant, la Banque de France n'est pas encore passée aux 35 heures. «Les salariés suivent l'exemple de leur conjoint ou de leurs amis, explique-t-il. Quitte à empiéter sur leurs vacances d'été, ils préfèrent, eux aussi, partir plus souvent pendant l'année.»

Militant de la semaine de quatre jours, et accessoirement candidat à la prochaine élection présidentielle, Pierre Larrouturou ne cache pas sa satisfaction devant une telle révolution des mentalités. «Actuellement, tout le monde revendique le droit de pouvoir travailler moins, même les plus passionnés par leur métier, observe-t-il. On voit des médecins, des militaires, des agriculteurs demander les 35 heures!» Et pour cause. A force d'entendre parler des bienfaits du temps libre, certains se disent qu'ils auraient tort de s'en priver. Tels Yves et Françoise Guyot, tous deux agriculteurs, initiés aux vacances par un couple d'amis. «Avant, nous ne savions pas ce que c'était. Et maintenant, nous n'envisageons même plus de nous en passer!», lancent-ils.

Pascale Reisser respire. A 23 ans, tout juste diplômée d'une école d'infirmières, cette jeune femme a décidé de plaquer sa carrière hospitalière pour «prendre des vacances quand bon [lui] semble». Après six mois passés dans le service de réanimation de l'hôpital André-Mignot, à Versailles, elle a choisi de démissionner pour s'inscrire dans une agence d'intérim. «Mon service était difficile, avec des pathologies lourdes, explique-t-elle. L'ambiance était tendue, et, surtout, les horaires fixes, trop fixes... Au début, c'était rassurant pour une débutante comme moi, mais, très vite, j'ai trouvé cela trop oppressant, je manquais de liberté.»

«Aujourd'hui, la notion de souffrance au travail touche toutes les catégories sociales, note Guy Groux. En cela, le débat sur le harcèlement moral est très révélateur.» Plus que jamais, les Français attendent de leur employeur qu'il n'entrave pas leur épanouissement personnel. Quitte à lui forcer la main en profitant de certains acquis sociaux... Dans son dernier rapport sur les dépenses de la Sécurité sociale, la Cour des comptes chiffrait à 4 milliards d'euros le montant des indemnités journalières remboursées par le régime général en 1999, soit 460 millions de plus qu'en 1997. Guy Groux ne s'en étonne guère: «Les salariés veulent profiter de la croissance, des 35 heures, et rejettent toute forme de contrainte économique. Dès lors qu'ils s'estiment lésés, ils n'hésitent plus à compenser d'eux-mêmes leur manque d'autonomie.» Décidément, si la fin du travail n'est pas pour demain, sa remise en question, elle, n'a jamais été si forte.
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Re: les 35 heures
Message le Mer 30 Aoû - 1:22 par mihou
Employees' new motto: Trust no one

By Stephanie Armour, USA TODAY

After being laid off six months ago from his job as a product manager at a telecom firm, Tim Kusner has been looking for a new employer. But this time, he's looking for more than good pay and promotional opportunities.

Switching for safety

More laid-off workers dive into new, safer careers



He's looking for a company he can trust.

The Enron scandal is eroding the faith that workers place in our nation's business institutions. People who had never heard of the energy giant before it collapsed are suddenly looking at their own employers and wondering whether they could face similar risks.

Layoffs have already shattered employees' sense of security. Arthur Andersen has admitted to destroying auditing records. And dozens of companies — from Polaroid to IBM to Cisco Systems — have canceled severance, halted health benefits, withdrawn job offers, changed pension plans or issued misleading audit reports.

"Executives are looking out for the good of major shareholders, not employees," says Kusner, 33, in Denver. "It's hurt trust. People who lived through the Depression are frugal. This could have the same kind of lasting attitude change."

The breakdown is having ramifications. Anxious employees are swamping financial counselors to learn about protecting themselves from worst-case scenarios. They're negotiating severance and outplacement help before they take a job, taking new steps to provide their own golden parachutes. And they're watching CEOs with a wary eye, putting top executives on the hot seat and demanding more communication from their companies.

The distrust is widespread. Only 10% of adults surveyed think corporations can be trusted a great deal to look out for the interests of their employees, according to a USA TODAY/CNN/Gallup poll.

For companies, this is more than mere inconvenience. This goes to the bottom line. Employers who fail to restore workers' faith risk costly defections: Studies show lack of trust is a top reason employees quit. That's troubling news to companies now dogged by accusations of impropriety, because the breakdown of trust is making it tough to keep and retain top talent just when it's needed most.

Case in point: Arthur Andersen. Already, recruiters are approaching employees, and workers at the accounting firm are asking on online chat boards whether they should leave.

The dismantling of trust could be short-lived, but some fear the accounting scandals and massive layoffs have left workers embracing a new and lasting motto: Trust no one.

Says Kevin Rozsa, 38, a Cleveland-based marketing vice president for automotive parts distributor Transtar Industries: "People stake their livelihoods on public corporations like Enron. Anytime something reaches this kind of magnitude, it will make people wonder about trust."

And consider Sherri Saunders, who lost nearly $1 million in retirement funds when Enron blocked employees from selling stock as company finances faltered. She'd worked as a senior administrative assistant at the company for 24 years. Enron executives have been accused of misleading workers about the company's financial woes.

"What a fool. I feel like I was such a fool," says Saunders, 54, of Houston, who was laid off and is looking for a job. "It's going to be hard to go to work for a big company and have the CEO say, 'We're doing great.' I've been down that road before. I'm still reeling."

Breakdown of trust

This is personal. Workers are looking at their own companies, their own executives and their own corporate directors. Increasingly, they don't like what they see.

Nearly 50% say corporations can be trusted only a little or not at all to look out for the interests of their employees, according to the USA TODAY/CNN/Gallup survey.

And while more than 50% of those answering the survey believe top executives at American companies are interested in doing a good job for their corporations, more than 40% say executives are only interested in looking out for themselves — even if it harms the corporation they work for.

The impact is widespread:

Employees are scrutinizing their own firms. Management experts say workers will become less naïve about their own company's finances and missions after the harrowing Enron headlines. More will ask questions and cast a critical eye on their own CEOs.
"Corporate greed has never been seen on a scale that we're seeing now," says Mike Olson, CEO of Washington, D.C.-based American Society of Association Executives, which promotes voluntary associations. "Employees are going to ask more questions and become more involved in learning about their companies' finances. Companies are going to have to deal with that or find themselves at the end of the line."

Workers are worried about their own finances. Reports of retirees taking hits to their 401(k) plans or losing severance packages have employees trying to determine — and reduce — their risks. It's a seismic shift from the dot-com heyday, when the focus was on which company would offer the potential for fast riches. Now it's all about which will guarantee safety.
And job seekers are protecting themselves: More than 60% of job hunters say it's important to negotiate severance agreements upfront, according to online recruiting service TrueCareers. Forty percent already research severance and outplacement assistance before talking to a company about a job.

Workers concerned about their own financial security in light of Enron are swamping advisers and counselors with questions. ComPsych, a Chicago-based employee-assistance provider, has seen a 35% jump in calls the past three months from workers citing financial issues as a source of stress.

"It's changed how I look at things. I thought of my 401(k) as something that I just had. I never really thought it could be in jeopardy," says Darren Mowry, 27, a project manager in Bethesda, Md. "None of us really do enough research. We just take it for granted. This shows us the big companies aren't always the safe choice."

Wary workers are leaving companies or considering finding safer havens.
Turnover triggered by a lack of trust is a risk many employers underestimate. Only 3% of human resource professionals selected lack of trust as one of the top five reasons employees leave, according to a 2001 survey by human resources consulting firm Development Dimensions International. But employees rank lack of trust as one of the top five reasons that they leave.

"Employees are questioning leadership," says Jeffrey Christian, CEO of Cleveland-based executive search firm Christian & Timbers. "It's very scary. Employees don't want to work for leaders who put their own personal agenda first. They leave."

Some take action

One side effect of the trust meltdown: More workers are suing employers for claims that basically amount to a breach of trust.

A coalition of more than 400 current and former Enron employees filed a lawsuit in Houston hoping to recover losses in their 401(k) plan. They say executives urged them to invest in the company while concealing its financial woes, and they say they were unfairly barred from trading during the change of the firm's 401(k) plan administration.

Employees last year filed a lawsuit against Lucent. They say the company was aware of financial problems that made its stock inappropriate for 401(k) savings plans.

Former Polaroid workers have taken legal action to block the firm's initial plan to give millions of dollars in retention bonuses to executives. They're also hoping to restore health benefit subsidies and severance payments that the company halted when it filed for bankruptcy protection in October.

"Corporations don't care at all," says Karl Farmer, a former Polaroid manager in Hampstead, N.H., who helped initiate the legal action to restore some benefits. "It comes down to greed. It's just so sad."

But the news is not all grim. Workers may not trust Corporate America, but they don't believe they're being lied to personally. Fifty percent of respondents have a lot of trust in their company's promises to them and other employees, according to the USA TODAY/CNN/Gallup poll.

That's up from an August 1989 CNN/Time poll that found 43% had such faith.

Refocusing on trust

Some management experts say they're not surprised by the doubt in America's business institutions. They say it may not even be such a bad thing.

Workers are becoming savvier about their own finances, their companies' finances and their need to buffer themselves against shifting financial fortunes.

Companies could benefit, too, they say, because employers will have to focus on trust by communicating more and accepting more questioning from workers. Leaders will have to pass harsher scrutiny. The role of the CEO will become even more important, they say, for projecting an image of honesty.

But if the current trend continues, some new critics of big business say, more will be lost than gained.

"We all know about Enron. How many other funny balance sheets are out there? Who do I start believing?" says Jack Kahl, who retired from his job as CEO of Manco, an Avon, Ohio, adhesive manufacturer. "It's made us all look over our shoulders and wonder who you can trust. The whole free enterprise system is built on trust. We're getting further away from the ideals that built this country."

Pat Scarborough of Houston lost about $30,000 in stock value when Enron collapsed. But the former furniture buyer, who was with the company for about seven years, says she had diversified early on, moving funds and exercising options. Her caution kept her from losing more — a lesson she says may benefit other workers.

"Don't just believe what the company says, but read what the analysts are saying. Go to a financial consultant and learn what your money is doing," Scarborough, 57, says.

Like a number of other former Enron workers, Scarborough says her sense of faith in large institutions is so frayed that she wants to work in other industries or smaller companies. Perhaps that will give her better access to top executives, she says, and a better inkling as to what's really going on.

"I've had it with Corporate America," she says
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