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 Apprendre à lire - La grande angoisse

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mihou
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06052006
MessageApprendre à lire - La grande angoisse

Lecture
Apprendre à lire - La grande angoisse

Pourquoi 10 % des élèves ne savent-ils pas lire à la fin du primaire ? Question de méthode ? On croyait tranché depuis longtemps le débat sur la manière dont il faut enseigner la lecture. Il resurgit pourtant, plus vif que jamais

Marie-Sandrine Sgherri

En septembre, Pierre est entré en CP, son cartable neuf sur le dos. Fier d'aller à la grande école, il allait enfin apprendre à lire. Mais nous sommes en mars, et la belle assurance de Pierre s'est envolée. « Je n'y arriverai jamais, lance le gamin, le front buté. L'école, c'est nul. » Les parents de Pierre sont inquiets. Trop inquiets ? Le discours de l'institution, très ambigu, n'a rien pour les rassurer. Officiellement, Pierre a jusqu'au CE1 pour acquérir les apprentissages fondamentaux. Mais les évaluations du ministère de l'Education indiquent l'inverse : la plupart des élèves en échec en CP le sont encore en début de CE2. Ce sont les mêmes 10 % d'élèves en échec au primaire qu'on retrouve traînant leur ennui et leur révolte au collège, avant d'en sortir sans diplôme ni qualification. Tout se joue bien au CP.

Le départ global dangereux

Reste à savoir pourquoi le petit garçon peine à apprendre à lire. Problème de méthode ? Le soupçon est tenace. Certes, en 2002, les programmes condamnaient officiellement la fameuse méthode globale, qui prétendait faire l'économie de l'apprentissage de l'alphabet et apprendre aux enfants à lire en reconnaissant la silhouette des mots. Mais comme la quasi-totalité des élèves de CP, Pierre a débuté son apprentissage par une méthode « à départ global ». Son principe ? Faire reconnaître aux enfants des mots entiers, avant de leur faire découvrir l'alphabet et la combinaison des lettres. Selon les maîtres, cette méthode permet aux enfants de découvrir tout de suite la finalité véritable de la lecture : non pas ânonner, mais lire immédiatement des textes et en comprendre le sens.

Or cette méthode est loin de faire l'unanimité : on croyait en avoir fini avec la querelle des méthodes. On avait rêvé. Elle continue d'empoisonner la question de l'apprentissage de la lecture. Selon Marc Le Bris, instituteur du Finistère, auteur d'un pamphlet intitulé « Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter » (chez Stock), cette méthode n'est pas moins dangereuse que la globale pure : « Elle part du même principe : en mettant les enfants devant des mots entiers, on veut leur faire découvrir par eux-mêmes le code alphabétique, au lieu de le leur donner à apprendre. Là est la cause de l'échec. » Comment reconnaître un enfant déstabilisé par cette méthode ? « Faites-lui lire des mots longs, recommande l'instituteur. S'il commence à déchiffrer mais se trompe sur la dernière syllabe, c'est qu'il a voulu deviner. Il est victime de cette conception selon laquelle lire, c'est émettre des hypothèses sur le sens ! Une vraie catastrophe ! »

La querelle ne veut donc pas mourir. Et pour cause ! Marc Le Bris le reconnaît : ce débat a été « pourri par l'idéologie ». Elle a obscurci singulièrement les choses et alimenté le désarroi des parents.

Prospérant sur les difficultés de cet apprentissage, des associations catholiques proches de l'intégrisme militent pour le rétablissement de la méthode syllabique, le bon vieux b.a.-ba. SOS Education est l'une d'elles. Elle n'a pas deux ans d'existence, mais revendique 40 000 membres. Son mode d'action : envoyer des centaines de milliers de questionnaires, notamment aux personnes âgées, prônant le retour à l'école d'il y a cinquante ans. Un chèque de 5 euros pour soutenir son « indépendance », et vous voilà immédiatement comptabilisé parmi ses membres.

L'instituteur Marc Le Bris n'en a cure et en appelle au bon sens : « La syllabique donne la règle. Ensuite seulement les exceptions. » Son avantage : structurer l'enfant. D'où son conseil aux mères désespérées par les difficultés de leurs petits : « Expliquez à votre enfant qu'on va apprendre avec la méthode de maman. Et achetez une méthode Boscher. » La méthode Boscher, ou « La journée des tout-petits », date de 1907 ! Il s'en vend pourtant de 80 000 à 100 000 exemplaires par an ! Se peut-il qu'une méthode aussi désuète puisse sauver un élève d'aujourd'hui ?

Vérification au Cours Hattemer, à Paris, une école fière d'être hors contrat depuis 1885, et qui fleure bon la IIIe République. En cette veille de vacances, la directrice du primaire, Mme Marcel, assure le « grand cours » aux petits de la classe de douzième, l'équivalent du CP. Ici, le primaire comprend six niveaux, et les enfants commencent à 5 ans. Particularité du grand cours, sorte de révision de la semaine : il a lieu en présence des parents. Quelques mères lisent un magazine, étouffent leurs bâillements ou finissent leurs travaux d'aiguilles au fond de cette classe austère aux fenêtres opaques. Deux heures durant, les 19 petits sont soumis au feu roulant des questions de l'inflexible directrice. En attendant leur tour, ils s'ennuient poliment, comptent leurs cheveux en se tortillant sur des bancs trop grands pour eux. Lorsque leur tour vient, ils scandent la série de syllabes. Chacun doit suivre, au risque de ne pas être prêt lorsque la voix de Mme Marcel claque : « Monsieur Charles ? Vous n'y êtes pas ? Tant pis pour vous. Mademoiselle prendra votre tour. »

Une éducation de « classe »

Un voyage rétro, sans doute, mais où l'on doit bien reconnaître que presque tous ces enfants de 5 ans ont un niveau de lecture équivalant largement à celui des meilleurs élèves de CP. Ils ont de plus des notions de grammaire et de vocabulaire dont leurs petits camarades du public n'ont pas la moindre idée. Evidemment, les modernes, horrifiés, dénoncent dans ces méthodes une éducation de « classe ». A leur tête, Jean Foucambert, ancien gourou de l'Institut national de la recherche pédagogique (INRP) et auteur, dans les années 80, d'un livre dont le titre résume assez bien la philosophie : « L'école de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure ». Foucambert accorde bien volontiers que la méthode syllabique a permis l'alphabétisation de tous les petits Français avant guerre. Mais, selon lui, alphabétiser n'est pas lire. Lire, c'est comprendre. Or, quand on déchiffre lettre à lettre, on ne comprend pas. Autrement dit, les classes dirigeantes ont alphabétisé le peuple pour lui interdire un véritable accès à la culture et en faire des ouvriers capables tout au plus de lire un mode d'emploi. Les pédagogies nouvelles en concluent que l'enfant ne doit pas déchiffrer, mais accéder d'emblée au sens.

Voilà donc les termes de la discussion où se débattent les malheureux parents, terrorisés par le spectre de l'exclusion scolaire. D'un côté, une école efficace, qui cultive l'ennui, manie la férule et est surtout réservée à une élite. De l'autre, un discours empreint de postmodernité soixante-huitarde, où la théorie du signe est au service de la révolution.

Est-il simplement possible d'y voir clair et de sortir de cette impasse ? Oui, répond le ministère de l'Education. En décembre, pour rassurer tant les maîtres que les parents, l'INRP tentait un exercice original : une conférence de consensus. Objectif : apporter aux questions des gens de terrain des réponses issues de la recherche. Le compte rendu reconnaît que la compétence essentielle à la maîtrise de la lecture est l'apprentissage du code alphabétique, mais n'en conclut pas pour autant au mérite de la méthode syllabique.

Tous les spécialistes conviés à cette grand-messe sont en effet tombés d'accord pour affirmer que déchiffrer ne suffit pas. Certes, beaucoup d'enfants y parviennent, mais sans jamais comprendre un traître mot de ce qu'ils lisent. « C'est le cas des enfants issus de familles qui ont un vocabulaire pauvre ou dont le français n'est pas la langue maternelle. Pour eux, la langue des livres est une langue étrangère », explique un inspecteur général de l'Education nationale. Les enfants des classes favorisées, qui bénéficient de la culture de leurs parents, ne courent pas ce risque. « Ils apprendraient à lire dans un indicateur des chemins de fer ! » s'exclame une institutrice.

Le tour de main du maître

Les instances officielles confessent leurs errements en matière de méthode, mais elles estiment aussi que la tâche est mille fois plus compliquée que celle que s'assignait l'école de Jules Ferry : il faut aujourd'hui mener 100 % des élèves jusqu'à la fin du collège, à un niveau de lecture bien plus élevé que celui de nos grands-pères. Le tout dans un contexte où la culture écrite est partout, et c'est un euphémisme, en perte de vitesse. Pour y remédier, les spécialistes préconisent un va-et-vient incessant entre la technique fastidieuse de décodage et la découverte de la littérature enfantine. De vrais textes, pour enrichir le vocabulaire des enfants et leur faire aimer la lecture. Avec une inconnue de taille : selon quel dosage ? Actuellement, on ne le sait pas, et l'on doit s'en remettre au tour de main du maître.

Le savoir-faire est donc déterminant. Démonstration à Toulouse, à l'école Bénézet, où Ghislaine Roman est chargée des CP depuis sept ans. « Mon fils est dyslexique. Je le voyais couler en lecture sans pouvoir rien faire, raconte-t-elle. Alors, j'ai demandé à avoir des CP. Je voulais comprendre. » Lorsque son voeu est exaucé, Ghislaine Roman étudie les ouvrages des spécialistes, se forge une conviction et une méthode, anticipant sans le savoir les révisions déchirantes du ministère. « A l'époque, mes collègues me regardaient d'un oeil bizarre... »

Première originalité : la maîtresse n'a pas de manuel. Elle choisit des livres et en fait des photocopies qu'elle punaise au tableau afin que tous les enfants voient le même texte. Son truc : écrire ce que lisent les élèves et leur faire entendre et voir leurs erreurs. Dans la classe de Ghislaine Roman, les enfants écrivent beaucoup, épellent les mots sans arrêt, rédigent l'après-midi les dialogues des personnages rencontrés le matin. « C'est en écrivant qu'on apprend à lire », assure l'enseignante. Sa réussite ? En sept ans, sur les quelque 200 enfants passés dans sa classe, un seul n'a jamais réussi. « C'était un petit Africain dont les parents étaient marabouts. Il n'y avait pas moyen de le faire sortir de sa pensée magique. »

Mais tous les instituteurs ne sont pas comme Ghislaine Roman. Faire le pari que tous sauront remettre en question leurs habitudes est risqué. D'autant plus que la formation initiale et continue des maîtres est assurée dans des IUFM que le ministère ne contrôle pas et où sévissent encore des formateurs convaincus que lire, c'est deviner. « Ils font ce qu'ils veulent », souffle l'inspecteur général. Pour prêcher la bonne parole, l'institution ne dispose que de ses 1 300 inspecteurs. Mais il y a en France au bas mot 30 000 classes de CP ! Résultat, l'inspection reconnaît que certains maîtres n'aiment guère les exercices fastidieux qu'impose l'apprentissage du code alphabétique. Ceux qui font l'effort de tenir compte des nouvelles instructions ont surtout retenu qu'il fallait faire lire des albums de littérature de jeunesse. « Ils se font plaisir, mais oublient les besoins des enfants. » Si on y ajoute un départ global qui n'a jamais été proscrit, les dégâts sont certains : les enfants croient d'abord qu'ils peuvent accéder directement au sens, puisqu'ils ont appris à reconnaître des mots sans les déchiffrer. Puis ils découvrent un peu le code, avant de lire des livres. Plongés dans le grand bain avec l'illusion qu'ils savent nager, ils se noient. C'est probablement ce qui est arrivé à Pierre, dégoûté de la lecture, avant que sa mère, enseignante dans le secondaire, prenne elle-même les choses en main. Avec de la patience et les conseils d'une amie instit, Pierre sera sauvé. Mais combien de gamins massacrés ?
Le francais, trop difficile ?

Les petits Français sont-ils victimes des mille et une chausse-trapes de notre langue ? Les chercheurs s'accordent à dire en effet qu'en matière d'apprentissage de la lecture tous les pays ne partent pas à égalité. Les petits Finlandais, que l'étude de l'OCDE place en tête de classement en ce qui concerne la compréhension de l'écrit, sont nettement avantagés. Leur langue s'écrit comme elle se prononce. Même chose pour les Italiens : selon José Morais, chercheur à l'Université libre de Bruxelles, leur langue comporte 25 phonèmes (sons) qui s'écrivent de 33 manières différentes. A titre de comparaison, l'anglais a 40 phonèmes qui se déclinent en... 1 140 représentations graphiques ! Résultat : en fin de CP, seul un tiers des petits Anglais sont capables de lire des mots entiers. Et le français ? Moins « opaque » que l'anglais, ses 38 phonèmes s'écrivent - quand même - de 130 façons différentes. « Mais sa plus grande difficulté se situe au niveau de l'irrégularité de son orthographe », explique Bruno Germain, chercheur à l'Observatoire national de la lecture. Rue de Grenelle, un spécialiste estime que familiariser les enfants aux pièges de notre orthographe a un coût : l'équivalent d'une année scolaire complète M.-S. S.

© le point 04/03/04 - N°1642 - Page 58 - 2125 mots

Lire notre dossier :
« L'éducation nationale et les enfants »
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