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Tite Prout Maître de Cérémonie du forum

Inscrit le : 01 Juin 2005 Messages : 1646 Localisation : Montréal
| Sujet: La débâcle de Wolfowitz Lun 7 Mai - 13:03 | |
| ORGANISMES INTERNATIONAUX -
KENNETH ROGOFF
La débâcle de Wolfowitz
[ 07/05/07 ]
[url=javascript://] [/url] Les ennuis de Paul Wolfowitz, le président de la Banque mondiale, vont-ils finalement permettre à cette institution d'évoluer ? Mettra-t-on fin à la pratique archaïque qui veut que ce soit le président des Etats-Unis qui désigne tout seul le responsable de la principale institution internationale consacrée au développement ?Wolfowitz n'a que peu d'espoir de parvenir au terme de son mandat de trois ans. Sont en cause le salaire bien trop généreux et la promotion accordée en 2005 à sa compagne, en compensation de son départ de la Banque lors de sa prise de fonction à la tête de l'institution. Au moment où la Banque insiste sur l'importance d'une bonne gouvernance comme clef du développement, les révélations récentes portent un coup à la crédibilité de la Banque. Cependant, rien ne changera si on laisse le président américain choisir son successeur à sa guise, ainsi que cela se pratique depuis la création de la Banque après la Seconde Guerre mondiale. Le dirigeant de la Banque devrait être choisi au terme d'un processus ouvert et transparent de manière à sélectionner le candidat le mieux qualifié, qu'il soit originaire des Etats-Unis, d'Europe ou d'un pays en voie de développement.La faiblesse de Wolfowitz tient en grande partie à la manière dont il a été désigné. Son passé au département d'Etat et à la défense ne lui ont donné aucune réelle expertise en matière de développement, domaine de la Banque mondiale. Il est surtout connu pour son rôle dans le déclenchement de la guerre qui embourbe les Américains en Irak. Si l'homme est brillant, il n'aurait pu être nommé s'il y avait eu un processus de sélection ouvert qui aurait permis de constater que la compagne de Wolfowitz travaillait à la Banque. Ce détail n'en est pas un étant donné l'engagement de la Banque contre le népotisme. Si Wolfowitz était apparu comme le meilleur candidat, le comité de sélection aurait trouvé un moyen de résoudre cette question. Mais, du fait de sa compétence limitée pour la fonction, ce point l'aurait peut-être disqualifié.Pourquoi la communauté internationale laisse-t-elle les Etats-Unis désigner arbitrairement le plus haut responsable de la Banque ? C'est là affaire de mauvaise gouvernance. L'Europe se tait parce qu'elle veut conserver le même privilège d'un autre âge de nommer le dirigeant du FMI, l'institution financière qui fait pendant à la Banque. L'Asie n'a guère d'autre choix que de se soumettre aux manigances des Etats-Unis et de l'Europe, car elle est très sous-représentée dans les deux institutions. Quant à l'Afrique, ses dirigeants répugnent à faire quoi que ce soit qui risque d'interrompre le flux de largesses de la Banque mondiale.Beaucoup de gens critiquent depuis longtemps le processus de sélection des dirigeants de la Banque mondiale et du FMI. Comment ces institutions peuvent-elles donner des leçons de bonne gouvernance et de transparence aux pays en développement, alors qu'elles opposent l'inertie aux réformes en leur sein ? Il faut certes reconnaître que les dirigeants du FMI font un effort pour donner davantage la parole aux économies émergentes - notamment en Asie - sur la gouvernance du Fonds. S'il va suffisamment loin sur cette voie, cela entraînera les changements nécessaires. Malheureusement, ces efforts se font à pas de fourmi, et il semble que tout reste figé à la Banque mondiale.Peut-être Gordon Brown, lorsqu'il deviendra Premier ministre en Grande-Bretagne, saura-t-il convaincre les pays riches de mener le changement. Etant à la tête du comité ministériel de surveillance du Fonds, il connaît la situation. Le scandale autour de Wolfowitz pourrait aussi servir de catalyseur. Peut-être le prochain président de la Banque mondiale ou du FMI ne viendra-t-il plus du sérail. Il y a pléthore de candidats à la hauteur hors de l'Amérique. Le ministre des Finances sud-africain, Trevor Manuel, qui a dirigé avec compétence le comité de surveillance de la Banque mondiale, ferait sans doute un président brillant. Mais cela pourrait aussi être un Américain parfaitement qualifié. Pourquoi pas Bill Clinton ? D'une manière ou d'une autre, la procédure de sélection des présidents de la Banque mondiale et du FMI doit être revue de toute urgence. La débâcle de Wolfowitz a mis fin au statu quo.KENNETH ROGOFF est professeur à l'université de Harvard et ancien économiste en chef du FMI.
http://www.lesechos.fr/info/analyses/4572368.htm |
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| Sujet: Re: La débâcle de Wolfowitz Mar 8 Mai - 1:14 | |
| Banque mondiale L'étau se resserre sur Wolfowitz Plus d'info
Nouvelles Banque mondiale : Wolfowitz accusateur
Nouvelle du 30 avril International — Autres nouvelles Banque mondialeL'étau se resserre sur Wolfowitz TurquieVote au Parlement États-UnisRéception royale à Washington Dernières nouvelles [ Société ] – Groupe ChaoulliUn chasseur de soins [ International ] – Banque mondialeL'étau se resserre sur Wolfowitz [ Économie et affaires ] – Offre d'achat non sollicitéeQuébec ouvrira l'oeil Paul Wolfowitz
Photo: AFP/Tim Sloan
Paul Wolfowitz (archives)
Le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, a violé les règles de l'institution internationale et s'est placé en situation de conflit d'intérêts en octroyant une augmentation de salaire à sa compagne et collaboratrice, Shaha Riza.
Telle est la conclusion d'un comité ad hoc mandaté pour faire la lumière sur cette affaire, a déclaré à des médias américains une personne proche du dossier, sous le couvert de l'anonymat, lundi.
La commission a présenté ses conclusions à M. Wolfowitz lundi et doit remettre son rapport mardi aux administrateurs de la Banque.
Selon des responsables de la Banque mondiale, s'exprimant eux aussi de façon anonyme, d'éventuelles sanctions à imposer à M. Wolfowitz sont à l'étude. Le comité ad hoc, composé de 7 des 24 administrateurs de la Banque, pourrait décider de renvoyer M. Wolfowitz, ou encore ou encore exprimer leur perte de confiance, en vue de le forcer à quitter l'institution de son propre chef.
Wolfowitz perd un conseiller Kevin Kellems (à gauche) accompagne Paul Wolfowitz (2e à partir de la gauche) sur cette photo prise en septembre 2006, lors d'une conférence de presse en compagnie de Rodrigo de Rato, l'un des dirigeants du Fonds monétaire international (3e à partir gauche)
Photo: AFP/Stephen Jaffe
Kevin Kellems (à gauche) accompagne Paul Wolfowitz (2e à partir de la gauche) sur cette photo prise en septembre 2006.
Lundi, un des principaux conseillers de M. Wolfowitz, Kevin Kellems, a annoncé sa démission. Responsable de l'image du président, qui est accusé de favoritisme, M. Kellems a déclaré que la situation était devenue intenable.
« Étant donné la situation dans laquelle évolue actuellement la direction, il est très difficile de contribuer à faire progresser efficacement la mission de l'institution », a expliqué l'ancien journaliste, qui avait déjà travaillé pour M. Wolfowitz lorsque celui-ci était au Pentagone.
En outre, plus de 700 employés de la Banque mondiale ont signé une lettre dans laquelle ils se disent inquiets et réclament un règlement rapide de la crise. Paul Wolfowitz a affirmé la semaine dernière qu'il ne démissionnerait pas, ajoutant qu'il était victime d'une « campagne de dénigrement ».
Une règle non écrite veut que le président de la Banque mondiale soit américain et que celui du Fonds monétaire international soit européen. Le président américain George W. Bush a déjà affirmé que Paul Wolfowitz devait rester en poste.
Augmentation de salaire non approuvée
M. Wolfowitz a reconnu, le 12 avril, avoir octroyé une augmentation de salaire à sa compagne et collaboratrice. Mme Riza, affectée au département d'État américain, mais rémunérée par la Banque mondiale, aurait reçu, sur l'ordre de M. Wolfowitz, plus de 60 000 $ d'augmentation de salaire, portant celui-ci à quelque 200 000 $ par année.
Kevin Kellems avait affirmé que cette augmentation avait été approuvée par le conseil d'administration de la Banque, ce que les administrateurs ont nié.
Mme Riza a été affectée au département d'État en septembre 2005, soit quelques mois après l'arrivée de M. Wolfowitz. Une règle interne de la Banque mondiale interdit à quiconque d'être supervisé par une personne avec laquelle il entretient une relation.
Paul Wolfowitz a été l'un des architectes de l'invasion américaine de l'Irak, en mars 2003.
Source: radio-canada.ca |
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Inscrit le : 01 Juin 2005 Messages : 1646 Localisation : Montréal
| Sujet: Re: La débâcle de Wolfowitz Mer 9 Mai - 0:44 | |
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Economie 08/05/2007 - 12:20 Wolfowitz: Reynders juge la situation impossible
La situation à la Banque mondiale, dont le président Paul Wolfowitz est accusé d'avoir violé les règles en intervenant dans le processus de promotion et d'augmentation de sa compagne, Shaha Riza, est "impossible", a déclaré mardi le ministre belge des Finances, Didier Reynders. "Il est impossible d'aller partout dans le monde parler de bonne gouvernance sans avoir de bonne gouvernance à la tête de la Banque mondiale", a-t-il déclaré en marge d'une réunion des ministres des Finances européens. "Nous espérons qu'il sera possible de prendre une décision sur la base d'un bon rapport.". Reynders va ainsi plus loin que son homologue néerlandais, Wouter Bos, qui a souligné lundi la nécessité de ne pas nuire à l'image de la Banque mondiale qui "ne peut faire du bon travail que si elle a bonne réputation".
http://www.lejdd.fr/cmc/scanner/economie/200719/wolfowitz-reynders-juge-la-situation-impossible_17601.html?popup |
|  | | Tite Prout Maître de Cérémonie du forum

Inscrit le : 01 Juin 2005 Messages : 1646 Localisation : Montréal
| Sujet: Re: La débâcle de Wolfowitz Sam 12 Mai - 22:19 | |
| Edito du Monde L'après-Wolfowitz
LE MONDE | 12.05.07 | 13h15 • Mis à jour le 12.05.07 | 13h15
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 ccusé de népotisme, Paul Wolfowitz devrait, en toute logique, prochainement quitter ses fonctions. Le président de la Banque mondiale avait mis la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption au cœur de son action dans les pays pauvres. En intervenant pour que sa compagne soit détachée au département d'Etat et pour qu'elle voie son salaire fortement augmenté au mépris des règles internes, il a perdu toute crédibilité. Les pays européens en sont convaincus. Le président américain, en revanche, ne l'est pas. Or, selon un partage des rôles ancien, c'est lui qui nomme le président de la Banque mondiale, les Européens choisissant, eux, le patron du Fonds monétaire international.if (provenance_elt !=-1) {OAS_AD('x40')} else {OAS_AD('Middle')}
La crise actuelle doit être l'occasion de modifier la gouvernance de ces deux institutions. Dans un monde où l'Asie devient le premier créancier de la planète, ce monopole transatlantique est non seulement obsolète mais nuisible. Il laisse à penser que les Occidentaux veulent, envers et contre tout, rester les "maîtres du monde". Il n'y a, surtout, aucune raison pour que les présidents de la Banque mondiale et du FMI ne soient nommés que sur des critères politiques.Or c'est le cas. M. Wolfowitz n'aurait jamais obtenu ce poste si sa candidature avait été mise en concurrence avec d'autres. Il n'est ni banquier ni spécialiste du développement, les deux compétences que l'on est en droit d'attendre du patron de la Banque mondiale. Spécialiste des questions stratégiques et de défense, il était l'un des principaux conseillers de George W. Bush après le 11-Septembre. Le président a voulu récompenser un fidèle, et il hésite aujourd'hui à le lâcher pour ne pas subir un nouveau revers.Pourtant, les candidats compétents ne manquent pas. Certains, comme Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie et ancien vice-président de la Banque mondiale, évoquent le banquier central brésilien Antonio Fraga ou l'ancien ministre des finances turc, Kermal Dervis. D'autres suggèrent les noms de Trevor Manuel, ministre des finances sud-africain, voire ceux de Bill Clinton ou de Tony Blair.Jusqu'à présent, les Européens se réfugient derrière la Maison Blanche. Ils ont tort. Au conseil d'administration de la Banque, ils disposent ensembles de 28,9 % des voix (dont 4,3 % pour la France), contre 16,4 % pour les Etats-Unis. Rien ne leur interdit d'essayer de mettre l'actionnaire américain en minorité. Cela provoquerait une crise, mais elle pourrait être salutaire.Nicolas Sarkozy, qui estime que sa proximité avec les Etats-Unis lui permet de faire passer à Washington des messages pas toujours agréables à entendre, pourrait trouver là une occasion de faire une entrée brillante sur la scène internationale, en se faisant à la fois le héraut de l'Europe et celui des opprimés. Article paru dans l'édition du 13.05.07. |
|  | | Tite Prout Maître de Cérémonie du forum

Inscrit le : 01 Juin 2005 Messages : 1646 Localisation : Montréal
| Sujet: Re: La débâcle de Wolfowitz Mar 15 Mai - 23:11 | |
| 
World Bank hears Wolfowitz case
The president of the World Bank, Paul Wolfowitz, is meeting the bank's 24-member executive board to respond to allegations against him. The meeting comes after the panel said he broke bank rules by helping secure a pay rise for his girlfriend.
The board has the power to dismiss him or could choose to report a lack of confidence in his leadership.
Earlier in the day, the White House said it still supported Mr Wolfowitz, but added all options were still open.
"We've made clear that we support Paul Wolfowitz", said spokesman Tony Snow, but added that the bank's "best interests" also had to be served.
The United States failed to win the support of key allies in the Group of Seven, according to a source quoted by Reuters.
"Japan was aligned with the United States, but others, including Canada, were against Wolfowitz continuing," the European source said following a conference call of G7 officials. The G7 also includes Italy, France, Germany and Britain.
'Not a firing offence' On Monday, a panel of World Bank executives said Mr Wolfowitz provoked a "conflict of interest" at the bank, by breaking its code of conduct and violating the terms of his contract.
Mr Wolfowitz has faced calls for him to step down since details emerged about his role in securing a pay rise for his partner, Shaha Riza, who used to work at the bank. Mr Snow told journalists at the White House that Mr Wolfowitz agreed "a lot of mistakes were made" in the process, but they were not a "firing offence". When Mr Wolfowitz was appointed president of the World Bank in 2005, Ms Riza was transferred to work for the US state department, to avoid any conflict of interest. But her salary rose quickly to about $193,000 (£98,000) - more than the $186,000 that Secretary of State Condoleezza Rice receives before tax. The World Bank has since been investigating the extent of Mr Wolfowitz's role in securing the pay increase.
Story from BBC NEWS:
http://news.bbc.co.uk/go/pr/fr/-/2/hi/business/6659433.stm
Published: 2007/05/15 21:23:39 GMT
© BBC MMVII |
|  | | Tite Prout Maître de Cérémonie du forum

Inscrit le : 01 Juin 2005 Messages : 1646 Localisation : Montréal
| Sujet: Re: La débâcle de Wolfowitz Lun 28 Mai - 3:06 | |
| Pour le CADTM, la démission de Paul Wolfowitz de la présidence de la Banque mondiale ne peut pas suffire 
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Les termes feutrés utilisés par les communiqués officiels ne sauraient cacher la réalité : Paul Wolfowitz a violé les règles de la Banque mondiale ; alors qu’il se présentait en apôtre de la lutte contre la corruption et le népotisme, il a accordé une augmentation de salaire exorbitante à sa compagne Shaha Riza ; gravement mis en cause par l’enquête interne, il a fait tout son possible pour rester en poste et n’a annoncé sa démission - qui plus est au 30 juin seulement - que quand la situation n’était plus tenable pour lui.
Pour le CADTM, il ne faut pas se laisser tromper par l’arrangement trouvé dans le but de ne pas faire perdre la face à Paul Wolfowitz. Bien que le Conseil d’administration ait « accepté » l’assurance qu’il avait agi « avec éthique et de bonne foi », Paul Wolfowitz a en réalité été poussé à démissionner après avoir commis une faute grave.
Le CADTM rappelle que cet épisode n’est pas isolé. Le gouvernement des Etats-Unis avait mandaté la compagne de Paul Wolfowitz, juste après l’agression militaire de mars 2003, donc avant qu’il ne préside la Banque mondiale, pour lui demander d’étudier comment la Banque mondiale pouvait intervenir financièrement en Irak, et ce - déjà - sans en informer le staff de la Banque mondiale et au mépris des règles de fonctionnement de cette institution.
Il est clair que la Banque mondiale est avant tout un outil de domination géopolitique très important pour le gouvernement des Etats-Unis, les principes démocratiques et les intérêts des populations pauvres n’étant absolument pas pris en considération.
Tout le déroulement de cette histoire, de l’arrivée très contestée de Paul Wolfowitz à la présidence jusqu’à sa démission annoncée, n’a été possible que parce que la Banque mondiale présente des béances insurmontables : nomination systématique d’un président ressortissant des Etats-Unis par la seule volonté du président américain ; distribution anti-démocratique des droits de vote (sur le mode « 1 dollar = 1 voix ») avec minorité de blocage pour les Etats-Unis ; choix idéologiques très discutables au profit d’un néolibéralisme aux conséquences dramatiques pour les populations des pays en développement ; violation régulière de ses propres statuts et de textes internationaux comme la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
Au-delà de l’affaire Wolfowitz-Riza, c’est donc toute l’action de la Banque mondiale qu’il faut remettre en cause et pour laquelle il faut demander des comptes. Pour le CADTM, le passif de la Banque mondiale dans son ensemble est bien trop lourd pour que l’on puisse se contenter du départ d’un de ses dirigeants, fût-il son président.
Le CADTM considère qu’une seule issue est moralement envisageable : l’abolition de la Banque mondiale et son remplacement dans le cadre d’une nouvelle architecture institutionnelle internationale.
En cas de reproduction de cet article, mentionnez s'il vous plaît la source.
URL: http://www.cadtm.org |
|  | | Tite Prout Maître de Cérémonie du forum

Inscrit le : 01 Juin 2005 Messages : 1646 Localisation : Montréal
| Sujet: Re: La débâcle de Wolfowitz Lun 28 Mai - 3:06 | |
| ic Toussaint, Damien Millet
Acculé, Paul Wolfowitz vient d’annoncer sa démission de la présidence de la Banque mondiale. L’affaire de népotisme et d’augmentation de salaire exorbitante de sa propre compagne n’est-elle vraiment qu’une simple « erreur » de la part de quelqu’un qui a agi « de bonne foi » ? Foutaises... Connaître Wolfowitz permet de mieux comprendre comment on en est arrivé là.
Paul Wolfowitz est un pur produit de l’appareil d’État des États-Unis. Très tôt, il aborde les questions de stratégie militaire. En 1969, il travaille pour une commission du Congrès et parvient à convaincre le Sénat de la nécessité de doter les États-Unis d’un parapluie anti-missile face aux Soviétiques [1] . Sa réflexion stratégique comporte un fil rouge : identifier des adversaires (URSS, Chine, Irak...) et démontrer qu’ils sont plus dangereux que ce que l’on imagine, afin de justifier un effort supplémentaire de défense (augmentation du budget, fabrication de nouvelles armes, déploiement massif de troupes) allant jusqu’au déclenchement de guerres préventives. On connaît la suite...
Le parcours de Wolfowitz passe ensuite par l’Asie. De 1983 à 1986, il dirige le secteur Asie de l’Est et Pacifique du département d’État sous Ronald Reagan, avant de devenir ambassadeur en Indonésie entre 1986 et 1989. Pendant cette période, il soutient activement plusieurs régimes dictatoriaux : Ferdinand Marcos aux Philippines, Chun Doo Hwan en Corée du Sud, Suharto en Indonésie... Suite à la mobilisation populaire qui chasse Marcos en 1986, Wolfowitz organise la fuite du dictateur qui trouve refuge à Hawaï, 50e Etat des Etats-Unis... Alors que les États-Unis ont soutenu la dictature de Suharto pendant plus de 30 ans, Paul Wolfowitz ose déclarer en mai 1997 : « Tout jugement équilibré concernant la situation de l’Indonésie aujourd’hui, y compris le sujet très important et sensible des droits humains, doit prendre en compte les progrès importants déjà accomplis par l’Indonésie et il convient de reconnaître que beaucoup de ces progrès sont à mettre au compte du leadership à la fois fort et remarquable du président Suharto » [2]. Un an plus tard, le vieux dictateur lâché par Washington doit renoncer au pouvoir dans un contexte de grandes mobilisations populaires.
Devenu sous-secrétaire d’État à la Défense et l’un des principaux architectes de l’invasion militaire de l’Afghanistan en 2001 et de l’Irak en 2003, Wolfowitz est nommé en mars 2005 par le président George W. Bush à la présidence de la Banque mondiale, qu’il va donc quitter le 30 juin prochain. Mais Paul Wolfowitz n’est pas pour autant le vilain directeur d’une institution généreuse et immaculée. Il est grand temps d’arracher le voile sur l’action de la Banque mondiale depuis 60 ans, notamment sur les points suivants :
pendant la guerre froide, la Banque mondiale a utilisé l’endettement dans un but géopolitique et systématiquement soutenu les alliés du bloc occidental, notamment des régimes dictatoriaux (Pinochet au Chili, Mobutu au Zaïre, Suharto en Indonésie, Videla en Argentine, apartheid en Afrique du Sud...) qui ont violé les droits humains et détourné des sommes considérables, et elle continue de soutenir des régimes de même nature (Déby au Tchad, Sassou Nguesso au Congo, Biya au Cameroun, Musharraf au Pakistan, la dictature à Pékin...) ;
au virage des années 1960, la Banque mondiale a transféré à plusieurs pays africains nouvellement indépendants (Mauritanie, Gabon, Congo-Kinshasa, Nigeria, Kenya...) les dettes contractées par leur ancienne métropole pour les coloniser, en totale contradiction avec le droit international ;
une très grande quantité des prêts octroyés par la Banque mondiale a servi à mener des politiques qui ont provoqué des dégâts sociaux et environnementaux considérables, dans le but de faciliter l’accès à moindre coût aux richesses naturelles du Sud ;
après la crise de la dette de 1982, la Banque mondiale a soutenu les politiques d’ajustement structurel, alliant forte réduction des budgets sociaux, suppression des subventions aux produits de base, privatisations massives, fiscalité qui aggrave les inégalités, libéralisation forcenée de l’économie et mise en concurrence déloyale des producteurs locaux avec les grandes multinationales, ce qui va dans le sens d’une colonisation économique ;
la Banque mondiale a mené une politique qui reproduit la pauvreté au lieu de la combattre, et les pays qui ont appliqué à la lettre ses prétendus « remèdes » se sont enfoncés dans la misère ; en Afrique, le nombre de personnes devant survivre avec moins de 1$ par jour a doublé depuis 1981, plus de 200 millions de personnes souffrent de la faim et pour 20 pays africains, l’espérance de vie est passée sous la barre des 45 ans ;
malgré les annonces tonitruantes, le problème de la dette reste entier car les remises de dette de la part de la Banque mondiale sont réservées à un petit nombre de pays sélectionnés pour leur docilité économique et dissimulent en contrepartie des réformes économiques draconiennes, dans la droite ligne de l’ajustement structurel.
Le passif de la Banque mondiale est bien trop lourd pour que l’on puisse se contenter de la démission de Paul Wolfowitz. En fait, la Banque mondiale est dotée d’un grave vice de forme : elle sert les intérêts géostratégiques des Etats-Unis, de leurs grandes entreprises et de leurs alliés, indifférente au sort des populations pauvres du tiers-monde. Dès lors, une seule issue devient envisageable : l’abolition de la Banque mondiale et son remplacement dans le cadre d’une nouvelle architecture institutionnelle internationale.
La Banque mondiale tangue dangereusement et cette grave crise pourrait la faire couler définitivement, d’autant qu’elle subit dans le même temps les assauts de plusieurs gouvernements d’Amérique latine. Le Venezuela a annoncé le 30 avril dernier qu’il quitte le FMI et la Banque mondiale. La Bolivie et le Nicaragua s’apprêtent à quitter le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI [3]), l’une des branches de la Banque mondiale. L’Equateur a expulsé le représentant permanent de la Banque mondiale. Six pays latino-américains [4] sont en train de jeter les bases d’une Banque du Sud aux choix radicalement différents. Différents experts, dont plusieurs membres du CADTM, ont pris part à ces discussions qui visent une vraie modification du rapport de forces mondial, sur les décombres d’une Banque mondiale moribonde...
Notes:
[1] Voir l’histoire détaillée de la Banque mondiale et de Paul Wolfowitz dans Eric Toussaint, Banque mondiale, le coup d’Etat permanent, CADTM/Syllepse, 2006.
[2] Tim Shorrock, “Paul Wolfowitz, Reagan’s Man in Indonesia, Is Back at the Pentagon”, in Foreign Policy in Focus, février 2001, p3.
[3] CIRDI : sorte de tribunal au sein de la Banque mondiale où une entreprise privée peut attaquer un Etat si elle s’estimé lésée par une décision, même prise démocratiquement par un gouvernement soucieux des conditions de vie de son peuple.
[4] Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur, Paraguay, Venezuela.
En cas de reproduction de cet article, mentionnez s'il vous plaît la source.
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