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 «L’ONU, liquidatrice des leaders africains» 2

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Delugio
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Nombre de messages : 107
Date d'inscription : 29/05/2005

22022006
Message«L’ONU, liquidatrice des leaders africains» 2

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L’Onu au Kamerun en 1959-1961 et 2006

Le Kamerun était, selon l’Onu elle-même, un pays sous tutelle de l’Onu. Or, dès 1946, l’Onu fut à deux doigts d’admettre que le Kamerun soit traité par la France comme “ partie intégrante de l’empire colonial français ”. La manœuvre n’échoua que de justesse, grâce à l’action déterminée des Kamerunais vigilants et le soutien de progressistes au sein de l’Onu. Mais ce ne fut qu’un succès au plan juridique ; car dans les faits, les colonialistes français traitèrent toujours la partie du Kamerun qui leur avait été confiée pour la tutelle, comme une colonie de leur empire. De façon analogue, la Grande-Bretagne, plus connue sous le nom d’Angleterre, fit tout son possible pour intégrer la partie du Kamerun qu’elle avait en tutelle, à sa colonie du Nigeria. Et l’Onu fermait les yeux avec pudeur et cynisme. Ainsi, par exemple, au terme d’une analyse pertinente et qui ne manque pas de rigueur, l’historien antillais de langue anglaise Richard Joseph indique ce qui suit :
“ A chaque fois que Um Nyobé se présentait aux Nations unies, la France mettait en avant des délégués camerounais qui tournaient en dérision l’idée d’unification. Il y avait donc de multiples obstacles : l’idée de réunification des Cameroun n’emporta jamais l’adhésion des Nations unies. Tous les adversaires politiques de l’Upc s’y opposaient avec véhémence… Si aujourd’hui les Cameroun sont unifiés, tout le mérite en revient à l’Upc qui réussit à imposer à tous les Camerounais, et même à ses adversaires politiques, cette idée comme un corollaire nécessaire de l’indépendance du Cameroun ”. (in Richard Joseph : Le Mouvement Nationaliste au Cameroun, éditions Khartala, Paris, 1986, page 223).
Au mois de mai 1955, les colonialistes français se livrent à des massacres sur les Kamerunais, et ils osent en tirer prétexte pour bannir l’Upc le 13 juillet suivant : l’Onu, qui avait pourtant reçu de nombreux pétitionnaires kamerunais avant cette année-là, ne dit mot ; elle laissa faire les colonialistes français comme s’il s’agissait de leur empire colonial. En 1959, un premier référendum est organisé par l’Onu dans le “ Northern Kamerun ”, c’est-à-dire la partie nord du morceau du Kamerun que l’Onu avait confié au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, communément appelé l’Angleterre. A cette date, le Nigeria n’était pas encore indépendant. Mais il était évident pour tout observateur lucide et attentif, que la France et l’Angleterre s’étaient déjà entendues à propos du Kamerun afin de : (1°) combattre farouchement et sans quartier l’Upc et tout nationalisme radical au Kamerun ; (2°) laisser le Northern Kamerun sous influence anglaise via un rattachement de cette partie au Nigeria, et laisser le Southern Cameroon tomber sous influence française via une réunification avec le “Cameroun français” néo-colonial, puisqu’il était clair que la revendication upéciste de réunification ne pouvait être totalement évitée.
La conclusion de cet accord anglo-français fut que, au référendum onusien de 1959, l’Onu s’arrangea pour poser une question piège qui était la suivante : “ électeurs, électrices, voulez-vous être rattachés à la fédération du Nigeria ou alors renvoyer la décision à plus tard ? ”. On ne parlait donc même pas de la réunification du Cameroun, qui était une revendication centrale du nationalisme radical kamerunais, et que soutenaient des milliers de nos compatriotes de ce Northern Kamerun. Devant une telle alternative piégée, les électeurs votèrent à une large majorité pour renvoyer la décision à plus tard, et l’Onu rougit de honte, mais jura qu’elle saurait mieux s’y prendre la prochaine fois.
En attendant ce nouveau référendum, en février-mars 1959, se tint à New York une session spéciale de l’Assemblée générale de l’Onu sur le Kamerun. Le principe de l’indépendance du pays avait enfin été accepté, y compris par la France : en effet, comme après l’assassinat de Lumumba au Congo, les colonialistes français, ayant assassiné Ruben Um Nyobé le 13 septembre 1958, considérèrent que désormais, ils pouvaient se fier à leurs “ modérés du Cameroun ”. On pouvait donc leur confier l’indépendance. La question centrale que l’Assemblée générale de l’Onu avait à trancher était la suivante : fallait-il organiser des élections générales libres avant l’indépendance, comme le demandait le camp du nationalisme véritable au Kamerun, ce qui supposait le rétablissement de l’Upc dans la légalité ; ou alors refuser de telles élections, comme le demandait la France qui voulait donner le pouvoir à ses moutons ? Aussi étrange que cela puisse paraître, l’Onu refusa d’organiser des élections avant l’indépendance, et même de superviser des élections avant l’indépendance. Toute honte bue, l’Onu s’aligna derrière la France et ses alliés et complices. Du jamais vu : les champions de la “ liberté ” et des élections libres à Bornéo et aux Iles Caïmans, en Urss et en Chine Populaire, chez les Papous et au Nord Kalimantan, etc, refusaient d’organiser des élections libres et démocratiques dans un pays sous tutelle de l’Onu.
En 1961, dans le Northern Kamerun à nouveau, là même où, deux ans auparavant, les Kamerunais avaient, à une large majorité, voté contre le rattachement au Nigeria et préféré renvoyer la décision là plus tard pour ne pas tomber dans un piège posé par l’Onu, celle-ci organisa un second plébiscite qui fut totalement scandaleux : les Anglais s’allièrent au Nigeria devenu indépendant entre temps, pour faire voter des dizaines de milliers de Nigérians en territoire kamerunais. Et l’Onu eut le toupet et assez de cynisme pour entériner les résultats de cette mascarade : le “ oui au rattachement au Nigeria ”. C’était pratiquement le genre de référendum que Wole Soyinka demandait il y a quelque temps pour Bakassi, montrant par là même, qu’on peut être écrivain de talent sans que cela soit une garantie suffisante contre le chauvinisme et la réaction politiques les plus méprisables. Justement à propos de Bakassi avec l’Onu. A l’instigation ou avec l’accord de l’Onu, la Cour internationale de justice de La Haye a rendu un arrêt clair et net qui reconnaît que Bakassi est un territoire kamerunais. Le gouvernement nigérian de monsieur Olusegun Obasanjo refuse de quitter ce territoire qu’il occupe militairement. Que fait l’Onu, dont la Cour de justice de La Haye est un organe constitutionnel ? Elle s’acharne sur la Côte d’Ivoire pour fuir Bakassi et ne rien faire à ce propos. Que font les pays de la prétendue “ Communauté internationale ” qui manipulent à loisir le Conseil de sécurité de l’Onu en usant de leur anachronique et anti-démocratique droit de véto, vestige d’un autre âge ? Ils pompent le pétrole à Bakassi tout en essayant de berner les Kamerunais comme quoi le pétrole de leur pays est épuisé. Voilà un peu pour le Kamerun et l’Onu.


L’Onu et la Côte d’Ivoire en 2000-2006

En l’an 2000 eurent lieu des élections libres en République de Côte d’Ivoire. Un président fut élu à la régulière, et librement, par la majorité des citoyens du pays : ce président s’appelle Laurent Gbagbo. Il est, depuis son élection, le porte drapeau du camp du nationalisme africain radical dans son pays. C’est ça le fait. Avec tous les patriotes et démocrates ivoiriens sérieux, Laurent Gbagbo a engagé de nombreuses réformes positives, conformément à ce que son parti, le Front populaire ivoirien (Fpi) et lui-même, avaient promis de faire au peuple de Côte d’Ivoire. Cela supposait une certaine remise en cause des positions néo-colonialistes de tel ou tel pays étranger en Côte d’Ivoire.
Or donc, en 2002, quelques personnes, dont certaines avaient été auparavant battues à la régulière dans des élections locales libres, prirent les armes contre ce pouvoir légitime et légal, tout comme Tschombé et consorts en 1960 au Congo. Dans une tentative infâme de coup d’Etat dont tous les observateurs sérieux virent peu après qu’il avait été commandité.
Au lieu de condamner une telle aventure criminelle, l’ex-puissance coloniale, et pour cause, monta un traquenard de tueurs de Sioux en plein midi, à l’orée d’un bois à Marcoussis, et poussa le cynisme jusqu’au point de vouloir imposer au peuple de Côte d’Ivoire, à la tête des ministères-clés de la Défense et de l’Intérieur, les chefs du coup d’Etat qui avait échoué. Avec une rapidité qui rappelait la percée des divisions de Panzer de Guderian en mai 1940 dans les Ardennes, cette puissance ex-coloniale déploya des milliers de soldats de son armée dans le pays, le long d’une ligne de partage visiblement conçue pour protéger les putschistes contre les efforts légitimes de l’armée nationale et loyale, visant à mettre fin à la rébellion.
Face à tout cela, l’Onu, pourtant prompte à réunir son Conseil de sécurité toutes affaires cessantes quand il s’agit de décider d’agressions contre les pays dominés ou pouvant l’être, l’Onu donc, garda un silence de crapauds dans une marre où l’on vient de jeter une grosse pierre. Il est vrai que l’Union africaine, dont la Charte condamne explicitement et clairement la prise de pouvoir par des moyens non constitutionnels et notamment des coups d’Etat, l’Ua donc, s’est totalement déculottée face aux menées néo-coloniales de la puissance en question. Et lorsque, dans un élan salutaire, le président de la République d’Afrique du Sud, désigné médiateur de l’Ua dans cette affaire, constata que les putschistes constituaient l’obstacle majeur pour ne pas dire unique à un retour à la normale et à la paix. L’Onu se mit à manœuvrer pour écarter de fait le président Thabo Mbeki de l’affaire. Dans un effort supplémentaire absolument cynique, l’Onu décida de jouer les maquilleuses de service, en transformant l’occupation militaire néo-coloniale française en une prétendue et hypocrite “ force de l’Onu en Côte d’Ivoire ”. Dans une agitation fébrile rarement vue dans les annales des relations internationales, et pêle-mêle, on réunit rapidement le Conseil de sécurité pour concocter une résolution avec comme arrière-pensée, de renverser par petits pas le président et le pouvoir légitime et légal de Côte d’Ivoire, et on monta un soi-disant “ Groupe de travail international (Gti) ” rassemblant des gens dont nul ne se souvient de les avoir jamais vus se présenter à une quelconque élection libre, et qui, simplement, ont passé l’essentiel de leur vie en d’interminables stages de dressage dans des institutions internationales néo-coloniales. Et ce Gti, qui pourrait bien s’appeler “ groupe terroriste international ”, a eu l’incroyable audace de vouloir congédier l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire pourtant, elle, normalement élue par le peuple ivoirien.
Face à tout cela, l’on a vu la voix la plus autorisé de l’Onu, celle du secrétaire général de cette organisation, se posant en “ oncle Tom ”, se répandre en diatribes et menaces, passer son temps en jacassements et œuvrant contre les patriotes africains de Côte d’Ivoire, contre les démocrates ivoiriens. Au même moment, le président d’alors de l’Union africain, qui était encore le sieur Olusegun Obasanjo, celui-là même qui s’accroche à Bakassi avec les dents du mépris d’un arrêt de la propre Cour de justice de l’Onu siégeant à La Haye, se pose en garçon de courses de la soi-disant “ communauté internationale ”, c’est-à-dire d’une partie du monde bien connue, pour aider ces gens-là dans leur complot contre la Côte d’Ivoire et contre l’Afrique.
Finalement donc, nous reposons la question du début : que veut et que fait l’Onu en Afrique depuis 60 ans ? Que veut et que fait l’Onu en Côte d’Ivoire depuis 2000?
Ce qu’elle veut et fait en ce moment, n’est-il pas ce qu’elle voulait et faisait déjà au Congo en 1960-61, et ce qu’elle a voulu et a fait au Kamerun entre 1955 et 1961 au moins ?
Le président de la République de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo et ses camarades, nos camarades, vont-ils devenir en 2006 ce que Patrice Lumumba et ses camarades furent en 1960-61 au Congo, ce que Ruben Um Nyobé fut en 1958 et Félix Moumié en 1960 ?
Telles sont quelques-unes des questions cruciales qui se posent et auxquelles renvoient les évènements en cours en Côte d’Ivoire. Toutes choses qui suggèrent des choix à tout Africain conscient de notre temps.

Secrétaire général de l’UPC
Moukoko Priso »
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