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 LUTTES ANTI-ESCLAVAGISTES EN MAURITANIE 6

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mihou
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Localisation : Washington D.C.
Date d'inscription : 28/05/2005

15022006
MessageLUTTES ANTI-ESCLAVAGISTES EN MAURITANIE 6

- Les pillages, les brigandages et les migrations
Entre 1718 et 1759, les crises politiques et économiques au Cayor et au Djolof jettent leurs ressortissants sur les routes, qui vont chercher refuge au Waalo. Mais les princes et les guerriers de ce pays les attaquent, prennent tout ce qu'ils avaient espéré vendre pour se nourrir, et les vendent, ensuite, à la compagnie qui offre de meilleurs prix que les marchands maures et marocains. Le brigandage n'est plus le fait des simples aventuriers, de simples roturiers qui en tirent des bénéfices, mais celui de l'aristocratie et de la noblesse, qui arment des troupes entières pour ratisser la campagne, où les flots de migrants que la famine a jetés sur les routes ne cessent d'augmenter entre 1724 et 1754. Les princes du Fouta, du Waalo, et des confins maures, multiplient les randonnées dans les villages avec toute leur cour pour être entretenus plus directement par les populations. Celles-ci courent tous les risques d'être attaquées et vendues en cas de refus de recevoir la tournée royale. Des abus sont signalés par la tradition orale qui fait état de droit de cuissage, et du fait que toute protestation du mari ou des parents est sanctionnée par leur capture et leur vente sur le marché. Beaucoup de fils de la noblesse terrienne et maraboutique, opposés au régime despotique, connaîtront ce sort.
On se souvient des conséquences de l'échec du mouvement maraboutique contre les négriers de Malick Sy - un des disciples de Nacer Eddine - au Fouta Toro, et de N'diaye Sall au Cayor, qui obligent les rescapés à se réfugier au Fuuta Djallon où ils eurent à créer l'Etat du Boundou, lors de leur exil. Ceux des révolutionnaires qui n'ont pu échapper sont vendus aux négriers. Ce qui représente un des facteurs déterminants de la révolution de libération nationale de 1776, appelée "révolution torodo" (maraboutique).
C. Enjeux géostratégiques, duplicité et pérennisation de l'esclavage dans la situation coloniale
La France coloniale abolit l'esclavage "une première fois en 1794 sous la Convention, une deuxième fois en 1848, après avoir été réinstauré en 1802 par Napoléon Bonaparte". L'auteur de ces lignes, H. Panhuys parle bien sûr de l'existence de textes juridiques antérieurs à la colonisation de la Mauritanie, mais qui feront jurisprudence une fois l'ensemble mauritanien intégré à l'espace politico-administratif français dès la deuxième moitié du XIXème siècle (pour la Mauritanie du Sud et négro-africaine) puis dès la première moitié du XXème siècle (pour la Mauritanie du Nord, maure). Cet anti-esclavagisme de la France concerne plus un esclavage marchand et domestique dans les plantations des Antilles, plus facilement palpable, que " l'archéo-esclavage " de longue durée dans les sociétés saharo-sahéliennes devant lequel les États locaux, nés des révolutions maraboutiques, et la France elle-même eurent à se casser les dents.
Avant de revenir sur les mouvements autochtones de libération pendant les siècles antérieurs ou les décennies postérieures à la colonisation française, disons que la transition coloniale a été marquée par une série d'élucubrations face à la question de l'esclavage (de 1854 à 1960). En effet, la France était concrètement plus soucieuse de la préservation de ses intérêts de puissance coloniale. Trois facteurs joueront contre toute démarche du genre de sa part :
- la nécessité de s'appuyer sur l'aristocratie pour la mainmise sur l'espace mauritanien
- la peur de bouleverser l'ordre social, les esclaves étant le support sur lequel repose le système de production chez les Maures.
- le fait que le changement social souhaité relevait plus de pressions morales que des priorités d'une France non encore assurée de sa possession territoriale de l'hinterland du Nord-ouest africain.
Dey ould Brahim nous apprend que "depuis bien longtemps déjà, la France [avait] décidé de supprimer radicalement l'esclavage". Cependant, souligne-t-il, "certains accords de soumission signés par les tribus rebelles lors de la pacification de la Mauritanie par le Colonel Gouraud, stipulent catégoriquement que si la France ne peut admettre la continuation de la traite, elle s'engage à respecter à l'avenir la situation des esclaves telle qu'elle a été trouvée au moment de la signature de ces actes, les captifs constituant une des ressources principales des tribus mauritaniennes (souligné par nous). On a donc laissé au temps et à une éventuelle possibilité de persuasion, le soin d'éliminer l'esclavage en Mauritanie". On peut donc comprendre qu'entre les idéaux de la République, les intérêts coloniaux, et la faible emprise de la France sur l'espace maure, l'administration coloniale fut obligée de louvoyer. En fait, la France était confrontée non seulement à son opinion publique, mais aussi aux exigences des organisations internationales. Incitant certains esclaves à fuir leurs maîtres, ou créant pour eux des Villages de Liberté près des postes militaires pour les y recevoir, l'administration coloniale jouera ce double jeu d'une puissance n'ayant pas une prise sur l'espace quadrillé : faire fuir les esclaves et aider aussi les maîtres à les tenir. Ces villages de liberté que l'on trouvait à Kiffa, Timbédra, Boghé ou Sélibaby étaient des villages de culture et premiers lieux de prélèvement d'une main d'oeuvre quasi gratuite et de mobilisation des hommes de troupes lors des guerres coloniales contre leurs propres régions d'origine. Régions qu'ils connaissaient jusqu'à leurs moindres recoins. Les populations les appellaient : "les villages de casseurs d'États autochtones".
Le détournement par Faidherbe du décret du 27 avril 1848, abolissant l'esclavage dans les colonies par l'encouragement de la fuite des esclaves vers les postes français pour les raisons que nous venons de mentionner, est suivi par tous les autres administrateurs. Le village de Timbédra-Liberté ou N'diambour, sont considérés à l'époque comme de haut-lieux de débauche et de banditisme. La place centrale qu'occupent les esclaves dans la société maure surpasse de loin celle qui existe dans les sociétés négro-mauritaniennes. Les esclaves et serviteurs sont l'épine dorsale de cette société, "car tout le système de production reposait sur eux".
La vague, devenue "vogue" abolitionniste du XVIIIe-XIXe siècle, atteint la France. Plusieurs abolitions-restaurations ont lieu entre 1792 et 1848, date à laquelle un décret supprimant l'esclavage dans les colonies devait faire oublier le tristement célèbre Code Noir de Colbert. La Mauritanie n'en tire presqu'aucun profit. Par crainte du bouleversement de l'édifice social, l'esclavage n'y est pas réellement aboli. L'emprise sur le territoire étant inachevée et peu assurée, il faut payer la collaboration de l'aristocratie en la laissant diriger la tribu au compte de l'administration coloniale. Il y a sous la colonisation plusieurs abolitions juridiques, chacune plus avancée que l'autre, et d'autres décrets et arrêtés dont certaines dispositions sont incompatibles avec l'esclavage: décret du 27 avril 1848 ; décret du 10 novembre 1903 (son article 75 sur l'administration de la justice à travers les principes de la civilisation française) ; décret du 12 décembre 1905 ; décret du 22 mars 1924 ; arrêtés de la Chambre d'homologation de Dakar et arrêt du 14 novembre 1905 (jugé le plus significatif), etc... Mais aucune volonté réelle de libération des esclaves n'a été clairement affichée avec les mesures d'accompagnement en ce sens. Il y a un statu quo de fait. Sinon comment comprendre que des esclaves volés soient ramenés par l'administration coloniale à leurs maîtres, comme ce fut le cas dans de nombreuses situations ? Mohamed Lemine Ould Ahmed cite des cas d'espèce dans son mémoire. Il parle d'esclaves pillés par des Maures R'Guibatt remis à leurs maîtres. Si l'acte est jugé positif parce qu'on les ramenait à leur lieu d'origine, il n'en demeure pas moins que leur statut et leurs conditions de vie ne changent pas. Louis Hunkanrin mentionne même des situations où l'administration française profite de la condition des esclaves en classant ces derniers dans la catégorie des animaux dans le calcul de l'impôt. Il résume le sens donné par les maîtres et l'administration à la place de l'esclave en milieu maure sous la colonisation : "Puisque, disent les Maures, la taxe annuelle d'un mouton est de 2fr.50 et que le bétail humain doit coûter un peu plus cher que les animaux proprement dits, vous allez désormais - c'est l'ordre du chef de la Colonie - payer pour chaque captif que vous détenez la taxe de cinq moutons, c'est-à-dire 12fr.50... on voit les maures qui n'ont aucun mouton et qui payent des taxes pour 10, 20, 30, 40 moutons, selon le nombre de captifs dont ils disposent".. Le commandant du cercle de la Baie du Lévrier (district actuel de Nouadhibou) résume le problème de l'esclavage en situation coloniale : "en supprimant l'esclavage, nous rejetterions vers un nomadisme exclusif des tribus que nous aurions pourtant intérêt à maintenir partiellement fixées. Je pense que l'on ne servirait ainsi ni la cause de nos administrés, ni la nôtre".
Les Maures possesseurs d'esclaves dénoncent les fonctionnaires négro-africains dont les gardes de cercle qui aidaient les esclaves à fuir leurs maîtres. Dey Ould Brahim, ancien ministre de Mokhtar Ould Daddah et possesseur d'esclaves, n'a pas pu s'empêcher de commenter ce fait dans son mémoire cité supra : "Certains serviteurs évolués, disons plutôt poussés par des gardes - cercles noirs (sénégalais surtout) ont réagi de diverses manières, quoique la violence soit rare malgré la propagande. Ils se firent les porte-paroles de l'idée d'émancipation à l'ordre du jour et formèrent des groupes, tinrent des réunions où il était conseillé à tous de cesser tout travail, pendant les périodes de culture et de récolte, moment où ils étaient le plus indispensables". Dey insiste encore sur le fait que les maîtres maures n'ont pas perçu le rôle émancipateur de l'école moderne, et continuaient d'y envoyer plutôt leurs esclaves. Les fonctionnaires négro-africains n'avaient cesse de leur conseiller de ne pas abandonner l'école comme les Maures blancs, de la classe des maîtres. "Devant cet état d'esprit des serviteurs, sous l'instigation des gardes-cercles, les maîtres ne sont pas restés indifférents. En effet, afin d'éviter la fuite et la disparition de leurs "assujettis" ils se sont adaptés aux circonstances nouvelles nées de la colonisation et ont assoupli les conditions de leurs esclaves ; traitement convenable, mariages mixtes, concubinage, etc ". Ceci dans le but évident de ne pas les perdre. Perdre une main-d'oeuvre quasiment gratuite dont l'héritage est garanti ?
Un intellectuel noir, Louis Hunkanrin, instituteur béninois (dahoméen), exilé en Mauritanie et de tradition politique de gauche, s'indigne de cette situation et dénonce l'esclavage en Mauritanie avec vigueur, oubliant lui-même sa propre condition de détenu. Il décide d'écrire un réquisitoire sans appel qui fera date dans les annales du mouvement national de libération des esclaves. E. Reyner, président de la Fédération Ardéchoise des Droits de l'Homme écrit l'avant-propos du livre de Hunkanrin, en 1931, et saisit l'opinion publique française sur cette grave question "pour détruire les abus coloniaux signalés ici".. Les termes de Hunkanrin contre les Maures sont durs : "Les Maures répugnent à tout travail. Quiconque se sert de ses mains, tout travailleur, tout ouvrier, est pour eux un être inférieur, méprisable et sans valeur". D'ailleurs , "Tout Maure se considère comme aristocrate créé par Allah pour vivre aux dépends des autres". Il a encore la force de dénoncer, à Tamchakett, le 1er mai 1930, la politique du gouverneur de la Colonie, Monsieur Chazal, un "pince sans-rire qui tient les rênes du gouvernement de la Mauritanie [qui aide au maintien ] de milliers de noirs, sujets français, encore sous le joug de l'esclavage, en plein vingtième siècle ". Hunkanrin passe en revue dans son livre les textes en sa possession pour montrer le caractère injuste de cette pratique en Mauritanie, territoire sous le drapeau français. Il nous montre comment les maîtres transformaient les autorités coloniales en obligés par des offrandes et des permissivités de toutes sortes, pour que celles-ci ferment les yeux sur les pratiques esclavagistes des plus abjectes.
Certains esclaves continuent d'être vendus et l'administration corrompue ferme les yeux : "Les captifs n'ayant pas ce que les Maures esclavagistes ont : des cadeaux alléchants qui seuls peuvent aller droit au coeur du Gouverneur affairiste, celui-ci s'est montré insensible à leur cri d'alarme, et, depuis son passage, les Maures s'emparent d'eux à qui mieux mieux, et achètent de nouveaux captifs avec la connivence des Commandants de cercle, ses béni-oui-oui". La duplicité coloniale et post-coloniale restera forte et marquée par le souci de ménager les maîtres, surtout maures...


III.- LES LUTTES ANTI-ESCLAVAGISTES
De tous les mouvements de libération et d'émancipation sociale du passé et du présent, seul le mouvement El Hor s'affiche sans détour comme le mouvement par excellence de libération et d'émancipation des esclavages domestiques en Mauritanie.
A quoi cela tient-il ? N'y a-t-il pas eu des tentatives d'émancipation, avant, pendant et après les Almoravides - Manna du Tékrur et Lamtûna Sanhaja - dans l'espace mauritanien (XIe-XIIe siècles) ? Les sources concernant cette époque sont rares. Mais leur réinterprétation permet d'attirer l'attention sur l'importance des soubassements esclavagistes qui n'y manquaient certainement pas, et qui restent encore à étudier : en l'occurrence, les mouvements sociaux d'alors que suggèrent les modes de contrôle de l'espace mauritanien, la structure sociale wagadu (soninké), Tékrourienne (wolof et pulaar) et shinguittienne (maure), ainsi que les problèmes de pouvoir posés par la succession d'États dans la région, issus des anciens empires, entre le début du XIVème et la fin du XVIème siècle.
1. Les mouvements sociaux anti-esclavagistes dans les sociétés traditionnelles de l'espace mauritanien d'avant l'indépendance
A. A la veille de la traite atlantique
La puissance des Lam Taga, Lam Tooro des Lam-Termès, des Brak et des Ezzeyzzat au XIVème- XVIème siècle n'était-elle pas liée aux rezzou contre des villages d'agriculteurs pour combler les pertes de main-d'oeuvre servile, ou pour ravitailler la traite esclavagiste saharienne ? Nous savons, grâce aux Chroniques du Foûta Sénégalais, que les Tonjon avaient, au XIIIe-XIVe siècle, arraché la direction de l'État du Tékrur des mains des derniers Manna, devenus des tyrans. Or comme leur nom l'indique, les Tonjon (voir la partie sur les catégories serviles) sont bien des serviteurs de la couronne mandingue (empire du Mali). Les Tonjon étaient des personnes de même classe d'âge (esclaves de la communauté) ou Furuba (ils sont Furuba'jon). "Le statut du Tonjon est intermédiaire entre celui du noble et celui du captif, mais il est plus rapproché du dernier parce qu'un esclave peut y accéder alors que le Tonjon reste tel toute sa vie". Alors la Mauritanie méridionale serait-elle dirigée par des affranchis ou Tonjon ? ou s'agit-t-il d'une partie du Tékrour, alors que l'autre était commandée par les Lam (Tooro ; Termès ; Taga) ? En tout cas, cette partie est suffisante pour ravitailler à leur tour le marché saharien en esclaves bambara, à partir du Tagant-Hodh, principalement.
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