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 Qui tue l'économie du Québec ?

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mihou
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15052006
MessageQui tue l'économie du Québec ?

L'Actualité, no. Vol:17 No:4
15 mars 1992, p. 17

Qui tue l'économie du Québec ?

Lisée, Jean-François

Jane JACOBS, économiste controversée et spécialiste de la croissance: .. Il manque un atout essentiel aux stratégies du Québec: une monnaie ! »

Jane Jacobs est un cas. Autodidacte, elle a élaboré une théorie économique qui bouscule tous les dogmes, ceux d'Adam Smith comme ceux de Karl Marx. La nation ? En économie, ça n'existe pas. L'agriculture ? Un effet secondaire de l'existence des villes. Les richesses naturelles ? Plus souvent un boulet qu'un atout. La péréquation, les subventions, l'aide au Tiers-Monde, l'industrie de la défense ? Autant de tickets pour l'appauvrissement. En prime, elle crie: A bas l'Europe unie et vive le Québec libre !

Américaine transplantée à Toronto pour cause de guerre du Vietnam, Jane Jacobs a un fan club, concentré au Québec. On trouve de ses disciples aussi bien dans la « gauche ,» indépendantiste, comme le politologue et ex-conseiller de René Lévesque, Daniel Latouche, que dans la « droite » fédéraliste, tel ex-conseiller de Bourassa et de Mulroney Marcel Côté.

Ses livres, L'Économie des villes et Les Villes et la richesse des nations, sont des succès de librairie aux États-Unis et dans plusieurs pays. Mais, dit Latouche, « c'est seulement au Québec qu'elle a de l'influence; aux États-Unis, les économistes ne lui parlent même pas. C'est peut-être en train de changer. L'an dernier, des économistes de Harvard et de l'Université de Chicago ont voulu comprendre ce qui faisait le succès économique d'une ville. Ils ont réuni les performances, sur 30 ans, de 170 régions urbaines puis les ont successivement passées à la moulinette des théories classiques, de celles plus récentes de l'économiste à la mode Michael Porter - gourou du ministre québécois Gérald Tremblay et du ministre fédéral Michael Wilson et enfin de celles de Jane Jacobs. « Les résultats ne sont pas favorables aux théories classiques, neutres en ce qui concerne celles de Porter et plutôt favorables à celles de Jacobs ,» rapportent les auteurs, José Scheinkman et Andrei Shleifer.

A 75 ans, l'esprit vif et le sourire narquois, Jacobs termine un bouquin sur « les fondations morales de la politique et du commerce, qui, si on les confond, entraînent la corruption et l'erreur». Pour la première fois, on pourra la lire en français ce printemps, car Boréal publie son livre précédent, sous le titre de Villes et nations. Paradoxalement, son ouvrage pro-indépendantiste, Québec and the Question of Separatism, n'a jamais été traduit.

Nous avons demandé à Mme Jacobs de commenter les nouvelles stratégies économiques du Québec: celle du ministre de l'Industrie et du Commerce, Gérald Tremblay, qui veut mobiliser les entreprises en les regroupant par « grappes » travaillant dans un même secteur, ainsi que le plan de relance du Grand Montréal du ministre Daniel Johnson. Durant la longue entrevue qu'elle nous a accordée à sa résidence de Toronto et dont voici l'essentiel, Mme Jacobs a refusé de dévoiler quelle note globale elle donnait à l'un et à l'autre. Mais on sent bien qu'elle penche pour « incomplet ».

L'actualité: A quoi attribuez-vous le fait que l'Ontario soit devenue le centre économique du Canada plutôt que le Québec ?

Jane Jacobs: D'abord Montréal n'a pas su diversifier sa production quand Toronto s'est mise à la concurrencer sur ses propres produits. Ensuite, vos politiciens et vos banquiers ont cru que la richesse provenait des ressources naturelles, alors qu'elle vient du tissu urbain, des importations qu'on reproduit sur place, qu'on améliore, puis qu'on réexporte. Ce déclin du Québec aurait pu être corrigé si vous aviez eu votre propre monnaie.

L'actualité: De quelle façon ?

Jane Jacobs: La monnaie donne des informations essentielles à l'économie. Elle agit automatiquement comme barrière douanière et comme subvention à l'exportation. Les difficultés de Montréal auraient provoqué une baisse de la valeur de la monnaie québécoise, faisant augmenter le prix des importations et baisser celui des exportations. Ce qui aurait poussé l'économie montréalaise à produire sur place plus de produits importés. Une fois la machine repartie, la monnaie aurait grimpé de nouveau, réduisant le prix des importations nouvelles dont l'économie, en expansion, aurait eu l'usage, ses besoins en approvisionnement ayant grandi.

Mais comme, depuis quelques décennies, la valeur de la monnaie canadienne a été essentiellement contrôlée par l'économie de Toronto, les informations données étaient pertinentes pour les industries torontoises, en expansion, mais complètement fausses pour les industries montréalaises, en déclin. Plus votre capacité d'innovation et de remplacement des importations s'est affaiblie, plus vous avez été influencés par une monnaie qui vous envoyait des informations à contretemps, et plus vous avez décliné. Les Maritimes ont le même problème.

Cela me renverse de voir les souverainistes québécois proposer de garder la monnaie canadienne. S'ils la gardent, il faut que ce ne soit que temporaire et que la transition se fasse en quelques années. Les riches villes-États de Singapour et de Hong Kong ont leur propre monnaie, qui leur est extrêmement précieuse.

L'actualité: Le Parti québécois propose de garder le dollar, de peur que la création d'une monnaie québécoise suscite une crise de confiance.

Jane Jacobs: Si des gens doutent de leur capacité de gérer leurs affaires, peut-être ne sont-ils pas prêts pour la souveraineté. Ils ont peur que la valeur d'une monnaie québécoise tombe, alors que ce serait sûrement une bonne chose pour aider les exportations québécoises et inciter à produire localement des produits jusque-là importés. Tout le monde pense que c'est préférable d'avoir une monnaie forte, comme si c'était le score d'un match de football. En fait, c'est un handicap terrible pour les exportations.

L'actualité: Votre ami Marcel Côté vous suit, en théorie, jusque-là. Mais il dit que ça augmenterait considérablement le coût de refinancement de la nouvelle dette du Québec, qui atteindrait plus de 100 milliards en dollars américains ou canadiens, au-delà de la capacité de payer des contribuables. Donc, dit-il, à cause de la dette, la souveraineté est, en pratique, impossible.

Jane Jacobs: Il a peut-être raison, mais ça n'a pas été le cas pour un grand nombre de petits pays devenus souverains, comme la Norvège. Evidemment, aucun de ces pays n'héritait d'une dette aussi énorme que celle du Canada. Mais si nous continuons sur notre lancée, nous serons incapables de payer notre dette de toute façon. Compte tenu de cette contrainte, la meilleure manière de devenir indépendant c'est sans doute graduellement. C'est vrai qu'il y a un coût économique plus grand à cause du sentiment anti-Québec. Je sens qu'il y en a plus maintenant qu'en 1980. Mais plus on attend...

L'actualité: L'Europe est en train de se donner une monnaie unique. Selon votre théorie, est-ce une erreur ?

Jane Jacobs: Oui, et ils vont finir par s'en rendre compte. Ils disent qu'ils vont économiser sur les frais de change. C'est de la foutaise, surtout avec les ordinateurs qui rendent les coûts insignifiants. Ils veulent encore créer les « États-Unis d'Europe ». Ils avaient eu l'idée pendant les années 40, quand les États-Unis étaient en expansion. Ce n'est plus le cas, mais ils continuent à les copier. Ça va être beau ! Voyez leur zèle de standardisation: d'accord pour les prises d'électricité compatibles, mais ils veulent des normes européennes sur le pain, la bière, la construction, toutes sortes de choses. Plus on standardise, plus on tue le terrain fertile de la diversité et de l'innovation. C'est une stratégie de déclin. Ils semblent penser que le fait de créer un marché unique plus grand que celui du Japon et des États-Unis va les aider. Mais ce n'est pas la grandeur du marché qui a fait le succès du Japon, c'est le remplacement d'importations, puis l'innovation, puis l'exportation de ces innovations. Multiplier les fusions pour rivaliser en grosseur avec les compagnies japonaises ne tient pas non plus, car les compagnies nippones ressemblent plus à des grappes qu'aux grandes compagnies occidentales.

L'actualité: Vous avez lu le « Plan stratégique du Grand Montréal » du ministre Daniel Johnson et la stratégie industrielle du ministre Gérald Tremblay. Qu'en pensez-vous ?

Jane Jacobs: J'y ai trouvé de très bons éléments. On pense trop souvent que la clé de l'économie, c'est une grosse entreprise. Dans ces textes, on reconnaît que la clé réside dans des groupes d'entreprises reliées par leurs activités manufacturières ou commerciales. Ces grappes sont plus productives qu'une seule grosse entreprise, car plus vous avez d'unités économiques séparées, plus se multiplient les occasions d'innover. On a prouvé qu'en gros les petites entreprises créent de l'emploi et les grosses en perdent.

L'actualité: Y voyez-vous d'autres virages prometteurs ?

Jane Jacobs: C'est un peu trop faible et un peu trop lent. Toutefois je constate un début de prise de conscience que les ressources naturelles ne sont pas la base de la richesse. On commence à admettre que le tissu économique de la ville constitue le moteur de la richesse, qui réussit toujours à trouver les ressources nécessaires. Faire du Grand Montréal un cas à part, qui mérite attention, est un progrès en ce sens. Aussi, je perçois un sain enthousiasme pour la formation de la main-d'oeuvre. C'est au moins aussi important que les universités.

L'actualité: Y a-t-il aussi des choses que vous n'aimez pas ?

Jane Jacobs: Oui, c'est une pensée statique. Je ne pense pas que les auteurs de ces deux rapports le comprennent, mais les grappes créatrices se forment et se déforment constamment. Des fournisseurs deviennent innovateurs et exportateurs à l'extérieur de leur grappe, et peuvent créer leurs propres grappes. Leur concept figé des grappes aurait pu s'appliquer à l'industrie américaine de l'automobile, qui avait ses grosses compagnies et ses fournisseurs. Mais cette grappe-là est devenue complètement stérile, parce que les fournisseurs devaient se conformer aux spécifications et n'avaient pas de marge de créativité.

L'actualité: Y a-t-il quelque chose dans ces rapports qui « figerait » les grappes ?

Jane Jacobs: Nous sommes en présence de grands chefs d'orchestre qui pensent savoir qui sont les fournisseurs, qui sont les clients et comment ça devrait se passer. Mais ils n'ont qu'une photographie. Or un film ne doit pas ressembler à une photographie. On peut tuer une ville en forçant les gens à rester au même endroit. C'est ainsi que Détroit est morte. Rochester, au Massachusetts, qui était une ville à la pointe de la recherche, de l'innovation et de la formation, a été tuée par une grappe rigide dominée par Kodak, à qui on a décidé de tout subordonner. Je ne pense même pas qu'il faut faire des schémas de grappes. On court le risque de créer une oligarchie, de se mettre au service de ce qui existe, plutôt que de ce qui pourrait émerger.

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Qui tue l'économie du Québec ? :: Commentaires

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Re: Qui tue l'économie du Québec ?
Message le Lun 15 Mai - 22:01 par mihou
L'actualité: Dans la grappe de métaux, Québec a favorise la création d'un institut de la technologie du magnésium, un produit d'avenir. Une bonne idée ?

Jane Jacobs: Ça vaut la peine d'essayer. Mais il y a un élément de croissance beaucoup plus important que la nouvelle stratégie ignore, c'est le rôle énorme des « fugues », je veux dire des salariés qui démissionnent pour créer une nouvelle entreprise. Ces divisions sont extrêmement innovatrices. Ils forment une petite compagnie pour fabriquer un produit nouveau grâce à leurs épargnes et à un petit prêt. Si, en expansion, ils trouvent un bon financement -là, c'est essentiel -, l'entreprise décolle, embauche, achète. Mais les grandes compagnies, les oligarchies, détestent ces fugues. Si vous planifiez en fonction de grappes figées, vous allez agir directement ou indirectement de façon à décourager les fugues. C'est ce qui a détruit Rochester.

L'actualité: Comment peut-on encourager la création des petites entreprises ?

Jane Jacobs: Toutes les petites entreprises de haute technologie qui se sont créées à Boston et à Cambridge s'accordent pour dire combien la disponibilité de locaux bon marché dans la ville a été essentielle au départ. Si le centre de Montréal est dans la dèche, ça peut constituer un actif. Il ne faut surtout pas démolir les édifices non rentables ou un peu délabrés, ou les remplacer par un stationnement. Pour le reste, il y a très peu de choses que l'État doive faire, sinon ne pas leur imposer trop de bureaucratie.

L'actualité: Mais les nouvelles stratégies du Québec parlent de financer l'innovation.

Jane Jacobs: Oui, mais elles se concentrent sur des produits existants et sur leurs coûts de production. Lorsqu'ils discutent d'Hydro-Québec, ils ne parlent que d'hydro-électricité. Mais il est parfaitement possible que dans 25 ans de nouvelles techniques de production de l'électricité vont coûter moins cher que l'hydro-électricité. Le principal produit d'Hydro ne sera plus concurrentiel. Je ne dis pas que c'est ce qui va se passer, je dis que personne ne sait ce qui va se passer. Il ne peut pas, il ne doit pas y avoir de chef d'orchestre. La seule façon de se préparer à l'avenir est d'avoir beaucoup de fers au feu. Alors l'insistance de MM. Tremblay et Johnson sur les produits existants et les grappes servant des industries existantes, et leur notion limitée de l'innovation me rappellent les erreurs de l'industrie automobile américaine.

L'actualité: Quelle est votre vision de l'innovation ?

Jane Jacobs: Il faut agir comme si son principal produit allait disparaître. Les produits de pointe aujourd'hui sont les has-been de demain. Les produits radicalement nouveaux apparaissent là ou on ne les attend pas. Les constructeurs de fiacres n'ont pas inventé l'automobile. Les fabricants de stylos à encre n'ont pas inventé le stylo à bille. IBM n'a pas invente l'ordinateur personnel. Ces trouvailles sont généralement ridiculisées dans un premier temps, par l'industrie et par les bureaucrates. Les planificateurs réagissent souvent en disant qu'une innovation n'est pas assez importante ou qu'elle nuit à l'industrie au sens large.

Par ailleurs, il se dégage de ces rapports un message qui m'agace. Ils disent: « Nous allons tous travailler ensemble pour faire concurrence au monde entier. » La plus importante concurrence, la plus fructueuse, ne doit pas être contre le monde mais à l'intérieur du Québec. La véritable innovation va probablement rendre caduques certaines de ces grappes. Et dans leur zèle exportateur, les auteurs ne reconnaissent pas le grand rôle joué par le marché intérieur québécois. Or les exportations importantes, innovatrices, naissent grâce au marché intérieur.

L'actualité: Mais ces grappes exportent déjà

Jane Jacobs: Très bien, mais il y a chez vous des endroits inexplorés. Partout, dans ces rapports, on dit qu'il faut croître en préservant l'environnement. Mais entre les lignes, on sent que c'est une contrainte, un boulet. Alors qu'au contraire, c'est une occasion. Si vous avez des problèmes de pollution, des tas de gens à l'étranger en ont aussi. Et si vous trouvez une solution pour un type d'industrie polluante, vous vendrez cette solution ailleurs. Tout ce qui manque ou qui cloche appelle une réponse, un produit, une vente. Je ne veux pas être trop dure avec ces stratégies. Mais il leur manque des éléments essentiels pour assurer la croissance.

L'actualité: Avant de vous lire, je croyais que la TPS était une pilule amère, mais bénéfique. La taxe s'étend aux services et ne pénalise plus le seul secteur manufacturier. La percevoir à chaque étape empêche la fraude. Mais vous dites qu'elle poignarde au coeur les producteurs de richesse.

Jane Jacobs: Oui, car elle frappe les entreprises les plus performantes. La TPS est perçue au moment de la vente lorsqu'une compagnie a fini de travailler le produit. Une grande entreprise qui intègre beaucoup d'opérations sous un même toit ne paie qu'une fois, à la fin. Mais si le même processus est réalisé dans une grappe de petites entreprises, la taxe est perçue à chacune des étapes. La somme est la même, mais on impose des frais d'administration supplémentaires aux petites entreprises et on les oblige à payer plus tôt, ce qui affecte leur trésorerie. Structurellement, c'est discriminatoire envers les P.M.E. et les grappes.

L'actualité: Si vous étiez, aujourd'hui, maire de Gaspé, capitale d'une région très pauvre économiquement, que feriez vous ?

Jane Jacobs: Je ferais comme des gens de la ville de Eugene, en Oregon. Ils souffraient du déclin des pâtes et papiers. Une jeune femme, travaillant dans un comité de quartier, aidée d'un assistant,

d'une secrétaire à temps partiel et d'un budget de 38 000 dollars pour un an, a décidé de promouvoir l'industrie locale. Elle a commencé par le responsable des achats d'une station de télé, ou on utilisait une grande quantité de formulaires pré-imprimés, importés de Los Angeles. Elle a trouvé un imprimeur local qui pouvait, en y trouvant son profit, faire économiser 1500 dollars à la station pour la première commande seulement. (Le coût de revient plus faible s'explique par les économies de transport et de frais généraux.) Depuis 1983, elle a répété l'opération des dizaines de fois, pour des sacs de sport importés de Corée, des pneus de bicyclettes importés de Taiwan... La somme moyenne économisée est de 20 %. Durant la première année, les 38000 dollars investis ont rapporté 5000 fois cette somme en chiffre d'affaires local supplémentaire. Et la petite imprimerie, qui a fait la première transaction, exporte maintenant sur toute la côte ouest.

L'actualité: Pourquoi cela ne se produit-il pas naturellement ?

Jane Jacobs: Les responsables des achats ont souvent la certitude que les produits ne pourraient pas être fabriqués localement. A Eugene, les services du gouvernement de l'État étaient contre, puis l'idée est devenue si populaire qu'elle a été étendue à une douzaine de localités. Depuis, ils ont mis au point un système informatisé qui couvre tout l'État, pour pouvoir coupler fournisseurs et acheteurs plus éloignés. (ça pourrait se faire en Gaspésie. L'économie n'y serait pas en forte expansion, mais ce serait suffisant pour réduire le chômage.

L'actualité: Bref, on peut relancer l'économie du Québec, de Montréal et de la Gaspésie, sans faire l'indépendance ?

Jane Jacobs: Absolument, mais ce serait beaucoup plus facile si vous la faisiez, avec votre propre monnaie. L'autre gain important de la souveraineté, c'est la confiance en soi. Qu'est-ce que ça veut dire « Maîtres chez nous » ? Ça veut dire que vous devenez responsables. Vous ne voulez pas être comme les Maritimes, dépendre du reste du pays, mais c'est là que vous vous en allez. Si vous ne faites pas l'indépendance, il vous faut au moins des pouvoirs spéciaux, payés à même vos impôts. Car plus vous serez dépendants, plus vous serez pauvres. Sans pouvoirs spéciaux ou l'indépendance, vous déclinerez. En un sens c'est dommage que les Québécois n'aient pas dit « Oui » en 1980. Tout le monde alors avait peur de perdre les liens politiques et économiques avec le reste du Canada. En quoi ces liens vous ont-ils aidés depuis 10 ans ? .
 

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