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 Les leçons de la crise asiatique IV

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Tite Prout
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Tite Prout

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Date d'inscription : 01/06/2005

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16042006
MessageLes leçons de la crise asiatique IV

L'avenir des institutions financières internationales



La crise asiatique est aussi le produit d'une crise de la coopération internationale, c'est-à-dire de l'intervention publique internationale, dont il faut tirer rapidement les leçons. Les marchés financiers internationaux, comme les marchés financiers nationaux, sont sujets à des crises financières récurrentes. C'est une donnée de fait. Toutefois, à la différence des marchés nationaux, les marchés internationaux ne sont pas régulés par une institution financière internationale qui assure leur liquidité et joue le rôle de prêteur en dernier ressort lorsqu'une crise financière menace de se transformer en crise systémique. Certes, le FMI peut injecter des DTS (Droits de tirage spéciaux), mais il se heurte en la matière à de grandes réticences de la part de ses mandants. En outre, ces droits sont répartis en fonction d'une clef qui ne correspond pas nécessairement aux besoins de l'économie mondiale. Enfin, ceci expliquant peut-être cela, le Fonds n'a pas compétence pour imposer un minimum de régulation prudentielle aux institutions financières dans le monde. La régulation des activités financières, comme la fonction de prêteur en dernier ressort, relève, en pratique, des seules autorités nationales.

Or, la plupart des pays émergents, parmi lesquels les pays asiatiques, négligent de réguler les activités de leurs banques. En outre, leur Banque centrale n'est en général pas suffisamment crédible pour jouer un rôle de prêteur en dernier ressort. En cas de crise de change, elle n'est pas en mesure de baisser les taux d'intérêt et d'assurer la liquidité du système financier sans provoquer en même temps un effondrement du change qui ne peut que déteriorer un peu plus la situation. En l'absence de barrière de sécurité au niveau international, les pays émergents ouverts aux mouvements internationaux des capitaux constituent donc une source d'instabilité potentielle grave pour le système financier international. Certes, les banques centrales du G3 (la BCE, la FED et la Banque du Japon) seraient techniquement en mesure d'enrayer une crise financière internationale. Encore faudrait-il qu'elles réussissent à s'entendre à temps, ce qui, en l'état actuel de la coopération monétaire internationale, est loin d'être assuré. En outre, elles ne disposent guère de moyens d'agir sur une crise régionale se situant, comme la crise asiatique, en dehors de leur zone d'influence monétaire. Surtout, elles n'ont aucune légitimité politique pour intervenir au plan international. Elles ne peuvent être que les instruments du G7 qui demeure la seule instance politique compétente.

C'est donc à un renforcement et un approfondissement de la coopération financière internationale au sein du G7 qu'il faut viser. Le G7 doit notamment arbitrer entre les deux solutions suivantes. Soit il habilite le FMI à jouer le rôle de prêteur international en dernier ressort et à imposer, en contrepartie, une régulation prudentielle minimale aux institutions financières des pays couverts. Soit il lui donne mandat pour intervenir, en cas de crise monétaire grave, dans le fonctionnement des marchés financiers internationaux en vue d'impliquer, d'une façon ou d'une autre, toutes les parties qui ont joué un rôle dans le processus d'endettement des pays concernés, le temps de négocier avec elles une solution qui écarte les risques de panique financières et de crise systémique. Les pays vertueux qui auraient poursuivi, avant la crise, des politiques économiques et financières conformes aux recommandations des organisations internationales devraient pouvoir bénéficier du soutien de la communauté internationale à des conditions plus avantageuses (23).



Le retard du G7



Au terme de cette analyse, deux questions de nature plus politique, qu'il n'est pas possible d'étudier de façon suffisamment approfondie dans le cadre de cet article, méritent d'être posées.

S'agit-il d'une crise de maturité des sociétés asiatiques ou s'inscrit-elle plus fondamentalement, dans la crise générale du socialisme, que connaît le monde depuis dix ans ? Le fait que les économies socialistes aient été balayées et que les grands secteurs publics, de par le monde, se soient trouvés les uns après les autres en crise n'est pas fortuit. Il incite à pencher en faveur du deuxième terme de l'alternative. Partout, les résidus du socialisme d'Etat et de l'économie mixte sont en train de disparaître. Les pays qui tentent de retarder ou de s'opposer à cette évolution sont tôt ou tard confrontés à des crises graves. La crise asiatique n'est de ce point de vue qu'un cas particulier. Seuls la Chine, la Corée du Nord, le Vietnam et Cuba semblent momentanément épargnés par cette "fatalité", mais au prix de la suppression de toute liberté politique et, tout au moins pour ce qui concerne les trois derniers pays, d'une drastique réduction de leur niveau de vie.

Cette crise témoigne-t-elle d'une impuissance ou d'une insuffisance du politique ? La réponse suggérée à la question précédente inciterait à retenir le premier terme de l'alternative. Pourtant, la crise asiatique traduit aussi l'insuffisance du politique au niveau international. A ce titre, on peut la considérer comme une crise de la mondialisation, non point au sens où la mondialisation aurait des effets négatifs sur les économies nationales mais au sens où, en l'absence de coordination internationale structurée, elle n'a pas encore trouvé de traduction politique suffisante. Une autre façon de dire que le G7 est aujourd'hui en retard sur la mondialisation.

Philippe Trainar
Ancien élève de l'ENA
Haut fonctionnaire, économiste.
Rédacteur en chef de la Revue française d'économie.



1 : 67 % de l'endettement total en Corée, 46 % en Thaïlande, 39 % en Malaisie, et 24 % en Indonésie étaient à court terme.
2 : Cf. A. Young (1993), "A Tale of two cities : factor accumulation and technical change in Hong Kong and Singapore" et P. Krugman (1994), "The Myth of Asia's miracle", Foreign Affairs, novembre-décembre.
3 : Cf. J. Furman et J.E. Stiglitz (1998), "Economic crises : evidence and insights from East Asia", Brookings Papers on Economic Activity, n°2 ; A. Demirgüc-Kunt et E. Detragiache (1998), "The Determinants of banking crisis in developing and developed countries", IMF Staff Papers, 45 (1).
4 : Cf. G.L. Kaminsky, S. Lizondo et C.M. Reinhart (1998), "Leading indicators of currency crises", IMF Staff Papers, 45 (1).
5 : L'écart est estimé à + 22 % pour le dollar de Hong Kong, + 14 % pour le dollar de Singapour, + 12 % pour le peso philippin, + 9 % pour le ringitt malais, + 7 % pour le baht thaïlandais, + 4 % pour la roupie indonésienne, - 6 % pour le dollar taiwanais et - 8 % pour le won coréen par M. Goldstein (1998) dans "The asian financial crisis : causes, cures and systemic implications", Institue for International Economics.
6 : Mais cette myopie des agences de rating n'est pas nouvelle : au cours des vingt dernières années, leurs notations n'ont jamais permis d'anticiper les crises de change et les crises financières.
7 : 114 en Thaïlande, 16 en Indonésie et 14 en Corée.
8 : Cf. D. Rodrik (1999), "Coordination failures and government policy : a model with application to East Asia and Eastern Europe", Journal of Economics, février.
9 : Celui-ci ne s'élevait plus qu'à 7,7 % en moyenne en 1993, contre 46 % en Afrique. En revanche, l'Amérique latine a totalement ratrappé son retard en la matière par rapport à l'Asie, au début des années 90.
10 : L'argumentaire ci-dessous doit beaucoup à l'analyse présentée par Ch. Wyplosz dans "Globalized financial markets and financial crises" (avril 1998) ainsi que par F.S. Mishkin dans "Lessons from the asian crisis", document de travail du NBER n°1702 (avril 1999) et G. Calvo, G.L. Kaminsky et L. Leiderman dans "Inflows of capital to developing countries", Journal of Economic Perspectives (printemps 1996).
11 : G.L. Kaminsky et C.M. Reinhart (1998), "The twin crisis : the causes of banking and balance of payments problems", International Finance Discussion Papers, n°544, Board of Governos of the Federal System, montrent qu'au cours des vingt dernières années, sept crises bancaires sur dix sont intervenues dans les cinq années suivant des mesures de libéralisation financière importante.
12 : Cf. D. Rodrik (1999), "The New global economy and developing countries : making openness work", Overseas Development Council.
13 : L'argumentaire ci-dessous doit beaucoup à B. Eichengreen (1999), "Toward a new international financial architecture : a pratical post-Asia agenda", Institute for international economics, et à M. Goldstein, cité supra.
14 : Mahatir Bin Mohamad (1983), Le Dilemme malais.
15 : Cf. A Young (1993) et P. Krugman (1994), op. cit.
16 : Officiellement, selon la Banque des règlements internationaux, les crédits irrécouvrables ne représentaient que 1 % (Corée) à 8 % (Indonésie) du total des crédits de la zone à la fin de l'année 1996, soit des proportions négligeables sauf en Indonésie.
17 : Un examen détaillé des facteurs qui ont causé la chute des monnaies asiatiques montre que les annonces concernant la politique monétaire, la politique budgétaire et les négociations avec le FMI expliquent une grande part des turbulences intervenues sur les marchés asiatiques entre janvier 1997 et mai 1998 [cf. G.L. Kaminsky et S.L. Schmukler (1999), ""What triggers market jitters : a chronicle of the asian crisis", Board of Governors of the Federal Reserve System, International Finance Discussion Papers, n°634].
18 : Les insuffisances de la coopération internationale ont été étudiées de façon approfondie par E. Balladur (1999), "La mondialisation et le système monétaire mondial : une économie mondialisée peut-elle fonctionner sur le long terme sans monnaie mondiale ?", à paraître à l'Institut français des relations internationales.
19 : Jusque-là, le Fonds s'était interdit d'impliquer les créanciers internationaux dans la gestion de la crise, par crainte de se voir reprocher d'aller à l'encontre du marché. Le FMI justifiait son attitude en prétextant de la difficulté de négocier une solution globale impliquant de très nombreux créanciers. Cet argument s'est révélé sans fondement car la crise asiatique a montré une nouvelle fois que les fluctuations à court terme des entrées et des sorties de capitaux étaient essentiellement (à hauteur de 75 % en la circonstance) le fait des banques commerciales et non celui d'une multitude d'investisseurs dispersés.
20 : Cf. D. Rodrik (1996), loc. cit.
21 : L'analyse ci-dessous doit beaucoup aux analyses théoriques de JJ Lafont, notamment : "Etapes vers un Etat moderne : une analyse économique", Conseil d'analyse économique, 1999.
22 : Le sujet présente des similitudes évidentes avec la sortie d'un système de taux de change fixes.
23 : Pour une analyse approfondie des propositions de "nouvelle architecture financière internationale", le lecteur de Catallaxia se reportera au rapport d'E. Balladur cité plus haut, au rapport de F. Bergsten, O. Davanne et P. Jacquet (1999), Architecture financière internationale pour le Conseil d'analyse économique et à l'ouvrage de B. Eichengreen cité plus haut.


Catallaxia 2000


http://perso.wanadoo.fr/nachfr/asie.html
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