mihou Rang: Administrateur

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| Sujet: Amis(es) de l'Afrique et de la Caraïbe, bonsoir, Dim 3 Juin - 23:52 | |
| Amis(es) de l'Afrique et de la Caraïbe, bonsoir,
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Il est de bon ton de prendre du recul, un temps qui permet de cerner et d’analyser les conséquences d’un fait individuel ou d’un évènement à caractère collectif, afin de tirer des enseignements pour son action future.
Mais ce temps de réflexion ne doit en aucun cas déboucher sur une forme de repli, où s’installe la désillusion, qui sera rapidement remplacée par la soumission que guette la compromission, et nous voilà tombés rapidement dans le cercle de la trahison, un parcours bien connu dans le combat politique notamment, où les amis loyaux se comptent sur les doigts d’une main.
A propos, je ne peux pas me satisfaire de la très faible mobilisation qui a marqué le quarantième anniversaire du massacre de Pointe à Pitre (Guadeloupe) les 26 et 27 Mai 1967, un évènement de l’Histoire de ce territoire, qui concernait à juste titre un pan de la diaspora caribéenne.
A l’heure d’Internet tout est su, et la méconnaissance des faits n’est plus un argument recevable.
Alors je me dis précisément avec le recul, peut-on accepter le verdict de ce syndrome de Stockholm qui est la manifestation incontestable d’un formatage avancé, autrement dit, doit-on abandonner ce combat des idées qui devra déboucher à terme sur d’autres horizons, à ce propos je vais vous faire une confidence…
Quand le destin me frappa cruellement en m’enlevant trop tôt mes chers parents, mon éducation échoit à ma grand-mère comme c’était de coutume dans nos sociétés, qui s’acquitta de cette noble mission avec un grand amour.
J’étais un enfant turbulent, ayant comme seul ennemi avéré le trigonocéphale (serpent très venimeux), qui a mérité les justes châtiments corporels en vigueur à l’époque dans notre pays, ce qui ne m’a pas diminué, loin s’en faut, des châtiments infligés par cette femme mince, de taille moyenne, toujours élégante qui a dû être un belle négresse dans sa jeunesse, malgré une nombreuse maternité, du genre kabrèce, ne chercher pas ce mot il n’existe sur aucun dictionnaire, ni même utilisé en langue créole de nos jours.
Ma grande mère n’avait pas fait sciences po (Institut d’Etudes politiques) à la limite de l’illettrisme, mais elle était douée d’un solide bon sens, une observation redoutable, et d’une mémoire remarquable qui la conduisait en sa qualité de petite fille d’esclave à me faire un récit précis de son passé, avec un ton plein d’inquiétude mêlé d’espoir, malgré les dénégations peu convaincantes de mon grand père.
Fait remarquable, elle m’avait tôt, inculqué le sens de l’audace, le goût du travail bien fait, une capacité à se sublimer au service des autres, malgré les aléas de la vie, et bien d’autres valeurs qui de nos jours ont disparu.
Cette grand-mère m’a tant aimé, tout appris sur l’essentiel de ma future vie d’adulte dans cette société colonialiste appelé à perdurer, elle aurait cent dix sept ans, et me manque énormément.
Au grand départ de Andréa Louise, je lui promis qu’elle ne serait pas déçue outre tombe de son petit nègre de garçon, et quelques années après je publiais en sa mémoire le texte ci après , en 1993, à l’occasion du 145è anniversaire de la chute de L’Esclavage dans nos îles
Vous découvrez là, un mode de fonctionnement qui m’a été légué par une bonne source.
Souvenir
[color=#ff0000]L'humiliation [/color]
Demain tu seras libre mon fils…
Combien sont-ils morts…
Des millions, des dizaines ou centaines de millions, on ne le saura jamais… mais l’essentiel est que la mémoire collective ne s’en trouve à jamais étouffé, malgré la nuit des temps.
En cette année de 1848, il a fait beau rapportent les témoins de l’époque, le soleil n’avait jamais brillé aussi fort sur la [color=red]Caraaîbe[/color] et plus encore en ce mois de [color=red]Mai.[/color]
On eut crû que les hommes avaient rendez-vous avec des astres venus de très loin.
Pour cette année-là, un vent de liberté soufflait dans la région, peu importe d’où il venait, il ne s’en irait pas ainsi.
C’est que depuis des mois, des années, ces hommes et femmes enchaînés, fouettés, humiliés n’avaient, on s’en doute, pas accepté leur triste sort sans réaction.
Les champs flambaient par période, des hommes laissaient leurs cases pour troquer une liberté bien précaire, car repris, ils étaient l’objet de mille sévices par le maître « béké », pour l’exemple.
Ah, ces hommes qu’on désignait de « Nègre marron », ces précurseurs de la liberté, admettra-t-on un jour dans notre conscience populaire, qu’ils étaient nos maquisards à nous.
Mais depuis le début de cette année-là, les incidents n’avaient pas cessé de se multiplier sur les habitations, ils s’étaient même amplifiés pour ce mois de mai, au point de jeter un trouble, une inquiétude non dissimulée chez les békés et leurs négriers.
Ces gens-là n’avaient rien compris, ils n’avaient surtout pas saisi que demain s’en serait fini du règne du fouet, et du temps de l’humiliation.
La prophétie
Assise sur son pas de porte, la vieille tirait avec délectation sur sa pipe, c’était du reste son seul plaisir, car au cours de cette chienne de vie, le destin ne lui avait réservé que des malheurs.
Sidonie comme l’appelaient avec affection les gens de l’habitation, née au siècle dernier, avait connu bien des événements, mais surtout elle n’oubliera jamais qu’en ce début de l’année [color=red]1802[/color], des hommes venus d’ailleurs, bien armés, lui avaient, enlevé les siens, et ôté toute liberté, en imposant leurs lois et leur système.
Son mari et deux de ses fils avaient péri dans une embuscade alors qu’ils tentaient de gagner la montagne, et depuis des années, un petit fils adopté, lui tenait compagnie.
Mais ce soir là, elle savait, car un étrange sentiment la parcourait, demain elle ne verrait pas le jour, à cause de cette santé plus mauvaise, et cet âge avancé.
Alors, déposant sa pipe, elle parla sans fin du passé, les images inondaient sa mémoire, mais tout à coup, elle s’arrêta, fixa le ciel, et annonça à son jeune compagnon tout incrédule que demain il serait libre.
Dans la nuit, Sidonie rendit l’âme, elle était partie après une ultime prophétie.
Au petit matin, là-bas, le ciel était rouge, on eut crû l’aube en feu.
Non, la vieille dame n’était pas folle, au loin, là-bas, c’étaient bien les nègres qui donnaient le dernier assaut, dans un combat sans merci, au nom de la [color=red]Liberté.[/color]
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Bonne semaine
Léonce LEBRUN
Sidonie (pseudonyme), Un texte inspiré par les récits de ma grand-mère.[/size] _________________ Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa Ma devise: se SURPASSER ,ne JAMAIS ABDIQUER,TOUJOURS RESTER HUMBLE |
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