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 L'idéologie occidentale et l'histoire de l'Afrique

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mihou
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Localisation : Washington D.C.
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04022006
MessageL'idéologie occidentale et l'histoire de l'Afrique

L'idéologie occidentale et l'histoire de l'Afrique

La falsification de l'histoire : comment l’Egypte ancienne a été arrachée de son univers naturel négro-africain

La résistance africaine

La restauration de la conscience historique africaine



La domination meurtrière de l’Afrique par l’Europe

Du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, à Berlin, une "conférence" sur l'Afrique avait réunit les pays européens ainsi que les États-Unis. Cette rencontre se termina par la signature de l'Acte de Berlin, qui a conduit au "partage de l'Afrique" entre six puissances européennes, l'Angleterre, la France, la Belgique, l'Allemagne, le Portugal, l'Espagne.

A la veille de la 1ère Guerre mondiale, la quasi totalité de l'Afrique est constituée de colonies gouvernées par les Européens.

Cette situation résulte des événements qui se sont déroulés dans le monde depuis le 16ème siècle, marqués par le mercantilisme européen et la supériorité technique et militaire croissante de l'Europe. Celle-ci impose, en même temps que sa domination, ses idées sur l’humanité, son origine et son évolution.

Parallèlement et s'ajoutant à celle pratiquée par les Arabes, en Afrique subsaharienne, la traite esclavagiste des Noirs est conçue, institutionnalisée et rationnellement organisée par les Européens. Conséquences : la désagrégation des États et de la société dans tous les secteurs de la vie, la diminution de la population atteignant plusieurs centaines de millions d’habitants : la destruction humaine la plus massive et la plus prolongée que le monde ait jamais connue.

L'effroyable Code Noir, promulgué par Louis XIV en 1685 réglemente l’esclavage aux Antilles et en Guyanne.

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Au moment où l’Europe entreprend, au 19ème siècle, la conquête de l'intérieur de l'Afrique, celle-ci est donc déjà extrêmement affaiblie par les multiples effets destructeurs directs et indirects du système de la traite des tres humains Noirs qui s'est développée durant quatre siècles.

La domination coloniale qui prend le relais, dans ses deux phases successives, conquête militaire du continent africain et exploitation/pillage de ses ressources minières et agricoles, est éminemment meurtrière, également jalonnée d'atrocités, de génocides massifs. Entre 1860 et 1930, des estimations montrent que le volume restant de la population de l'Afrique subsaharienne a encore diminué d'un tiers, passant approximativement de 200 millions à 130 millions de personnes.

Frantz Fanon écrit :

"... l'occupant installe sa domination, affirme massivement sa supériorité. Le groupe social, asservi militairement et économiquement est déshumanisé selon une méthode polydimensionnelle. Exploitation, tortures, razzias, racisme, liquidations collectives, oppression rationnelle se relayent à des niveaux différents pour littéralement faire de l'autochtone un objet entre les mains de la nation occupante. Cet homme objet, sans moyens d'exister, sans raison d'être, est brisé au plus profond de sa substance ..."

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La barbarie coloniale : Côte d’Ivoire au début du 20ème siècle (Source : Histoire Générale de l’Afrique, Vol. VII, L’Afrique sous la domination coloniale, 1880-1935, UNESCO/NEA, 1987, p. 167)

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La barbarie aux Amériques (Source : Molefi K. Asante, Mark T. Mattson, Historical and Cultural Atlas of African Americans, New York, Macmillan Publishing Company, 1991).

De simples personnes, quelques personnalités comme Condorcet (1743-1794), des associations et groupements variés en Europe et aux États-Unis d’Amérique se sont élevés contre les exactions dont sont victimes les Noirs. Mais ils n’ont jamais été en mesure de s’opposer véritablement aux gouvernements, armées, milices, réseaux, compagnies commerciales et industrielles, banques, associations diverses à but faussement humanitaire ou religieux, missions scientifiques exploratoires etc. qui ont conjugué leurs efforts pour s’approprier l’Afrique, asservir ou massacrer ses habitants.



L’élaboration d’une idéologie raciste institutionnalisée

La domination de l’Afrique n’est pas de nature exclusivement militaire, politique et économique. Pour tre pleinement efficace et acceptée par toutes les couches de la société européenne, cette domination et les moyens de son exercice se doivent d’être justifiés, légitimés au plan moral, philosophique, religieux. Des penseurs européens décrètent alors l’infériorité intellectuelle du Nègre. Ils ont pour noms : Montesquieu (1689-1755), Voltaire (1694-1778), Cuvier (1769-1832), Gobineau (1816-1882) et Lévy-Bruhl (1857-1939) en France, Hume (1711-1776) en Angleterre, Kant (1724-1804) et Hegel (1770-1831) en Allemagne,. ...

Montesquieu (Charles de Secondat) écrit dans De L’Esprit des Lois, Livre 15ème, Chapitre 5 :

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"Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu’il est impossible de les plaindre ... Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, ..."

On trouve chez Voltaire (François Marie Arouet de son vrai nom, 1694-1778), philosophe du Siècle des Lumières, certains éléments fondamentaux des théories racistes qui prendront au 19ème et dans la première moitié du 20ème siècle, en Europe, leur forme achevée :

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"Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d'hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu'ils ne doivent point cette différence à leur climat, c'est que des Nègres et des Négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu'une race bâtarde d'un noir et d'une blanche, ou d'un blanc et d'une noire. (Œuvres complètes de Voltaire, Essai sur les mœurs et l'Esprit des Nations, tome 1, Paris, J. Esneaux, 1821, p. 6 et 7).

Emmanuel Kant (1724-1804), dans Observations sur le Sentiment du Beau et du Sublime écrit :

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"Les nègres d'Afrique n'ont reçu de la nature que le goût des sornettes. Monsieur Hume (voir David Hume, Essays Moral and Political, 1748) défie qui que ce soit de lui citer l'exemple d'un nègre qui ait montré des talents, et il affirme que, parmi les centaines de mille de noirs transportés loin de leur pays, et dont un grand nombre cependant ont été mis en liberté, il ne s'en est jamais trouvé un seul pour produire quelque chose de grand dans les arts, dans les sciences ou dans quelque autre noble discipline, tandis qu'il n'est pas rare de voir des blancs issus de la plèbe susciter l'admiration du monde par l'excellence de leur dons ... "

Georges Cuvier, dans Recherches sur les ossements fossiles, (Volume 1, Paris,Deterville, 1812, p. 105) écrit s'agissant des Noirs africains :

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"la plus dégradée des races humaines, dont les formes s'approchent le plus de la brute, et dont l'intelligence ne s'est élevée nulle part au point d'arriver à un gouvernement régulier".

Dans Histoire naturelle de l'Homme, il traite de "De la dégénération des animaux", (Paris, 1766, tome XIV, pp. 311-374) affirmant que l'homme blanc incarne par excellence la nature humaine et les autres races seraient le produit d'une dégénérescence.

Le mathématicien Maupertuis dans son ouvrage Vénus physique expose antérieurement la même conception. ("Seconde partie, contenant une dissertation sur l'origine des Noirs").

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Voici comment le comte Joseph Arthur de Gobineau (1816-1882) résume les caractères de la race noire dans son ouvrage, Essai sur l’inégalité des races humaines :

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"La variété mélanienne est la plus humble et gît au bas de l'échelle. Le caractère d'animalité empreint dans la forme de son bassin lui impose sa destinée, dès l'instant de la conception. Elle ne sortira jamais du cercle intellectuel le plus restreint. Ce n'est cependant pas une brute pure et simple, que ce nègre à front étroit et fuyant, qui porte, dans la partie moyenne de son crâne, les indices de certaines énergies grossièrement puissantes. Si ses facultés pensantes sont médiocres ou mêmes nulles, il possède dans le désir, et par suite dans la volonté, une intensité souvent terrible. Plusieurs de ses sens sont développés avec une vigueur inconnue aux deux autres races : le goût et l'odorat principalement. (Gobineau : Essai sur l’inégalité des races humaines, Paris, Nouvel Office d’Édition, 1963, Introduction, p. 368)

Le philosophe allemand Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) écrit dans La Raison dans l'Histoire. Introduction à la Philosophie de l'Histoire:

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"L'Afrique, aussi loin que remonte l'histoire, est restée fermée, sans lien avec le reste du monde ; c'est le pays de l'or, replié sur lui-même, le pays de l'enfance qui au-delà du jour de l'histoire consciente, est ensevelie dans la couleur noire de la nuit." (Hegel, La Raison dans l'Histoire. Introduction à la Philosophie de l'Histoire, trad. Kostas Papaioannou, Paris, Plon, 1965, p. 39. Collection : "Le monde en 10/18", p. 247). Cf. Théophile Obenga, Cheikh Anta Diop, Volney et le Sphinx, Paris, Présence africaine / Khepera, 1996, p. 91, 37, 21).

La proclamation de l'abolition de l'esclavage, au cours du 19ème siècle, l'apparition du concept idéologique de mission civilisatrice de l'Europe vis-à-vis du monde non Blanc, marquent la charnière entre deux périodes consécutives d'une économie mondiale dominée par les puissances occidentales qui basculent dans l'ère industrielle. Au système du commerce transatlantique de Noirs réduits en esclavage (commerce dit "triangulaire" - Europe, Afrique, Amérique -) se substitue la domination coloniale de l'Afrique, l'appropriation de son sol, de son sous-sol, de son espace maritime et plus tard aérien par l'Europe. Aussi l'abolition officielle de l'esclavage ne s'est-elle nullement accompagnée d'une remise en cause institutionnelle des théories racistes, mais au contraire, celles-ci ont été savamment affinées, renforcées par des arguments présentés comme scientifiquement fondés. L'intelligentsia occidentale cherche donc à consolider encore son dispositif idéologique de domaination de l'Afrique.

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Évolution humaine d’après J.C. Nott et G.R. Gliddon, Types of Mankind … Philadelphia, Lippincott, Grambo & Co, USA, 1854. Les études anthropologiques truquées de ces deux américains du 19ème siècle visent à mettre en évidence une infériorité biologique de l’homme Nègre par rapport à l’homme Blanc. Il s’agissait d’établir une justification de l’esclavage. (Source : Stephen Jay Gould, La Mal-Mesure de l’Homme, Paris, Odile Jacob, 1997).

Lucien Lévy-Bruhl (1857-1939) a écrit l’ouvrage intitulé : La Mentalité primitive (1922) qui fait suite à son précédent livre Les Fonctions mentales dans les sociétés inférieures (1910). Les sociétés inférieures sont les sociétés non européennes. La Mentalité primitive se définit par son caractère mystique et prélogique. L. Lévy-Bruhl a dirigé en France, la Revue philosophique (1917). Il a été un membre important de la Société française de philosophie et a enseigné à la Sorbonne. Il crée en 1925 l’Institut d’ethnologie.

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C'est donc une véritable théorie raciste qui est élaborée par l’intelligentsia européenne. Elle établit une corrélation imaginaire, pseudo-scientifique, entre la couleur de la peau et les capacités intellectuelles qui vise en particulier à positionner le Nègre au bas de l’échelle dans son système de hiérarchisation des races et au sommet de laquelle est placé l’homme Blanc. Le Nègre est nié en tant qu’être humain à part entière, il est "chosifié" selon l'expression d'Aimé Césaire.
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