Vieillissement: inutiles, les antioxydants? 27 février 2009
– « Faut-il oublier les antioxydants? » C’est la question que posent
des chercheurs de l’Université McGill qui affirment avoir découvert que
le vieillissement ne serait peut-être pas attribuable à l’oxydation de
nos cellules.Dans une étude publiée récemment
1, ils
remettent en question la théorie du stress oxydatif. Vieille de 40 ans,
elle stipule que l’accumulation de particules d’oxygène et de peroxyde
– appelées radicaux libres - dans les cellules de notre corps les
empêcherait de se régénérer, contribuant ainsi à leur vieillissement.Pour ce faire, ils se sont servis de
Caenorhabditis elegans, des vers fréquemment utilisés en laboratoire
. Ils ont neutralisé la capacité de ces vers à éliminer les molécules ROS – des molécules toxiques - de leur organisme.En
principe, cette « paralysie » aurait dû entraîner un décès prématuré
chez les invertébrés, en raison de la forte présence des molécules ROS,
preuve de l’augmentation du stress oxydatif dans l’organisme.Or,
non seulement les vers ne sont pas morts prématurément, mais certains
ont même vécu plus longtemps que des vers non « paralysés ».« Autrement
dit, le stress oxydatif pourrait tout aussi bien être le fruit du
vieillissement que sa cause », explique l’un des auteurs de l’étude, le
D
r Siegfried Hekimi, dans un communiqué
2.Cette
conclusion lui fait dire que les vertus que l’on prête aux antioxydants
pour ralentir le vieillissement seraient surfaites.
Attention aux « messages irresponsables »
Pour
le biochimiste Richard Béliveau, la découverte des chercheurs de McGill
est sans doute intéressante d’un point de vue scientifique. Mais le
message qu’on sous-tend « frise l’irresponsabilité », affirme celui qui
est aussi titulaire de la Chaire en prévention et traitement du cancer
à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).« La notion de
vieillissement n’est pas la même, selon qu’on l’aborde au plan
systémique (l’ensemble des fonctions physiologiques) ou cellulaire – ce
qui est le cas de la présente étude », nuance-t-il.Selon lui,
cette étude ne remet pas en question les méfaits que peut entraîner le
stress oxydatif sur la santé en général. « Le stress oxydatif est
directement associé au vieillissement des fonctions cérébrales ainsi
qu’à l’apparition de certaines maladies cardiovasculaires », illustre
Richard Béliveau.Par ailleurs, il juge sévèrement la
généralisation que les chercheurs font des résultats obtenus à partir
d’invertébrés en laboratoire. « Les vers sont des modèles d’étude
utiles, mais les humains ne sont pas des vers. Les extrapolations de ce
genre sont toujours boiteuses », lance-t-il.
« Les antioxydants d’origine végétale ont un impact positif sur la santé globale et pas seulement au plan moléculaire. À condition de privilégier les fruits et les légumes aux suppléments. » - Richard Béliveau |
La santé globale avant toutPar
ailleurs, Richard Béliveau donne raison aux chercheurs de McGill qui
remettent en question la pertinence de prendre des suppléments
d’antioxydants, tels que la
vitamine E ou la
coenzyme Q10 à très fortes doses, pour prévenir le vieillissement.« Les
suppléments d’antioxydants n’ont pas d’impact sur la santé humaine et
ne valent pas les fruits et les légumes – dont les bienfaits dépassent
largement ceux qu’apportent leurs antioxydants », insiste-t-il.Selon
lui, la meilleure façon d’optimiser sa santé globale consiste à
modifier ses habitudes de vie. « Il faut éviter le réflexe de la
béquille que constitue la prise de suppléments », conclut
Richard Béliveau.
Martin LaSalle – PasseportSanté.net 1. Hemiki S, Van Raamsdonk JM,
Deletion of the Mitochondrial Superoxide Dismutase sod-2 Extends Lifespan in Caenorhabditis elegans,
PLoS Genetics, Février 2009, Vol. 5, No 2, e1000361.
2.
Faut-il oublier les antioxydants? Communiqué émis par l’Université McGill le 17 février 2009.
Source:
http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Nouvelles/Fiche.aspx?doc=2009022775_vieillissement-inutiles-les-antioxydants&source=bulletin