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 Qu'est-ce qu'être juif ?par Luc Ferry

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mihou
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06052006
MessageQu'est-ce qu'être juif ?par Luc Ferry

Qu'est-ce qu'être juif ?

Luc Ferry

Mitterrand et le « lobby juif » : il n'aura pas fallu plus de vingt-quatre heures pour que la petite phrase rapportée par Jean d'Ormesson fasse la une de toute la presse et suscite un débat quasi national. L'étrange personnalité de notre ancien président, son passé discutable et ses amitiés douteuses y sont bien sûr pour beaucoup. Mais les vieux démons se réveillent aussi à l'occasion : si cette grande figure de la gauche dont on nous assure de toutes parts qu'elle fut celle du moins antisémite des hommes a pu émettre de tels soupçons n'est-ce pas, décidément, qu'il y a bel et bien en France un « problème juif » ? Et d'ailleurs, qu'est-ce au juste qu'être juif aujourd'hui ?

La question peut paraître saugrenue. Il suffit pourtant de la poser à des lycéens - je l'ai fait - pour s'apercevoir qu'elle suscite un réel malaise et plonge nombre d'entre eux dans une gêne profonde. Du reste, la remarque ne vaut pas seulement pour eux, loin de là. Comme le déclare Marek Halter dans un fort intéressant livre à paraître (« Le judaïsme raconté à mes filleuls ») aux éditions Laffont, « malgré des milliers d'ouvrages qui en font leur sujet, les juifs et le judaïsme demeurent, pour la plupart de nos contemporains - et pour nombre de juifs eux-mêmes - une énigme. Déjà, sait-on formuler la différence entre israélite, juif et israélien ? Pas sûr... L'Israélien est celui qui a un passeport israélien. Cela va de soi. Mais israélite ? Est-ce une personne qui adhère à la religion juive ? Mais alors, qu'est-ce qu'un juif ? Et de surcroît un juif qui n'a pas de religion ? Pourtant, on nous désigne indifféremment ainsi : juifs. Et cela semble avoir un sens pour tout le monde ». Du moins tant qu'on ne pose pas la question...

Si on le fait, et j'en reviens à mes lycéens, on a toutes les chances de ne pas être déçu. Je le dis sans ironie, car leurs perplexités sont aussi les nôtres, et si je rapporte ici une part de ces échanges, ce n'est pas sans arrière-pensées : j'aimerais qu'ils montrent à quel point nos convictions premières sont souvent douteuses, combien celles des antisémites sont tout simplement, plus encore qu'abjectes, d'une insondable bêtise, combien parfois aussi le point de vue d'une certaine orthodoxie est maladroit. Passons sur les inévitables quolibets plus ou moins subtils que suscite l'évocation d'un sujet perçu comme piégé. Après tout, les fondements religieux de la civilisation européenne sont au programme de sixième et de seconde : ils doivent bien avoir au moins quelques idées sur les « Hébreux ». Là, on se meut sur un terrain plus aisé, parce que historique, et certains fournissent une réponse globalement convenable : ce sont les descendants d'Abraham, qui vivaient « quelque part » sur les bords de l'Euphrate « longtemps » avant Jésus-Christ. Soit. Mais quel lien avec les juifs d'aujourd'hui ? Et avec Israël, qu'on désigne souvent comme « l'Etat hébreu » ?

Alors les réponses s'enchaînent, en commençant par la moins risquée : un juif, c'est quelqu'un qui descend « plus ou moins » du peuple hébreu et qui, en tout cas, appartient encore de nos jours à la religion juive, au judaïsme. Fort bien. Mais s'il n'est pas croyant et ne se reconnaît dans aucune confession particulière, comme c'est le cas pour tant de juifs laïques aujourd'hui ? Bien plus, s'il a changé de religion, comme l'a fait par exemple le cardinal Lustiger, qui pourtant se dit lui-même juif ?

On tente alors une seconde « définition », dont certains perçoivent qu'elle est déjà plus délicate : la judaïté n'est pas une appartenance religieuse, c'est une filiation. Pour éviter le mot « race », dont on sait qu'il est trop marqué politiquement, on parlera plus volontiers d'« ethnie ». La discussion s'engage. Pour les uns, à l'évidence, une telle identification « biologique » est inacceptable : la notion d'ethnie est floue et celle de race n'a aucun sens. Ce n'est pas un concept scientifique mais idéologique, voire polémique, et même si on l'acceptait pour désigner certaines caractéristiques visibles, comme la couleur de la peau ou les yeux bridés, elle ne vaudrait de toute façon pas pour les juifs, qui, pas plus que les Français ou les Allemands, ne constituent une race.

Mais d'autres, pas forcément antisémites, parfois même au contraire, font valoir qu'une des définitions traditionnelles du judaïsme se fait en référence à la transmission du sang : seuls seraient vraiment juifs ceux dont la mère est juive, et c'est pourquoi d'ailleurs on parle parfois de « demi-juifs » lorsqu'un des deux parents est « goy ». De là aussi la prohibition des mariages mixtes, qui implique en quelque façon une définition biologique des peuples. A quoi l'on peut objecter bien sûr que les juifs d'aujourd'hui n'ont le plus souvent aucune goutte de sang ni le moindre héritage génétique en commun : il y a des juifs noirs, chinois, indiens, caucasiens, blonds aux yeux bleus, bruns aux yeux noirs, etc., et, si certains caractères ethniques ou phénotypiques se retrouvent parfois plus fréquemment dans certaines communautés - comme dans toutes les autres communautés du monde, ni plus ni moins -, aucun n'est commun à tous les individus qui les composent... pour ne rien dire de ceux qui descendent de familles converties au judaïsme (elles furent nombreuses entre le Ier et le IVe siècle) ou qui opèrent encore aujourd'hui une conversion, difficile certes, mais toujours possible et dont on voit mal comment on pourrait leur attribuer une quelconque filiation biologique.

Au reste, les textes hébraïques rappellent comment le roi David lui-même, le père de Salomon qui fit élever le temple de Jérusalem, était un descendant direct de Ruth, une princesse moabite convertie au judaïsme. Quant à Salomon, il épousera à son tour une Egyptienne, fille de pharaon... Ce n'est pas ici une affaire de « politiquement correct », mais de simple bon sens : la définition par le sang n'est pas convaincante pour toute personne un tant soit peu douée de raison.

Perplexité générale, qui conduit à abandonner l'orthodoxie pour une troisième perspective : celle qui prend en compte la seule notion de citoyenneté. Les « vrais » juifs, aujourd'hui, ce seraient donc les Israéliens. On serait juif par sa nationalité, comme on est italien, allemand ou français, voilà tout. Mais pour deux raisons au moins, la tentative ne tient pas bien longtemps non plus : il y a en Israël des citoyens arabes, il existe ailleurs dans le monde des gens qui se disent juifs ou que l'on dit juifs et qui n'ont pas la citoyenneté israélienne.

Reste alors, pour ces derniers, la fameuse définition de Sartre : la judaïté ne serait pas une « essence », elle n'aurait aucune existence « en soi », mais c'est seulement l'antisémite qui ferait le juif. En clair : c'est parce que les juifs ont été persécutés, partout et tout au long de l'Histoire, que leurs multiples communautés se sont pour ainsi dire soudées autour de certaines traditions linguistiques, religieuses et culturelles. En France même, ce n'est qu'avec la Révolution, et sous l'impulsion magnifique de l'abbé Grégoire, qu'on assiste à l'émancipation des juifs et qu'ils accèdent ainsi, pour la première fois, à l'égalité juridique avec les autres Français, c'est-à-dire à la citoyenneté authentique.

La voie de l'assimilation est donc ainsi ouverte, au point qu'au XIXe siècle, et jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'on veut être convenable, on ne parle plus des « juifs » - terme considéré comme insultant -, mais des « israélites », seule l'appartenance religieuse étant reconnue, du moins bien sûr par ceux qui ne se veulent pas antisémites. C'est donc sous l'effet d'une hostilité persistante, et notamment à cause du pétainisme et du nazisme, que l'assimilation ne va pas jusqu'à son terme. Comment un israélite assimilé aurait-il pu, en effet, ne pas redevenir « juif » face à l'hitlérisme ? C'est affaire de dignité, et le refus de trahir sa communauté l'y pousse face à un ennemi qui ne s'embarrasse guère de subtilités lorsqu'il définit la judaïté par le sang, la descendance et la race. Mais, en l'absence d'antisémitisme, les réflexes communautaristes auraient sans doute disparu, en sorte que c'est bien ce regard extérieur qui ferait le juif.

L'argument ne manque pas de force. Il possède une part indéniable de vérité : l'essor de l'individualisme, le retrait des religions traditionnelles et des communautarismes sont des tendances lourdes en Europe de l'Ouest. Rien n'interdit d'imaginer que, sans l'épisode nazi, elles auraient conduit pour une large part l'assimilation à son terme, de sorte que le judaïsme serait devenu pour la plupart des juifs une simple référence historico-culturelle.

Ses faiblesses, néanmoins, sont trop évidentes pour passer longtemps inaperçues, à commencer par le fait que, dans la perspective historiciste qui est celle de Sartre, la judaïté devient une affaire purement négative. Elle ne se définit que dans un rapport à un autre, l'antisémite, qui n'a vraiment, c'est le moins qu'on puisse dire, aucune légitimité pour fixer des critères quels qu'ils soient. On n'est pas juif parce que Hitler et ses sbires vous désignent comme tel, à l'aide d'absurdes prétentions à la biologie, mais parce qu'on se reconnaît positivement dans certaines valeurs culturelles qui, bien que particulières à l'origine, ont acquis aux yeux de l'humanité tout entière une réelle universalité : le monothéisme, la transcendance de la loi par rapport aux individus, la conviction que la civilisation de l'écrit est plus importante que celle du terroir, que les valeurs morales ne sont pas enracinées dans la nature, un certain rapport à l'exil, etc. De plus, la perspective sartrienne, parce qu'elle est seulement « réactive », tend à faire de tous les juifs des « philosémites ». Or rien n'est plus douteux que le « philosémitisme », car il partage avec le racisme et l'antisémitisme ordinaires le travers fâcheux d'attribuer automatiquement à tous les individus du même groupe des caractéristiques communes. Ici plus que jamais sans doute, l'amour est préférable à la haine. Mais quant au fond théorique qui les sous-tend, philosémitisme et antisémitisme sont malheureusement identiques.

De là l'idée que la judaïté ne tiendrait ni à la confession religieuse, ni à cette pseudo-appartenance biologique à une « race » introuvable, pas davantage à une citoyenneté politique, ni à une histoire de la haine et des persécutions, mais au maintien, tout à la fois hérité et volontaire, par les différentes communautés qui se sont dispersées de par le monde, d'une certaine tradition culturelle centrée sur une civilisation du Livre. C'est là, par exemple, le point de vue développé par Marek Halter. C'est en ce sens qu'il peut déclarer « se choisir » juif... après être né juif. On objectera bien sûr que ce choix opéré après coup n'est pas tout à fait libre, qu'il laisse ouverte la question de savoir ce que signifie « naître juif », avoir des « parents juifs », porter un « nom juif », etc. Et c'est là, sans doute, que Sartre marque un point. Car c'est évidemment d'Histoire qu'il s'agit, et non de biologie, de tradition et non de nature, d'héritage invisible et non de transmission charnelle. En quoi, d'ailleurs, la judaïté entre aujourd'hui dans le lot commun : notre appartenance nationale elle-même, cela qui nous fait être citoyens d'une République française, n'est pas d'une autre nature : un composé mixte de passé et de choix, de patrimoine imposé et de décision libre.

Abraham, Moïse, Ezra

D'Abraham, le patriarche des patriarches, nous savons qu'il vécut vers 2000 ans avant J.-C., qu'il fut le père d'Ismaël (l'ancêtre des Arabes), puis, après l'Alliance avec Dieu, d'Isaac (l'ancêtre des Hébreux), de sorte que juifs, chrétiens et musulmans peuvent se considérer tous comme ses héritiers spirituels. Le pape Jean-Paul II lui rendra d'ailleurs hommage avant la fin de cette année, au cours d'un prochain voyage en Israël.
Six générations séparent Moïse d'Abraham. Le fils d'Abraham et de Sarah, Isaac, engendre Jacob, qui recevra de Dieu lui-même le nom d'Israël (« Prince de Dieu ») et sera, à son tour, le père des pères des douze tribus d'Israël. Jacob s'installe sur la terre de Goshen, qui appartient à l'Egypte, et ses descendants se multiplient jusqu'à ce que, deux siècles plus tard, l'Egypte les rejette et Pharaon ordonne la mise à mort de tous les fils nouveau-nés des Hébreux. C'est dans ce contexte que se situe la naissance de Moïse, confié au Nil par sa mère, recueilli par la fille du pharaon et élevé dans la culture égyptienne. Nous sommes au XIIIe siècle avant J.-C. : les Hébreux quittent l'Egypte et vont recevoir sur le mont du Sinaï, de Dieu lui-même, la Torah (les dix commandements ou Décalogue). C'est en ce point de leur histoire qu'ils deviennent véritablement un peuple uni autour de la Loi.
Après la mort de Moïse, Josué conduit le peuple hébreu. Il conquiert la terre de Canaan contre tous ses occupants (soumettant trente et un rois !) et y installe ses tribus. Josué transmet la Torah aux Anciens et, le temps des conquêtes achevé, ces Anciens dotent leur peuple d'une royauté - période qui durera quatre siècles (de 1020 à 586 avant J.-C.). Après les règnes de Saül, David et Salomon, le royaume se divise à nouveau en deux, Israël au nord et la Judée au sud. Israël sera détruit par les Assyriens en 721, le royaume de Juda en 587, par les Babyloniens. L'exil à Babylone touche environ quarante mille personnes et dure soixante-dix ans. En 539, Cyrus, le roi des Perses, conquiert la Babylonie et permet aux Juifs de rentrer chez eux s'ils le souhaitent. En 537, cinquante mille personnes prennent le départ, avec, parmi elles, une majorité de Judéens ou Juifs. Un deuxième retour sera conduit, en 445, par Ezra (ou Esdras) et Néhémie. De lui on sait peu de chose, sinon qu'il était un prêtre et un scribe, mais que son action fut décisive pour imposer la Torah comme loi civile et religieuse aux Juifs du retour. L. F.
Hébreux, juifs, israélites...
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