AUTOPSIE DE LA POLITIQUE DU SÉNÉGAL : Un quinquennat pour rien
Le
Sénégal souffre, une convulsion douloureuse, dans l’indifférence totale
comme une fatalité. La vie s’en va, les corps sans vie de nos jeunes
flottent sur l’Atlantique pendant que des irresponsables politiques
roulent en carrosse et raflent la mise. C’est une mystification de tous
les instants qui nous a conduits à cette morosité historique. Des
paroles, encore des paroles. Rien à l’horizon ne semble donner une
issue heureuse à la situation ubuesque estampillée Parti Démocratique
Sénégalais (Pds) que nous vivons
N’en
déplaisent aux animateurs auto-proclamés de la bonne gouvernance, il
est évident que nous n’avons jamais été aussi mal gouvernés, autant
maltraités et humiliés. Nous sommes devenus les otages d’un pouvoir
décrédibilisé qui n’est respecté que par ceux qui vivent de sa
générosité temporaire. Un beau cauchemar que celui entretenu par des
valets de la politique mensonge qui haïssent l’intérêt général pour
consacrer un militantisme moyenâgeux fondé sur la concussion et les
entourloupettes de toutes sortes. Parfois, l’on nous entraîne pour la
gloriole sur les terrains minés d’une géopolitique qui n’a jamais été à
notre portée tant les tourments du monde sont complexes. Pourquoi notre
pays s’occuperait-il de manière active des grands désordres
géopolitiques du moment ? Alors que, dans la réalité, il s’avère
incapable de régler des problèmes tout aussi nobles mais bassement
nationaux, pour ne pas dire sénégalo- sénégalais. Le baril de pétrole
est un joli prétexte pour les adeptes de la prestidigitation. L’Etat
des «bleus » étend ses tentacules, il se déploie et il recrute une
clientèle politique volatile pour se donner l’illusion d’une grandeur
jamais incarnée.
Un Sénat pour rien, alors que l’Assemblée
nationale n’a jamais joué son rôle véritable. Une simple caisse de
résonance pour une clientèle éclectique en quête d’honneurs. C’est
devenu plus vrai depuis les dernières élections législatives, en raison
du boycott de l’opposition. L’Assemblée nationale et le Sénat sont
actuellement des mirages institutionnels sur mesure qui finiront de
porter le coup de grâce au peuple sénégalais appauvri. Ces deux
chambres, dont l’une est inutile pour un petit pays comme le nôtre, ne
prendront aucune initiative allant dans le sens de l’intérêt général.
Ces institutions contribuent à crédibiliser, aux yeux du monde, une
«démocratie proclamée» qui se débat dans la politique spectacle et
organise, avec un cynisme incroyable, la banqueroute. Un Sénat pour
entériner une forfaiture qui consacrerait une imposture testée avec
«réussite» au Togo ? Des leviers institutionnels «bridés» pour régner
comme au bon vieux temps des indépendances accordées. Et le peuple dans
tout ça ? Comme tétanisé devant tant d’injustices, tant de folklore, il
se tait tout en se tordant de douleur. Silence mortifère. Aujourd’hui,
de nombreuses protestations pathétiques fusent à travers les ondes des
radios, dans les chaumières revenues à l’âge de la bougie et des
bouillies qui permettent de rester en vie. La sortie présidentielle
récente sur la hausse des prix, qui a fait éclater au grand jour les
limites de l’exercice solitaire du pouvoir, aurait dû reléguer au
second plan la bataille de succession au sommet de l’Etat. Mais, la
rechute est de retour, le partage du butin impose une lutte à mort où
toutes les lâchetés et les retournements sont possibles. Les petits
«meurtres politiques» entre amis autour d’une transition qui se
voudrait tranquille finiront par installer notre pays sur une pente
dangereuse. Il faut dire que la question de la vice-présidence est
posée comme un ballon de sonde. Tout joueur patenté sait que le bluff
permet de mettre tous les atouts de son côté. "Le propre de l’homme
informé, c’est d’avoir la conscience de ses droits", disait Albert
Camus. Beaucoup de Sénégalais savent désormais.
En effet, qui peut
supporter les gargouillis du ventre lorsque la faim est là ? Les
zélateurs s’affairent et s’empiffrent de deniers publics en toute
impunité. C’est évident, s’enrichir sous l’Alternance est une chose
aisée pour un grand nombre de personnes sans scrupules et
incompétentes. La valse des milliards, glanés ici ou là à travers des
contrats mirifiques qui exécrent les opérateurs nationaux, est passée
par là. Train de vie "royal" d’un Etat parmi les plus pauvres du monde,
népotisme, gabégie, corruption généralisée, des tares qui ont anéanti
les fragiles équilibres sociaux sur lesquels le Sénégal s’était appuyé
jusqu’ici. Des milliards en veux-tu, en voilà. La luxure sur le dos des
populations avec l’arrogance, le goût de la provocation en bandoulière,
et c’est le fait de quelques âmes simples qui se complaisent dans cette
loterie politicienne. Faites vos jeux, tout va bien, c’est la roue de
la fortune. Peut-on sérieusement bomber le torse et jouer les bons
gestionnaires lorsque l’on prospère grâce à la misère d’autrui ? Les
complices de cette violence sociale d’Etat sont nombreux, des complices
que l’on retrouve dans tous les segments de notre société taraudée par
toutes sortes de contradictions. Il est permis d’affirmer que cet Etat
virtuel, vorace et velléitaire, ne se souciera jamais des plus faibles.
La lecture de l’historien Fernand Braudel permet de comprendre cela.
Une société va bien lorsque, gonflés comme un ballon de rugby, les
syndicats, la société civile, jouent leur rôle en interpellant l’étage
supérieur, se faisant ainsi les porte-parole du bas peuple. Une société
va mal lorsque ces médiations n’existent plus voire sont "neutralisées"
(criminalisation de l’espace public, etc.), alors le ballon de rugby se
transforme en sablier. Depuis la nuit des temps, ce sont les
revendications de l’étage inférieur portées par l’étage intermédiaire -
société civile, syndicats, etc. - qui ont fait évoluer les choses.
Depuis plus de sept ans, le pouvoir est resté sourd à toutes formes
d’interpellations. La production intellectuelle, pour peu qu’elle soit
"hostile" au pouvoir, est criminalisée, et ceci dans un climat où
jamais la justice n’a été autant instrumentalisée. Or, coup de théâtre,
il y a quelques jours, c’est un président visiblement acculé qui a pris
les devants en faisant un diagnostic évident accompagné des plus
mauvais remèdes. Improvisations, ruses et dribbles intempestifs au
risque de se dribbler soi-même. Ce sont des événements dictés ailleurs
qui ont contraint le pouvoir à prendre l’initiative pour un nouveau
plan hybride d’ajustement structurel*. Les caisses sont vides et cet
aveu d’échec ne justifierait aucune pause sociale qui prolongerait
l’agonie d’un peuple abusé.
Lorsque la fête bat son plein au
sommet du pouvoir, le peuple meurtri reste à l’écart et vit
d’expédients, mais lorsque survient le retour de manivelle de
l’orthodoxie financière, alors le peuple est convié à participer à
l’effort de redressement. On le voit, le "mobutisme" a fait florès.
Echecs et «maths» au royaume des promesses politiciennes. Le temps qui
s’égrène est l’ennemi de tout pouvoir qui fait dans la diversion et le
spectacle. Le Sénégal doit quitter rapidement les chemins scabreux
empruntés par les philistins et autres pharisiens qui ne savent
décidément pas ce qu’ils font. A l’heure des comptes - c’est
inéluctable -, il faudra inventer un Etat impartial afin d’ériger une
justice sociale pour réhabiliter l’Homme. Aux assises, citoyens !
*
Echec - Une dégradation longue de sept ans : L’économiste Wade à
l’école de Sakho et Loum par Mohamed Guèye in Le Quotidien du 03/11/07 Auteur: Almamy Mamadou WANE
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Le Mensonge peut courir un an, la vérité le rattrape en un jour, dit le sage Haoussa
Ma devise:
se SURPASSER ,ne JAMAIS ABDIQUER,TOUJOURS RESTER HUMBLE