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 Racisme et lutte de classe I

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04052006
MessageRacisme et lutte de classe I

Racisme et lutte de classe

L’oppression raciale est sans aucun doute l’une des caractéristiques inhérentes du monde capitaliste moderne. Elle se manifeste de façon plus visible par des agressions de groupes fascistes contre les immigrant-e-s. Mais plus encore, les communautés immigrantes sont victimes de la discrimination systémique de la part des États capitalistes. Discriminations qui se traduisent par des attaques contre les droits des immigrants, des coupures dans les programmes sociaux, par des attaques policières et un système de justice raciste.

Comment vaincre le racisme?

Pour répondre à cette question, nous devons accorder une attention particulière aux forces qui ont produit et qui continuent de reproduire le raci-sme. Elle requiert aussi une analyse soignée des forces sociales qui peuvent bénéficier de l’oppression raciale.

Nous entendons par racisme soit une négation de l’égalité de tous les êtres humains ou une discrimination sociale, économique ou politique envers certains groupes raciaux.

Les racines du racisme

Le capitalisme s’est développé comme un système mondial basé sur l’exploitation des travailleurs-euses, des esclaves et des paysan-ne-s, qu’ils soient noir-e-s, brun-e-s, jaunes ou blancs/blanches. Au 16e et 17e siècles, le système capitaliste s’est d’abord développé en Europe de l’Ouest et dans les Amériques. Au 18e et 19e siècle, l’Afrique et l’Asie furent progressivement intégrés dans la zone d’influence du capitalisme. En Amérique, de vastes plantations furent mises sur pied. S’appuyant sur l’esclavage, il s’agissait d’entreprises capitalistes qui exportaient des produits agricoles.

C’est au sein du système esclavagiste que nous trouvons la genèse du racisme. D’après Éric Williams, «L’esclavage n’est pas le fruit du ra-cisme : c’est plutôt le racisme qui fut la conséquence de l’esclavage». (1)

À leurs tous débuts, les plantations esclavagistes n’étaient pas organisées sur des bases raciales. Malgré le fait que les premiers esclaves de possession espagnole dans les Amériques étaient généralement des Autochtones, l’esclavage était limité (du moins officiellement) à celles et ceux qui ne s’étaient pas convertis au christianisme.

Les Autochtones furent remplacé-e-s par des Européen-ne-s pauvres. Plusieurs de ces travailleurs-euses étaient mis en esclavage pour une période limitée, comme serviteurs asservis*, engagés par contrat pour une période qui dépassait souvent dix ans. D’autres étaient des prisonniers, coupables de crimes mineurs (tel que le vol de vêtements), ou des prisonniers de guerre capturés suite aux révoltes et à la colonisation de territoires comme l’Irlande et l’Écosse. Toutefois, on retrouvait également un nombre non-négligeable d’esclaves à vie d’origine européenne, et il y avait même un nombre considérable de serviteurs asservis qui furent kidnappés et vendus ensuite comme esclaves. (2)

La traversée par bateau de l’Atlantique pour les esclaves et les serviteurs asservis étaient, selon William, si mauvaise qu’elle devait « éliminer toute idée voulant que les horreurs des négriers étaient imputables au fait que les victimes étaient des nègres ». (3) Plus de la moitié des immigrants anglais dans les colonies américaines du 16e siècle étaient des serviteurs asservis. (4) De plus, jusqu’en 1690, il y a avait beaucoup plus d’Européens non-libres dans les plantations d’Amérique du Sud que d’esclaves noir-e-s. (5)

Les idées racistes se sont développées à travers le commerce d’esclaves au 17e et 18e siècle. À cette époque, les peuples d’Afrique sont devenus la principale source d’esclaves pour les plantations.

Le système de contrôle social encadrant la force de travail non-libre européenne et américaine fut alors appliqué aux africain-e-s.

La principale raison derrière ce changement de cap est d’ordre économique: ces esclaves étaient obtenus à moindre coût et en plus grand nombre, répondant ainsi aux besoins grandissants des plantations capitalistes. (6) La classe dirigeante africaine joua un rôle central dans le commerce lucratif des esclaves : « le commerce fut (...) un commerce africain jusqu’à ce qu’il atteigne la côte. Il était très rare que les Européens soient directement impliqués dans l’acquisition d’esclaves, et quand ce fut le cas, cela se limitait à l’Angola. » (7)

C’est au 17e siècle que l’idéologie raciste a commencé à se développer, la première fois par «les planteurs de canne à sucre anglais et leurs idéologues résidant toujours en Angleterre.» Ces derniers se référaient aux différences physiques pour développer le mythe que les noir-e-s étaient des sous-hommes méritant d’être mis en esclavage : « voici donc une idéologie : un système de fausses idées servant des intérêts de classe. » (Cool

Le racisme fut utilisé pour justifier la capture et la mise en esclavage de millions de personnes pour les fins propres au capitalisme. La mise en esclavage des Autochtones a été justifiée par leurs croyances païennes; l’esclavage des Européen-ne-s a été justifié par le fait que c’était le sort des classes inférieures; l’esclavage des Noir-e-s a été justifié par le racisme.

Une fois développées, les idées racistes furent utilisées plus largement pour justifier l’oppression. Les Juifs, par exemple, ont commencé à être opprimés en tant que minorité raciale, et non comme groupe religieux.

Les bénéficiaires de l’esclavage ne furent pas les Européen-ne-s au sens large, mais bien la classe dirigeante capitaliste d’Europe de l’Ouest et la classe dirigeante africaine qui en retira également des bénéfices non-négligeables. En effet, chez les Européen-ne-s, il y avait des marins travaillant dans la traite des esclaves, pour qui les conditions de vies étaient, selon Williams, à peine différentes de celles des esclaves. Il y avait aussi un nombre considérable de « blancs pauvres », des ouvrier-e-s agricoles qui furent écrasé-e-s économiquement par la compétition des grandes plantations esclavagistes (9). Enfin, la grande majorité des Européen-ne-s n’a jamais possédé d’esclaves : seulement 6% des blancs possédaient des esclaves dans le sud des États-Unis en 1860 (10). En outre, il y avait des propriétaires d’esclaves Autochtones et Afro-américains.

Races et Empire

Le racisme est donc le fruit de l’esclavage et du capitalisme. Une fois le racisme créé, des développements ultérieurs du capitalisme vont maintenir et entretenir cette créature des classes dominantes.

L’expansion du pouvoir capitaliste en Afrique et en Asie s’est développée au début du 17e siècle sous la forme de l’impérialisme (11). Au début, les conquêtes impériales furent entreprises par de grandes compagnies privées tel la British East India Company en Inde, ou la Dutch East India Company qui opérait notamment en Afrique du Sud. Plus tard, les gouvernements capitalistes intervinrent directement dans ces pays, notamment par la conquête de la majeure partie de l’Afrique dans les années 1880.

À cette époque, l’impérialisme était poussé par la recherche du profit. Au début, c’était le profit généré par le contrôle du commerce. Ce fut ensuite le profit réalisé grâce à l’exploitation des ressources naturelles et d’une main-d’œuvre peu dispendieuse par les grandes compagnies privées et leur besoin de trouver de nouveaux marchés pour leurs biens manufacturés.

Les idées racistes furent alors utilisées pour justifier le processus de conquête et la domination impérialiste. On justifia la domination impérialiste par de faux prétextes, soi-disant parce que les Africain-e-s et les Asiatiques (et par extension tous les autres peuples colonisés, tels que les Irlandais-es) étaient incapables de se gouverner eux-mêmes, et avaient donc besoin d’être dirigés par une force étrangère : la classe dirigeante d’Europe de l’Ouest et du Japon (12). Les droits et libertés universels n’avaient aucune emprise dans cette perception du monde.

Ni les travailleurs et les travailleuses des colonies, ni celles et ceux des pays impérialistes ne bénéficiaient des conquêtes impériales. Les profits de l’empire étaient source d’enrichissement pour la classe possédante (13), alors que les méthodes brutales de la répression coloniale furent déployées contre les travailleurs et les travailleuses des pays impérialistes (ex: usage de troupes coloniales pour écraser la révolution espagnole). Bien des vies et des ressources furent gaspillées dans de périlleuses aventures impérialistes. Aujourd’hui encore, les compagnies multinationales licencient leurs employé-e-s et coupent dans les salaires en déménageant dans des pays du Tiers-Monde qui n’hésitent pas à utiliser la répression contre les travailleurs et les travailleuses.

Le racisme aujourd’hui

Il n’y a pas de doute : le capitalisme a donné naissance au racisme. Le racisme, comme idéologie, a permis de justifier l’impérialisme et l’esclavage. Le racisme, comme forme de discrimination et d’oppression, rend possible un degré élevé d’exploitation et devient ainsi un facteur important du développement capitaliste.

Officiellement, l’esclavage et les empires sont aujourd’hui choses du passé, résultat de la lutte de millions de travailleurs et de travailleuses, de paysan-ne-s et d’esclaves contre l’oppression. Les révoltes d’esclaves font maintenant partie de l’histoire de la lutte des classes contre le capitalisme. La résistance paysanne et celle des travailleurs et des travailleuses face au colonialisme sont également une partie importante de la lutte des classes. Il faut cependant noter que la plupart des luttes anti-colonialistes ne sont pas allées jusqu’au bout - jusqu’à la révolution socialiste -, notamment parce que les élites locales ont préféré négocier un marché avec les impérialistes et les capitalistes.

Cependant, même si ces luttes ont supprimé les structures racistes formelles du pouvoir impérialiste, elles n’ont pas éradiqué le racisme.

Le racisme - comme idée et comme pratique - continue d’occuper deux fonctions dans le système capitaliste.

Premièrement, le racisme permet aux capitalistes de maintenir une force de travail peu dispendieuse, désorganisée et hautement exploitable. Prenons l’exemple des immigrant-e-s et des minorités ethniques : victimes de la discrimination raciale, ils et elles forment un segment de la classe laborieuse qui est « sur-exploité », fournissant de hauts taux de profit pour les capitalistes. Lors d’une crise économique, ces segments de la force de travail sont les premiers à perdre leurs droits politiques et sociaux. Ce sont les premières victimes des attaques contre la classe ouvrière.

Deuxièmement, le racisme permet à la classe possédante de diviser et de diriger plus aisément les classes exploitées. Partout sur la planète, des milliards de travailleurs et de travailleuses et de paysan-e-s souffrent des maux du capitalisme. Le racisme est utilisé pour accentuer les divisions au sein de la classe ouvrière pour aider la classe dirigeante à diriger.

Praxedis Guerrero, un grand anarchiste mexicain, a décrit ce processus de la façon suivante (14): « Les préjugés raciaux et les préjugés basés sur la nationalité, entretenus par les capitalistes et les tyrans, empêchent les peuples de vivre côte à côte de manière fraternelle… Une rivière, une montagne, quelques petits monuments suffisent à créer des étrangers et faire de deux peuples des ennemis, vivant dans la méfiance et l’envie de son voisin suite aux actes des générations passées. Chaque nationalité prétend être au dessus des autres par tous les moyens possibles, alors que la classe dominante, ceux qui contrôlent l’éducation et la richesse des nations, nourrissent le prolétariat avec de stupides croyances de supériorité et de fierté qui rendent impossible l’unité de toutes les nations qui se battent séparément pour se libérer du Capital. Si tous les travailleurs des différentes nations pouvaient prendre part directement aux questions importantes qui les affectent, ces enjeux seraient rapidement résolus par les travailleurs eux-mêmes ».

Le racisme existe entre une population d’une majorité ethnique et une population d’une minorité ethnique super-exploitée, mais il existe aussi entre les classes ouvrières de différents pays. On dit aux travailleurs et aux travailleuses de blâmer et d’haïr les autres salarié-e-s (qui se distinguent par leur culture, leur langage, la couleur de leur peau ou d’autres attributions superficielles). Ce seraient eux et elles la cause de leur misère. Combien de fois a-t-on utilisé les immigrant-e-s et les réfugié-e-s comme bouc-émissaires pour la perte d’emplois ou de logements?

De cette façon, la rage des travailleurs et des travailleuses est détournée vers d’autres salarié-e-s (avec lesquel-le-s ils et elles ont presque tout en commun) au lieu d’être dirigée contre les capitalistes (avec qui les travailleurs et les travailleuses n’ont pratiquement rien en commun). Un simulacre d’intérêt commun est créé entre salairé-e-s et patrons d’un même pays.

Qui profite de tout cela?

Le racisme ne profite à aucun-e salarié-e. Même les ouvrier-e-s qui ne sont pas directement opprimé-e-s par le racisme y perdent au jeu, parce que le racisme divise la classe ouvrière. Les travailleurs blancs et les travailleuses blanches américain-e-s, par exemple, ne tirent aucun avantage de l’existence d’une minorité appauvrie et opprimée, formée de travailleurs noirs et des de travailleurs noiresaméricain-e-s qui peuvent être utilisé-e-s pour concurrencer les salaires et diminuer les conditions de travail et de vie.

De plus, les attitudes racistes font en sorte qu’il est très difficile d’unir les salarié-e-s contre les capitalistes pour combattre la distribution inégale des richesses et du pouvoir dans la société. Le racisme a été utilisé à maintes reprises pour casser les luttes ouvrières.
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