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 Du concept d’ « ivoirité » - 3. D’Houphouët à sa succession

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Delugio
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Delugio

Nombre de messages : 107
Date d'inscription : 29/05/2005

08062005
MessageDu concept d’ « ivoirité » - 3. D’Houphouët à sa succession

Le 6 novembre 2004 a ouvert un vis-à-vis inattendu dans la crise qu’il faut bien dès lors appeler franco-ivoirienne. L’invisibilité, jusqu’alors, de l’engagement des pouvoirs français successifs dans la crise, a faussé toutes les analyses antécédentes au 6 novembre. Tous ou presque croyaient jusqu’alors qu’il s’agissait d’un conflit strictement interne à la Côte d’Ivoire.

Tout porte à croire à présent que c’est un conflit qui met aux prises, et à un niveau panafricain, ce qu’on a appelé la Françafrique pour ce qui concerne la Francophonie (on pourrait aussi parler de l’apartheid pour l’ancien monde anglo-saxon, les deux ayant été alliés au temps de l’apartheid) —, et ceux qui, tant bien que mal, essaient de croire à un nouveau type de relations entre les peuples issus de l’ancienne relation coloniale. Et c’est toute la question du développement des pays du Sud qui est en jeu.

Toutes les analyses anthropologiques, principalement françaises en l’occurrence, se voulant à usage interne ivoirien, sur l’ethnisme, l’ « ivoirité » et autres « miracle » ou « mirage ivoirien », ont fait long feu (même si certains de leurs auteurs tentent encore de les maintenir à bout de bras) face à ce qui s’est passé le 6 novembre. On peut dès lors remonter à un tournant essentiel du problème.

Au « bon vieux temps » dont une publicité récente (1) évoque la nostalgie, celle où le cacao fleurait bon l’accent soumis (que ladite publicité n’ose plus imiter, tout de même) du grand Nègre jovial (2) ; en ce bon vieux temps, le bon « or noir » des cabosses jaunes coulait à flot du port de San Pedro, à l’Ouest de la Côte d’Ivoire. À cette époque, la question de la citoyenneté des Nègres se posait encore moins que celle des « musulmans », alias « non-Européens », des départements français d’Algérie. Les citoyens étaient blancs, les sujets l’étaient moins, ou étaient carrément noirs.

Puis vint un temps où cela ne pouvait plus durer. Un temps qu’on hésite à qualifier : « ça finit quand l’Indépendance ? » demandent des Africains devant des Européens, qui croient parfois entendre une demande confuse de recolononisation, là où cingle l’humour qui constate : « indépendance » ! On ne nous la fait pas ! (Mais les Européens sont assez lents à comprendre l’humour, les provocations et le ton africains — jusqu’à en devenir prompts à dénoncer toute ironie comme « haineuse ».)

Bref, quand se profila à l’horizon le temps de ladite Indépendance, les temps changèrent. De zéro citoyen, l’Afrique noire passa à une poignée de citoyens français : pour la Côte d’Ivoire, essentiellement un : Félix Houphouët-Boigny, député et ministre de la République française. Lui n’est pas en cause en cela : il a été un homme remarquable, luttant pour la libération de son pays au point d’avoir été condamné à mort par le pouvoir colonial, et aux travaux forcés. Mais le poids de la France redeviendra, malgré sa lutte, significatif, puisque Houphouët sera le cœur de ce système que lui-même appellera la Françafrique (3) (on peut dire qu’il a été plus rapide à comprendre qu’un Sékou Touré qui, pour maintenir la résistance de sa Guinée, est finalement entré dans un cercle vicieux face au mur auquel il s’est heurté — bénéfice côté Houphouët : une apparence provisoire de développement). Les autres citoyens de Côte d’Ivoire — pas citoyens français ceux-là : n’oublions pas, c’est l’Indépendance ! — les autres citoyens auront le choix de voter… pour lui. Parti unique contre l’Union soviétique (qui a un peu bon dos) !

Puis vint un temps où cela non plus ne pouvait plus durer. Le mur de Berlin tombé, le discours de La Baule prend acte de ce que désormais la France montrée du doigt de droite et de gauche doit voir les choses autrement. À ma droite le FMI et les États-Unis entendant épousseter l’apparence du clientélisme Nord-Sud ; à ma gauche les peuples d’Afrique entendant acquérir leur citoyenneté.

À ma droite, on l’a vu, refleurira « y’a bon Banania », mais politiquement correct cette fois, c’est-à-dire désormais sans l’accent bon Nègre.

À ma gauche, depuis le temps du Parti unique, s’est constituée une opposition — opposition au Parti unique, et (ce qui est la même chose) à la France (toujours appelée, soit dit en passant, « métropole »). Cette opposition, pour instaurer la République comme démocratie doit nécessairement poser comme préalable un concept de citoyenneté.

Ce qui suppose la création d’un concept de nation, comme dépassement des appartenances ethniques, et comme levier de renversement du système pyramidal où le chef d’État est le seul citoyen — au sens plein (français en l’occurrence) — les autres ayant une fonction d’assesseurs électoraux. Et au cas où ils ne seraient pas suffisamment complaisants, au cas où ils prendraient au sérieux la réelle citoyenneté en train de se forger sous leur réflexion, on fera fonctionner le clientélisme au plan électoral comme il fonctionne au plan du commerce en général. La masse d’immigrés venus travailler à la seule ressource que la pyramide Nord-Sud concède à la terre « indépendante » — Y’a bon Banania — servira ponctuellement de supplétif électoral — mais que jamais on ne les fasse passer au creuset de la citoyenneté par l’octroi sérieux de la nationalité ! Alors des années 60 jusqu’au temps de la primature de Ouattara incluse, ils oscilleront entre appels, expulsions, cartes d’identité temporaires, le temps d’un vote, cartes de séjours plus ou moins provisoires. Ce que Gbagbo dénoncera dès lors, alors qu’il ira d’exil en prison, sous Ouattara, comme exploitation de « bétail électoral ».

Bénéfice françafricain certain : ce système pyramidal rend quasiment impossible le développement d’un concept ivoirien de citoyenneté, d’une vraie ivoirité (au sens non chiraco-bédiéiste ! – cf. ci-dessous). Et consolide la pyramide économique sur la base d’une pyramide d’appartenance nationale : la francité au sommet, le chef citoyen français unique, et les autres, à ranger au gré des ethnologues dans on ne sait quelle hiérarchie tribale !

Les choses étaient en l’État à l’époque où vint un temps où cela ne pouvait plus durer.

Il faut multipartitionner cela ! Alors que faire ? — se demande la Françafrique. Peu importe, mais surtout éviter qu’émerge un vrai concept citoyen.

La constitution ivoirienne d’alors stipulait qu’à la mort du « Vieux » — Houphouët —, le Président de l’Assemblée nationale lui succèderait. Ce qui est advenu, malgré quelques remous : Henri Konan Bédié devint donc le second Président de la République ivoirienne. Les meubles étaient saufs. Tout allait pouvoir continuer comme avant, sous réserve qu’il n’ait d’autre concurrent qu’un tenant d’une politique similaire. Pas de problème, se dit-on alors, celui-là existe : l’ancien Premier ministre d’Houphouët. Un seul petit problème, on n’est pas très sûr qu’il soit ivoirien : aux temps qui le verront finalement accéder à la primature, le journal Jeune Afrique (aujourd’hui L’intelligent) s’extasiait de voir ce jeune prodige « voltaïque (4) » être nommé au Département Afrique du FMI.

Bédié s’est emparé de la difficulté. Une loi a en effet été votée selon laquelle le candidat à la présidence de la République doit être ivoirien de naissance (comme aux États-Unis — moins drastiques que d’autres pays, comme en Tunisie, où il faut être Tunisien depuis quatre générations, par ex., etc.). Loi de circonstance s’indigne-t-on (comme si c’était une originalité ivoirienne qui venait d’être conçue) ! Quoiqu’il en soit, Ouattara lui-même s’est plié, et, dans un premier temps, ne s’est pas présenté, en attendant une meilleure loi. La plaie n’en enfle pas moins.

En 1999, s’annoncent les élections de juin 2000. Avec l’appui et le soutien explicite du FMI (par une lettre ouverte de son directeur Michel Camdessus à la Côte d’Ivoire, datée du 15 septembre 2000, en faveur de Ouattara qui a été fonctionnaire du FMI après avoir été fonctionnaire de la BECEAO au titre du Burkina Faso), Ouattara annonce sa candidature, provoquant une série de démissions dans son parti, le RDR, cette scission « moderniste » au sein de l’ancien parti unique, le PDCI. (Les démissionnaires – parmi lesquels Jacqueline Oblé, co-fondatrice du Parti ; Matthieu Tagbo, réprésentant le RDR à Paris, etc. – mettent en garde contre les risques de cette candidature qu’ils jugent non-constitutionnelle, et préfèrent que l’on attende une modification de la loi (5).)

Bédié (candidat de Chirac) s’empare du concept de citoyenneté ivoirienne, qui deviendra dès lors célèbre comme nouvelle qualification de l’ « ivoirité », concept dont il sait qu’il pourrait être parfaitement légitime, mais dont il use pour rappeler que son adversaire, houphouëtiste comme lui, n’est pas présidentiable.

Querelle de famille : à quelques nuances près, Bédié et Ouattara ont la même politique, celle de Paris / ou FMI version Paris. Paris où l’on ne peut donc que se réjouir de voir la bataille électorale prendre une allure de vraie bataille électorale, tout en ne mettant pas en cause le système pyramidal. Querelle similaire en quelque sorte à la querelle des anciens et des modernes au sein du RPR d’alors entre les chiraquiens et les balladuriens (ces derniers proches de Ouattara déjà au temps où il privatisait au profit des grands groupes français : rien de changé, mais tout ça avait une bonne allure « moderne »). Côté anciens, on soutient Bédié : Bernard Debré explique (6) qu’il n’y a pas lieu de faire un tel tollé en faveur de la candidature de Ouattara : Madeleine Allbright non plus, écrit-il, ne pourrait pas se présenter à la présidence américaine, et pour la même raison que Ouattara, sans que nul ne s’en offusque. Car à Paris on s’offusque. Et qu’importe si à la même époque Daniel Cohn-Bendit se voit refuser la candidature à la Mairie de Paris, qui n’est pourtant pas la Présidence de la République, pour cause de nationalité franco-allemande.

Ouattara a touché le point sensible : il a expliqué à Paris qu’on lui refuse la candidature à la Présidence ivoirienne parce qu’il est musulman ! Jusqu’alors une telle idée n’avait pas été entendue en Côte d’Ivoire : un « musulman » (Ouattara lui-même) avait même été Premier ministre — chose inimaginable en France ! À Abidjan, on va jusqu’à s’étonner (parfois maladroitement) d’entendre dire que Ouattara est « musulman » ! — ce qui n’est pas un concept ethnique ! Mais à Paris, cela fait mouche. La Côte d’Ivoire sera désormais le faire valoir et l’exutoire des difficultés françaises à l’égard des musulmans.

_________________________
(1) Avec un retour nostalgique de publicité évoquant le fameux slogan « Y’a bon Banania » ! Nostalgie accessoirement… relayée par tel article de tel journal à la réputation inentamable (Le Monde du 11.11.04, Éric Fottorino, article « Ivoirité ») !

(2) « Ils sont naturellement joyeux » assurera encore Jacques Chirac le 15 nov. 2004 (Le Monde, éd. du 16.11.04).

(3) Système analysé par F.-X. Verschave, La Françafrique, Paris, Stock, 1999.

(4) Jeune Afrique (aujourd’hui L’intelligent) n° d’août 1984 - qui à l’époque est assuré de sa « nationalité voltaïque », dira quelques années plus tard s’être alors trompé ! Comprenne qui pourra…

(5) Ainsi Jacqueline Oblé, dans Le Patriote journal du RDR, 28. 07 .1999.

(6) Dans Le Figaro du 25. 11. 1999.
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