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 La traite des Noirs en 30 questions par Eric Saugera(suite7)

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mihou
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07062005
MessageLa traite des Noirs en 30 questions par Eric Saugera(suite7)

Quel bilan dresser de la traite française ?

Pendant deux siècles, la France fut donc le point de départ d’environ 4 220 expéditions négrières et 80 % d’entre elles eurent lieu au XVIIIe siècle. Sur le plan national, Nantes occupe la première place des ports négriers, et sur le plan international, la France, le troisième rang des nations négrières derrière la Grande-Bretagne et le Portugal. Compte tenu des lacunes de la documentation et de l’évolution des conditions du commerce négrier, il n’est pas possible de fournir des données chiffrées qui soient autre chose que des ordres de grandeur. Telles quelles cependant, elles donnent une idée saisissante de l’ampleur du phénomène négrier. A partir d’un nombre d’expéditions qu’on estime très proche de la réalité, à quelles extrapolations peut-on aboutir du point de vue humain et matériel ? Considérant que chaque expédition a traité 300 captifs en moyenne, on calcule que la totalité des 4 220 expéditions en a traité 1 266 000 dont les deux cinquièmes sont " d’origine " nantaise. S’il est avéré que, pour un captif embarqué vivant, cinq Africains trouvaient la mort lors des opérations de razzias sur le continent, il faudrait ajouter six autres millions d’individus victimes indirectes de la traite française. Considérant qu’il fallait en moyenne un marin pour dix captifs, on en déduit que 126 600 noms ont été portés sur les rôles d’équipage - étant donné que nombre d’entre eux ont effectué chacun plusieurs expéditions, combien cela fait-il de marins différents ? plus de cent mille ? Et ce sont des dizaines d’autres milliers de noms qu’il faudrait recenser pour cerner l’importance de la population française concernée par la traite : armateurs, négociants, financiers, cons-tructeurs, raffineurs, fabricants, détaillants... Au total, des centaines de milliers de Français ont participé de façon directe et indirecte à la traite.

L’estimation du tonnage global est délicate puisque les méthodes pour calculer le volume des navires ont changé au cours de la période négrière. Quoi qu’il en soit, avec le rapport de un marin pour cinq à six tonneaux de jauge, on retient que les océans ont sup-porté au moins 500 000 tonneaux à vocation négrière. L’estimation du capital négrier investi est encore plus aléatoire. Si l’on s’en tient à une fourchette comprise entre 700 et 1 000 livres par tonneau, on aboutit à un total variant de 350 millions à 500 millions de livres. Dans tous les cas, des sommes colossales. Des sommes qui ont enrichi et élevé socialement ceux qui les ont maniées et permis la croissance économique des ports où elles ont circulé. Mais, à long terme, écrit l’historien Pétré-Grenouilleau à propos du cas nantais, " l’argent gagné apparaît finalement beaucoup moins important que la manière dont il a été utilisé ". Au XIXe siècle, les armateurs négriers, plutôt que de favoriser le développement de leur ville en créant un nouveau dyna-misme économique, ont persévéré dans un modèle d’Ancien Régime qui avait fait son temps.

Ce bilan montre que les ports français se sont longtemps et consciencieusement livrés à l’activité négrière. A l’époque de la traite, les négriers œuvraient pour leur bien propre et celui de la nation tout entière, pensaient-ils. Du bien fondé sur un crime. S’en souvient-on aujourd’hui ?
Les ports négriers ont- ils de la mémoire ?

La réponse diffère selon que l’on considère la mémoire sous l’angle de la conservation ou du rappel des faits passés. En effet, si la mémoire négrière est plutôt bien conservée, c’est-à-dire, ficelée, mise en boîtes et rangée sur des kilomètres de rayonnages, elle est plus difficilement rappelée.

Au cours d’une carrière bien remplie, la traite a produit beaucoup de papier grâce à quoi les dépôts publics d’archives en France regorgent de documents essentiels : registres matricules des bâtiments et des gens de mer, comptes d’armement et contrats d’assurances, livres de bord et journaux de traite, listes de marchandises et de victuailles, états des cargaisons de retour, correspondances en tous genres, etc. Si à Nantes, les Archives départementales de Loire-Atlantique sont sûrement les mieux loties, d’autres lieux dans les grandes villes portuaires abritent de fort belles choses. En dépit de pertes inéluctables dues aux incendies ou simplement à l’usure du temps, la masse documentaire à la disposition du chercheur impres-sionne. L’historien de la traite bénéficie aussi de l’apport des papiers d’origine privée - mais combien de descendants d’armateurs ou de capitaines négriers se font encore tirer la manche pour livrer ce qui trahirait l’activité " inavouable " de leurs ancêtres ?

Le sentiment de honte et de culpabilité est le nœud du problème en ce qui concerne le second volet de la mémoire négrière. Il ne suffit pas de tout connaître sur la traite, encore faut-il le faire savoir. Le sujet a longtemps eu du mal à susciter les vocations quand plus d’un auteur n’accordait à la traite qu’une place secondaire. Dans ce contexte d’occultation de vieux, mais encombrants, souvenirs, vaincre les réticences familiales comme les résistances municipales relevait du défi. En 1985, la municipalité nantaise continuait de regarder son passé négrier de travers en refusant de soutenir le Colloque international sur la traite des Noirs organisé par Serge Daget à l’occasion du tricentenaire du Code Noir. En 1992, la municipalité suivante prenait le pari d’afficher ce même passé dans une exposition intitulée Les Anneaux de la Mémoire. Pari risqué dans la mesure où il n’est pas simple pour la ville-bourreau de parler au nom du continent-victime en arguant du prétexte d’une histoire commune : " entre le fusilleur et le fusillé l’instant est commun ", peut justement ironiser le philosophe Louis Sala-Molins. Il n’empêche. L’exposition a permis de rappeler la participation de l’Europe en général et de Nantes en particulier à une abomination que beaucoup préférerait voir mise aux oubliettes de l’histoire plutôt qu’élevée au rang de crime contre l’humain. Combien de temps lira-t-on encore que l’importance de la traite dans l’économie nantaise est un mythe ou que la traite bordelaise est lilliputienne face au Léviathan britan-nique ? Quel besoin de savoir si ces deux assertions sont exactes, quand, pendant 150 ans, un million de captifs, au bas mot, ont nourri la cupidité des ports de Nantes et de Bordeaux, de La Rochelle et du Havre ?
La traite des noirs a-t-elle un prix ?

Deux siècles après la disparition de la traite négrière comme institution légale et encouragée, l’opulence n’a pas changé de camp et la distance entre les mondes africain et européen s’accroît : le premier, étranglé par une dette colossale à l’étranger, va mal, tandis que le second, même en crise, poursuit un développement qu’aucune dette à l’Afrique ne freine. Or, serait-il incon-gru d’évoquer la pertinence de cette dette, quand on sait que le processus négrier et esclavagiste a largement favorisé la croissance de l’Europe occidentale, des États-Unis, de Cuba, ou du Brésil au détriment de l’essor africain ? Cette dette, qui prendrait la forme d’une indemnisation de dizaines de milliards de dollars, réparerait les dommages causés par les négriers blancs au continent noir et paierait les intérêts du travail fourni gratuitement par les esclaves à leurs maîtres pendant des siècles. Mais peut-on vraiment évaluer le préjudice, et dire qui doit payer et à qui ? A combien estimer les pertes humaines et comment mesurer les effets à long terme sur la démographie et l’économie africaines ? Il est difficile de déterminer la ponction négrière et parmi les nombreuses estimations divergentes retenons pour la traite atlantique 9,5 millions de captifs importés, pour la traite transaharienne 7,2 millions, et pour la traite orientale 2,3 millions. Mais derrière ces résultats trop nets et que d’aucuns considèrent comme très au-dessous de la réalité se cache l’hécatombe des indigènes morts lors des opérations de production ou de transport des captifs. Par quel nombre multiplier les dizaines de millions de victimes ? Du fait de cette interrogation et de notre ignorance de la démographie africaine d’alors, on peut encore moins facilement calculer le déficit des naissances subi par l’Afrique - estimé par l’historien nigérian Joseph Inikori à cent millions dès la fin du XIXe siècle.

Il peut paraître vain et dérisoire de se livrer à ces calculs d’apothicaire : la mort et la déportation portées à une telle dimension statistique rendront-elles jamais compte des souffrances endurées par les Noirs réduits en esclavage ?
Chronologie

L’ère négrière du XVe au XVIIIe siècle
1441 Des navigateurs portugais ramènent les premiers esclaves nègres au Portugal : cette date est considérée comme marquant le début de la traite négrière atlantique organisée par l’Europe.
1492 Christophe Colomb découvre l’Amérique.
1518 Charles-Quint autorise la traite et l’esclavage.
1594 Forte présomption d’une expédition négrière rochelaise : l’Espérance va au Gabon puis au Brésil.
1626 Autorisation accordée pour déporter quarante esclaves nègres à l’île de Saint-Christophe, première colonie française outre-mer.
1642 Louis XIII autorise la traite.
1643 Première expédition négrière française officiellement reconnue : l’Espérance de La Rochelle revient de Saint-Christophe.
1670 Colbert accorde la liberté du commerce avec les îles.
1672 Première expédition négrière de Bordeaux : le Saint-Étienne-de-Paris.
1674 Liquidation de la Compagnie des Indes occidentales.
1688 Première expédition négrière nantaise : la Paix.
1688 Première expédition négrière de Saint-Malo : le Pont-d’Or.
1716 Permission royale accordée à Rouen, La Rochelle, Bordeaux et Nantes, de " faire librement le commerce des nègres ".
1738 Déclaration royale limitant le séjour des esclaves noirs en France à trois années.
1749 Année négrière française la plus productive : quarante-quatre expéditions quittent Nantes pour l’Afrique.
1768 Exemption du droit de 10 livres par tête de nègre introduit aux colonies par les négriers de Bordeaux, après ceux de Saint-Malo, Le Havre, Honfleur.
1777 La Déclaration du roi pour la Police des Noirs interdit à toute personne de couleur d’entrer en France. Reprise en 1802.
1778 Interdiction des mariages mixtes en France.
1783 Orientation de la traite française vers l’océan Indien.
1784 Prime de 40 livres par tonneau de jauge expédié à la traite.
1787 Création en Angleterre de la Société pour l’abolition de la traite.
1788 Création en France de la Société des Amis des Noirs.
1791 Déclenchement de l’insurrection des esclaves à Saint-Domingue.
1792 Dernière année de la traite en France au XVIIIe siècle.
1793 Abolition de l’esclavage à Saint-Domingue. Suppression par la Convention des primes pour la traite.
1794 La Convention abolit l’esclavage dans les colonies françaises. Continuation de la traite à l’île Bourbon et à l’Île de France.
1802 Bonaparte rétablit l’esclavage dans les colonies françaises.Expédition de Leclerc à Saint-Domingue.
1803 Mort de Toussaint Louverture au Fort de Joux.
1804 Proclamation de l’indépendance d’Haïti.
1810 Prise de l’Île de France par les Anglais.

L’ère abolitionniste au XIXe siècle
1803 Le Danemark abolit la traite.
1807 La Grande-Bretagne et les États-Unis abolissent la traite.
1815 Pendant les Cent-Jours, Napoléon décrète l’abolition de la traite. Congrès de Vienne : interdiction officielle de la traite.
1817 Louis XVIII signe une ordonnance interdisant la traite en France. Démarrage de la traite illégale jusqu’en 1830 au moins.
1820 Établissement de croisières de répression à la côte d’Afrique.
1829 Début de l’immigration indienne vers les colonies françaises.
1830 Dernière expédition négrière nantaise reconnue comme telle : la Virginie.
1831 Troisième et dernière loi abolitionniste française.
1833 La Grande-Bretagne abolit l’esclavage dans toutes ses colonies.
1839 Le pape Grégoire XVI condamne officiellement la traite négrière.
1848 La France abolit l’esclavage dans toutes ses colonies.
1849 Dernier navire négrier français soupçonnable : le Tourville débarquerait des Noirs au Brésil.
1863 L’esclavage est aboli dans les colonies hollandaises de Surinam et Curaçao ;
1865 dans tous les États-Unis ;
1886 à Cuba ;
1888 au Brésil.
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