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 La traite des Noirs en 30 questions par Eric Saugera(suite3)

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mihou
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07062005
MessageLa traite des Noirs en 30 questions par Eric Saugera(suite3)

Comment s’effectuait la traite à la côte africaine ?

Les navires négriers disposaient de plusieurs métho-des pour prendre des captifs à la côte africaine. Il fallait choisir la meilleure en fonction d’une conjoncture fluctuante : une longue file d’attente, la présence agacée de rivaux étrangers (souvent britanniques), un accueil hostile des chefs locaux, une pénurie de captifs, ou des prix extravagants. Autant d’imprévus qui obligeaient le capitaine à s’adapter. La traite itinérante n’était pas la méthode la plus simple. Elle consistait à descendre le long de la côte, à mouiller dans les rades foraines quand il s’en présentait, ou à s’ancrer à l’entrée des rivières qui s’insinuaient à l’intérieur des terres. A chaque fois, on devait disposer de la chaloupe, franchir la barre qui déferle dangereusement le long du rivage, prendre langue avec les autorités locales, leur offrir des présents, et s’entendre avec eux sur les délais de livraison, le nombre et le prix des captifs. Cela pouvait durer et se répéter d’un site à l’autre. On conçoit que tout le monde en prenait ombrage : le bateau qui se dégradait ; les captifs qui suffoquaient dans ses flancs surchauffés ; les marins, que les fièvres emportaient. Des expéditions pouvaient languir des mois durant et il fallait alors s’inquiéter de la traversée future.

La brièveté du séjour africain étant le premier gage de la réussite, la traite fixe était ainsi la solution recommandable entre toutes et les instructions de l’armateur indiquaient sa préférence pour un seul site comme Bonny, au Calabar, dans le delta du Niger : il arrivait là des foules de captifs venus notamment du pays des Ibos, au nord. La rivière remontée jusqu’au comptoir de traite, le navire devient là négrier. Le char-pentier aménage l’entrepont, débarrassé de sa cargaison de traite, en parc à nègres. On installe sur le pont la chaudière à gruau pour nourrir les captifs et une " mai-son " en planches et nattes de jonc qui recevra d’abord les dignitaires. Après les discussions et les cadeaux d’usage, leur roi, Pepel, donne son accord et la traite peut commencer. Une navette va pendant des semaines et au rythme de quelques individus par jour amener des captifs et ramener en échange les marchandises dont la correspondance est calculée ici en " barres " - en 1790, une négresse pouvait équivaloir à 65 barres soit sept pièces de tissus, trois fusils, cinq barils de poudre, cinq barres de fer, huit chapeaux et bonnets, des perles, quatre cadenas et deux couteaux. Le chirurgien vérifiait attentivement l’état physique des captifs qu’on préférait jeunes et de sexe masculin : les " pièces d’Inde ". Lorsque le capitaine estimait en avoir une quantité suffisante, il mettait à la voile.

Les conditions de la traite fixe différaient selon les lieux, selon les interlocuteurs africains dont les usages et les goûts différaient, selon aussi les interlocuteurs européens installés dans les forts côtiers comme celui d’Elmina au Bénin actuel.
Où déportait-on les captifs ?

Sauf aux époques où les conditions de la traite furent opaques (au XVIe siècle quand les navires négriers français louvoyaient dans l’interlope et au XIXe siècle dans l’illégalité pour fournir les colonies espagnoles comme Cuba ou Porto-Rico et danoises comme Saint-Thomas), les expéditions négrières parties de France gagnèrent presque uniquement les colonies françaises en vertu du système dit de l’Exclusif qui régissait les rapports entre les colonies et la métropole. Selon ce régime, les colonies sont au service de la métropole : tout ce qu’elles produisent doivent lui parvenir, tout ce dont elles ont besoin doivent en provenir, comme les esclaves. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les négriers français déportèrent donc (et non transportèrent, la résonance ni la réalité ne sont les mêmes) leurs captifs dans les possessions françaises de l’Amérique d’abord et de l’océan Indien ensuite.

Outre-Atlantique, les Noirs furent débarqués sur la terre ferme à Cayenne, en Guyane, ou à La Nouvelle-Orléans en Louisiane ; dans les Petites Antilles, à Saint-Christophe, à Saint-Barthélémy, à la Martinique, à la Guadeloupe... ; dans les Grandes Antilles, à Saint-Domingue. C’est dans cette île, justement surnommée la " perle des Antilles " parce qu’elle représentait un tiers du commerce extérieur français, qu’arrivèrent le plus grand nombre de Noirs jusqu’à ce qu’ils se révoltent en 1791 et prennent leur indépendance les armes à la main. Le déséquilibre de la société portait en elle le germe de la Révolution : il devait y avoir alors quelque 500 000 esclaves, 30 000 libres de couleur qui n’avaient aucun droit politique, et 40 000 Blancs. La population servile des autres possessions de l’Amérique était numériquement bien moindre. En 1831, quand sonne le glas de la traite française, la Guadeloupe comptait 97 000 esclaves, la Martinique 86 000 et la Guyane 19 000, soit un total deux fois et demi inférieur au nombre des esclaves de Saint-Domingue quarante ans plus tôt.

Dans l’océan Indien, les Noirs qu’on allait chercher sur la côte orientale de l’Afrique étaient débarqués dans l’archipel des Mascareignes dont l’Île de France et l’île Bourbon, les " îles-sœurs ", sont les deux principales composantes. C’est après la suppression de la Compagnies des Indes en 1769 que les armateurs de la métropole purent s’intéresser à ces destinations loin-taines. L’Île de France, plus grande, et offrant de bonnes installations portuaires (Port-Louis), eut la préférence des navires négriers qui s’y rendirent en grand nombre de 1783 à sa conquête par les Anglais en 1810. Bourbon prendrait le relais jusqu’en 1831 - date à laquelle l’île vit sa population servile portée à son plus haut niveau avec 70 000 esclaves.
Comment survivre au passage océanique ?

La traversée de l’océan était pour les Noirs l’épreuve absolue et dire qu’elle était mal vécue est un euphémisme. Sur l’échelle de la terreur, il y eut certes des degrés, mais aucune cargaison vivante n’a pu échapper à l’horreur de cet univers concentrationnaire avant l’heure. Déracinés de leur continent, les Noirs connaissent, après l’angoisse de la séparation et de la captivité à terre, une situation aussi nouvelle que trau-matisante : nus, entravés, examinés, palpés, marqués au fer à l’embarquement comme s’ils étaient du bétail, les captifs noirs découvrent brutalement leur prison flottante et ses geôliers blancs assimilés à des mangeurs de chair humaine. Des tentatives désespérées de fuite par-dessus bord s’ensuivaient qui obligeaient les bâtiments négriers à l’ancre à s’entourer de filets de protection.

Les captifs étaient parqués dans l’entrepont libre de sa cargaison de traite. Lorsqu’une hauteur de 1,80 mètre le permettait, le charpentier le divisait sur toute sa longueur par un plancher installé à mi-niveau qui doublait sa capacité. Dans le sens de la largeur une cloison maintenait les hommes dans les deux tiers avant de l’entrepont, les femmes occupant le tiers arrière. Dans une quasi obscurité, allongés sur le côté à même le bois, parfois tête-bêche, les captifs ne pouvaient se tenir debout ni se mouvoir dans un espace calculé pour contenir trois à quatre individus par mètre carré.

Le navire parti, il reste à subir l’impensable pour des terriens ignorants de la chose maritime comme de leur sort. L’entassement déjà insupportable se transforme en une promiscuité humide et nauséeuse quand le mal de mer et le mauvais temps s’en mêlent : l’eau s’engouffre dans l’entrepont par les écoutilles, les vomissures, les déjections qui débordent des baquets souillent, empuan-tissent tout, et font prospérer les maladies que les carences alimentaires, le manque d’hygiène ou la claustration avaient déjà installées : ophtalmies, dysen-teries, affections pulmonaires, fièvres, vérole, scorbut. Des captifs finissaient pas perdre la raison, d’autres refusaient de se nourrir, la médecine du bord était inopérante et le chirurgien n’était pas le dernier à mourir. Au mieux " par-fumait-on " l’atmosphère avec des vapeurs de vinaigre et le jour faisait-on monter les Noirs sur le pont pour s’aérer et délasser leurs corps meurtris. Cela ne diminuait guère la mortalité dont le taux variait de 10 à 20 % en moyenne ou beaucoup plus quand les Noirs n’en pouvant plus se révoltaient. Dans un combat inégal, la répression pouvait faire des dizaines de victimes, fusillées à bout portant, sabrées, ou balancées à la mer.

Une traversée rapide de quelques semaines était finalement ce que les captifs auraient pu considérer comme un moindre mal. Mais à ce bonheur tout relatif succédait bientôt leur mise en esclavage.
Comment vendre les captifs aux colonies ?

Il était aussi avantageux de ventiler les captifs en un seul site de vente que de les avoir réunis en un seul site de traite. Mais pour des raisons identiques (et inversées), le capitaine échouait parfois à écouler la totalité de sa cargaison au même endroit - quand il lui fallait subir la concurrence de nombreux bateaux prioritaires et la chute des cours qui résultait de cette offre pléthorique ; quand les Noirs proposés indisposaient parce que leur nation d’origine était méconnue ou avait mauvaise presse auprès des planteurs locaux - la préférence allait naturellement aux nègres réputés dociles et travailleurs plutôt qu’aux nègres fantasques ou indolents ; ou enfin quand l’instabilité de la conjoncture économique ou politique rendait les acheteurs potentiels insolvables. C’est ainsi que l’on voit des bâtiments négriers errer d’un port à l’autre des Antilles et en repartir, soit en n’ayant rien vendu, soit en ayant débarqué une partie de leurs Noirs à terre. Cette espèce de cabotage négrier n’était pas du goût des Noirs qui prolongeaient leur séjour à bord, ni du capitaine qui s’émouvait du temps perdu.

La meilleure méthode était donc de se rendre là où l’on vous attendait. Généralement, l’armateur avait pris contact avec une maison de consignation installée à Cayenne, Port-au-Prince, Fort-Royal ou Pointe-à-Pitre, et l’avait chargée de vendre les captifs, de conserve avec le capitaine ou son agent commercial à bord appelé le " subrécargue ". Lorsque par contrat ou attache familiale, cette maison était alliée, le déroulement des opérations n’en était que plus limpide. Il fallait respecter deux impératifs pour écouler la cargaison humaine dans des conditions satisfaisantes. D’abord, la " rafraîchir " pour redonner aux captifs épuisés une apparence extérieure de bon aloi - en les envoyant se requinquer à terre, en améliorant l’ordinaire de fruits et de légumes frais, ou en maquillant les invendables que la traversée avait estropiés ou rendus fous. Ensuite, procéder à une vente rapide. Celle-ci était publiquement affichée ou annoncée dans les gazettes locales. On précisait où et quand, qui et combien. Selon la formule de la vente, les acquéreurs se précipitaient pour enlever les plus belles pièces aux autres clients, ou devaient se plier à la règle des enchères. Les prix des captifs dépendaient de leur qualité intrinsèque, de leur âge et de leur sexe : un négrillon, une négresse, valaient moins qu’un beau nègre qui représentait une force de travail, pensait-on, supérieure et immédiatement productive. Les prix variaient aussi selon l’offre et la demande. Le marché était parfois saturé et les cours chutaient. (Les colons, jamais rassasiés de captifs, ne pouvaient pas toujours les absorber ; les négriers anglais en introduisirent beaucoup en fraude ou pendant les périodes de guerre où ils furent maîtres des possessions françaises.) A l’époque de la Révolution française, il en coûtait aux colons entre 1 500 et 2 500 livres environ par individu - cet argent, dit des colonies, étant supérieur d’un tiers à l’argent de France.

La vente pouvait durer plusieurs semaines. Il restait toujours des captifs dont personne ne voulait parce que leur aspect, leur état de santé, ou leur âge rebutaient. Le vendeur s’ingéniait alors à les insérer dans des lots pour lesquels il consentait des ristournes avantageuses. Le règlement des captifs s’effectuait, une partie au comptant, une grande partie à crédit sur six, douze, dix-huit mois ou plus. L’acheteur s’acquittait avec des pièces d’argent, des piastres espagnoles, mais essentiellement avec des denrées du cru, sucre brut ou terré (raffiné), tabac, café, indigo, ou coton. Il arrivait fréquemment qu’un représentant de l’armement, capitaine ou subré-cargue, restât dans la colonie pour veiller au recou-vrement des créances. La confiance était mesurée envers des colons qui ne payaient pas souvent rubis sur l’ongle. Mais ce n’était pas le problème des captifs. Entre les mains de leurs nouveaux maîtres, ils étaient désormais des esclaves.
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