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LA FRANCE NON RECONNAISSANTE
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 Colère noire

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mihou
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Nombre de messages : 8069
Localisation : Washington D.C.
Date d'inscription : 28/05/2005

09122005
MessageColère noire

Colère noire

ILS sont las de commenter les saillies de Dieudonné M'Bala M'Bala ou celles
d'Alain Finkielkraut. Sommés de choisir, ils refusent cette alternative qui
heurte leur intelligence. Cette fin de non-recevoir leur vaut d'être attaqués
sur leurs deux flancs. Parce qu'ils dénoncent les discriminations dont sont
victimes les Noirs, ils sont accusés de communautarisme ou de complaisance
envers les casseurs. Parce qu'ils refusent l'affrontement racial, ils sont
surnommés les " Michael Jackson ", " celui qui rêvait d'être blanc ", ou les "
Bounty ", " noirs à l'extérieur, blancs à l'intérieur ", comme la barre
chocolatée.

" C'est un cauchemar ", résume Pap Ndiaye. A l'issue de brillantes études
commencées dans l'Hexagone et achevées aux Etats-Unis, ce fils d'un Sénégalais
et d'une Française est devenu maître de conférences à l'Ecole des hautes études
en sciences sociales (EHESS), à Paris. Un bel exemple d'ascension par le mérite,
qui ne l'empêche pas d'être contrôlé régulièrement par la police, gare du Nord,
dans le RER. Il y a peu, l'enseignant a reçu une étudiante guadeloupéenne,
sortie dans la botte d'un concours sélectif. Les autres impétrants ont trouvé un
poste, pas elle.

" On n'est pas noir tout le temps ", plaisante Pap Ndiaye. Mais un peu trop
souvent pour ne pas y prêter attention. Nourri par " un discours républicain
intimidant ", il s'est longtemps interdit toute méditation sur son épiderme. Il
a feint d'ignorer les maladresses ou vexations sur ce sujet. " Il faut être
économe de sa colère : il y a trop de nécessiteux ", se disait-il alors,
paraphrasant Chateaubriand.

Mais force lui a été de constater qu'il existait une " question noire ", titre
d'un livre en cours d'écriture. " Noir, c'est un fait social, constate
aujourd'hui Pap Ndiaye. Il existe dans notre société une expérience commune
fondée sur la couleur de la peau : la discrimination. Les races ont été
inventées pour légitimer l'ordre esclavagiste. Elles ont dès lors placé le Noir
en position de dominé. En termes culturels, moi, le descendant d'Africain, je
n'ai pas plus de points communs avec un Antillais qu'avec une personne du
Rouergue, si ce n'est que je peux vivre les mêmes discriminations qu'un
Antillais. On est noir en Europe ou en Amérique. En Afrique, il n'y a pas de
Noirs, il y a des Blancs. "

A ce point de la réflexion, l'homme a estimé qu'il était " légitime, républicain
et raisonnable de se réunir ". Il a participé à la genèse du Conseil
représentatif des associations noires (CRAN), créé samedi 26 novembre, à
l'Assemblée nationale. Depuis trois ans, des intellectuels, des associatifs et
des politiques hésitaient à lancer cette structure qui serait immanquablement
taxée de communautarisme. Par glissements successifs, il aura été question de la
promotion des " diversités ", puis des " citoyens et résidents de l'Afrique
subsaharienne et d'outremer ", puis du critère " mélanique ", en référence au
pigment de la peau. Autant de masques à faire tomber, comme l'anglicisme Black,
avant d'enfreindre le tabou.

" Notre société a une tendance à l'euphémisme. Il fallait pourtant se nommer ",
justifie Patrick Lozès, Français originaire du Bénin, animateur du groupe
préparatoire et premier président du CRAN. Samedi 26, à l'Assemblée nationale,
les orateurs ont défendu leur droit à se déterminer par la couleur de la peau. "
La rhétorique anticommunautaire est portée par des gens de bonne composition,
mais elle nous empêche d'agir ", expliquait Louis-Georges Tin, universitaire
martiniquais qui s'était auparavant investi dans la lutte contre l'homophobie. "
Ce mouvement est formé essentiellement de Noirs, je l'assume, lançait Fodé
Sylla, ancien président de SOS-Racisme, d'origine sénégalaise. Je pense même
cela salutaire pour la société française et la République. " " Nous sommes à la
fois très visibles et invisibles ", estimait pour sa part le musicien
camerounais Manu Dibango.

Au reste, " Anatomie d'un groupe invisible " fut le thème, en apparence
elliptique, d'un colloque organisé à l'EHESS le 19 février. Les Noirs ne s'y
trompèrent pas. Plus de 400 personnes s'étaient entassées jusque sur les marches
de l'amphi. Il fallut refuser du monde. Bien avant les violences urbaines de
novembre, on y parla de discrimination raciale. Preuve pour les intervenants que
le temps des non-dits avait vécu. Il fallait encore éviter un dernier écueil :
lors des réunions fondatrices du CRAN, certaines voix ont envisagé que les
Blancs soient exclus de la structure. La proposition fut rejetée.

" Quand vous me dites Noir ou Black, pour moi, ça ne signifie rien, contredit
Patrick Karam. Les Africains et les Antillais n'ont pas forcément les mêmes
combats. " Universitaire guadeloupéen, spécialiste du Caucase, ce descendant
d'émigrés cubains a lancé en février 2003 le collectif DOM. L'association
revendique 10 000 adhérents. Elle s'est créée sur un thème fédérateur outre-mer
: la continuité territoriale et l'obtention de billets d'avion à tarif
raisonnable avec la métropole.

Mais, très rapidement, le collectif s'est plongé dans les méandres de la
discrimination. " Elle est protéiforme, assure Patrick Karam. Plus on est
différent, plus on est discriminé. " La couleur n'en serait qu'une des facettes.
Le militant estime que l'éloignement, la coupure de son milieu social d'origine
jouent également. Contre l'avis d'une partie de ses troupes, Patrick Karam
critique dans le CRAN une " créature " lancée par " des gens qui entretiennent
la haine raciale ".

" Je ne crois pas aux races, surenchérit Claude Ribbe. Dans la devise française,
il est un mot que j'aime bien : fraternité. " Cet écrivain guadeloupéen,
normalien, disciple d'Althusser, se moque du " classement de Bécassine "
consistant " à ranger le lait avec les draps car ils sont de la même couleur. Au
lycée Buffon, je m'étais lié d'amitié avec un autre Noir qui est aujourd'hui
associé gérant à la banque Rothschild. Non pas en raison de nos origines, mais
parce que nous étions les deux premiers de la classe ".

Membre de la Commission consultative des droits de l'homme, spécialiste
d'Alexandre Dumas, dont il troussa l'éloge au Sénat, ami du président haïtien
déchu Aristide, plume de l'ancien tortionnaire Paul Aussaresses, homme aux
multiples facettes donc, Claude Ribbe est le récent auteur d'un livre polémique,
Le Crime de Napoléon (Privé). " De manière indignée ", il rappelle que le
personnage a rétabli l'esclavage et va jusqu'à décrire un génocidaire,
inspirateur d'Hitler. " Il faut que la France cesse d'être frileuse sur
elle-même et son passé, justifie-t-il. Les réactions extrêmes sont des réactions
au silence. Si certains radicalisent leur discours, c'est pour se faire
entendre. "

" Il y a une prime à la surenchère, constate Christiane Taubira. Pourtant les
positions virulentes sont très minoritaires. " La députée (PRG) de Guyane est
coauteure d'une proposition de loi, votée le 10 mai 2001, reconnaissant
l'esclavage comme crime contre l'humanité. " Je constate que le texte est
presque passé inaperçu à l'époque. On en parle en 2005, depuis que Dieudonné
s'en est saisi. " Le 23 mai 1998, à Paris, une marche sur l'esclavage avait
réuni 40 000 personnes. Elle a été ignorée. Parce que silencieuse.

Historiques, contemporaines, sociales, les réclamations sont multiples,
contradictoires parfois. Les débats sont houleux, colériques. Sur Internet, les
innombrables forums dédiés témoignent à l'occasion d'une extrême violence dans
les échanges et d'un racisme ouvert à l'encontre des " leucodermes " (les
Blancs). Les excommunications réciproques, les procès s'accumulent. L'historien
Olivier Pétré-Grenouilleau en a fait l'amère expérience, vilipendé, menacé
physiquement et traîné en justice après la sortie de son livre Les Traites
négrières (Gallimard). Gaston Kelman également : originaire du Cameroun,
l'auteur du best-seller Je suis noir et je n'aime pas le manioc (Max Milo) est
surnommé par ses détracteurs le " Bourguignon Kelman ", comme une suprême
injure.

Associations et groupuscules se multiplient, s'affrontent, tentent de se voler
la vedette. Le 17 mars, à Lyon, telle association interrompait une vente aux
enchères de documents sur la traite esclavagiste quand telle autre avait négocié
avec le ministère de la culture pour qu'il exerce son droit de préemption.
Certains Antillais dénient aux Africains le droit de parler de l'esclavage.
Certains Africains rappellent que les hôtels qui brûlent sont habités par des
sans-papiers subsahariens. " La division entre Africains et Antillais est
savamment entretenue, assure le Guadeloupéen Stéphane Pocrain, ancien
porte-parole des Verts. Il est évident qu'il faut arriver à unifier les luttes.
" " C'est un réveil désordonné, une prise de conscience bouillonnante, constate
Serge Bilé. Nous sommes balkanisés. Mais je pense que cette énergie finira par
être canalisée. " D'origine ivoirienne, ce journaliste travaille aujourd'hui en
Martinique. Il est l'auteur de Noirs dans les camps nazis, un livre qui a connu
succès et controverse en 2004. Il publie actuellement chez le même éditeur (Le
Serpent à plumes) La Légende du sexe surdimensionné des Noirs, où il postule que
l'attribut physique est une création raciste pour renvoyer l'homme noir à
l'animalité. Pour lui, " on peut déconstruire les mythes, l'imagerie héritée de
l'époque coloniale, sans être agressif ".

L'Histoire, sa re-création, est un élément prépondérant dans la quête
d'identité. " Il y a une tendance à expliquer la situation présente par la somme
des souffrances déjà endurées ", constate Pap Ndiaye. " Pour nous, l'esclavage
est loin d'être une question de souvenir. Il est notre temps de fondation. C'est
cette fabrication dans et par l'esclavage qui génère les difficultés majeures de
nos sociétés ", confirme Serge Romanal. Ce généticien préside le Comité marche
du 23 mai 1998, une des associations capables de mobiliser la communauté
antillaise.

Les débats au sein du Comité pour la mémoire de l'esclavage, organisme officiel
créé en 2004 afin de tirer de l'oubli ce pan de notre histoire, ont reflété
combien les consciences restent à vif sur le sujet. Le refus des députés, le 29
novembre, d'abroger dans la loi du 23 février 2005 sur les rapatriés l'article
4, qui dispose que " les programmes scolaires reconnaissent en particulier le
rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ",
a également enflammé les esprits. Aimé Césaire a exprimé sa vive désapprobation.
Les Antilles se sont insurgées contre ce qu'elles jugent comme un déni. Jusqu'à
contraindre Nicolas Sarkozy d'annuler, mercredi 7 décembre, un voyage prévu à la
Martinique.

Toujours ce reproche du silence, réel ou ressenti. " La France doit réfléchir à
son histoire. Elle devra accepter qu'elle a colonisé et réduit en esclavage,
avant de décider de la place qu'elle compte accorder aujourd'hui aux descendants
de ces colonisés et de ces esclaves dans sa démocratie. Pour assimiler cette
nouvelle veine migratoire, elle devra expliquer pourquoi le pays des droits de
l'homme a imposé un régime d'exception dans ses territoires coloniaux ", estime
Françoise Vergès, vice-présidente du Comité pour la mémoire de l'esclavage.

Professeure dans une université londonienne, après des études de sciences
politiques aux Etats-Unis, la Réunionnaise a réalisé avec Aimé Césaire un livre
d'entretiens intitulé Nègre je suis, nègre je resterai (Albin Michel). Une
manière de frotter son combat à celui qu'avait mené le grand Martiniquais, père
de la négritude, dans les années 1950. " J'ai éprouvé le besoin de faire parler
cette belle figure qui a été si marginalisée à son époque. Pourquoi aujourd'hui
encore ce poète ne figure-t-il pas dans les anthologies françaises ? Pourquoi
n'est-il pas enseigné au bac ? ", s'interroge-t-elle.

Cette génération trentenaire et quarantenaire s'estime héritière d'Aimé Césaire,
de Léopold Sedar Senghor, de Frantz Fanon ou de Maryse Condé. Force lui est de
constater que les choses ont peu évolué depuis. Françoise Vergès souligne qu'il
n'existe toujours pas de chaire d'histoire coloniale en France. Le CNRS vient
seulement de lancer un réseau parmi les chercheurs qui travaillent sur
l'histoire de l'esclavage. " Les élites françaises sont autistes, constate
l'universitaire. Elles voient monter une revendication et crient au
communautarisme car elles n'ont pas de réponse aux questions posées. Mais le
premier communautarisme n'a-t-il pas été celui des colons blancs ? "

" Plus tu te sens repoussé, plus tu te recroquevilles dans ta communauté. Tu te
loves là ", relève Serge Bilé. " Nous sommes en proie à une énorme fissure
narcissique, remarque Christiane Taubira. Nous sommes en quête de héros, surtout
quand, à l'exemple de Dieudonné, on lui colle les stigmates de la crucifixion.
Nous sommes tissés de contradictions, tiraillés entre la volonté d'être reconnus
dans notre singularité et celle d'être pleinement intégrés. "

" Notre problème est très subtil et n'est pas toujours compris par nos
compatriotes ", confirme Georges Aurore, président de l'Association
métropolitaine des élus originaires d'outre-mer (Amedom). Maire adjoint PS de
Créteil, ce Martiniquais de 63 ans cite l'antienne de la laïcité qu'il apprenait
naguère à l'école : " Le temps n'est plus où tout un peuple esclave, connaissant
ses devoirs mais ignorant ses droits, se courbait sous le joug qui déprave, et
rêvait de justice et réclamait des lois. " Cinquante ans après, la revendication
demeure.

Benoit Hopquin
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