mercredi 30 mai 2007
Désinformation sur le Venezuela L’affaire
ne pouvait être que de portée planétaire puisqu’elle a donné lieu, ces
derniers jours, à des déclarations quasiment simultanées du Sénat des
Etats-Unis, du Parlement européen et de la présidence allemande de
l’Union européenne, sans parler des articles fleuves et des éditoriaux
de la plupart des grands médias occidentaux. De quoi s’agit-il ? De
l’Iran, du réchauffement climatique, de la Palestine, du Darfour ? Tout
faux : la gravissime affaire en question est le non renouvellement, par
le gouvernement vénézuélien, de la concession de 20 ans, venue à
échéance le 27 mai, d’une chaîne de télévision privée, Radio Caracas
Television (RCTV), afin d’installer sur sa fréquence hertzienne une
chaîne de service public. C’est-à-dire exercer le droit souverain qu’a
chaque Etat de disposer des biens publics rares que sont les fréquences
hertziennes.
Atteinte aux droits de l’homme, à la liberté d’expression, censure,
dérive autoritaire, totalitaire – voire fasciste –, toute la panoplie
du vocabulaire rodé depuis des années contre le gouvernement de M. Hugo
Chavez a été utilisée à nouveau massivement en cette circonstance.
Du côté politique, on retiendra d’abord la résolution votée à
l’unanimité, le 24 mai, par le Sénat américain, en particulier par les
aspirants démocrates à la succession de M. George Bush, contre la
« fermeture » de RCTV. Votée précisément par les mêmes qui, reniant
leurs promesses électorales, venaient, également à l’unanimité, de
donner leur accord aux 100 milliards de dollars de crédits militaires
demandés par la Maison Blanche pour la poursuite de l’occupation de
l’Irak. Un bel exemple de rigueur démocratique.
Par la voix des services de Mme Angela Merkel, présidente en
exercice du Conseil européen, l’Union européenne est également allée
très loin dans l’hypocrisie. Dans une déclaration du 28 mai, elle
« a
noté avec inquiétude la décision du gouvernement de la République
bolivarienne du Venezuela de laisser expirer la licence d’émission de
Radio Caracas Télévision (RCTV) le 27 mai, sans appel d’offres ouvert
pour la licence qui lui succède ». On ne sache pas, entre maints
autres « oublis », que l’Union ait fait semblable déclaration et ait
exigé un nouvel appel d’offres lorsque la licence d’émission de TF1,
accordée en 1987 pour 15 ans, a été reconduite par le gouvernement
français en 2002 dans la plus totale opacité. Pourtant, la
« télé-poubelle » de MM. Bouygues, Le Lay et Mougeotte avait tourné en
dérision les engagements qu’elle avait pris dans son cahier des charges
en invoquant son
« mieux-disant culturel ». Tout indique
qu’elle continuera impunément à le faire avec son nouveau patron,
M. Nonce Paolini, flanqué de M. Laurent Solly, transféré du jour au
lendemain du « staff » de M. Nicolas Sarkozy à sa filiale médiatique.
Pour ce qui est de l’abondante production des médias français, avant
et après la date du non renouvellement de la concession de RCTV, la
palme de la désinformation revient sans conteste, entre maints autres
articles de la même veine, à l’éditorial d’un quotidien de référence,
daté du 27-28 mai et intitulé « Censure à la Chávez ». Il vaut la peine
d’en citer et d’en commenter quelques passages.
D’emblée le ton est donné :
« Le président Hugo Chávez a ordonné la disparition de RCTV ».Non, RCTV ne « disparaît » pas : elle peut continuer à émettre sur le
câble, par Internet et sur le satellite, et va sans aucun doute le
faire. Mais, comme la loi le prévoit, sa fréquence hertzienne et sa
couverture nationale reviennent au service public à l’échéance de la
concession dont elle bénficiait. Ou bien faudrait-il considérer que
cette concession à durée limitée de RCTV était, en fait, à durée
illimitée ? Et cela en fermant les yeux sur ses multiples entorses à
son cahier des charges qui lui avaient notamment valu d’être fermée
pour des durées de 24 heures à 3 jours non pas par les gouvernements de
M. Chávez, mais, en 1976, 1980, 1981, 1989 et 1991, par leurs
prédécesseurs sociaux-démocrates ou démocrates-chrétiens. Depuis sa
première élection à la présidence de la République en 1998, M. Chávez
n’a fermé aucune station de radio ou de télévision ni poursuivi aucun
journaliste. Pourtant, dans n’importe quel autre pays démocratique,
c’est ce qui se serait passé, compte tenu de la caution ouvertement
apportée par la plupart des médias – dont RCTV – au coup d’Etat avorté
du 11 avril 2002, quand ce n’était pas à son organisation.
L’éditorial poursuit en dénonçant une décision politique
« qui réduit le pluralisme et augmente la concentration de l’audiovisuel aux mains du gouvernement ».De quelle concentration s’agit-il ? En 2006, on comptait au Venezuela
20 chaînes hertziennes VHF privées et une publique. On comptait par
ailleurs 28 chaînes hertziennes UHF privées, 6 publiques et 44
communautaires. Actuellement, avec l’incorporation de RCTV, le service
public disposera de deux chaînes hertziennes VHF, de deux chaînes UHF
et de deux chaînes sur la câble. On est très loin du monopole…
Sans la moindre trace d’ humour, l’éditorial qualifie ensuite RCTV de
« chaîne privée qui donnait la parole à l’opposition ».
RCTV donnait effectivement la parole à l’opposition, et ne faisait même
que cela ! Des études de contenu effectuées sur le mois de janvier 2007
montrent que, dans ses programmes, elle a invité 21 personnalités
hostiles au gouvernement, et aucune qui lui soit favorable. Le même
mois, une des quatre autres grandes chaînes privées, Globovisión, a
invité 59 opposants à M. Chávez et 7 de ses partisans. Seule Televen a
respecté la parité : deux de chaque camp.
Certes on peut regretter que la seule chaîne publique hertzienne
jusqu’ici contrôlée par le gouvernement, Venezolana de Television
(anciennement Canal

, ne soit pas non plus un modèle d’équilibre,
mais comment pourrait-il en être autrement dans un paysage médiatique
où la plupart des journaux, radios et chaînes de télévision se
comportent en partis politiques d’opposition ? Il faut espérer que
TVES, la chaîne qui reprendra le signal de RCTV, tiendra ses promesses
de pluralisme, même dans ces circonstances adverses.
Du côté de la presse écrite, la situation est encore plus tranchée :
sur 10 quotidiens de diffusion nationale, 9 sont des opposants déclarés
au gouvernement. Si l’on étudie le contenu des articles d’opinion
publiés dans quatre d’entre eux au mois de janvier 2007, on obtient les
résultats suivants : pour
El Nacional, 112 hostiles, 87 neutres et 6 favorables ; pour
El Universal, les chiffres correspondants sont 214, 89 et 9 ; pour
Ultimas Noticias, 31, 59 et 18 ; pour
El Mundo,
49, 39 et 15. Ce qui ne les empêche pas de recevoir de la publicité des
entreprises, des agences et des collectivités publiques.
Prétendre que la liberté d’expression est menacée au Venezuela
relève donc de la plus insigne mauvaise foi. Il suffit de s’arrêter
devant un kiosque à journaux ou de passer une heure devant un poste de
télévision pour être convaincu du contraire. C’est même sans doute le
seul pays du monde où, dans le passé, des appels publics à l’assassinat
du président n’ont pas entraîné des poursuites judiciaires.
Mais alors, comme dirait M. Sarkozy, pourquoi tant de haine,
pourquoi tant d’acharnement et de contre-vérités ? Que M. Chávez irrite
au plus haut point les Etats-Unis et leurs alliés par sa politique de
récupération des richesses naturelles nationales et par la dénonciation
des politiques de la Banque mondiale et du Fonds monétaire
international peut parfaitement se comprendre. Que des médias
appartenant à de grands groupes industriels et financiers répercutent
les orientations et les intérêts de leurs commanditaires est dans
l’ordre des choses. En revanche, on reste perplexe devant le
comportement d’organes de presse où le pouvoir éditorial est
officiellement déconnecté du pouvoir des actionnaires…
Bernard Cassen
Audiovisuel,
Désinformation,
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France,
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Venezuelahttp://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2007-05-30-Venezuela
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Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa
Ma devise:
se SURPASSER ,ne JAMAIS ABDIQUER,TOUJOURS RESTER HUMBLE