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 La Grande Manip Békée, par Raphaël Confiant

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mihou
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Localisation : Washington D.C.
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15062006
MessageLa Grande Manip Békée, par Raphaël Confiant

La Grande Manip Békée, par Raphaël Confiant
14/06/2006

L’aristocratie békée, descendante des grandes familles esclavagistes des Antilles a toujours été perçue comme un groupe à part, rechignant ostensiblement à se mêler aux descendants d’esclaves, citoyens antillais d’aujourd’hui. Elle a souvent choqué l’opinion notamment en ne participant pas, et peut-être en « boycottant » les cérémonies du souvenir, de la mémoire collective caribéenne, française de la traite négrière, à l’instar de du centcinquantenaire de la seconde abolition de l’esclavage dans les colonies en 1998.



Pour ces raisons, la prise de position très médiatisée de M. Roger de Jaham, un Béké influent ayant participé à toutes les différentes commémorations de la traite négrière en 2006 a mis la société martiniquaise en émoi. M. de Jaham a souhaité que la date du 22 mai, qui marque la fin de l’esclavage en Martinique, soit celle des retrouvailles et non des repentances [source France-Antilles, 23.05.06]. Raphaël Confiant écrivain et intellectuel martiniquais très en vue s’est fendu d’un texte très typé, qui traduit l’élaboration conflictuelle et laborieuse d’un vivre-ensemble, avec le legs du passé et les inerties du présent. Transmis par une Karanaute, Afrikara publie cette réflexion sanguine de M. Confiant, pour servir et valoir, ce que de droit…







Penser la Martinique en terme de communautés est une ânerie journalistique. Une de plus, hélas ! Tous les historiens, ethnologues, anthropologues et autres sociologues qui étudient notre société depuis, disons 150 ans, sont d’accord sur au moins une chose : la seule communauté qui existe à la Martinique est la communauté békée. En effet, c’est le seul groupe à chercher à vivre résidentiellement à l’écart (passant de la Route Didier au Cap Est, par exemple), le seul à pratiquer une endogamie stricte et surtout le seul à avoir instauré des réseaux d’entraide financière et économique lui permettant de se perpétuer en tant que tel. Sinon, que messieurs les journalistes, nous disent qui est le représentant de la communauté mulâtre à la Martinique ? Qu’ils nous disent qui est le représentant de la communauté noire, et de la communauté indienne ? Oui, QUI ?



Soyons sérieux ! Qui oserait venir à la télévision et déclarer froidement, comme l’a fait ce Béké qui a occupé les ondes durant tout le mois de mai dernier, au nom de sa communauté selon ses dires : « Je suis monsieur Untel, représentant de la communauté mulâtre…ou noire…ou Indienne… ou Syrienne. » Et pourquoi pas « chabine » pendant qu’on y est ! On peut être journaliste et pas forcément ignare, nous semble-t-il. Des tonnes d’études de toutes nature démontrent que tout au long de l’histoire de notre pays, il n’y a jamais eu que deux groupes sociaux, deux ethno-groupes plus précisément :



.le groupe béké d’un côté, fonctionnant de manière communautariste.



.le groupe des gens de couleur, toutes ethnies confondues (mulâtre, nègre, indienne, chinoise, syro-libanaise etc.), fonctionnant de manière éclatée, diffractée. La tentative des Mulâtres, au 19è siècle, de s’instaurer en communauté distincte des Noirs a fait long feu, autrement il existerait aujourd’hui un Parti politique mulâtre à la Martinique. La tentative des Noirs d’exclure les immigrants hindous et de les ostraciser a, elle aussi, fait long feu et il n’existe ni Parti politique noir, ni Parti politique indien.



Donc quand un Béké vient à la télé pour justifier le comportement communautariste des siens en avançant comme principal argument que « chaque communauté en Martinique fonctionne pareil », il se livre à une vaste manipulation qui ne couillonne que ceux qui veulent bien se laisser couillonner. Le plus grave, en fait, c’est quand on trouve des journalistes de couleur qui, soit par bêtise crasse soit parce qu’ils sont payés par les Békés pour le faire, viennent tenir exactement le même discours, faisant fi des innombrables études dont nous avons parlé plus haut, notamment celles de M. Leiris, Kovatzs-Beaudoux, Cabort-Masson et bien d’autres. Répétons-le, après eux : il n’y a pas de communautés en Martinique, sauf la communauté békée.



D’autre part, nos chers journalistes -encore eux !- ont accordé une place tout à fait exagérée au soi-disant désir des Békés de faire repentance pour l’esclavage et de se considérer comme Martiniquais à part entière. Après tout, aujourd’hui, ces gens ne représentent qu’ 1% de la population martiniquaise et n’en détiennent que 30% des richesses. Quand on pense que jusqu’en 1848, ils en détenaient 95%, on mesure tout le chemin que les gens de couleur ont parcouru depuis et la seule chose que ces mêmes gens de couleur devraient s’attacher à faire, c’est continuer à travailler, à se battre, pour que ces 30% tombent à 20%, puis à 10%, puis à 5%. Ce qui est parfaitement faisable ! Regardons la quinzaine de super-marchés existant sur la ligne Rivière-Salée-Ducos-Lamentin-Fort-de-France-Schoelcher (où vit près de la moitié de la population du pays) : un seul appartient à un Békés. Un seul ! Donc qu’ils fassent repentance pour ceci ou pour cela, qu’ils se découvrent soudainement « natif-natal », ça ne regarde qu’eux. C’est leur problème ! Pas la peine d’en faire toute une histoire comme cette municipalité de gauche qui a accueilli une délégation d’une cinquantaine d’entre eux au nom de la « réconciliation ». Nous n’avons pas à perdre notre temps à nous réconcilier avec des gens qui continuent hypocritement à suivre un mode de vie communautariste et qui de toutes façons, plus le temps passera, pèseront de moins en moins dans notre devenir, et démographiquement et économiquement. Et pour en finir avec nos journalistes, on a eu envie de leur mettre des baffes lorsque certains se sont abaissés -s’imaginant sans doute revenus à l’époque du film « Devine qui vient dîner ce soir ? »- à demander aux divers représentants békés s’ils « accepteraient que leur fille épouse un Noir ». Non, mais on croit rêver, là ! Tout ça de belles négresses, de coulies magnifiques, de chabines solaires, de câpresses affriolantes, de mulâtresses pulpeuses, de Chinoises et de Syriennes ravissantes que compte notre pourtant petit pays, qui peut sérieusement croire qu’un Martiniquais normalement constitué puisse s’intéresser à une femme békée ? Franchetement ! comme dirait mon grand-père. A la rigueur, si j’étais journaliste professionnel, la seule question dans ce domaine que j’aurais posé à un Béké, juste pour voir sa tête et me marrer, ce serait la suivante :



« Vous qui avez baisé les Négresses pendant trois siècles sans jamais leur demander leur avis, qu’est-ce que ça vous ferait si aujourd’hui un Nègre venait vous demander la main de votre fille ? »

Là, on ne serait plus dans la flagornerie, dans la bêtise dégoulinante de ceux qui veulent à tout prix que nous tombions dans les bras de cette communauté insignifiante et qui, soit dit en passant, en trois siècles et demi, n’a pas produit un seul intellectuel de stature mondiale. Ceci dit, je n’ai rien en particulier contre la « communauté béké ». Qu’ils continuent à vivre entre eux, on s’en fout ! Mais je refuse qu’on vienne me raconter que les 99% restant de la population martiniquaise est partagée, elle aussi, en « communautés ».



C’est au mieux de l’ignorance. Au pire, de la désinformation…



Raphaël Confiant

Afrikara
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Ma devise:
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