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LA FRANCE NON RECONNAISSANTE
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 COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°552)

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mihou
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Nombre de messages : 8069
Localisation : Washington D.C.
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10052006
MessageCOURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°552)

COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°552)

Mercredi 10/05/06
Merci de faire circuler et de diffuser largement.

Le Courriel est reçu aujourd'hui par 54318 abonnés
______________________________

S'abonner ou se désabonner http://france.attac.org/a3652

Confort de lecture et impression papier:
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Format PDF http://www.france.attac.org/IMG/pdf/attacinfo552.pdf
______________________________

1. - EAU PRIVÉE OU PRIVÉS D’EAU ?
C’est sur la base du « modèle » français que la Banque Mondiale et le
Fonds Monétaire International (FMI) pensent, conçoivent et organisent la
sauvegarde et le sauvetage d’un des biens les plus essentiels et les
plus menacés de l’Humanité : L’EAU.
Par le Groupe Eau ATTAC 45 - http://www.local.attac.org/attac45/

2.- LES POPULATIONS DES BANLIEUES PAUVRES SONT VICTIMES D’UNE TRIPLE
SEGREGATION : GEOGRAPHIQUE, SOCIALE ET ETHNIQUE.
Les banlieues ont une histoire. En ville, jusqu’au 19è siècle, la
ségrégation était plus horizontale que verticale : les milieux
populaires habitaient les derniers étages des immeubles, les catégories
aisées logeaient dans les appartements spacieux à mi-hauteur. Les
différentes catégories sociales coexistaient dans les centres-villes.
Par Denis Chagnolleau, Attac 45.

-------------------------
Pour une agriculture biologique de qualité :
La FNAB et IBB recueillent 110 000 signatures

Mercredi 26 mai à 13h, la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique
des régions de France et Inter Bio Bretagne remettront au Cabinet de
Dominique Bussereau quelques 110 000 signatures de leurs pétitions
contre le projet de la Commission européenne de révision du règlement
communautaire de l’agriculture biologique, et pour un projet plus
ambitieux, en phase avec les attentes de la profession.
Depuis 1992, l’agriculture biologique est encadrée au niveau européen par
une réglementation détaillée, traduction pédagogique et concrète de ses
principes fondateurs. Ce cadre a permis son développement en lui
garantissant une identité reconnue par l’ensemble des partenaires de la
filière jusqu’aux consommateurs. Sans tenir aucun compte des demandes
des acteurs concernés, la Commission Européenne a présenté en décembre
2005 un projet de révision de l’actuelle réglementation, rejeté aussitôt
et massivement par les opérateurs européens de l’agriculture biologique.
Récemment, la présidence autrichienne a présenté un nouveau projet, plus
conforme à l’éthique bio, mais reprenant encore de nombreux points
inacceptables, et notamment la flexibilité négative (pouvoir faire moins
bien que la réglementation) selon un cadre vague, et le refus de
protéger la bio des OGM.

La FNAB et Inter Bio Bretagne ont souhaité voir s’exprimer le soutien des
consommateurs et des citoyens à leur projet pour la bio. Avec ces
quelques 100 000 signatures recueillies, elles considèrent qu’elles sont
effectivement suivies. Lors de la remise de ces signatures, nous
demanderons à Dominique Bussereau de soutenir au niveau européen une
réglementation exigeante pour l’agriculture biologique, telle que
professionnels et consommateurs le demandent.

Contact presse :
Vincent Perrot, 06 84 10 43 79
Gaëlle Matthieu-Kone, 02.99.54.03.30

______________________________

1. - EAU PRIVÉE OU PRIVÉS D’EAU ?
L’enjeu de la gestion de l’eau.

PPP : Prévention, Pérennisation, (Bien) Public ? Non. Partenariat
Public-Privé ! C’est sur la base du « modèle » français que la Banque
Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI) pensent, conçoivent
et organisent la sauvegarde et le sauvetage d’un des biens les plus
essentiels et les plus menacés de l’Humanité : L’EAU. « Allier la vertu
du Public à l’efficacité du Privé au sein d’un partenariat » : voilà
posée, au travers d’une formule toute simple et tranchée, la
justification de la délégation de service Public.

« Les ressources naturelles sont inépuisables » [1] et « La population a
de mauvaises habitudes... Il faut apprendre aux gens à se baigner une
fois par jour, à arroser leurs plantes, à laver leurs voitures... » [2]
deux citations qui font écho au système mis en place et qui interpellent
quant au rôle que jouent les « industriels » de l’eau et les
investisseurs privés dans la préservation et la pérennisation de la
ressource.
« L’eau est un bien social, mais aussi économique » [3]. Qu’est-ce qu’un
bien économique sinon une marchandise ? Un bien commun à tous, un bien
social, une ressource vitale à la survie individuelle et collective
doit-elle être gérée par la main (« invisible » ?) de quelques-uns ou
les choix de tous ? Ces trois grandes problématiques se posent pour
nombre de ressources et de services publics, mais la question de l’eau
touche à toutes les dimensions de l’être humain, à sa nature même (elle
est l’un des premiers constituants du corps humain), à ses activités
(industrielles, agricoles, loisirs,...) en passant par certains grands
principes qu’il tente d’établir comme étant universels (le droit à la
vie entre autres et donc l’égalité d’accès à certaines ressources
essentielles). Cette question est aussi présente à tous les niveaux
géographiques, de la ville au niveau planétaire en passant par les
échelles nationale et continentale. Elle se pose enfin en terme de choix
politique, le citoyen devant reprendre dans ce domaine toute la place
qui lui revient en pesant sur les décisions qui engagent non seulement
l’individu, mais aussi la collectivité présente et surtout à venir.
Se pencher sur la situation locale c’est, avec une bonne perspective, se
donner les moyens d’agir à tous les autres échelons.

Le Partenariat Public Privé, « la vertu du Public » et « l’efficacité du
Privé »

D’où le « Privé » tire-t-il son efficacité ? Du marché, car il fonctionne
selon la règle (dans l’idéal libéral) du libre échange. Cette règle
consiste à mettre en relation l’offre et la demande pour parvenir à une
solution satisfaisante pour chacune des parties grâce au jeu de la
concurrence libre et non faussée (pour ceux qui auraient un blanc
concernant cette notion, reportez-vous au « projet » de Traité
Constitutionnel Européen). Dans le cas du captage, du traitement et de
la distribution de l’eau, à quel niveau s’exerce ce « jeu » de la
concurrence ?

Au niveau du captage, il est difficile en pratique d’exploiter une même
ressource (nappe ou cours d’eau) sur une zone géographique relativement
restreinte en faisant appel à plusieurs exploitants (en France comme
dans le monde entier, l’eau est d’abord issue de ressources locales, si
on met à part les eaux de source ou minérales). La multiplication des
points d’entrée entraînerait une surexploitation et une dégradation
accrue de la ressource. Dans le Loiret, la ressource provient
essentiellement de captages d’eau souterraine (environ 240 captages en
eaux souterraines).

Au niveau du traitement de l’eau, on imagine mal comment pourrait
s’organiser une quelconque concurrence à partir de points de prélèvement
uniques pour une zone géographique donnée. Même remarque pour la
distribution, à moins de construire un réseau par distributeur, ou
d’envisager des créneaux horaires de distribution pour chaque opérateur
dans l’unique réseau.

On voit donc que, en pratique, pour une ressource issue d’une zone
géographique bien délimitée et qui doit être distribuée localement au
travers d’un réseau relativement encombrant et long à mettre en place,
il n’est pas possible de multiplier les opérateurs. Seul un opérateur
unique peut exploiter et gérer le système de distribution des eaux.

En théorie, la concurrence citée précédemment s’exerce au moment du choix
dudit opérateur. Le plus souvent, les contrats passés avec l’opérateur
sont signés pour une durée d’au moins 20 ans et les clauses de
renégociation qu’ils comportent sont en pratique très peu utilisées
(moins de 3 % des contractants y ont recours par an). De plus, la mise
en balance entre solution privée et solution publique est rare dans une
France dont 75 à 80 % de la population est desservie par les trois
grands industriels de l’eau que sont La Lyonnaise, Veolia et la SAUR. De
même, la concurrence entre opérateurs privés reste toute théorique
puisque ceux-ci se sont le plus souvent entendus pour se partager les
marchés. Parfois aussi le système de mise en concurrence est impossible
de fait, car le seul accès à la ressource est détenu par un unique
opérateur, privé bien entendu. C’est le cas à Saint Jean de la Ruelle,
comme nous allons le montrer par la suite.

Ainsi, si la concurrence est totalement absente des choix liés au secteur
privé, sur quoi repose l’efficacité du système mis en avant au sein du
PPP ? En réalité, l’enjeu économique (et politique) principal de la
gestion de l’eau (mais c’est aussi le cas pour d’autres types de
services) réside dans le choix entre monopole privé (oligopole à
l’échelle nationale) ou public. La situation de l’agglomération
d’Orléans est intéressante car elle regroupe plusieurs cas de figure
assez représentatifs des options possibles. Les trois opérateurs privés
sont représentés : la SAUR (Groupe Bouygues) sur Fleury les Aubrais, la
Compagnie Générale des Eaux (Veolia ex Vivendi Environnement) sur Olivet
et la Lyonnaise des Eaux (Groupe Suez) sur Orléans ; Semoy, St Jean de
Braye, St Denis en Val et St Jean le Blanc à l’est, St Privé St Mesmin
au sud-Ouest et Ormes au Nord-Ouest ont aussi délégué leur service
public de l’eau ; les autres communes fonctionnant en régie municipale.
Saint Jean de la Ruelle fait face aujourd’hui à une situation
particulière : ses accès à la ressource sont depuis 2001 considérés
comme non protégeables, et il lui faut maintenant trouver de façon
urgente une solution pour la fourniture en eau de ses habitants.

Une première possibilité consisterait à se raccorder au réseau de
distribution d’Orléans en achetant l’eau à la Lyonnaise, seule option
mise en avant par la municipalité de St Jean jusqu’à ces dernières
semaines. La seconde possibilité, prise en compte depuis peu par la
municipalité reposerait sur le raccordement au réseau de Saran, qui,
grâce à de nouveaux forages, se retrouve en capacité (sur le plan
quantitatif et qualitatif) d’alimenter plusieurs communes de
l’agglomération dans un cadre intercommunal de gestion publique. On voit
que, même si une mise en balance de deux options existe, elle n’est pas
du type mise en concurrence de plusieurs opérateurs mais plutôt
confrontation de deux modèles de gestion aux intérêts divergents.

La présentation actuelle du problème « EAU », que ce soit au travers des
médias ou des institutions, porte essentiellement sur trois aspects : la
raréfaction (aspect quantitatif lié à la sécheresse), les catastrophes
(dégâts causés par les inondations), et la qualité de l’eau distribuée,
seul point présenté de façon relativement positive. Les deux premiers
aspects sont encore souvent considérés par la plus grande majorité comme
des phénomènes naturels dont l’homme serait la victime. Ainsi les
solutions avancées consistent-elles bien souvent à rechercher des moyens
de domestication (barrages, aménagement et protection des zones
inondables) et l’accès à de nouvelles ressources (« Les ressources
naturelles sont inépuisables »). Or l’homme est ici, comme dans beaucoup
d’autres domaines, avant tout victime de ses pratiques, de ses méthodes
et de son absence totale d’anticipation, bref de son aveuglement.

Le troisième élément que l’on retrouve mis en avant au travers des médias
mais aussi des publications d’institutions (Agences de l’Eau, Direction
Générale de la Santé, Office International de l’Eau...), sans parler des
campagnes de publicité orchestrées par le syndicat des « industriels »
de l’eau, porte sur la qualité de l’eau distribuée au robinet. Et là, la
tendance est à l’optimisme. Cependant, s’il est vrai que les normes
(plus sévères) sont mieux respectées (en distribution), ce n’est pas le
fait d’une amélioration de la ressource mais la conséquence de
traitements supplémentaires avant distribution et surtout de l’abandon
des ressources trop polluées, non-conformes ou improtégeables. [4]

Ainsi, dans le Loiret, ce sont plusieurs dizaines de captages qui ont été
abandonnés sur plus de quinze ans. Sur St Jean de la Ruelle, l’abandon
des trois captages résulte de l’impossibilité de mettre en place les
périmètres de protection prévus par la loi (du fait de leur localisation
en zone trop urbaine).
En outre, environ la moitié de la superficie du département du Loiret est
classée en zone vulnérable (risque de pollution lié à l’activité humaine
important et/ou protection naturelle de la ressource faible).

Face au problème de pollution de la ressource, l’intérêt de l’opérateur
privé est-il le même que celui de la puissance publique ? Une
dépollution génère, pour un « industriel » de l’eau, une plus-value.
Quel investisseur privé se plaindrait d’un bénéfice supplémentaire ?
Dans le cas d’une gestion publique, au contraire, c’est un coût
supplémentaire.

La raréfaction et la pollution de la ressource, qui sont les deux grandes
problématiques actuelles de la gestion de l’eau, sont liées
essentiellement à une agriculture productiviste à l’extrême et
autodestructrice à terme, à des méthodes de production très gourmandes
en eau (plusieurs centaines de m3 pour la production d’une voiture) et à
un développement irraisonné de la consommation en eau des particuliers
(laver la voiture, arroser le jardin...). Les réponses à cette fuite en
avant vers toujours plus de consommation sont connues : le retour à une
production agricole locale et plus respectueuse de l’environnement
(productions bio, Associations pour le Maintien d’une Agriculture
Paysanne AMAP, etc.), une réflexion sur sa consommation d’eau (économies
d’eau, satisfaction des besoins essentiels et non superflus :
consommation humaine et hygiène) mais aussi sur sa consommation d’une
façon plus générale.
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COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°552) :: Commentaires

On le sait, le monde, en matière d’eau, se met à l’heure française et
passe peu à peu sous la coupe des trois grandes multinationales de l’eau
françaises. Avec quels moyens sont-elles parties à la conquête de cet
immense marché captif (quel être humain peut se passer d’eau ?) ? Avec
la rente de l’eau engrangée grâce à la délégation de service public
devenu le modèle dominant en France (et aussi sur l’agglomération en
pourcentage de la population desservie et non en nombre de communes).
Non seulement les bénéfices amassés leur permettent de s’imposer dans le
domaine de l’eau (alliances, rachats de concurrents) mais aussi
d’étendre leurs activités aux domaines des déchets et de l’énergie pour
rester dans le champ assez large de l’environnement, ainsi qu’à ceux des
médias ou de l’immobilier, domaines n’ayant plus rien à voir avec l’eau.
Peut-on parler « d’industrie » de l’eau ? Quel est le degré de
transformation, de création, de valeur ajoutée par rapport à la
ressource, surtout si l’objectif à terme est la plus grande viabilité de
la ressource ? Il s’agit bien là d’un exemple type de la logique du
modèle économique dominant : on crée la pollution et ce faisant on
génère un nouveau marché (de dépollution).

Dans les pays pauvres, le système du Partenariat Public Privé est un
véritable obstacle à l’accès à l’eau potable pour les populations. En
effet, la puissance publique étant quasiment inexistante (du fait des
réformes structurelles imposées par la Banque Mondiale et le FMI), les
investisseurs privés se contentent bien souvent de faire avec l’existant
et de développer un réseau et un service auprès des seules populations
solvables (une minorité). On assiste même souvent à un véritable vol des
infrastructures publiques existantes avec captation de l’usufruit des
installations. On voit que des choix locaux peuvent mener à la création
et au renforcement d’acteurs et d’un système qui font obstacle à
l’exercice d’un droit élémentaire : l’accès à l’eau potable.

Notes :

[1] Jean-Baptiste Say (1767-1832), disciple et vulgarisateur d’Adam Smith.

[2] M. Alvaro Larrea Alarcon, ingénieur du fonds national de
développement régional (Bolivie).

[3] Denis Cravel, Spécialiste de l’eau à la banque interaméricaine de
développement (BID).

[4] La Loi fait obligation de mettre en place des périmètres de
protection des ressources en eau destinées à la consommation humaine.
Ils ont pour objet de protéger la ressource en maîtrisant l’implantation
des activités polluantes et en réglementant certaines pratiques à son
abord, en application du Code de la Santé Publique et de la loi sur
l’eau.

Groupe Eau ATTAC 45
Décembre 2005

Sites à consulter :
http://www.blueplanetproject.net/french/
http://www.acme-eau.com/
http://eau.apinc.org
http://www.france.attac.org/r43

A lire :
● Manière de voir n°65 La ruée vers l’eau
● L’Eau de Vivendi. Les Vérités inavouables. Plongée dans les
abysses de l’Empire, de Roger Lenglet et Jean-Luc Touly, Alias/Patrick
Lefrançois, 192 p., 17,95 euros.

2.- LES POPULATIONS DES BANLIEUES PAUVRES SONT VICTIMES D’UNE TRIPLE
SEGREGATION : GEOGRAPHIQUE, SOCIALE ET ETHNIQUE.

Les banlieues ont une histoire. En ville, jusqu’au 19è siècle, la
ségrégation était plus horizontale que verticale : les milieux
populaires habitaient les derniers étages des immeubles, les catégories
aisées logeaient dans les appartements spacieux à mi-hauteur. Les
différentes catégories sociales coexistaient dans les centres-villes :
les petits artisans, commerçants, ouvriers, dockers, apprentis,
domestiques, employés, lavandières... y croisaient les riches bourgeois
et les aristocrates... La ville était de taille humaine et il existait
une vie de quartier avec des solidarités de voisinage. Sur Paris, cette
situation a perduré jusque dans les années 1950.

La Révolution industrielle du 19è siècle a changé la donne : le
développement industriel a concentré les ouvriers, issus de l’exode
rural, dans les zones à la périphérie des centres urbains anciens et
dans des villes nouvelles à proximité des nouveaux lieux de production.
Progressivement une ségrégation géographique s’est mise en place, les
milieux populaires ont été exclus des centres-villes à cause de la
hausse des loyers liée à une demande croissante de logement avec
l’afflux des populations rurales. Les réhabilitations successives ont
été l’occasion d’augmenter les loyers et de chasser les milieux
populaires toujours plus loin en périphérie : à Paris le phénomène a
débuté avec les travaux d’Haussmann sous le Second Empire, il continue
encore.

Aujourd’hui ce sont les classes moyennes qui sont les victimes de la loi
du marché : par exemple, elles font les frais des ventes à la découpe
sur Paris. Elles sont contraintes de rechercher des logements au-delà de
la banlieue parisienne, dans les régions limitrophes de l’Ile-de-France,
mais travaillent toujours sur l’agglomération parisienne. A terme, les
centres-villes européens ne seront plus que des musées accueillant les
plus riches, les commerces de luxes et les loisirs haut de gamme ; c’est
déjà le cas à Londres où ne vivent plus que les millionnaires.

Ségrégation ethnique et organisation urbaine. A la ségrégation sociale
s’est ajouté la ségrégation ethnique de l’organisation urbaine. Jusque
dans les années 1950, les immigrés bretons, auvergnats (j’utilise ce
terme d’immigrés à dessin, car eux ausi étaient accusés de voler le «
pain » des Parisiens au début du 20è siècle), italiens, portugais ou
espagnols vivaient et travaillaient encore dans le centre urbain de
Paris. C’est à partir des années 1960-1970 que la construction des
grands ensembles en banlieues permet de loger en masse les milieux
populaires et les populations immigrées dans des cités dortoirs.

A partir de 1974, avec la politique du regroupement familial, les
travailleurs immigrés font venir leurs familles en France, et c’est là
que la situation se dégrade ! En effet, ces cités dortoirs n’ont pas été
conçues comme des lieux de vie : elles ne possèdent pas de commerces de
proximité, pas de lieux de loisirs, pas de services diversifiés, pas
d’entreprises qui proposent des emplois de proximité, pas de lieux de
sociabilité,un environnement dégradé, elles sont mals reliées au
centre-ville trop éloigné. L’habitat est uniforme, les tracés sont
rectilignes, sans l’histoire qui fait le charme des vieilles villes.
Elles possèdent les mêmes tares que les villes ouvrières du 19è siècle.

A partir des années 1980 les populations ont tenté de s’organiser : les
associations plus ou moins aidées par les pouvoirs en place se sont
développées et les ZEP (Zones d’Education Prioritaires) ont été mises en
place. Mais la politique de la ville a été insuffisante : peu d’emplois
ont été créés (les fameuses zones franches ne concernent que des PME
avec des retombées négligeables sur l’emploi pour les populations
locales), l’obligation de 20% de logements sociaux pour les communes ne
sera pas respecté (certains maires préfèrent payer des amendes plutôt
que d’en construire) et ce sont toujours les communes de les plus
pauvres qui concentrent le plus de logement sociaux avec des populations
démunies.
Les politiques libérales ont porté un coup fatal aux banlieues pauvres.
En réduisant les recettes de l’Etat par des baisses d’impôt en faveur
des riches, les gouvernement successifs ont réduit les prestations
sociales (or les prestations sociales sont supérieures aux revenus
primaires pour les milieux défavorisés), les subventions aux
associations qui viennent en aide à leurs quartiers (soutient scolaire,
action sportive ou culturelle..), les postes d’enseignants. Hors, si un
semblant de paix sociale a pu régner, c’est grâce aux associations de
quartiers et à l’Education Nationale et non grâce à la police.

Conséquence du développement capitaliste Le chômage de masse a fait le
reste, or celui-ci touche en priorité la population des ghettos : les
jeunes et les Français d’origine étrangère victimes d’une discrimination
à l’embauche.
L’économie souterraine s’est développé comme palliatif au manque de
revenus et permet à des familles entières de subsister sans s’enrichir
(lire l’article du Canard enchaîné du 9 novembre, à ce sujet, selon un
rapport des RG).

La crise des banlieues n’est pas seulement la crise du libéralisme, c’est
aussi la crise du mode de développement capitaliste qui a débuté il y a
200 ans : en concentrant toujours plus le capital et les outils de
production dans des lieux géographiques précis, il y concentre aussi la
main-d’oeuvre et leurs familles dans des unités urbaines toujours plus
gigantesques, déshumanisées et ingérables. Si on considère que la
Décroissance est une solution à cette crise, alors il faudra revenir à
des entités urbaines plus petites, seules capables de tisser du lien
social, d’exercer la démocratie, de répondre aux besoins des individus
par la production de biens et services de proximité.

A la ségrégation géographique s’ajoute la ségrégation sémantique, pour
parler de ces zones urbaines ont utilise les termes de banlieues, de
cités, de quartiers, jamais de villes : or, statistiquement ce sont des
villes (plus de 2000 habitants agglomérés au chef-lieu en France) et
juridiquement aussi (elles ont des conseils municipaux et des maires).
C’est peut-être aussi par hypocrisie que les français n’utilisent pas le
terme de ghettos ?! Car ce terme est un écho à l’échec de la politique
de la ville.

Le malaise de l’idéal Républicain
De même pour parler des Français d’origines étrangères on utilise les
termes de « beurs », arabes maghrébins, musulmans, noirs, « blacks »,
mais jamais de minorités ! Car il s’agit bien de minorités par rapport à
la majorité blanche, européenne et d’origine chrétienne. L’idéal
républicain voudrait que l’on parle de citoyens français. Mais le
malaise est là, car les jeunes des ghettos sont les enfants de l’ancien
empire colonial français et ils traînent avec eux l’image de l’indigène
à civiliser : les hommes politiques et les médias prétendent qu’il y a
échec de « l’intégration ». Hors les jeunes d’origines étrangères sont
intégrés : ils parlent français, s’habillent comme les jeunes de leur
âge, le taux de mariage mixte des jeunes musulmanes en France est le
plus élevé d’Europe (alors que le pays possède la plus forte communauté
musulmane européenne), même s’ils croient en dieu, ils ne fréquentent
pas plus les lieux de cultes que les jeunes dits « chrétiens »... En
réalité, le problème vient de la discrimination à l’embauche dont sont
victimes ces jeunes : les patrons veulent bien les embaucher pour des
emplois précaires comme vigiles, employés dans la restauration rapide,
maçons, mais pas pour les emplois qualifiés comme techniciens,
ingénieurs ou cadres, quand ils en ont la compétences. Ils traînent avec
eux l’image de peuples non civilisés qu’avaient leurs grands-parents.

Cette image légitime tous les mépris possibles : lorsque Sarkozy parle de
nettoyer les banlieues au karcher et traite les jeunes de racailles
(débris de la société), il n’utilise pas ces termes à l’égard des élus
d’Ile-de-France condamnés pour avoir racketté des entreprises qui
cherchaient à obtenir des marchés publics : il aurait pu dire qu’il
fallait nettoyer au karcher les partis politiques de la racaille qui les
peuplait. Les élites corrompues auraient-elles droit à plus d’égard
sémantique ? En tout cas, elles ont le droit aux égards de la Justice,
aucun de ces élus voyous n’a été condamné à des peines de prison ferme,
contrairement aux voleurs de mobylettes.

Un dernier point sur lequel je voudrai insister, à côté de la tentative
sécuritaire du gouvernement, il existe un vision communautariste qui
pourrait tenter les libéraux : pour eux le repli communautaire est le
moyen de pallier aux insuffisances de l’Etat dans le domaine social, par
exemple en faisant des imams les interlocuteurs légitimes d’une
prétendue communauté musulmane.

Denis Chagnolleau
Attac 45


---
Le Courriel d'information a été mis au point par l'équipe du Grain de sable. <journal@attac.org> <http://attac.org>
Reproduction autorisée sous couvert de la mention
Courriel d'information ATTAC - http://attac.org/

Avertissement. Les documents publiés n engagent pas l'association ATTAC sauf mention contraire. Ils peuvent représenter l opinion de groupes thématiques,de personnes ou d autres organisations. Il s agit avant tout de pouvoir profiter des expertises et des idées disponibles afin de construire, ensemble, cet autre monde possible, de nous réapproprier notre avenir.
 

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