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| Sujet: Un bref aperçu de l'économie politique du Sénégal Mar 10 Oct - 18:08 | |
| Le Sénégal
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par Arnaud Zacharie
Le Sénégal est un pays de 9 millions d’habitants (dont 4 millions se trouvent dans la capitale de Dakar) situé au sud de la Mauritanie et à l’ouest du Mali.
Histoire politique
Après avoir été exploité par le Portugal (comptoirs commerciaux à Gorée, Rufisque et Joal au 15e siècle, puis traite des Noirs au 16e), la Hollande (qui occupe Gorée au 16e siècle) et l’Angleterre, le Sénégal devient propriété de la France en 1814, suite au traité de Versailles. A la fin du 19e siècle, la France achève l’occupation du pays par des affrontements avec les féodaux wolofs. En 1895, Dakar devient la capitale de l’Afrique occidentale française. Au 20e siècle, les richesses naturelles du pays (phosphate, arachide) sont exploitées au profit de la métropole française. Après la seconde guerre mondiale, durant laquelle le pays a défendu les Alliés, les mouvements d’émancipation se décuplent. Mais ils sont lourdement réprimés par le pouvoir colonial.
Il faudra attendre 1960 pour que le Sénégal devienne indépendant, après être devenu République indépendante en 1958 et avoir formé une éphémère fédération avec le Mali en 1959.
Le Sénégal indépendant prend la forme d’une République présidentielle à parti unique, autour du président Léopold Sédar Senghor. Ancien député français et membre du gouvernement d’Edgar Faure, ami intime de Pompidou, Senghor va rester au pouvoir sénégalais pendant vingt ans. Pendant ces deux décennies, il va conserver des liens étroits avec l’ex-métropole. Ces liens seront conservés par son successeur désigné, Abdou Diouf, qui va présider le Sénégal pendant 20 autres années.
Présenté par l’Occident comme un exemple de démocratie en Afrique, le pays n’a donc paradoxalement connu aucune alternance pendant ses 40 premières années d’indépendance ! Certes, le président Senghor avait permis en 1976 un régime tripartite, avec l’ouverture à deux partis d’opposition. Mais les élections n’ont été que des parodies de démocratie, ce qui a notamment abouti à des émeutes après l’élection truquée de 1988 (victoire de Diouf sur le "libéral" Abdoulaye Wade). Ce n’est qu’en mars 2000 que le "sopi" ("changement" en wolof) se produit, avec la victoire d’Abdoulaye Wade sur Abdou Diouf, qui avait fait de la corruption un véritable système de gouvernance. Le président libéral Wade dirige depuis cette date un gouvernement composé d’une large coalition (comprenant les partis marxistes).
Indicateurs socio-économiques
La structure économique du Sénégal indépendant découle largement de la période coloniale, puisqu’elle se base sur l’exportation de quelques produits primaires (phosphate, arachide et produits de la pêche).
Les années 70 vont mener le Sénégal vers une grave crise économique : le recyclage à bon prix des eurodollars et des pétrodollars par les banques du Nord (de 1974 à 1979, 40% des emprunts sénégalais sont contractés auprès des banques), l’augmentation des importations (biens de consommation et infrastructure), la fuite massive des capitaux (facilitée par la libre convertibilité entre le franc CFA et le franc français), la chute des cours des matières premières et la réduction du soutien au prix de vente de l’arachide par la France vont développer dangereusement l’endettement du pays.
Dès 1979, les "experts" du FMI et de la Banque mondiale concluent avec le gouvernement Senghor un "plan de réhabilitation économique". Celui-ci est mis en œuvre en 1980 et implique le blocage des salaires dans la fonction publique, la suppression des subventions, l’augmentation des impôts non-salariaux, la réduction de la masse monétaire, etc. Mais le plan se révèle un cuisant échec : les cours du phosphate et des produits de la pêche diminuent, tandis que les taux d’intérêt internationaux s’envolent (ce qui décuple le coût du remboursement de la dette) et que les banques stoppent leurs crédits.
En 1984, alors que les grèves et la répression s’accentuent, le Sénégal, financièrement asphyxié, voie sa dette rééchelonnée en échange de l’application d’un plan d’ajustement structurel couvrant la période 1985-1992. Au programme : hausse des taux d’intérêt, augmentation des exportations, réduction des budgets d’éducation et de santé, etc.
En 1994, le pays subit comme toute la région la dévaluation de 50% du franc CFA, ce qui entraîne une hausse des prix des importations, des carburants et des produits alimentaires (riz, farine, sucre, etc.). Un nouveau plan d’ajustement structurel (1994-1998) est mis en œuvre, tandis que le pays connaît à nouveau émeutes et répression et que le chômage et l’endettement augmentent inlassablement.
Après s’être vu refuser un allégement de dette sous l’initiative originale pour les pays pauvres très endettés (PPTE), le pays conclut un nouveau plan d’ajustement en avril 1998. Les programmes de privatisation s’étendent ainsi à tous les secteurs (énergie, télécommunication, transport, eau, etc.).
En juin 2000, quelques mois après l’élection de Wade, le Sénégal est élu pour un allégement de dette de 850 millions (soit environ 20% de sa dette totale) sous l’initiative PPTE renforcée. Pour l’obtenir, il doit appliquer une série de réformes structurelles qu’il doit recenser dans un "Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté" avant la fin 2001.
Sur le plan social, le pays est littéralement dévasté : selon le Rapport sur le Développement Humain 2000, 65% des plus de 15 ans sont analphabètes, moins de 2 personnes sur 10 ont accès à l’enseignement secondaire, les dépenses publiques pour l’enseignement sont passées de 4,1% du PNB à 3,7% entre 1990 et 1998, la moitié de la population n’a pas accès à l’eau potable, etc.
L’impact de l’ajustement structurel est omniprésent : les coupures d’électricité sont continuelles (appelées "délestage"), les classes sont surabondantes ("classes à double flux" de quelque 150 élèves de tous les âges), aucun ramassage des poubelles n’est assuré et le prix d’une visite chez un médecin est tout bonnement inabordable (alors que sept Sénégalais sur dix vivent avec moins de 40 000 FCFA par mois, une visite s’élève à 6 000 FCFA chez un généraliste et à 8 500 FCFA chez un spécialiste).
Autre exemple : les routes. La Banque mondiale ayant conseillé au gouvernement d’économiser une couche de macadam pour rembourser la dette, l’état des routes se dégrade gravement après cinq années (pour cinquante années de résistance avec une couche supplémentaire, comme c’est le cas en Europe), sans que le pays ait les moyens de les entretenir.
Etat de la dette extérieure
Depuis 1980 et l’application des politiques de la Banque mondiale et du FMI, la dette du Sénégal a été multipliée par trois. Le service de la dette s’élève à 323 millions de dollars, ce qui représente la valeur la plus élevée depuis 1990 (ceci malgré toute une série de rééchelonnement opérés durant les années 90).
Plus d’un quart des revenus gouvernementaux sont destinés au service de la dette, ce qui représente 7% du PIB (alors que les dépenses de santé représentent 2,6% du PIB et que celles d’éducation plafonne à 3,7%). Le principal créancier bilatéral du pays est évidemment la France (devant le Japon, l’Italie et l’Espagne), mais depuis 1980, la part de dette multilatérale a explosé, passant de 24% à 59% de la dette totale.
Cette évolution provient évidemment de la mainmise du FMI et de la Banque mondiale sur l’économie sénégalaise : les institutions multilatérales financent les réformes qu’elles imposent tout en exigeant un remboursement intégral des prêts. Or, les réformes creusent l’endettement, ce qui aboutit à une augmentation constante de l’endettement multilatéral du pays.
Bien que le Sénégal reçoive quatre fois plus d’aide publique au développement (APD) que le reste de la région, cela ne vient en rien adoucir l’état de pauvreté du pays. En effet, pour chaque dollar reçu au titre de l’APD, le Sénégal en rembourse 1,28. |
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