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il ne peut y avoir de bonne gouvernance sans démocratie

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AuteurMessage
mihou
Rang: Administrateur



Inscrit le : 28 Mai 2005
Messages : 7661
Localisation : Washington D.C.

MessageSujet: il ne peut y avoir de bonne gouvernance sans démocratie   Ven 13 Juil - 6:09

Jean-Baptiste Djoumessi : 'il ne peut y avoir de bonne gouvernance sans démocratie'







Auteur de 'la France au Cameroun, le Refus de Partager la Liberte,
l'Egalite et la Fraternite', Jean-Baptiste Djoumessi livre sa vision
des options que devrait suivre le continent africain pour aller de
l'avant en matière de développement



Par Paul Yange


































Jean-Baptiste Djoumessi



























Vous
êtes l’auteur de "la France au Cameroun, le Refus de Partager la
Liberté, l'Egalité et la Fraternité," pouvez-vous nous expliquer le fil
conducteur de votre livre ?




Le fil conducteur est simple : nous avons raté notre décolonisation et
c’est la France qui était la puissance tutrice. Nous ne devons pas en
rester là. De nombreux camerounais écrivains et autres se limitent à
cette décolonisation ratée alors qu’il y a d’autres choses à faire. Il
faut se tourner vers l’avenir et regarder plus loin. Si la France avait
partagé sa devise, on se porterait mieux car il y a des valeurs qui
sont de portée universelles et peuvent donc être partagées. Il ne faut
pas concevoir un développement du Cameroun ou africain qui soit
tellement tropicalisé qu’il ne ressemble à rien d’autre.











A
la base, le libéralisme repose sur l'individualisme et un certain
égoïsme, ce qui ne cadre pas avec la culture africaine. Mais il me
semble néanmois être la voie pour l'avenir de l'Afrique






Jean-Bapstiste Djoumessi





Le deuxième élément du fil conducteur du livre est de dire que le
Cameroun est partie prenante de ce monde, et comme l’avait écrit Adam
Smith dans "les fondements de la richesse des nations", la richesse est
basée sur le libéralisme. S’il faut que l’on procède à une
inculturation, il faut que l’on voie les limites de cette thèse pour
permettre une inculturation camerounaise qui ne nous écarte pas trop du
courant principal. L'on doit rester dans le grand courant universaliste
du libéralisme économique ou politique.



Vous partez du postulat que l’Afrique a raté sa décolonisation. Est-ce que ce postulat est correct ?



C’est un postulat, il n’y a qu’à faire la comparaison avec d autres
anciennes colonisations. Je prends le cas des Etats-Unis et de
l’Angleterre. Voilà une décolonisation qui n’a pas été ratée.
Aujourd’hui il y a un véritable co-développement entre les Etats-Unis
et l’Angleterre à telle enseigne que l’on ne peut même pas imaginer que
hier, les Etats-Unis étaient une colonie anglaise.























































Les colonisations en Afrique Noire et aux Etats-Unis n’étaient peut-être pas de même nature ?



Il n’y pas une différente de nature dans la colonisation, les anglais
exploitaient le coton américain (matière première), les français et les
autres puissances coloniales exploitaient les matières premières donc
du point de vue de la nature, de la motivation de la colonisation,
c’est la même chose. Les différences viennent de ce qui constitue les
causes de l’enrichissement de différentes nations. C’est là que se situe la différence.



Nous africains nous sommes accrochés aux idées communistes selon
lesquelles il y a une inégalité découlant de l’exploitation de l’homme
par l’homme et qu’il faudrait combattre. Nous sommes restés sur ces
idées, démenties par l’évolution de la pensée économique. Les pays
communistes eux-mêmes ont abandonné ces idées qui n’ont pas permis à
leurs sociétés de s’épanouir.









En Afrique, les dirigeants tirent avantage de la maxime "c'est le peuple qui fait le prince, mais c'est le prince qui gouverne"





Jean-Baptiste Djoumessi

































































Quel rapport faites vous entre le concept de bonne gouvernance et de démocratie. Quelles différences faites vous ?



Il y a un lien étroit entre les deux concepts. La gouvernance économique doit être contrôlée par la gouvernance politique.



Si le peuple est souverain, il a son mot à dire en ce qui concerne la
gouvernance politique. Mais s’il n’est pas souverain, il ne peut pas
s’exprimer, et c’est la situation dans laquelle se trouvent la
quasi-totalité des pays africains.



Les dirigeants en Afrique tirent avantage d’une pensée de Montesquieu selon laquelle "c’est le peuple qui fait le prince, mais c’est le prince qui gouverne".
Donc il y a comme un paradoxe, qui peut être à la base d’un cercle
vertueux ou d’un cercle vicieux. Il faudrait que les africains
s’impliquent dans ce type de débat pour faire évoluer les choses.









Vous semblez penser que sans démocratie, la bonne gouvernance ne peut pas réellement exister. Est-ce véritablement le cas ?



Oui pour moi sans démocratie, il ne peut y avoir de bonne gouvernance.
Il faut que l’Etat agisse sur la base d’un programme de développement
qui doit être apprécié par le peuple. Comme le peuple dans toute sa
composante ne peut pas être à même d’apprécier par lui-même des
programmes gouvernementaux, il faut à la fois des partis politiques
bien structurés, qui jouent le rôle de donneurs d’avis différents, et
qu’il y ait des penseurs, des intellectuels qui donnent leurs points de
vue sur la manière dont le pays est gouverné.



Vous dites que dans le cas du Cameroun la stratégie de bonne
gouvernance est mal conçue et mal appliquée depuis le début des années
90. Comment cela se manifeste t-il ?




Quand je dis cela, je pars d’une définition, les détournements de fonts
publics sont-ils des crimes de raison ou de passion ? Si ce sont des
crimes de raison, on peut prendre des mesures pour dissuader le
criminel de commettre son forfait. Si c’est un crime de passion, c’est
autre chose car le mobile échapperait a la prise de conscience de la
sanction de la société. Il faut prendre des mesures pour sanctionner
les détournements de fonds publics qui relèvent d un crime de raison.



Nous sommes dans un pays où il y a des procureurs. Le procureur de la
république devrait pouvoir jouer son rôle. Son action est très limitée
parce que la hiérarchie du ministère chargé du contrôle supérieur des
gestionnaires publics doit donner le feu vert pour que des poursuites
soient engagées. Si le procureur qui défend les intérêts de la
république, avait les mains libres pour jouer son rôle, les gens
seraient plus hésitants à commettre des détournements des fonds
publics. La presse indépendante qui jouit d’une grande liberté au
Cameroun s est constituée observateur pour dénoncer les délinquants en
cols blancs. Fréquemment, l on voit des fac-similés dans la presse
privée, qui dénonce mais sans suite. Le procureur devrait se saisir de
ces scandales qui sont déjà connues de l’opinion publique. Le manque de
sanctions systématiques enlève la crédibilité au Gouvernement.




























Robert Zoellick, nouveau directeur de la banque mondiale

© afriqueouest.info

























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Ma devise:
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mihou
Rang: Administrateur



Inscrit le : 28 Mai 2005
Messages : 7661
Localisation : Washington D.C.

MessageSujet: Re: il ne peut y avoir de bonne gouvernance sans démocratie   Ven 13 Juil - 6:09

Aujourd’hui
le concept qui est reconnu le plus efficace au niveau économique est le
libéralisme. Comment celui-ci peut-il s’adapter en Afrique ?


Les africains sont des hommes comme les autres, c.a.d. dotes d une âme,
d un corps et d un esprit. A partir de ce moment, il y a possibilité
d’appliquer dans leurs pays, les règles qui sont à l’origine de la
richesse d’autres nations. Moyennant évidemment certaines adaptations.



Le libéralisme économique repose sur l’individualisme et un certain
égoïsme, ce qui ne cadre pas avec la culture de base de l’africain qui
est beaucoup plus communautariste. Mais l'on pourrait utiliser ce
concept et encourager la générosité des riches, sans culpabiliser ceux
qui s enrichissent en appliquant les règles du marché.



Par rapport à l’avenir de l’Afrique, peut-on inventer d’autres concepts ou le libéralisme est-il la seule voie ?

Le libéralisme me semble être la voie. Je ne pense pas que les
africains soient tellement originaux et particuliers par rapport aux
autres peuples qu’ils puissent faire différemment ce que tous les
autres peuples ont fait pour se développer.



Lors de l’élaboration des politiques sociales, qu’on fasse une place
particulière a la politique de la famille. En Afrique, la conception de
la famille est différente par exemple de celle de la famille en France.
Ce qui est compréhensible. Chez nous, l’éducation dès l’enfance est
faite au sein du milieu familial pour transmettre la coutume. C est
ainsi que certaines taches sont réservées aux femmes et aux enfants. Il
n’y a pas de crèches ou de baby-sitting.



Il y a des penseurs occidentaux comme Freud qui a démontre que le
complexe de l’adulte habite l’enfant. Quand celui-ci devient adulte, il
n’a plus ce modèle en face de lui. C’est un véritable drame social.











Dans nos pays, il y avait des pratiques démocratiques avant les indépendances





Jean-Baptiste Djoumessi



















Chez nous, on estime que les tâches qui en occident sont réservées aux
adultes doivent être confiées aux enfants pour leur éducation, de sorte
qu’il y ait continuité entre l enfance et l adulte. L’enfant mettra
ainsi en perspective la vision de sa vie adulte de sorte que devenu
grand, il ne soit pas de ce point de vue un névrosé. On pourrait
prendre plusieurs autres exemples pour expliquer les nuances que la
culture africaine apporte en matière de développement. Mais encore
faut-il bien la penser et montrer en quoi elle peut venir en complément
ou en remplacement de ce qui est proposé en Occident.



En religion, l’église l’a bien comprit. L’église Catholique a accepté
l’inculturation car elle avait comprit que sans inculturation, la
religion chrétienne n’allait pas s’ancrer en Afrique. L inculturation a
permis une progression et l'expansion du catholicisme notamment au
Cameroun.



Pensez-vous que les africains ont des choses à apprendre d’autres peuples ?



Les africains ont à apporter des choses aux autres. La conception de la
famille dont je parlais tout à l’heure peut-être enseignée aux
occidentaux. Les asiatiques ont des choses à apprendre de nous comme
nous en avons à apprendre d’eux. Les européens nous ont appris que les
droits de l’homme sont sacrés. Il faut poser ce postulat des droits de
l’homme pour tous les individus.



Il y a des rapports de force entre les différents pays, est ce que les valeurs seraient suffisantes en elles mêmes ?



Le débat qui a cours en Europe porte sur une idée républicaine en
Europe et dans le monde. C’est un débat dans lequel les africains
doivent s’investir. Il faut que les africains se convainquent qu’ils ne
sont pas des hommes à part, mais des êtres humains à part entière.



Nous avons des jeunes qui n’ont aucun complexe entre individu, mais la
différence entre les pays crée un complexe qui n’a pas lieu d’être.
Attali dit que dans le passé, le cœur de la puissance économique s’est
déplacé, Gênes, Londres, Amsterdam etc. A chaque époque, c’est le
couple démocratie/ marchande qui a permis l’essor économique.




























Quelques chefs d'Etat de l'époque des indépendances : Senghor, Mobutu, Ahidjo, Houphouët



























Sous
quel horizon pensez-vous que l’Afrique sera capable d’appliquer ces
concepts, de bonne gouvernance, démocratie car beaucoup de personnes
pensent que ça ne fera pas de si tôt sur le continent...




Il faut s’inscrire en faux contre ces idées. Avant les indépendances,
il y avait nombre de pratiques démocratiques dans nos pays.
Aujourd’hui, la politique politicienne qui répond à une logique de
conservation du pouvoir, l emporte sur la politique de développement.
En occident, la campagne électorale est beaucoup plus basée sur un
programme et sur une politique économique pour convaincre les
électeurs. Chez nous ces politiques ne sont même pas élaborées, les
gens se débrouillent et recourent à toute sortes de moyens pour
corrompre les consciences des électeurs.



Le but de la manœuvre ailleurs, est d obtenir la majorité confortable
au parlement pour avoir les moyens législatifs nécessaires pour
appliquer les programmes « vendus » à l’électorat pendant la campagne.
Depuis 15 ans, au Cameroun, le parti au pouvoir a bien la majorité au
parlement, sans grands résultats sur le quotidien des camerounais.



Dans mon livre, je me prononce contre cette thèse. Quoi que dans le cas
du Cameroun, nous vivons un paradoxe : à l’époque du parti unique, les
taux de croissance économiques étaient plus forts qu ils ne le sont
devenus sous le multipartisme. Ils ont chuté.



On pourrait conclure : à quoi cela sert-il d’avoir plusieurs partis si
cela conduit à de mauvaises prouesses économiques. Il faut se dire que
les hommes providentiels qui ont fait avancer l’humanité n’avaient pas
l’ambition d’exercer le pouvoir politique. Les hommes providentiels qui
ont fait avancer l’humanité se sont mis en marche pour faire avancer
l’ensemble.



Quand vous prenez l’exemple de la France, les mesures qui vont être
mises en place bénéficieront à l’ensemble des français et pas seulement
au camp du vainqueur de l élection présidentielle. Dire qu’il faut des
guides éclairés est la négation de la souveraineté du peuple.









Vous
ne pensez pas qu’il y a un cercle vicieux, pas d’économie forte, pas de
démocratie. Pour vous c’est le contraire qu’en pensez-vous ?




Si nous voulons un progrès, adoptons les solutions et les méthodes qui
ont marché ailleurs. Si par exemple, on laisse les procureurs jouer
leur rôle, les détourneurs de fonds se tiendront tranquilles.



Les intellectuels qui ont démissionné et trahi leurs missions, doivent
se remettre au travail et jouer prioritairement leur rôle. Et non aussi
aller barboter dans la marre, pour briguer des mandats politiques. Ils
doivent utiliser le potentiel intellectuel qui est le leur pour
analyser et dire quels modèles économiques, politiques ou sociaux sont
pertinents pour notre développement, ou ne le sont pas.



En conclusion à qui s’adresse ce livre ?



Mon livre s’adresse aux jeunes. Les jeunes sont notre avenir, le fer de
lance des nations. Les jeunes doivent devenir responsables, examiner
les idées "vraies" à la lumière d’un certain nombre de principes.



Deuxièmement, les intellectuels doivent cesser d’être perroquets, ou la
voix de leur maître. Le drame qu ils préparent, est celui du jour ou
quand le peuple n en pourra plus, tuera ses dirigeants qui n auront pas
au préalable pu prendre le chemin de l’exil. Est-ce cela qui doit
toujours arriver à nos leaders en Afrique ?



Dans d’autres pays, les anciens leaders sont consultés et respectes
pour leur sagesse et leur expérience. En Afrique, a quelques exceptions
près, les anciens leaders sont souvent personae non grata dans leur
pays d’origine.



Où peut-on trouver votre livre ?



Vous pouvez le commander sur internet en cliquant sur le lien suivant



http://www.societedesecrivains.com/pc/viewPrd.asp?idproduct=1076



Ou en vous rendant sur mon site internet



www.djoumessi.com dans la rubrique "commander un ouvrage"



Lui écrire : djoumessijb@djoumessi.com
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