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 | Sujet: Quand on agit comme si la Bourse était une loterie Mar 2 Mai - 3:54 | |
| Quand on agit comme si la Bourse était une loterie
13 juin 2005 Bernard Mooney , Journal Les Affaires
Pour réussir comme investisseur, il faut une bonne maîtrise des risques et des probabilités Qu'y a-t-il de mal à "mettre" un petit deux dollars sur un billet de loterie ? Après tout, cela ne coûte pas cher et on a toujours une chance de gagner le gros lot. On achète du rêve à petit prix !
Voilà l'excuse la plus fréquente pour justifier l'achat de billets de loterie. Individuellement, il n'y a rien de bien méchant à dépenser quelques dollars de temps en temps au loto ou au casino.
Cela dit, il semblerait que nos attitudes de "gambler " pourraient nuire à nos habiletés d'investisseur. C'est ce qui transpire d'une récente étude universitaire.
En effet, selon une recherche (1) réalisée par Alok Kumar, de la University of Notre Dame (Mendoza College of Business), les personnes qui s'adonnent à la loterie ont tendance à appliquer à la Bourse des stratégies calquées sur la loterie et le casino. Autrement dit, elles traînent avec elles leur attitude de parieur lorsqu'elles investissent à la Bourse. M. Kumar observe de plus que ce sont le plus souvent de petits investisseurs moins bien nantis qui ont ce réflexe. Ainsi, les investisseurs individuels préfèrent les titres qui ont les caractéristiques de la loterie. Et cela touche malheureusement les personnes qui ont le moins les moyens de perdre du capital.
M. Kumar définit les titres "casino" (c'est-à-dire ayant les traits recherchés par les joueurs) comme ayant trois caractéristiques principales :
> une grande volatilité;
> un prix modique en Bourse;
> une probabilité extrêmement faible de gain, mais celui-ci serait énorme.
L'objectif de l'acheteur de loterie et de ce type d'investisseur est de gagner beaucoup d'argent, rapidement, avec une petite mise. Le rêve est d'investir 1 000 $ dans un titre à 0,10 $ et de le voir exploser à 10 $.
Évidemment, comme c'est le cas à la loterie, les probabilités que cela survienne sont infimes. C'est ce qui en fait une stratégie perdante. Et, comme à la loterie, plus le potentiel perçu de gain est grand, plus on ignore les probabilités élevées de perte.
Les résultats de la recherche de M. Kumar confirment cela avec éloquence. "Les portefeuilles des investisseurs qui achètent des titres "casino" affichent une sous-performance marquée", écrit le chercheur. Calculée en fonction du revenu annuel des investisseurs, cette sous-performance se situe entre 2 et 32 %, avec une moyenne de 5 %.
L'exemple d'une biotech
Notre culture influe directement sur notre comportement. Le fait de jouer à la loterie trahit le désir de s'enrichir rapidement et facilement. De plus, il trahit une grande ignorance des probabilités. Ces deux caractéristiques réunies chez une même personne sont suffisantes pour en faire un investisseur médiocre, et même carrément mauvais à la Bourse.
Pour y réussir, il faut une bonne maîtrise des risques et des probabilités. Je vais vous donner un exemple. Sur mon bureau, on a déposé le résumé d'un rapport de recherche sur la société de biotechnologie québécoise Neurochem. Un détail m'a frappé : la façon dont l'analyste évalue la société.
Selon lui, Neurochem doit être évaluée en fonction de ses profits prévus en 2010, qu'il estime à 1,53 $ par action. Il utilise un ratio cours/ bénéfice de 35 fois ces profits tout en escomptant la valeur actuelle à un taux de 60 %. D'où son cours cible de 8 $ et sa recommandation "sous-performance".
Maintenant, quels sont les risques derrière ces évaluations ? Ils sont nombreux et variés. La société a perdu de l'argent en 2004, en perdra cette année, et l'an prochain aussi. Les bénéfices sont donc très "hypothétiques". Ils dépendent des résultats des études cliniques du traitement de Neurochem contre l'Alzheimer et de celui contre l'insuffisance rénale.
Ensuite, la société doit fabriquer ce médicament de façon efficace et conforme aux exigences des organismes de réglementation. Enfin, elle doit le mettre en marché avec des partenaires ou seul contre la concurrence.
Quelles sont les probabilités que ces traitements passent avec succès les différentes étapes menant à l'approbation ? Êtes-vous capable d'évaluer ces probabilités en fonction des risques ? Si la réponse est non, vous spéculez lorsque vous achetez ce titre. Ou, plus exactement, vous tentez votre chance, comme l'acheteur du billet de loto. Et ce n'est pas du placement. C'est en fait la recette pour demeurer un perdant.
1) Who Gambles In The Stock Market ?, Alok Kumar, University of Notre Dame. 1er mai 2005. |
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