MONDE-HISTOIRE-CULTURE GENERALE

Ce Forum MONDE-HISTOIRE-CULTURE GENERALE est lieu d'échange, d'apprentissage et d'ouverture sur le monde.IL EXISTE MILLE MANIERES DE MENTIR, MAIS UNE SEULE DE DIRE LA VERITE.
 
AccueilAccueil  PortailPortail  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  
Derniers sujets
Marque-page social
Marque-page social Digg  Marque-page social Delicious  Marque-page social Reddit  Marque-page social Stumbleupon  Marque-page social Slashdot  Marque-page social Yahoo  Marque-page social Google  Marque-page social Blinklist  Marque-page social Blogmarks  Marque-page social Technorati  

Conservez et partagez l'adresse de MONDE-HISTOIRE-CULTURE GENERALE sur votre site de social bookmarking
MON BLOGUE-MY BLOG
QUOI DE NEUF SUR NOTRE PLANETE
 
LA FRANCE NON RECONNAISSANTE
Ephémerides

Partagez | 
 

 Guerre en Orient ou paix en Méditerranée ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
mihou
Rang: Administrateur
avatar

Nombre de messages : 8069
Localisation : Washington D.C.
Date d'inscription : 28/05/2005

23082006
MessageGuerre en Orient ou paix en Méditerranée ?

Point de vue
Guerre en Orient ou paix en Méditerranée ? par Etienne Balibar et Jean-Marc Lévy-Leblond
LE MONDE | 18.08.06 | 12h40 • Mis à jour le 18.08.06 | 12h45

'origine d'un Etat ne détermine pas son destin, elle est toujours ouverte à plusieurs histoires, même si certaines – compte tenu

des circonstances – paraissent après-coup plus probables que d'autres. Il arrive pourtant que l'accumulation des événements,

leur interprétation dominante, les décisions prises (ou éludées) année après année, le jeu des intérêts et des idéologies qu'ils

cristallisent, dessinent comme une tragique fatalité. Il faut alors un prodigieux effort d'imagination, soutenu par l'énergie

du désespoir, pour concevoir une autre issue que la catastrophe.

L'Etat d'Israël est issu de la conjonction de deux mouvements caractéristiques du XIXe siècle portés à l'extrême par le XXe,

avec des inflexions propres : le nationalisme, dont relevait typiquement le sionisme initial, projet politique et culturel d'une

partie des populations juives opprimées de l'Europe centrale et orientale, et le colonialisme européen, grâce auquel ont pu

s'implanter en Palestine des communautés de pionniers, combinant l'utopie socialiste égalitaire avec le rêve messianique du

"retour" sur la terre de la Bible. Ces communautés de juifs sionistes (formant ensemble le Yishouv) et la direction politique

dont elles se dotèrent devinrent alors une pièce du "grand jeu" que l'Empire britannique menait dans le monde arabe,

favorisant alternativement différentes ethnies, dynasties et religions pour dominer cette région stratégique et ses immenses

ressources pétrolières. La déclaration Balfour de 1917, promettant l'établissement en Palestine d'un "foyer national pour le

peuple juif", constitua un moment de cette politique, dont les sionistes furent parmi d'autres les instruments, mais qu'ils

surent aussi utiliser à leurs propres fins.

On ne saurait cependant s'en tenir là pour comprendre les problèmes que posent aujourd'hui l'existence et la politique

d'Israël, et d'abord à ses propres citoyens. Tout bascula avec la seconde guerre mondiale : elle entraîna l'affaiblissement

de l'empire britannique et précipita en Palestine des centaines de milliers de rescapés de l'extermination nazie. Ce qui

conféra à l'Etat d'Israël institué par le "partage" de 1947 une nouvelle légitimité morale, sanctionnée par la reconnaissance

internationale presque unanime et l'admission aux Nations unies. Il n'en reste pas moins que l'Etat qui se proclama lui-même

"Etatjuif" (en dépit de la présence en son sein d'une forte minorité arabe musulmane et chrétienne) et s'assigna pour mission

de rassembler sur son sol le plus grand nombre possible des juifs religieux ou laïques du monde entier (immigrants de fraîche

date ou assimilés depuis longtemps dans leurs pays respectifs, donc culturellement très divers, et souffrant à des degrés

très inégaux – quand c'était le cas – de l'antisémitisme) était né dans la guerre et même dans le terrorisme. Cela tenait à

l'hostilité irréductible (au moins jusqu'à l'initiative du président Sadate) des Etats arabes environnants, que leur propre

nationalisme et le panarabisme ascendant poussaient à refuser l'installation d'Israël en Palestine, puis à vouloir son

anéantissement, et à son intention symétrique plus ou moins avouée d'expulser la population arabe autochtone. Le mot de

Golda Meir : "une terre sans peuple pour un peuple sans terre" – en totale contradiction avec la réalité –, enclenchait une

logique d'élimination, contre laquelle d'emblée certains intellectuels (comme Einstein, Buber, Arendt, ou le fondateur de

l'université hébraïque de Jérusalem, Judah Magnes) avaient mis en garde, et qui contenait en germe les éléments de la

catastrophe actuelle.

Les guerres alternativement défensives et offensives des années 50 à 90 (dont une première invasion du Liban en 1982),

qu'on ne peut résumer ici, entraînèrent une profonde militarisation de la vie sociale et du personnel politique israélien, et

accentuèrent sa tendance à penser les questions politiques uniquement en termes de rapports de forces. Alors qu'il possède

une des plus puissantes armées du monde, dotée de toute la panoplie des armes modernes depuis les missiles "intelligents"

héliportés jusqu'aux bombes nucléaires, et capable aussi bien de cibler les militants palestiniens dans leur chambre à

coucher que d'intervenir à des milliers de kilomètres (comme on l'a vu en particulier en Afrique), l'État d'Israël présente

chaque conflit avec ses voisins comme une question de vie ou de mort. Cela n'a pas été pour rien dans l'instrumentalisation

progressive de la mémoire de la Shoah à laquelle il a procédé pour cimenter son unité nationale, faire taire les critiques dans

les communautés juives à travers le monde, et se prévaloir dans les relations internationales d'un "droit" particulier, au

risque évident de finir par miner l'un des fondements de sa légitimité.

Mais surtout l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza, l'annexion de Jérusalem-Est après la guerre (préventive) des Six

Jours, ainsi que les deux "Intifadas" qui en ont résulté, ont constitué un second tournant. Bien loin que les accords d'Oslo

(1993) établissant l'Autorité palestinienne et préfigurant la constitution de deux Etats sur l'ancien territoire mandataire

(dont Israël possède officiellement 78 %) aient représenté une inversion de la logique d'affrontement, ils furent mis à

profit pour accélérer la colonisation et renforcer le fait accompli. Ils apparaissent rétrospectivement comme un moment

tactique dans la conquête du "grand Israël", dont la succession des tracés d'expropriation (incluant la construction du mur

de Cisjordanie) témoigne éloquemment. Certes la direction de l'OLP sous Yasser Arafat n'a pas été exempte de duplicité (y

compris du fait des avantages matériels qu'elle retirait de la "gestion" déléguée des territoires occupés). Et ce n'est qu'en

1998 que les articles de sa Charte constitutive appelant à la destruction d'Israël ont été officiellement abrogés. De leur côté

certains dirigeants israéliens (Itzhak Rabin, qui le paya de sa vie) ont semblé vouloir lever le grand obstacle à tout règlement

du différend israélo-palestinien, à savoir le refus obstiné de traiter l'adversaire sur un pied d'égalité, doté d'un droit

équivalent sur la terre, l'eau, les frontières, la sécurité, la représentation internationale. Mais les faits sont plus éloquents

que les discours, et ils vont massivement – tous gouvernements confondus – dans le sens d'un développement des

caractéristiques coloniales de l'Etat d'Israël. Celles-ci l'emportent aujourd'hui sans partage sous le nom et le couvert du

"retrait unilatéral". L'Etat sioniste a développé une forme de démocratie politique (régime parlementaire, garanties

constitutionnelles, liberté d'opinion) et atteint, en dépit de grandes inégalités sociales, un niveau de réussite économique et

culturelle élevé (grâce aussi à une aide américaine massive et permanente, telle qu'aucun autre Etat n'en a jamais bénéficié).

Mais il a institué sur les différents territoires qu'il contrôle une forme d'apartheid (ce que le géographe Oren Yiftachel

appelle une "ethnocratie") dont la condition d'existence est l'enfermement des populations dominées, le contrôle de leurs

ressources matérielles et la destruction progressive de leurs institutions culturelles, la violence meurtrière contre leurs

actions de résistance même non-violentes et contre leurs directions politiques autonomes.

Comment apprécier, dès lors, les formes prises par la revendication d'indépendance de la nation palestinienne ? Aucune

idéalisation n'est ici de mise, mais on ne saurait faire abstraction des conditions créées par l'écrasante disproportion du

rapport des forces. C'est le cas en particulier pour ce qui concerne l'utilisation du terrorisme (au sens strict de violence

meurtrière indiscriminée dirigée contre des populations civiles) et notamment de la tactique des attentats-suicides adoptée

par des groupes de partisans aussi bien laïques que religieux, et dramatiquement amplifiée pendant la "seconde Intifada".

Nous sommes de ceux qui, avec une bonne partie de la société civile palestinienne ou des intellectuels et des dirigeants

comme Edward Said et Moustapha Barghouti, considèrent ces actions comme moralement injustifiables, destructrices et

contre-productives, mais nous trouvons bien mal placés pour les dénoncer ceux qui, pratiquant eux-mêmes la terreur de masse

avec des moyens supérieurs, ne cessent de les alimenter. Elles ne sauraient de toute façon constituer la seule grille de

lecture de la réalité palestinienne.

Il y a aujourd'hui non pas un Etat (dont les perspectives de création s'éloignent de plus en plus), mais bien une nation

palestinienne, qui est un fait irréductible. C'est autour de la reconnaissance de ce fait ou de sa dénégation que tourne

encore et toujours le drame actuel, bien qu'il tende à échapper progressivement à ses protagonistes. Cette nation a des

racines culturelles et sociales antérieures à 1948, et même à 1920. Cependant elle n'a pu prendre une pleine conscience de

sa singularité et se doter d'un projet politique qu'en contrecoup du processus de démembrement dont elle a été victime au

moment de la Naqba [la catastrophe, en arabe]. La conscience nationale palestinienne est donc indissociable du fait qu'il

s'agit d'un peuple écartelé et dispersé entre trois composantes au moins : les Palestiniens ("Arabes") d'Israël qui constituent

aujourd'hui environ 20 % de la population de l'Etat, dotés du droit de vote et d'une partie des droits civiques, mais

socialement, culturellement et symboliquement discriminés (ne serait-ce que par la définition d'Israël comme "Etat juif") ; les

habitants de Gaza, de Cisjordanie et de Jérusalem-Est soumis à des formes diverses de relégation, d'occupation et de

contrôle ; enfin les réfugiés des camps du Moyen-Orient et, au-delà, de la diaspora (ces catégories n'étant elles-mêmes pas

étanches, puisque Gaza est assimilable à un vaste camp, peut-être le plus grand de l'histoire, et que les habitants de

Jérusalem-Est depuis l'annexion de la totalité de la ville sont passés du côté des "Arabes israéliens" sans en recevoir pour

autant le statut).

Cette nation éclatée ne peut se préserver qu'en entretenant l'espoir de sa réunification et de la reconnaissance de ses

droits, et en se dotant d'une organisation de résistance. Or elle est divisée, selon des lignes qui évoluent avec le temps, entre

les statuts juridiques et les intérêts matériels de ses différentes composantes, et entre les identifications collectives,

relevant du nationalisme laïque pour les uns (dont les Palestiniens chrétiens, mais pas uniquement) et du populisme religieux

pour les autres, sans oublier une dimension cosmopolitique développée au long des années d'exil sur le fond commun du

multiculturalisme du Levant. Il est d'autant plus remarquable que les Palestiniens aient à peu près réussi jusqu'à présent à

limiter leurs conflits internes et à se retenir au bord des guerres civiles vers lesquelles on les poussait de différents côtés.

En témoigne encore tout récemment l'accord conclu entre le Hamas et l'Autorité palestinienne sur la base du "document des

prisonniers". Oscillant sans cesse entre la tentation du repli sur ses propres forces et l'espoir d'un retournement de l'opinion

publique et des institutions internationales en sa faveur, la nation palestinienne doit affronter deux problèmes presque aussi

insolubles l'un que l'autre : l'un concerne ses rapports avec le monde arabe et musulman, l'autre l'avenir de ses rapports

avec Israël.

_________________
Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa
Ma devise:
se SURPASSER ,ne JAMAIS ABDIQUER,TOUJOURS RESTER HUMBLE
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://vuesdumonde.forumactif.com/

 Sujets similaires

-
» Comment réaliser une rue pavée ?
» PRIÈRE POUR LA PAIX DANS NOTRE MONDE FATIGUÉ DE LA GUERRE
» Guerre et Paix (1967) le film le plus cher de l'histoire
» Fan de guerre et paix et Orgueil et préjugé
» La Guerre & la Paix - Léon Tolstoï
Partager cet article sur : Excite BookmarksDiggRedditDel.icio.usGoogleLiveSlashdotNetscapeTechnoratiStumbleUponNewsvineFurlYahooSmarking

Guerre en Orient ou paix en Méditerranée ? :: Commentaires

Les Palestiniens, bien entendu, font partie du "monde arabe". C'est de lui, en premier lieu, qu'ils attendent une solidarité

matérielle et un soutien politique, mais c'est de lui aussi que sont venus certains des coups les plus durs qu'ils ont reçus,

chaque fois en particulier qu'ils semblaient en mesure de peser de l'intérieur sur l'évolution de certains Etats (Jordanie,

Liban). La "cause palestinienne" a cristallisé les émotions et les espoirs de revanche contre des impérialismes successifs. Elle

a servi d'exemple révolutionnaire et inspiré au-delà même de la région un internationalisme de longue durée. Elle a aussi

favorisé le développement en terre d'islam d'un antijudaïsme de masse, jusqu'alors limité, et alimenté beaucoup de "luttes

par procuration", compensations imaginaires à l'impuissance collective. Et depuis le début elle a été instrumentalisée par les

Etats arabes, à la fois vers l'intérieur, comme dérivatif offert aux colères suscitées par la corruption, l'absence de libertés

publiques, l'injustice sociale, et vers l'extérieur, comme une carte à jouer dans les rivalités entre Etats du Moyen-Orient, ou

comme un argument dans leurs négociations et leurs affrontements avec les grandes puissances luttant pour l'hégémonie dans

la région. C'est pourquoi l'indépendance des organisations palestiniennes a toujours été menacée. Il semble que la période

actuelle soit marquée, de ce point de vue, par un accroissement plutôt qu'une diminution de cette indépendance (même si une

partie de la direction du Hamas est à Damas). Les choses risquent de changer si la répression israélienne rend la situation

intenable en Palestine pour les organisations nationales et si le mouvement de lutte au Moyen-Orient contre l'impérialisme

occidental (aujourd'hui essentiellement américain et dont l'occupation israélienne est perçue comme partie intégrante)

s'intensifie et s'unifie sous une seule idéologie religieuse transnationale – ce qui paraît néanmoins peu probable.

Un problème symétrique, bien que de nature très différente, concerne les rapports avec Israël, sinon dans l'immédiat, du

moins à long terme. Les Palestiniens ont-ils intérêt à la disparition de l'Etat d'Israël? Oui sans doute, comme tout peuple

opprimé a intérêt à la disparition de ses maîtres, et d'autant plus que les forces favorables à un règlement fondé sur

l'égalité sont en Israël même plus minoritaires que jamais, et que la communauté internationale a visiblement renoncé à

l'imposer – même sous les formes envisagées à Camp David et à Tabah (encore insatisfaisantes, puisqu'elles passaient sous

silence la condition des "Arabes israéliens", et ne rétablissaient pas l'équilibre entre la "loi du retour" israélienne et le

"droit au retour" des réfugiés palestiniens). Mais une telle disparition, qui ne pourrait que prendre des formes de massacres

réciproques et de déplacements de populations, à supposer que le rapport des forces la rende un jour possible,

résoudrait-elle les problèmes d'avenir de la nation palestinienne ? Rien n'est moins sûr, et d'abord parce que depuis un

demi-siècle et plus l'existence et le développement d'Israël ont pratiquement réussi à effacer (jusque dans le paysage) ce

qu'était l'ancienne Palestine et ont révolutionné l'économie de la région, en contribuant à un développement capitaliste dont

les Palestiniens sont à la fois exclus et dépendants. Il y a gros à parier que cette dépendance ne serait qu'échangée contre

une autre, envers des Etats arabes pétroliers et/ou militarisés. Ce dont les Palestiniens ont besoin – beaucoup en conviennent

quand l'urgence des situations leur donne le loisir d'en discuter – ce n'est pas de la disparition mais de la transformation

d'Israël. Une transformation complète il est vrai, encore plus improbable peut-être, puisqu'elle impliquerait une

décolonisation radicale, un renoncement à la tradition unilatéraliste et à l'abus de la force, une profonde réforme morale de

la nation israélienne et de sa conscience historique, de façon à inventer pour les deux peuples qui vivent aujourd'hui en

Palestine des formes constitutionnelles inédites de complémentarité et de coopération économique et culturelle, dans la

perspective de l'égalité politique et sous la garantie d'une autorité internationale enfin effective.

De ces conditions d'un règlement durable – ou de toute autre perspective intermédiaire, rendant à nouveau possible un

"processus de paix" fondé sur la négociation entre les parties en présence – nous sommes aujourd'hui plus éloignés que

jamais. Il peut même sembler que nous les ayons perdues pour toujours et que la situation glisse vers l'irrémédiable. Cela

tient à ce que la spécificité du problème israélo-palestinien est en train de se dissoudre dans un conflit de plus vaste

envergure, aux contours et aux tendances encore confus, mais à la violence croissante, de moins en moins contrôlable par ses

propres acteurs – les Etats-Unis et leurs divers alliés (plus ou moins solides) d'une part, les Etats anti-américains et les

mouvements "fondamentalistes" islamiques d'autre part. D'où l'idée de beaucoup qu'il faudrait régler d'urgence le problème

israélo-palestinien, en y mettant enfin la pression et les moyens nécessaires, pour désamorcer le choc des civilisations qui

s'annonce. Mais en est-il encore temps ? Et qui le fera ?

L'exportation de la "démocratie" sur le modèle et à l'usage de l'Occident, le modelage par la force d'un "nouveau

Moyen-Orient" ne sont que des fantasmes néo-conservateurs, mais des fantasmes meurtriers. Prenant prétexte du plus grand

attentat terroriste commis sur le territoire des Etats-Unis et couvrant en pratique une tentative pour rétablir par la voie des

armes une hégémonie impériale de moins en moins assurée, les interventions américaines voulues par l'administration Bush ont

déjà réussi à transformer l'Afghanistan et l'Irak en foyers de guerre et de terrorisme sans fin prévisible. On saura un jour

comment s'est décidée l'offensive israélienne qui est en train de détruire le Liban, mais il est peu probable qu'elle ait été

lancée sans le feu vert des Etats-Unis, et de toute façon elle bénéficie de leur couverture diplomatique et s'inscrit dans la

stratégie globale de "guerre contre la terreur". De leur côté, naturellement, les adversaires des Etats-Unis ne sont pas en

reste. Jouant avec le feu et percevant bien les difficultés croissantes auxquelles se heurte désormais l'ancienne

"hyperpuissance", ils croient avoir tout intérêt à la multiplication des points d'affrontement pour avancer, qui vers le

rétablissement du "califat", qui vers la domination du Moyen-Orient. Mais ce n'est pas Ben Laden qui inspire ou manipule le

Hamas, pas plus que la Syrie ou l'Iran, lesquels arment le Hezbollah pour rétablir leur influence dans la région comme Israël

armait et utilisait naguère les Phalanges libanaises, ne sont eux-mêmes Al-Qaida. C'est seulement si les oppositions nationales

et théologiques qui déchirent le monde arabe et musulman venaient à disparaître qu'on pourrait parler d'un "choc des

civilisations" et que la politique aurait définitivement perdu ses droits dans la région. Reste que les discours vont dans ce

sens, qu'il s'agisse de la croisade contre "l'axe du Mal" ou de l'appel renouvelé à l'élimination de "l'entité sioniste" et au

djihad. Qui ne voit que Bush et Ahmadinejad ont besoin l'un de l'autre autant que leurs rhétoriques se calquent l'une sur

l'autre.

Reste aussi qu'en ouvrant un troisième front au Liban (et virtuellement en Syrie), en se lançant dans une opération de guerre

totale qui frappe avant tout la population civile et en faisant simultanément la preuve de l'inefficacité de son armée en face

d'un mouvement de guérilla, comme les Etats-Unis sont en train d'en faire l'expérience de leur côté, Israël est entré dans

une ère nouvelle qui ne promet rien de bon, ni pour lui ni pour ses voisins. Il fait reculer à perte de vue les possibilités d'un

règlement pacifique avec les Palestiniens et avec l'ensemble des pays du Moyen-Orient. Il met sa propre existence en danger

comme jamais. C'est donc un tournant stratégique dans cette violente histoire à quoi nous assistons. On n'en évitera pas les

conséquences. A terme les Etats-Unis échoueront dans leur entreprise néo-impériale, si ce n'est déjà fait, mais ils se

retireront en laissant derrière eux un champ de ruines, et des adversaires surarmés et fanatisés, des populations défiantes

ou haineuses envers tout ce qui vient de "l'Occident". Israël ne survivra contre un environnement plus hostile que jamais

qu'en maintenant ses propres citoyens en état de mobilisation permanente, en multipliant les fortifications intérieures, les

"zones tampon" rasées au sol pour y empêcher l'implantation de guérilleros, et les opérations de "dissuasion" massive contre

les Etats de la région – y compris peut-être nucléaires. Cela durera dix, vingt ou cinquante ans avant l'effondrement, mais

dans l'intervalle il est probable aussi que les nations palestinienne et libanaise (n'en évoquons pas d'autre pour l'instant)

auront subi une atteinte irréversible. L'échéance exacte est incalculable, mais l'engrenage est implacable, et c'est

maintenant que les choses se jouent.

Que faire contre une fatalité dont les hommes, les idéologies, les intérêts de puissance et les systèmes politiques sont les

agents, quand, ayant laissé passer les occasions d'intervenir aux côtés des plus faibles, ou des moins fous, on est au-delà de

l'urgence et que tout paraît joué ? Cette question se pose en particulier à l'Europe, avec une acuité d'autant plus grande qu'il

ne s'agit pas pour elle d'événements lointains aux conséquences hypothétiques, mais d'une histoire qui est aussi la sienne,

dans laquelle elle est impliquée par le voisinage, les échanges de populations, les intérêts économiques et culturels, les

responsabilités passées et présentes (à commencer par celle de la colonisation et celle de l'extermination des juifs d'Europe

qui a rendu possible la réalisation du projet sioniste). Sans doute est-ce dans le moment de la plus grande difficulté, et du

plus grand danger commun, qu'il faut fournir le plus grand effort d'imagination et de volonté pour renverser le cours des

choses, et donc pour les apercevoir dans leur exactitude.

Devant l'accentuation du militarisme israélien et sa "réponse" à des actions de partisans dont certaines relèvent du

terrorisme – une réponse non pas "disproportionnée" comme on dit mais qui prend la forme suicidaire de véritables crimes de

guerre – l'Europe n'a pas à faire preuve de complaisance, en ruminant encore et toujours sa mauvaise conscience. Il faut au

contraire qu'elle mette en œuvre tous les moyens de pression et de conviction dont elle dispose, à commencer par la

suspension temporaire des accords de coopération économique et scientifique privilégiés qui la lient à Israël. Au besoin en

répudiant l'unanimisme et en allant pour cela contre la volonté et les manœuvres dilatoires de certains gouvernements plus

directement inféodés aux Etats-Unis. De toute façon en prenant décidément ses distances avec ceux-ci, aussi longtemps que

leur politique reste dominée par les mêmes forces théologico-impériales. Il faut surtout qu'elle replace la politique

internationale, pour ce qui dépend d'elle (et ce n'est pas rien), non seulement sur le terrain des situations historiques réelles,

mais sur celui du droit. Ce qui veut dire très concrètement : réclamer à nouveau, en passant s'il le faut par l'Assemblée

générale, l'application de toutes les résolutions des Nations unies concernant la Palestine et le Moyen-Orient, et non pas

seulement de certaines d'entre elles (fussent-elles les dernières en date), et donc s'engager en faveur d'une autorité réelle

des Nations unies, dont le secrétaire général et la Commission aux droits de l'homme prêchent aujourd'hui dans le désert.

Inverser dès aujourd'hui, même s'il y a lieu de penser pour l'avenir à une réforme de l'organisation internationale, la spirale

descendante du droit et de la sécurité collective qui s'est enclenchée avec l'invasion de l'Irak et qui est en train de la

précipiter vers la même faillite que la SDN en son temps.

Il faut enfin que l'Europe se situe délibérément dans la perspective de construction d'un espace méditerranéen de

coopération et de négociation, ou d'une "conférence" régionale permanente de tous les peuples méditerranéens. Les

Etats-Unis ou la Russie pourraient certes y avoir une place d'observateur au même titre que l'Iran ou l'Irak, mais ses

membres "naturels" sont ceux qui jouxtent la mer commune et qui en ont fait l'histoire. Un tel espace est par définition

hétérogène : multiculturel, pluriconfessionnel, politiquement diversifié, traversé d'intérêts économiques et démographiques

opposés. Il est donc inévitablement conflictuel. Il ne garantit pas automatiquement la paix. Mais il constitue le seul antidote

imaginable à la logique du choc des civilisations, de nature à faire reculer l'intégrisme en même temps que le racisme

postcolonial, l'antisémitisme et l'islamophobie. La constitution d'un espace politique méditerranéen donnerait enfin à Israël

la possibilité de sortir de sa dépendance exclusive par rapport aux Etats-Unis en le rapprochant à la fois des pays du Nord

et du Sud d'où, après tout, provient la majorité de sa population. Symétriquement elle permettrait aux Palestiniens et aux

Libanais d'échapper à une relation trop contraignante avec le seul monde arabe. Un tel espace pourrait offrir à terme à

Israël une garantie de sécurité collective en échange de sa mutation pacifique, en même temps qu'il redonnerait aux

Palestiniens (et désormais aux Libanais) confiance dans les moyens du droit et de la négociation pour faire triompher leurs

revendications d'égalité, d'indépendance et de justice. Quand nous disons "il faut", c'est bien entendu "il faudrait" qu'on

doit lire. Il faudrait, pour peu qu'on veuille éviter le pire. Mais le veut-on vraiment ? La question est posée non seulement aux

gouvernements, mais à tous.

Etienne Balibar est philosophe, professeur émérite à l'université de Paris-X Nanterre, distinguished professor of humanities,

university of California Irvine.

Jean-Marc Lévy-Leblond est physicien, professeur émérite à l'université de Nice-Sophia Antipolis, directeur de la revue

Alliage.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-804577,0.html
avatar
REACTIONS AU TEXTE
Message le Mer 23 Aoû - 1:26 par mihou
lan A.
19.08.06 | 23h29
article intéressant mais moins que génial. "Il faut[...] commencer par la suspension temporaire des accords de coopération

économique et scientifique privilégiés qui la lient à Israël." Pas bien nouveau, Israël peut bien se passer de ces liens, et cette

sorte de boycottage n'est pas la manière de commencer le grand projet collaborateur. L'Europe pèse-t-elle autant que ça

dans le monde? Balibar a choisi d'enseigner en Californie... avec de gros émoluments, n'en doutez pas!

bleu
19.08.06 | 22h26
Que cela fait du bien de lire un article où l'on essaye de prendre de la hauteur sur l'histoire, le présent et les quelques

perspectives positives pour le futur, si il en reste encore ... Tout simplement excellent et incontournable.

Zocel
19.08.06 | 22h26
@henrikardo Ben Laden est devenu terroriste parcequ'il ne supportait pas la presence de troupes US - des infideles donc -

sur le sol sacré de l'Arabie Saoudite lors de la 1ere guerre du golfe. On ne sait pas encore sur quoi va déboucher la 2eme...

vous en redemandez ?

henrikardo
19.08.06 | 21h32
Très bon article...qui n'empêchera quand même pas la guerre! Mondiale c'est 1 autre histoire car les dominos ne peuvent plus

jouer comme dans le passé. Pour ceux qui pensent que ce sont les "dérives américano-anglaises" qui sont à l'origine de

l'ébullition du monde musulman, je leur rappelerai que le 11/09 a été décidé sous Clinton qui faisait tout pour essayer

d'éteindre les incendies. Comment 1 fois de + ne pas penser à Munich38 quand on voit la déferlante des âmes

bien-pensantes...et aveugles

Jacques C.
19.08.06 | 20h38
Excellentes analyse et initiative qui font echo à l'article du philosophe norvégien J. Gaarder (Le Monde du 18/08 page 4).

Que faire pour les prolonger: 1° Mobiliser les europeens pour faire pression sur l'EU ? 2° Demander aux candidats

présidentiables de s'engager clairement sur ce texte? NB Quel pourcentage de réactions négative va susciter cette prise de

position claire et courageuse ( Cf les reactions à l'article de Gaarder°.

L
19.08.06 | 18h40
excellent ! rien a redire si ce n'est qu'on aimerait lire plus souvent des analyses de cette qualité

Abramo S.
19.08.06 | 18h04
Excellent article. Peut-etre finalement une certaine compréhension, des solutions pour ce qui se passe actuellement au Moyen

Orient et comprendre qu'on peut critiquer Israel sans vouloir sa disparition , qu'on a le droit de le dire quand c'est contraire

à tout ce que l'on croit. On va droit dans le mur si on pense qu'uniquement c'est par la force qu'on peut résoudre ce très

grave problème.

Olivier Le Pacifique
19.08.06 | 17h33
Article admirable, comme on aimerait en voir de la plume des journalistes du Monde ! J'espère que nos dirigeants le liront et

s'en inspireront pour leur politique au proche orient. Et eviter les atermoiements comme ceux de notre gouvernement au Liban.

JMJ
19.08.06 | 15h42
Excellent article, mais le point de vue arabe est edulcore. Israel fut cree comme "Foyer national juif" par l'Angleterre

coloniale, a l'issu de la 1ere guerre mondiale. Les nationalistes arabes, liberes de la tutelle turque, voulaient une "Grande

Syrie" dont la Palestine n'etait qu'une des trois provinces. Mais France (Syrie et Liban) et Grande Bretagne (Palestine et

Jordanie) depecerent les territoires, ecrasant les ambitions d'independance arabes puis forcant l'insertion d'Israel en

Palestine.

PIERRE D.
19.08.06 | 14h38
La majorité des lecteurs ne s'est pas trompée, en reconnaîssant la valeur de ce texte. La raison en est simple : il fait sa pleine

place à l'Histoire, au moins depuis la fin du XIXe siècle. Il jauge à cette aûne, point par point, avec lucidité, les

responsabilités des uns et des autres. Condition indispensable pour proposer des pistes non-suicidaires. Un seul regret : que

personne, jusqu'à présent, n'ait souligné l'écrasante responsabilité des monothéismes dans la genèse de ces fanatismes...

henrikardo
19.08.06 | 14h37
Excellent article...pour qui n'a jamais rien lu sur le PO! La notion de "droit international" est bien sûr formidable mais elle ne

tient pas compte de toutes les réalités . Comme le disait un universitaire isr. à un journaliste: "Les Arabes ont perdu toutes les

guerres qu'ils ont intenté à Israël , ça a forcément des conséquences sur le terrain !" Les Indiens n'ont pas récupéré leurs

territoires après les guerres indiennes et les Aborigènes australiens non plus...c'est triste mais c'est le monde

skiron
19.08.06 | 14h24
Certains ont une cervelle de plomb. Ils reprochent aux auteurs d'oublier la montée de l'islamisme. Ils devraient se souvenir

qu'avant les dérives américano-anglaises, l'islamisme était en phase de tassement, y compris en iran ou une libéralisation

commençait à poindre. Le cynisme guerrier des occidentaux a tout balayé et débouché sur la situation que nous connaissons.

La tendance est inversée. Même les pires adversaires de l'intervention en Irak n'auraient pu imaginer cela !

Sancho
19.08.06 | 13h54
Comme le disait si bien mon père (éteint en 1990), les américains et les anglais sont restés belliqueux car ils n'ont pas connu

d'affrontement sur leur sol, avec toute l'horreur qui l'accompagne. A l'inverse, que faire lorqu'on a plus (+) d'un million de

terroristes à portée de canon ? L'occident a perdu une bataille. Contrairement au pacifisme bon-enfant de l'article, il nous

appartient de réinventer la guerre. Une guerre sans frontière c.à.d. mondiale.

MARC L.
19.08.06 | 12h36
D'accord à 100%.Un texte remarquable et enfin une analyse qui se situe dans une perspective historique passée et à

venir.Les questions de l'islamisme et du terrorisme ne sont que les consèquences .Pour lutter contre eux il faut d'abord

s'attaquer aux causes superbement expliquées dans cette contribution.Non à la guerre de 100 ans ,oui à l'intelligence.

A.Z.
19.08.06 | 12h31
Pour que toutes les résolutions de l'ONU puissent être appliquées, il faudrait d'abord que celle de 1948, qui partage la

Palestine et crée Israël, soit acceptée par tous. Si l'ONU n'a jamais vraiment insisté pour que la résolution 242 soit

appliquée, c'est qu'il était trop clair que quelques jours après le retrait israélien les armées arabes se masseraient sur la

frontière (version 1967-1979) ou que la frontière se hérisserait de lance-roquettes (version Hamas-Hezbollah).

flanak
19.08.06 | 11h51
J'ai l'impression, après lecture de cette excellent article, que si le sort des conflits qui ensanglantent les bords de la

méditérranée est lié à l'action d'une Europe enfin puissante on n'est pas sorti de l'auberge. Je crains que la solution passe

plutôt par une lutte contre la propagande haineuse anti-arabes qui laboure l'opinion américaine depuis des lustres si on veut

un résultat plus rapide. Vaste programme aussi.

François S.
19.08.06 | 11h28
Une analyse exemplaire et courageuse. En tant que français juif, je ne peux, hélas, que convenir de la vérité des propos de

messieurs Leblond et Balibar. Oui, à force de se fermer les yeux sur les méfaits de la politique américano-israléienne, on en

est presque à une course vers l'abîme. Notre journal Le Monde ferait bien de s'inspirer davantage de pareille rigueur et

profondeur d'analyse au lieu de coller, comme M Colombani le fait, au stupide slogan américain "sus au terrorisme".

ArN
19.08.06 | 10h45
Bon papier. Mais déjà, dans la même logique que la reconquête palestinienne, cela serait bien que l'on donne aux Grecs les

moyens de reprendre la côte est-méditerranéenne, territoire qui est on ne peut plus légitime pour ce peuple plurimillénaire.

Cela simplifierait d'autant l'intégration de la Turquie, parallèlement à la reconnaissance d'Israël par ses voisins.

ArN
19.08.06 | 10h29
Cet article est brillant et je suis tout à fait d'accord avec l'idée d'une réunion autour de la Méditerranée, comme

dépassement du prétendu choc des civilisations. Mais il ne faudrait pas oublier l'islamisme, qui pose autant, sinon plus, de

difficultés aujourd'hui que les guerres israëliennes.

FSP
19.08.06 | 01h28
Bravo Le Monde de publier un aussi bon article. Tout n'est pas dit, mais peut-on tout dire ? Par contre l'essentiel est dit et

c'est bien que l'histoire soit invoqué pour expliquer le présent. Le Partage de 1947 à donné un peu de légitimité à l'Etat

d'Israël, mais pas assez pour oublier la spoliation des terres prises aux Palestiniens. Un vote, même très majoritaire, ne peut

avoir de valeur d'un point de vue démocratique s'il est contraire aux "Droits de l'Homme".

ebolavir
19.08.06 | 00h24
Le texte parle de "garantie internationale ...". La meilleure garantie de la paix en Terre Sainte, ce serait le gros bâton de

l'armée d'occupation d'un empire étranger, comme cela fut au temps des Romains, des Perses, des Ottomans, des Anglais.

Mais il n'y a plus d'empires. Laissons les s'entretuer, en espérant que ça n'éclabousse pas trop. Et retenons nos tendances à

venir au secours de l'un ou de l'autre. L'article dit une nouvelle fois que c'est trop compliqué pour nos idées simples.

Gil_Gamesch
18.08.06 | 23h54
Enfin de la lucidité et une bonne analyse.Merci.

Mardko R.
18.08.06 | 23h03
Mis à part l'égalité président Américain président Iranien, que je ne peux pas soutenir car incomparable par la nature même

des nations qui les sous tendent, cet article est à faire lire à tous ceux qui, de par le monde, provoquent à l'écoeurement nos

instincts les plus violents, racistes, et stupides, faisant de nous de pauvres pions pro-israëliens ou pro-arabes. Merci à

Messieurs Balibar et Lévy-leblond pour cette magnifique et lucide analyse
Hannibal
18.08.06 | 19h52
On ne bassine personne avec l'affaire des réfugiés palestiniens.Comment peut on cautionner l'idée que n'importe quel juif au

monde peut aller en Israël et s'installer alors que des palestiniens expulsés de leur pays et leurs descendants n'ont pas le

droit de retourner dans leur pays?

Brrrr
18.08.06 | 19h25
Peut on m'expliquer pourquoi on continue à nous bassiner avec les quelques centaines de milliers de personnes déplacées lors

de la guerre de 1948 alors que les millions d'autres en Europe (allemands des Sudètes, de Pologne, polonais de Russie, juifs

des pays arabes, français d'Algérie, de Tunisie et du Maroc et j'en passe) ont pu s'intégrer (avec difficultés c'est sûr) et

qu'on n'en parle plus. Allons MM Balibar et Levy-leblond ce n'est pas Israel qui pose problème c'est votre vision déformée!!

Nicola W.
18.08.06 | 19h15
Oui, sens et lucidité. Nous ne pouvons que féliciter les auteurs de nous offrir enfin une réflexion sur les véritables enjeux

au Moyen-Orient. Le déséquilibre facheux de cette situation pérenne est très bien sentie. Bravo!

jimy
18.08.06 | 18h38
Magnifique texte plein de bon sens et de lucidité. Remarquable analyse de la situation, non seulement en ce qui concerne le

M.O et le conflit entre Israël et ses voisins Arabes, mais aussi de la montée en puissance du terrorisme dans le monde.

Jusqu’à quand Israël s’obstinera t’il à fermer les yeux en courant vers une catastrophe prévisible à plus ou moins long terme

? C’est un article à recommander à tous les politiciens aveugles de cette planète.

Troto_B
18.08.06 | 18h16
Texte magnifique. Il sauve ce qu'il peut de la situation inextricable, mais avec brio. Il informe sans léser personne, dénonce

sans invective, donne de l'espoir sans utopie. Il fallait de grands penseurs pour trouver une solution juste, et les deux

auteurs l'ont esquissée. Espérons que cette dernière guerre poussera l'Europe à penser sérieusement à la stabilité dans la

région (et dans le monde) et poussera les isréeliens à comprendre que l'on ne peut pas vivre parmi des gens qu'on écrase.

Silvanus
18.08.06 | 17h48
Les auteurs de cet article semblent complètement oublier un facteur fondamental du problème : la montée en puissance de

l'islamisme radical qui rend toute co-habitation entre musulman et non musulman (chrétien, juif, hindou ou autre)de plus en

plus aléatoire. Dommage aussi que des problèmes comme le sort du peuple kurde ou le génocide en cours au Darfour ne

semblent pas retenir l'attention de certains intellectuels français !

vejs
18.08.06 | 16h53
Les auteurs sont pareils à eux-même.Rhétorique strictement antisioniste qui ne reconnaît quelques torts aux pays arabes que

pour mieux les retourner contre Israël.De ces trois pages de propagande je ne commente que cette phrase:"mais socialement,

culturellement et symboliquement discriminés (ne serait-ce que par la définition d'Israël comme "Etat juif")".Quand ont-ils

protesté que les nombreuses Républiques "islamiques" discriminent socialement culturellement et symboliquement les non

musulmans?

claude m.
18.08.06 | 16h39
Le Conseil de Securite est le seul a pouvoiur implementer les conclusions de Balibar et Levy-Leblond : mais sa faillite depuis

ds lustres est peu encourageant. USA, Russie, Royaume Unie, France, Chine portent collectivement l'irresponsabilite de cette

situation mortifere ! Mais les USA, par les echecs de leurs negociateurs (relayes par les extremistes israeliens et

palestiniens) et aujourd'hui leur defaite en Irak et a Kaboul sont les plus coupables

Yse-2002
18.08.06 | 16h38
Remarquable analyse d'une qualité rare. J'ai l'impression que tous les points clés et déterminants de ce conflit y sont pris en

compte et très bien remis en perspective les uns par rapport aux autres et par rapport à la situation actuelle. La conclusion

est sombre : elle met en évidence la démission totale de ceux qui ont le pouvoir d'agir. Elle est sombre mais tellement vraie.

Mansario
18.08.06 | 15h57
C'est de loin, le meilleur texte, le plus équilibré et le plus convainquant, que j’ai lu dans un journal (va-t-il apparaître dans

l’édition papier ?) depuis plus de 5 ans.


18.08.06 | 15h54
Ces propos sont marqués par un européisme qui ne correspond plus à la situation de la population juive d'Israël. Celle- ci est

majoritairement issue des juifs aant quitté le monde arabe - Maroc,Tunisie,Syrie,Yemen, Irak et aussi l'Iran. De Fallachach

d'Ethiopie etc. Ces populations juives sépahrades n'ont jamais vécu que dans le monde arabe. Et l'Israël de 2006 n'est ni un

état européen, ni habité par des populations majoritairement venues d'Europe. Tels sont les faits démographiques

abu+ali+musthapha
18.08.06 | 14h45
Je n'ai pas fini ce texte, pour deux raisons : Première : Naissance tenait à l'hostilité des pays arabe au plan de partage

Second : izhak Rabin, lever obstacle israélo/palestinien. Sur le premier lire article de mai 1936 paru dans le journal

l'Humanité (Site de l'AFPS www.france-palestine.org /repères historiques) Deux se référer aux nombreuse déclaration de

Rabin et l'attitude à Oslo... Manque de sérieux historique ce texte..

stephane a.
18.08.06 | 14h43
article remarquable d'intelligence et de lucidité. faudra-t-il passer par une guerre mondiale majeure pour que la paix des

braves et des survivants s'installe? israel fait parti du monde arabe et les israeliens devraient cesser de touner le dos avec

mépris à ce monde et cesser de concidérer qu'ils sont le bras armé de la "civilisation occidentale" pris en étaux au milieu de

barbares ignorants. israel est loin des côtes américaines et seul son intégration la sauvera.mais est-ce encore possible ?

Thierry B.
18.08.06 | 14h41
le diagnostic est établi; le pronostic est sombre, surtout pour l'Orient; mais quel traitement proposé ? J'ai l'intime conviction

que s'il était possible de laisser les "locaux" (palestiniens et israeliens) trouver une solution SEULS, sans interférences

exterieures, il y aurait un porte de sortie. PS : il faudrait aussi, effectivement, quelques dizaines de milliers d'excellents

psychologues.

dalembert@Bar illan
18.08.06 | 14h40
Le prix Nobel d'économie est une imposture,qu'il aille à un israëlien ou pas.Nobel ne l'a jamais créé.Et,que je sache,c'est la

France qui a construit Dimona en fournissant la technologie nucléaire à l'état juif.Comment dit-on cocorico en hébreu?

JEAN-CLAUDE C.
18.08.06 | 14h40
Cette analyse précise, pertinente, bien charpentée rend d'autant plus dérisoires les invectives et insultes qui tiennent lieu de

pensée politique dans les 2 camps extrémistes qui se sont affrontés récemment, et pour lesquels on peut difficilement

éprouver de la sympathie (personnellement, j'étais très pro israelien par le passé, mais cette cause devient difficilement

défendable...)

A.D.
18.08.06 | 14h34
Merci pour ce texte que j'encourage ceux qui ont laissé des commentaires accusant les auteurs d'"appeler à l'éradication

del'Etat juif" à relire, à lire vraiment en ayant l'esprit aussi alerte que celui des auteurs et une volonté aussi pacifique. Si

seulement on pouvait parler de l'Etat hébreu et de ses relations avec ses voisins sans que certains ferment immédiatement

leurs yeux, leurs oreilles et leur coeur, aveuglés sans doute par une idéologie à laquelle ils n'ont même pas réfléchi...

dalembert
18.08.06 | 14h33
Remarquable analyse,balancée à souhait.Une idée attrayante,la Méditerranée,l'aire culturelle gréco-latine.Mais c'est

malheureusement oublier un peu vite que le sionisme et les élites ashkénazes de l'état juif ne viennent pas de cette aire

culturelle là.Mais de la Mittel-Europa et de ses équilibres politiques basés exclusivement sur la force militaire.L'Europe ne

serait-elle pas un cadre plus approprié dans lequel,de l'eurovision aux championnats de foot,athlétisme,etc...ils sont déja

présents.

Michel B.
18.08.06 | 14h28
Ne l'a-t-on assez répété ici, l'agression israélienne au Liban n'a pas seulement l'assentiment américain, mais aussi le soutien

logistique intense d'un 3° front ? Ce soutien américain a réussi à désamorcer toute protestation contre Israél, qui ne

respectait à peu près rien, de l'ONU au droit des peuples, des accords aux droits de l'homme… Comment Israél pourrait-il

prétendre s'intègrer maintenant au M_O ? En adhèrant au vieux rêve si éloigné de cette terre du CHOC des

CIVILISATIONS ?

claude b.
18.08.06 | 14h02
Plutôt que ceux de philosophes, j'aimerais que Le Monde publie des avis d'Historiens d'une part, et d'autre part mais

principalement, des avis de Psychologues. Les comportements infantiles et passionnels des hommes sont pour beaucoup dans le

devenir des sociétés.

Bar illan
18.08.06 | 13h53
Dans cette affaire, la suspension des accords économiques et scientifiques avec Israel serait une sanction non pas pour ce

pays, mais pour la France et les autres pays développés.Le dernier prix Nobel d'économie (israelien) soulignait la préférence

à la coopération dans tous les domaines plutôt que l'isolement.

GURA4316
18.08.06 | 13h53
Magnifique contribution (et courageuse) qui joint la compréhension historique aux dimensions humaines et politiques.

Toutefois, elle suppose,dans ses conclusions que l'Europe existe et surtout soit capable de s'aopposer aux US et à ses

satellites. Cela n'est pas le cas, hélas.


François J.
18.08.06 | 13h49
(suite de mon message precedent)...de la meme inteligentsia gauchisante qui avait soutenue (ou etait fascinee par) le projet

sioniste a l 'origine.

Hiram
18.08.06 | 13h47
Voilà, enfin, le vrai manifeste de l'antisionisme moderne!Qu'on ne s'y méprenne pas, derrière les précautions rhétoriques

laissant croire que l'on veut bien laisser aux Israéliens d'aujourd'hui la permission de rester chez eux s'ils sont sages, on

appelle à l'éradication de l'Etat juif, en douceur, et avec toute la courtoisie universitaire requise. Dernier surgeon du

colonialisme Tel aviv delenda est! ecoeurant.

Dominique B.
18.08.06 | 13h47
.Israel est une puissance mediterranéenne et à ce titre ses problemes ne peuvent etre resolus ,comme le disentles auteurs

,que par une entente entre riverains . Israel comme l'ensemble du PO sont les victimes de l'aventurisme anglo-saxon que sous

tendent des interets petroliers pour qui une goutte de petrole vaut une goutte de sang .La France depuis toujours presente

dans cette mer ,qui abrite sur son sol juifs et musulmans peut si elle renonce à gesticuler ,contribuer à la paix

François J.
18.08.06 | 13h45
Comment peut on s'abaisser à mettre un signe égal entre le president Iranien et le president Americain ? Ce sont des

rationacions de philosophe marxistes. De nombreuses omissions egalement - quid des juifs expulses des Etats Arabes en 48 ?

Quid du fanatisme islamique ? Peut-on ignorer ces points lorsque l'on tente d'analyser la situation. Ce qui est comique dans

tout cela - c'est qu'à partir du moment où Israel est passe d'un projet socialiste a une realite capitaliste, il a perdu le

soutien...

paz_e_amor
18.08.06 | 13h39
Ce qu'il y a de plus intelligent à dire. Merci à Messieurs Balibar et Lévy-Leblond. Se baser uniquement sur le présent ne

pourra faire sortir de l'impasse. Il est temps d'introduire passé et futur, autant que connaissance de l'autre - comme le

disait Edward Said - dans la réflexion à mener ensemble...

Hannibal
18.08.06 | 13h39
Cet excellent article nous réconcilie avec Le Monde,contrairement à l'article commis par BHL.A mon sens un Etat laic et

démocratique où chrétiens,juifs et musulmans coexistent en paix pourrait ëtre la solution pour la paix et surtout un modèle

pour tous les Etats de la région.Ce serait sûrement un nouveu proche orient.

zlaté
18.08.06 | 13h34
Messsieurs Balibar et Lévy-leblond accepteriez vous d'accueillir et de partager votre salon avec des islamistes?j'en doute,

alors pourquoi le recommander aux israêliens? D'autre part, vous évoquez le développement capitaliste d'israêl, sauf que ce

développement signifie aussi démocratie, même si vous considérez que les non juifs subissent des discriminations, que savez

vous de la situation des juifs dans les pays arabes ?

yallayalla
18.08.06 | 12h58
Bravo ! Ce texte est magnifique.
 

Guerre en Orient ou paix en Méditerranée ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 

Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
MONDE-HISTOIRE-CULTURE GENERALE :: SOCIETE-SOCIETY :: DEBATS ET OPINIONS/DISCUSSIONS AND VIEWS-
Sauter vers: